La Prison du Mid-Lothian/Chapitre 40

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La Prison du Mid-Lothian ou La jeune caméronienne
Traduction par Albert Montémont .
Ménard (Œuvres de Walter Scott, volume 26pp. 436-448).


CHAPITRE XL.

MORT SINGULIÈRE.


L’une était une femme qui par vengeance avait commis des forfaits affreux dont elle semblait encore jouir. Son air était féroce et menaçant ; ses yeux brillaient d’un sombre orgueil qui semblait défier la mort.
Crabbe.


Jeanie avait passé à peu près trois semaines dans la métropole de l’Angleterre, quand elle fut avertie de se préparer à partir.

Le matin du jour fixé, elle prit affectueusement congé de mistress Glass, en lui exprimant la reconnaissance que les attentions de cette bonne dame méritaient si bien, et se mit avec tous ses effets, que des emplettes et des présents avait beaucoup augmentés, dans un fiacre qui la conduisit à l’hôtel d’Argyle, où elle se joignit à ses compagnons de voyage dans l’appartement de la femme de charge. Tandis qu’on préparait la voiture, on vint l’avertir que le duc désirait lui parler, et on la fit entrer dans un magnifique salon, où elle vit, à sa grande surprise, qu’il voulait la présenter à sa femme et à ses filles.

« Je vous amène ma petite compatriote, duchesse, » dit-il en la présentant à sa femme. « Avec une armée de jeunes braves aussi courageux et aussi fermes qu’elle, et avec une aussi bonne cause, je ne craindrais pas deux contre un. — Papa, » dit une jeune fille vive et espiègle, d’environ douze ans, « souvenez-vous que vous étiez au moins un contre deux à la bataille de Sheriff-Muir, et cependant… » Elle se mit à chanter la ballade bien connue :

Les uns nous donnent la victoire,
D’autres prétendent cette gloire ;
Il en est de qui les avis
La refusent aux deux partis ;
Mais une chose est avérée ;
Une bataille, je le dis,
Devant Sheriff-Muir fut livrée.

« Eh quoi ! voilà ma petite Mary qui devient tory à ma barbe ! Voilà une belle nouvelle que notre compatriote va conter en Écosse ! — Il ne serait pas étonnant que nous devinssions tous torys, après les remercîments que nous avons eus des whigs, dit une autre jeune personne. — Allons, taisez-vous, petites rebelles, et allez habiller vos poupées. Et quant à la danse de Dumblane :

Si l’on ne l’a pas bien dansée,
Nous la pourrions danser encor,
Mon trésor.

— Ce pauvre papa, il n’est pas en fonds sur ce sujet, dit lady Mary, il se répète. C’est ce qu’il a chanté sur le champ de bataille, lorsqu’on lui a annoncé que les montagnards avaient taillé en pièces son aile gauche avec leurs grands sabres. »

Le duc ne répondit à cette saillie qu’en tirant un peu les cheveux de la petite espiègle. « Ah ! les braves montagnards, les bonnes claymores ! s’écria-t-il ; malgré le mal qu’ils m’ont fait, je ne puis m’empêcher de leur vouloir à jamais du bien… Mais allons, petites espiègles, dites donc quelques mots de politesse à votre compatriote. Je voudrais que vous eussiez la moitié de son bon sens, et j’espère que vous aurez un cœur et des sentiments aussi droits que les siens. »

La duchesse s’avança, et en quelques mots où il entrait autant de bonté que de politesse, elle assura Jeanie de l’estime que lui inspirait une personne qui joignait tant de fermeté et de courage à une sensibilité aussi vive dans ses affections. Elle ajouta : « En arrivant chez vous, vous aurez de mes nouvelles. — Et des miennes, et des miennes, et des miennes, Jeanie, » s’écrièrent l’une après l’autre les trois jeunes demoiselles, » car vous faites honneur au pays que nous aimons tant. »

Jeanie, accablée de ces différents compliments, et ne sachant pas que le duc avait pris des informations qui lui avaient fait découvrir la conduite qu’elle avait tenue dans l’affaire de sa sœur, ne put répondre qu’en rougissant, faisant à droite et à gauche des révérences, et disant par intervalle : « Bien des remercîments, bien des remercîments ! »

« Jeanie, lui dit le duc, il faut prendre doch an’ dorroch[1], si vous voulez être en état de voyager. » Il y avait sur la table un plateau avec du vin et un gâteau. Il prit un verre et but à la santé de tous les fidèles amis de l’Écosse, et en offrit un verre à la jeune fille.

