L’histoire des États-Unis racontée aux enfans/Thomas Jefferson, président

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Traduction par Mathilde Leiris.
E. Johns & Cie (p. 111-118).

Leiris - L'histoire des États-Unis racontée aux enfans, 1835 - illust 20.png
Un matelot sauve la vie au lieutenant Decatur.

LEÇON XX.

thomas jefferson, président.


1. Je vous ai dit qu’en 1801 Mr. Jefferson devint président des États-Unis.

2. En 1804, un triste événement eut lieu. Ce fut un duel entre le colonel Burr, vice-président des États-Unis, et le général Hamilton qui était un homme très-considéré parmi les Américains. Le général Hamilton fut tué, on ne le regarda plus que comme un insensé et quant au colonel Burr il perdit l’amour et l’estime de ses concitoyens. Comment peut-on aimer et estimer celui qui se rend volontairement coupable de la mort de quelqu’un ?

3. En 1805 la paix fut conclue entre les États-Unis et la régence de Tripoli, (contrée d’Afrique située sur les bords de la Méditerranée). Cette nation avait beaucoup outragé les Américains en saisissant les vaisseaux marchands des États-Unis sur la Méditerranée et en maltraitant leur équipage.

4. En 1806, le colonel Burr qui avait tué le général Hamilton essaya d’établir un nouveau gouvernement dans la partie méridionale des États-Unis et d’en fixer le siège à la Nouvelle-Orléans. Ce projet ayant été découvert, le colonel fut arrêté et jugé, tout le monde le trouvait coupable mais les preuves n’étant pas suffisantes, on lui rendit la liberté.

5. À cette époque, 1806, la France et l’Angleterre étaient en guerre l’une contre l’autre et faisaient tous leurs efforts pour nuire aux États-Unis, parce qu’elles en étaient jalouses.

6. Le 22 juin 1807, la frégate anglaise Léopard attaqua la frégate américaine Chesapeake et lui tua trois hommes. Les Anglais firent cette attaque parce qu’ils crurent que trois de leurs compatriotes étaient retenus prisonniers à bord du Chesapeake. À la nouvelle de cet outrage, les Américains prirent les armes et la guerre parut certaine.

7. Le 2 juillet, Mr. Jefferson publia une proclamation, défendant aux vaisseaux de guerre anglais d’entrer dans les ports des États-Unis jusqu’à ce que l’Angleterre eût fait réparation à l’outrage que le Chesapeake avait reçu.

8. Mr. Monroe depuis président des États-Unis, était alors ambassadeur en Angleterre. On lui écrivit de demander satisfaction au gouvernement anglais.

9. Cependant comme les difficultés semblaient augmenter, Mr. Jefferson ordonna au congrès de se réunir le 27 Octobre à Washington, pour se décider sur le parti qu’il fallait prendre. On résolut de lever une armée de cent mille hommes, de construire quatre-vingts chaloupes canonnières et de réparer les fortifications.

10. Peu de temps après, on prit de nouvelles mesures de défense et le 22 Décembre tous les vaisseaux reçurent l’ordre de rester dans leur port.

11. Bientôt cet embargo parut encore insuffisant. Le 1er Mars 1809, toutes communications furent interdites avec l’Angleterre et la France.

12. Tel était l’état des choses, lorsque Mr. Jefferson se retira de la présidence le 4 Mars 1809. James Madison fut choisi pour son successeur et George Clinton devint vice-président.

QUESTIONS.

1. En quelle année Jefferson fut-il fait président ?

2. Quel triste événement eut lieu en 1804 ? Qui fut tué ?

3. Quelle paix fut conclue en 1805 ? Où est situé Tripoli ? Quel outrage les peuples de cette contrée firent-ils aux Américains ?

4. Quelle tentative le colonel Burr fit-il en 1806 ? Quelle ville devait être le siège de ce gouvernement ? Que devint ce projet ? Pourquoi le colonel fut-il mis en liberté ?

5. Avec qui la France était-elle en guerre, en 1806 ? Comment ces deux nations agissaient-elles à l’égard des États-Unis ? Pourquoi cherchaient-elles à provoquer une querelle ?

6. Qu’arriva-t-il en 1807 ? Pourquoi cette attaque fut-elle faite ? Que firent les Américains à la nouvelle de cet outrage ?

7. Quel jour Mr. Jefferson fit-il une proclamation ? Que défendait cette proclamation ?

8. Qui était alors ambassadeur en Angleterre ? Que lui écrivit-on de faire ?

9. Que fit Mr. Jefferson, voyant que les difficultés augmentaient ? Quel jour ? Dans quelle ville ? Pourquoi ? Quelle fut la décision du congrès ?