Jeanie le refusa en disant qu’elle n’avait jamais goûté de vin de sa vie.

« D’où vient cela, Jeanie ? dit le duc : le vin réjouit le cœur de l’homme, comme vous savez. — Oui, monsieur ; mais mon père est comme Jonabad, fils de Rechab, qui avait recommandé à ses enfants de ne jamais boire de vin. — J’aurais cru à votre père plus de bon sens, dit le duc, à moins cependant qu’il ne préfère l’eau-de-vie ; mais, quoi qu’il en soit, Jeanie, si vous ne voulez pas boire, il faut du moins que vous mangiez, pour sauver l’honneur de ma maison. »

Il lui donna une grosse part de gâteau, et ne voulut pas permettre qu’elle remît le reste sur le plateau, comme elle voulait le faire, après en avoir cassé un petit morceau. « Non, non, mettez-le dans votre poche, Jeanie ; vous serez bien aise de le trouver avant de voir le clocher de Saint-Gilles. Plût au ciel que je dusse le revoir aussitôt que vous ! Adieu donc. Rappelez-moi à tous mes bons amis dans la vieille Édimbourg : je vous souhaite un heureux voyage. »

Et joignant la franche cordialité d’un militaire à son affabilité naturelle, il serra cordialement la main de sa protégée et la commit aux soins d’Archibald : les égards particuliers qu’il lui avait montrés lui répondaient de ceux que ses domestiques auraient pour elle.

Effectivement, dans le cours de son voyage elle trouva ses deux compagnons disposés à avoir pour elle toute espèce d’attention, en sorte que son retour forma, sous tous les rapports, un frappant contraste avec la manière dont elle était venue à Londres,

Son cœur aussi était délivré du poids de la honte, du chagrin et de la crainte qui l’accablaient avant son entrevue avec la reine à Richemond. Mais l’esprit humain est si étrangement capricieux, que, lorsqu’il se trouve soulagé du poids d’un malheur réel, il devient susceptible de se laisser agiter par la crainte de maux imaginaires. Elle était en ce moment, fort inquiète de ne pas avoir reçu de lettre de Butler, quoiqu’il eût bien plus de facilité qu’elle à manier la plume.

« Cela ne lui aurait pas donné beaucoup de peine, se disait-elle, car j’ai vu quelquefois sa plume courir sur son papier avec autant de rapidité qu’elle effleurait l’eau quand elle appartenait encore aux ailes d’une oie. Hélas ! peut-être est-il malade ; cependant mon père m’en aurait sûrement dit quelque chose : peut-être encore a-t-il changé, et il ne sait de quelle manière me l’apprendre ? Il ne faut pas que cela l’embarrasse, » continua-t-elle en se redressant, quoique les larmes que lui arrachait un sentiment d’honnête fierté et de tendresse blessée brillassent dans ses yeux ; « Jeanie Deans n’est pas fille à l’aller tirer par la manche, et à lui rappeler ce qu’il désire oublier ; cela me m’empêchera pas de lui souhaiter toute sorte de bonheur comme auparavant, et s’il est assez heureux pour obtenir une église dans le pays, malgré cela j’irai l’entendre, pour lui prouver que je ne lui en veux pas. » Et, tout en se représentant cette image, les larmes amassées dans ses yeux coulaient le long de ses joues.

Jeanie eut tout le loisir de s’abandonner à ses rêveries mélancoliques ; car ses compagnons de voyage, comme domestiques d’une famille distinguée et du premier rang, avaient, on doit le penser, beaucoup de sujets de conversation auxquels elle ne pouvait trouver aucun plaisir, ni même prendre aucune part. Elle n’eut donc que trop de liberté de se livrer à ses réflexions et aux tourments qu elle se créait, pendant plusieurs jours qu’il leur fallut pour arriver à Carlisle, voyageant à petites journées pour ménager les jeunes chevaux que le duc envoyait dans le nord. En approchant de cette ville, ils remarquèrent une foule considérable sur une éminence un peu éloignée de la grande route, et apprirent des passants, qui s’empressaient de se rendre à ce spectacle, que le motif de ce concours de monde était le louable désir de voir payer à une maudite sorcière écossaise et voleuse par-dessus le marché, la moitié de ce qui lui était dû, car on allait seulement la pendre sur la montagne d’Haribee.

« Mon cher monsieur Archibald, dit la future surveillante de la laiterie, je n’ai jamais vu pendre une femme de ma vie ; seulement j’ai vu pendre quatre hommes, ce qui formait un bien beau spectacle. »

Mais M. Archibald était Écossais, et ne se promettait aucun plaisir de voir subir à sa compatriote les terribles décrets de la loi. D’ailleurs, dans son genre, c’était un homme qui ne manquait ni de sens ni de délicatesse, et les événements qui venaient de se passer dans la famille de Jeanie, et qui avaient occasionné son voyage à Londres, ne lui étaient pas inconnus, ce qui fit qu’il répondit sèchement qu’il lui était impossible de s’arrêter, parce qu’il fallait qu’il arrivât de bonne heure à Carlisle pour s’y occuper de quelque affaire dont le duc l’avait chargé, et en conséquence il ordonna aux postillons d’avancer.

La route était à peu près éloignée d’un quart de mille de l’éminence appelée Haribee, et qui, quoique peu considérable par son élévation et son étendue, s’apercevait cependant de fort loin ; car le pays qui l’entoure et qui est arrosé par l’Éden est entièrement plat. Sur cette hauteur, les membres de plus d’un outlaw et d’un maraudeur des frontières ont flotté au gré du vent pendant les guerres et les trêves, non moins hostiles des deux pays ; et plus récemment, d’autres exécutions avaient eu lieu dans ce même endroit avec aussi peu de formalités et de compassion, car ces provinces frontières restèrent long-temps agitées, et même à l’époque dont il est ici question, elles étaient encore moins civilisées que celles du centre de l’Angleterre.

Les postillons continuèrent leur chemin et tournèrent, comme la route de Penrith les y obligeait, autour de cette éminence. Cependant les yeux de mistress Daily Dutton, qui, de plus, avançait sa corpulente personne pour mieux voir, étaient fixés sur le lieu de l’exécution, et distinguaient clairement la forme de la potence, se détachant sur un ciel d’un bleu clair, et la masse d’ombre formée par la personne du bourreau et celle du coupable, parcourant les légers degrés d’une haute échelle, que la distance faisait paraître aérienne ; après quoi un des deux individus fut précipité dans les airs, et donna des signes non équivoques d’une agonie convulsive, quoique dans l’éloignement il ne parut pas plus gros qu’une araignée suspendue au bout d’un fil invisible, tandis que l’autre figure, descendant de son poste élevé, se hâta de se confondre parmi la foule. Le dénoûment de cette scène tragique arracha un cri à mistress Dutton, et Jeanie, par un mouvement machinal de curiosité, tourna la tête du même côté.

La vue d’une femme subissant le châtiment fatal auquel elle venait d’arracher sa sœur était un spectacle fait pour agir trop fortement, je ne dirai pas sur ses nerfs, mais sur sa sensibilité, qui ne put supporter cette cruelle épreuve. Elle tourna la tête de l’autre côté de la voiture en sentant que le cœur lui manquait et qu’elle était près de tomber en faiblesse. Sa compagne l’accabla de questions et d’offres de secours, cria qu’on fît arrêter la voiture, qu’on allât chercher un médecin, qu’on fît brûler des plumes, qu’on apportât des gouttes, de l’assa-fœtida, de l’eau fraîche, de la corne de cerf, et cela tout d’une haleine et sans s’arrêter un moment. Archibald, plus calme et plus judicieux, ordonna seulement qu’on redoublât le pas, et ce ne fut qu’après avoir laissé derrière eux le lieu du fatal spectacle, que, voyant la pâleur mortelle de Jeanie, il fit arrêter la voiture, et alla en courant chercher le plus salutaire et le plus facile à se procurer de tous les remèdes indiqués par mistress Dutton, c’est-à-dire un verre d’eau.

Pendant qu’Archibald était allé rendre ce bon office à Jeanie, maudissant intérieurement les fossés qui ne produisaient que de la bourbe, et songeant aux sources limpides qu’on rencontrait à chaque pas dans ses montagnes, les gens qui revenaient de l’exécution et s’en retournaient à Carlisle passèrent auprès de la voiture arrêtée sur la route.