10. Quelles mesures furent prises le 22 Décembre ?

11. Cet embargo fut-il trouvé suffisant ? Que fit on le 1er Mars 1809 ?

12. Quand Mr. Jefferson se retira-t-il de la présidence ? Qui fut choisi pour son successeur ? Qui devint vice-président ?


HISTOIRE.

1. Je vous donnerai maintenant quelques détails au sujet de la guerre avec Tripoli.

2. Tripoli est situé sur les côtes septentrionales de l’Afrique. Les Tripolilains ressemblent beaucoup aux Algériens dont tout le monde connait les cruelles pirateries.

3. Depuis longtemps les croiseurs de Tripoli attaquaient les vaisseaux des États-Unis, pillaient leur cargaison, et vendaient comme esclaves les Américains qu’ils faisaient prisonniers.

4. En 1803, le capitaine Preble fut envoyé avec une flotte pour les châtier. Le capitaine Bainbridge qui était allé le rejoindre dans la frégate Philadelphie, aperçut sur la Méditerranée un vaisseau de pirates de Tripoli. Il tenta de le poursuivre ; mais malheureusement la Philadelphie échoua et le capitaine ainsi que les gens de l’équipage, emmené captif à Tripoli, fut chargé de fers et jeté dans un donjon.

5. Le lieutenant Decatur était alors avec le capitaine, Preble. Impatient de se signaler il prit un bateau ou chébec et avec vingt hommes, il se rendit à bord de la Philadelphie dans l’intention d’y mettre le feu.

6. Il faisait nuit. Beaucoup de Tripolitains avaient été placés sur cette frégate pour la garder. Lorsque le bateau approcha ils crièrent : « Qui va là ? »

7. Un homme du chébec, répondit dans le langage des Tripolitains : « Nous n’avons point d’ancre, permettez nous de nous amarrer à votre frégate ou nous périssons ? »

8. « Vous pouvez vous amarrer à la haussière, » répondit-on, « jusqu’à ce que nous ayons demandé la permission à l’amiral. » (La haussière est une sorte de cordage ou câble.) On envoya aussitôt une chaloupe à l’amiral.

9. À peine cette chaloupe fut-elle partie que le lieutenant Decatur et ses hommes sautèrent à bord de la Philadelphie et s’y livrèrent au plus affreux carnage. En peu de minutes cinquante Tripolitains gisaient dans leur sang. Aucun d’eux ne fut épargné et le vaisseau devint la proie des flammes.

10. À la lueur de l’incendie les Américains sautèrent dans leur chébec et rejoignirent le capitaine Preble. Un matelot Américain avait été tué ; un autre blessé. Ce dernier était un homme brave et généreux. Il sauva la vie au lieutenant Decatur, voici comment : Decatur était tombé au milieu de la mêlée, un Tripolitain leva son sabre pour le tuer. À ce moment le matelot s’élança et, reçut lui-même le coup. Il perdit son bras mais il sauva la vie de son chef.

11. Pour se venger de l’incendie de la Philadelphie, les Tripolitains traitèrent le capitaine Bainbridge et son équipage avec plus de rigueur. Heureusement le général Eaton mit bientôt fin à la guerre et un traité de paix fut conclu par lequel tous les prisonniers Américains obtinrent leur liberté.

12. J’ajouterai ici quelques lignes au sujet de Mr. Jefferson. Les jugements qu’on a portés sur lui sont très-contradictoires, cependant tout le monde s’unit pour le louer et le remercier d’avoir écrit la proclamation de l’indépendance, acte dicté par une noble audace et qui honorera toujours le nom de Jefferson.

13. Cette déclaration fut universellement accueillie, le 4 Juillet 1776. L’homme qui s’efforça le plus de la faire adopter fut John Adams.

14. Remarquez une circonstance singulière, c’est que cinquante ans, jour pour jour, après la déclaration de l’indépendance Jefferson et John Adams moururent à deux ou trois heures d’intervalle. Tandis que dans tous les États-Unis on célébrait le glorieux anniversaire de notre liberté, ces deux grands hommes qui avaient été les premières causes de ces réjouissances, descendaient tous deux au tombeau…

15. Cinquante six hommes ont signé la déclaration de l’indépendance. La mort les a tous moissonnés. — Il faut espérer qu’elle ne portera pas son souffle de destruction sur la liberté américaine.