Jeanie, dont l’attention était involontairement fixée sur eux, ressemblait à ces enfants qui écoutent avidement des contes de revenants, quoiqu’ils sachent bien quel sentiment de terreur ils en conserveront. Jeanie recueillit de ce qu’elle put entendre et comprendre de leurs paroles, que cette victime de la loi était morte dans l’endurcissement et l’impénitence, sans avoir la crainte de Dieu plus que celle des hommes.

« C’était une fière femme et une rude femme, » dit un paysan du Cumberland qui faisait autant de bruit sur le pavé avec ses sabots qu’en auraient fait les pieds bien ferrés d’un cheval.

« Elle est allée retrouver son maître avec son nom dans la bouche, dit un autre… C’est une honte que le pays soit infesté de sorcières écossaises et de gueuses écossaises ; moi, je dis, pendez et noyez. — Oui, oui, Gaffer Tramp, prenez-la ; qu’on pende la sorcière, et il y aurait moins de désastres parmi nous. La maladie est sur mes bestiaux depuis deux mois. — Et mes enfants ne font aussi que dépérir, voisin, dit un autre. — Silence ! et retenez vos langues d’idiots ! » dit une vieille femme qui passa près d’eux en boitant, au moment où ils étaient prés de la voiture. « Ce n’était pas une sorcière, mais une voleuse qui avait les mains teintes de sang, et qui avait commis plusieurs meurtres. — Ah, vraiment ! dame Hinchup, » dit l’un des deux d’un ton civil, et se reculant pour faire place à la vieille femme dans le sentier… « Si vous le dites, vous devez le savoir mieux que nous, certainement… Mais, dans tous les cas, ce n’est qu’une Écossaise de moins, et il n’y a pas de mal à cela. »

La vieille passa sans répondre.

« Voyez-vous, Gaffer Tramp, dit l’autre homme, comme ces sorcières se soutiennent entre elles : Écossaises ou Anglaises, c’est toujours la même chose. »

Son compagnon secoua la tête, et dit du même ton : « Oui, oui, quand une sorcière monte sur son manche à balai, ses voisines sont prêtes à en faire autant, témoin ce dicton usité dans les montagnes :

si le Skiddaw met son chapeau,
Le Criffel est son autre Ego[2].

« Mais, continua Gaffer Tramp, ne croyez-vous pas que la fille de celle qu’on vient de pendre est aussi sorcière que sa mère ? — Je ne sais pas, répondit l’autre ; mais on parle de lui faire faire un plongeon dans l’Éden ; » et ils se séparèrent, chacun prenant une route différente, après s’être souhaité le bonsoir.

Au moment où ces hommes passaient leur chemin, et comme Archibald revenait enfin avec de l’eau claire, une foule d’enfants des deux sexes, et des gens d’un âge plus avancé, appartenant à la dernière classe du peuple, arrivaient du lieu de l’exécution, et se groupaient avec des hurlements de joie autour d’une grande femme habillée d’une manière bizarre, et qui dansait, sautait et bondissait au milieu d’eux. Un horrible souvenir vint frapper l’esprit de Jeanie en regardant cette malheureuse créature ; et ce souvenir fut mutuel, car, par un effort soudain de vigueur et d’agilité, Madge Wildfire échappa au cercle de ses bruyants persécuteurs, et, s’élançant à la portière de la calèche à laquelle elle s’attacha fortement, elle s’écria avec une espèce de rire aigu qui ressemblait à des cris : « Eh ! savez-vous, Jeanie Deans, qu’on a pendu ma mère ? » puis, prenant tout à coup le ton de la prière, elle s’écria avec l’accent le plus lamentable : « Oh ! dites-leur qu’ils me laissent aller couper la corde, qu’ils ne m’en empêchent pas ! C’est ma mère !… Fût-elle plus méchante que le diable, il ne lui en arrivera pas davantage qu’à Maggie Dickson, qui fut à moitié pendue, et qui, après cela, cria encore du poisson pendant bien des années. Sa voix était un peu enrouée et son cou un peu de travers ; mais, excepté cela, elle était comme toutes les autres. »

M. Archibald, embarrassé de voir la folle s’acharner de cette manière à la voiture, et tenir arrêtée à l’entour la foule de la populace, cherchait pendant ce temps-là s’il ne découvrirait pas un constable ou un bedeau auquel il pût remettre cette infortunée ; mais, ne voyant personne qui eût aucune autorité de ce genre, il chercha à lui faire lâcher la voiture, afin qu’ils pussent du moins lui échapper en continuant leur route : cependant il vit qu’il ne pourrait en venir à bout sans y mettre quelque degré de violence. Madge s’était attachée à la portière de toutes ses forces, et renouvelait ses cris et ses instances pour qu’on lui permît de couper la corde de sa mère. » Ce n’était qu’une corde de dix sous de perdue, disait-elle ; et qu’est-ce que c’était en comparaison de la vie d’une femme ? » Sur ces entrefaites arriva une troupe de jeunes gens, à l’air dur et brutal, la plupart garçons bouchers et marchands de bestiaux, dont les bêtes à cornes avaient, depuis quelque temps, souffert d’une espèce d’épizootie très-dangereuse, maladie que, dans leur ignorance, ils attribuaient en général à la sorcellerie. Ils employèrent la force pour arracher Madge de la voiture, et se saisirent d’elle en s’écriant : « Qui te permet d’arrêter les gens sur la grande route ? n’as-tu pas fait assez de mal déjà par tes maléfices et tes sortilèges ? — Ô Jeanie Deans !… Jeanie Deans ! s’écria la pauvre insensée, sauvez ma mère, et je vous mènerai encore une fois dans la maison de l’interprète, et je vous chanterai mes plus belles chansons, et je vous dirai ce qu’est devenu… » Les cris de la populace couvrirent ces derniers mots.

« Sauvez-la, pour l’amour de Dieu, sauvez-la des mains de ces gens ! » s’écria Jeanie à Archibald.

« Elle est folle, mais elle n’est pas dangereuse, messieurs, dit Archibald. Ne voyez-vous pas qu’elle est folle ? ne la maltraitez pas ; conduisez-la devant le magistrat du lieu. — Oui, oui, ne vous inquiétez pas, nous aurons soin d’elle, dit l’un d’eux ; passez votre chemin, et mêlez-vous de vos affaires. — C’est un Écossais, d’après son accent, dit un autre ; et, s’il veut sortir de sa voiture, je me charge de remplir d’os brisés son plaid écossais. »

Il était évident qu’il serait impossible de tirer Madge de leurs mains ; et tout ce que put faire Archibald, qui avait de l’humanité, fut d’ordonner aux postillons de se presser d’arriver à Carlisle, afin de pouvoir envoyer au secours de cette infortunée. Ils furent bientôt hors de portée de les entendre ; et à peine entrés dans les rues de Carlisle, Archibald, à l’instante prière de Jeanie, alla chez un magistrat pour y exposer l’état où se trouvait cette malheureuse créature, et le danger qu’elle courait dans ce moment.

Il revint environ une heure et demie après, et rapporta à Jeanie que le magistrat s’était empressé d’aller en personne avec quelques officiers de paix au secours de la malheureuse, et que lui-même les avait accompagnés ; qu’étant arrivés près de la mare bourbeuse, où le peuple lui faisait faire le plongeon cruel, ce qui est son châtiment favori, le magistrat était parvenu à l’arracher de ses mains, mais dans un état complet d’insensibilité, causé par le traitement cruel qu’elle avait reçu. Il ajouta qu’il l’avait vue porter à l’hospice, et qu’il avait entendu dire qu’elle avait repris ses sens, et que l’on espérait qu’elle se remettrait.

Ces dernières paroles cependant n’étaient pas tout à fait conformes à la vérité, car on n’espérait pas que Madge Wildfire survécût au traitement qu’elle avait reçu ; mais Jeanie paraissait si agitée, qu’Archibald ne crut pas devoir lui faire connaître tout le danger de son état. Cet accident l’avait tellement émue, que, quoique leur intention eût été de se rendre à Longtown ce soir-là, ses compagnons jugèrent plus prudent de passer la nuit à Carlisle.

Cette résolution fut d’autant plus agréable à Jeanie qu’elle désirait, s’il était possible, avoir une entrevue avec Madge Wildfire. En comparant quelques paroles qui lui étaient échappées dans sa folie, avec le récit que lui avait fait George Staunton, elle ne voulait pas laisser échapper l’occasion d’obtenir d’elle, si sa situation le permettait, quelques lumières sur le sort de l’enfant infortuné qui avait coûté si cher à sa sœur. Elle connaissait trop le désordre qui régnait dans l’esprit de Madge pour se flatter d’en pouvoir recueillir des renseignements bien utiles ; mais puisque la mère de la pauvre folle avait enfin trouvé le châtiment qu’elle méritait, elle n’avait plus d’autre moyen d’obtenir quelque éclaircissement, et elle était décidée à n’en pas laisser échapper l’occasion.

Dans ce but, elle fit entendre à Archibald qu’elle avait connu Madge autrefois, et qu’elle serait bien aise de savoir, par humanité, si du moins elle était bien soignée dans la triste situation où elle se trouvait. Ce complaisant Écossais alla immédiatement à l’hospice où il avait vu recevoir la pauvre victime, et revint avec la réponse que les médecins avaient positivement défendu qu’on lui laissât voir personne. Lorsque Archibald renouvela le lendemain la demande d’être admis près d’elle, on l’informa qu’elle était devenue fort tranquille, et que l’ecclésiastique qui remplissait l’office de chapelain dans cet établissement avait jugé convenable de lui lire les prières à côté de son lit, mais qu’après son départ elle était retombée dans son état de démence ; que cependant sa compatriote pouvait la voir si bon lui semblait : on ne croyait pas qu’elle pût vivre plus d’une heure ou deux.

Jeanie n’eut pas plus tôt reçu cette nouvelle qu’elle se hâta de se rendre à l’hospice, suivie de ses compagnons de voyage. Ils trouvèrent la mourante dans une grande salle où il y avait dix lits, dont le sien était le seul qui fût occupé.

Madge chantait, quand ils entrèrent, ses fragments bizarres de vieilles chansons et d’airs à demi oubliés, non de cette voix aiguë et perçante qu’elle avait dans les accès de gaieté de la démence, mais d’une voix plaintive et affaiblie par l’épuisement de ses forces physiques. Sa raison était toujours aussi troublée, mais elle n’avait plus la faculté d’exprimer les images confuses qui se succédaient au milieu du désordre de ses pensées, sur ces airs sauvages que son imagination en délire lui suggérait. La mort se peignait dans les accents étouffés de sa voix, dont le chant bas et mélancolique ressemblait à celui d’une mère qui cherche à endormir son enfant. Jeanie en entrant entendit d’abord l’air, puis, en approchant, le refrain d’un couplet tiré sans doute d’une chanson de moissonneurs :

Nous avons fini nos labeurs.
Le front couvert de ses sueurs,

Le fermier rentre à son asile ;
La dernière gerbe a foulé
Le sol de la grange d’argile,
Et tout le monde est rassemblé
Pour goûter un repos tranquille.

L’ombre vient quand le soleil fuit ;
La fin du jour sans cesse amène
Celle des travaux qu’en sa peine
L’homme a poussé jusqu’à la nuit.
Lorsque s’est éloigné l’automne,
Et que l’hiver l’a remplacé,
Au plaisir il faut qu’on se donne,
En oubli du souci passé.

Lorsque Madge eut cessé de chanter, Jeanie s’avança vers le lit en l’appelant par son nom ; mais celle-ci sembla avoir perdu tout souvenir. Au contraire, paraissant contrariée d’être dérangée, elle s’écria d’un ton impatient : « Garde ! garde ! tournez-moi du côté du mur, que je n’entende plus prononcer ce nom, et que je n’aie plus rien de commun avec ce monde méchant. »

La garde-malade la plaça dans son lit comme elle le désirait, lui tournant le visage du côté du mur et le dos au jour. Aussitôt qu’elle fut dans cette nouvelle position, elle redevint tranquille et se mit à chanter sur le même ton, bas et modulé comme si elle retombait dans cet état de rêverie que ceux qui venaient d’arriver avaient troublé ; l’air cependant en était différent, et ressemblait un peu à la musique des hymnes des méthodistes, quoique la mesure des vers fut semblable à celle des premiers :

Lorsque la robe d’hyménée,
Robe de grâce, est terminée ;
Lorsque sur l’incrédulité
La foi l’a soudain emporté ;
Lorsque l’espérance riante
De tout délai s’impatiente,
Et que l’ardente charité,
Restreinte aux mondaines limites,
Franchissant les bornes prescrites,
Au palais de la vérité
Aspire dans sa liberté :
Ami, de ta robe de fange
En vrai chrétien dépouille-toi,
Et vole sur l’aile d’un ange
Au séjour brillant de la foi.

Il y avait dans cet air quelque chose de solennel et de pénétrant, dont l’effet était augmenté par le son harmonieux et pathétique d’une voix qui avait été dans l’origine belle et étendue, et qui en perdant de sa force avait acquis une douceur attendrissante. Archibald, quoique domestique d’un courtisan, et naturellement peu sensible au pouvoir de la musique, en fut tout surpris sinon touché. La surveillante de la laiterie pleura, et Jeanie sentit ses yeux se remplir de larmes. La garde même, quoique accoutumée à voir l’âme se séparer du corps de tant de manières différentes, paraissait extrêmement affectée.

La malade s’affaiblissait évidemment, ce qui se manifestait par une grande difficulté à respirer, et par de sourds et faibles gémissements qui indiquaient que la nature succombait dans cette dernière lutte. Mais l’esprit de mélodie qui avait naguère animé si puissamment cette malheureuse jeune femme, semblait encore par intervalles triompher de sa douleur et de sa faiblesse ; et dans tout ce qu’elle chantait, on pouvait suivre la trace d’un rapport, quoique éloigné et vague, avec sa situation actuelle. Ce qu’elle chanta ensuite parut être un fragment de quelque vieille ballade :

Archibald, ma couche est glacée,
Et mon sommeil bien douloureux ;
Mais le tien n’est pas plus heureux,
Ta couche encor plus délaissée.

Jeunes filles, ne pleurez pas
Si la mort veut votre maîtresse :
Celui qui cause aujourd’hui son trépas
Demain pour moi mourra dans sa détresse.


Elle changea encore une fois d’air pour un autre plus étrange, moins monotone et plus irrégulier ; mais quant aux paroles, ceux qui étaient présents à cette scène singulière n’en purent recueillir que les fragments suivants :

Dans le bois la fière Marie
Se promène de bon matin ;
Sur le buisson le doux Robin
Fait entendre sa mélodie.

« Apprends-moi donc, gentil oiseau,
Quand aura lieu mon hyménée ?
— Quand par six mortels au tombeau
Ta dépouille sera menée.

— Qui fera le lit nuptial ?
Oiseau, réponds avec franchise.
— Le fossoyeur à tête grise :
Il connaît son métier fatal

Pour éclairer ta sépulture
Se montrera le vers luisant ;
Et du haut du clocher l’oiseau de triste augure
Saluera ta bière en passant.

Sa voix expira avec les dernières notes, et elle tomba dans une espèce de sommeil léthargique dont la garde expérimentée les assura qu’elle ne sortirait pas, excepté peut-être dans les derniers moments de son agonie.

La prophétie de la garde se vérifia : la pauvre insensée expira sans proférer aucun autre son ; mais nos voyageurs ne furent pas témoins de cette catastrophe ; ils avaient quitté l’hôpital au moment où Jeanie s’était assurée qu’il était impossible d’obtenir de la mourante aucun éclaircissement sur le malheur de sa sœur[3].



  1. Mots galiques, pour exprimer boire ou manger quelque chose. a. m.
  2. Ces deux montagnes du Cumberland se montrent ou disparaissent sous les nuages presque en même temps l’une que l’autre. a. m.
  3. En prenant congé de cette pauvre folle, l’auteur fera remarquer ici que la première idée de ce caractère, auquel il fit ensuite de grands changements, lui fut inspirée par celui d’une personne qu’on nommait généralement et qui se donnait elle-même le nom de Fanny l’Insensée, et qui voyageait toujours avec un petit troupeau de moutons. Les détails suivants, qui nous ont été fournis par l’obligeance infatigable de M. Train, contiennent probablement tout ce qu’il est maintenant possible d’apprendre de son histoire, quoique plusieurs personnes, au nombre desquelles se trouve l’auteur, puissent se rappeler d’avoir entendu parler de Fanny dans leur jeunesse.
    « Depuis quelque temps, dit M. Train, mes heures de loisir ont été principalement employées à me procurer des détails sur la folle appelée Fanny l’insensée, qui parcourut toute l’Écosse et l’Angleterre depuis 1767 jusqu’à 1775, et dont l’histoire ressemble tellement à un roman, que j’ai pris toutes les peines possibles pour recueillir toutes les particularités qui pouvaient se rattacher à elle dans les comtés d’Ayr et de Galloway.
    « Lorsque Fanny l’Insensée parut pour la première fois dans le comté d’Ayr, durant l’été de 1709, elle y attira beaucoup l’attention ; car elle était accompagnée de douze ou treize moutons, qui semblaient tous doués de facultés tellement supérieures à la race ordinaire de ces animaux qu’ils excitèrent l’étonnement universel. Elle avait pour chacun un nom différent, auquel ils répondaient quand leur maîtresse les appelait : et de même ils obéissaient de la manière la plus surprenante aux ordres qu’elle jugeait à propos de leur donner. Lorsqu’elle voyageait, elle marchait toujours à la tête de son troupeau, qui la suivait derrière de très-près ; lorsqu’elle se couchait la nuit dans les champs (car elle ne voulait jamais entrer dans une maison), ils se disputaient toujours à qui coucherait le plus près d’elle, de sorte qu’étant ainsi entourée elle était à l’abri du froid. Quand elle essayait de se lever de terre, un vieux bélier, qu’elle appelait Charlie, réclamait toujours le seul privilège de l’aider, poussant de côté tous ceux qui étaient sur son passage jusqu’à ce qu’il arrivât devant sa maîtresse ; il courbait alors la tête presque jusqu’à terre, afin qu’elle pût poser ses mains sur ses cornes, qui étaient très-larges ; il la soulevait ensuite doucement de terre en relevant sa tête. S’il lui arrivait de quitter son troupeau pendant qu’il paissait, aussitôt que les pauvres animaux avaient découvert qu’elle était partie, ils commençaient à bêler d’une manière pitoyable, et ne cessaient leurs plaintes que lorsqu’elle revenait : ils témoignaient alors leur joie en venant se frotter contre sa robe et en bondissant autour d’elle.
    « Fanny l’Insensée, comme d’autres créatures dont l’esprit est aliéné, ne se plaisait pas à se parer ; elle portait sur sa tête un mauvais chapeau rabattu, un vieux plaid sur ses épaules, et tenait toujours à la main une houlette de berger ; elle déclarait souvent que nulle considération ne pourrait la déterminer à se dessaisir d’aucun de ces objets. Lorsqu’on lui demandait pourquoi elle attachait tant de prix à des choses si insignifiantes en apparence, elle racontait quelquefois l’histoire de ses malheurs avec une grande brièveté, telle qu’on va la lire :
    « Je suis la fille unique d’un riche propriétaire du nord de l’Angleterre ; mais j’aimai le berger de mon père, et voilà ce qui a causé ma ruine, car mon père, craignant que sa famille ne fût dégradée par une telle alliance, dans un accès de fureur tira un coup de pistolet à mon amant et le blessa à mort. J’arrivai à temps pour recevoir le dernier adieu du mourant et pour lui fermer les yeux. Il me légua le peu qu’il possédait ; mais je n’acceptai que ses moutons, pour être mes seuls compagnons pendant ma vie, et ce chapeau, ce plaid et cette houlette, que je porterai jusqu’à ce que je descende au tombeau. »
    « Telle est la substance d’une ballade contenant quatre-vingt-quatre vers, et que j’ai copiée dernièrement sous la dictée d’une vieille femme de ces lieux, qui dit l’avoir vue imprimée avec une gravure sur la page du titre représentant Fanny avec son troupeau derrière elle. Comme cette ballade, à ce qu’on prétend, a été composée par Love, auteur du Rêve de Marie, je suis surpris que Tromek n’en ait pas fait mention dans ses Essais sur le Nithsdule et dans son Recueil des chansons de Galloway ; mais peut-être ne l’a-t-il pas jugée digne d’occuper une place dans sa collection, à cause du très-peu de mérite de la composition, que le manque de place m’empêche de transcrire ici. Mais si je croyais que vous ne l’eussiez jamais vue, je saisirais la première occasion de vous l’envoyer.
    « Après avoir fait le tour du Galloway en 1769, pendant que Fanny poursuivait sa marche errante dans les environs de Moffat, pour se rendre à Édimbourg, où j’ai appris qu’elle était aussi très-connue, le vieux Charlie, son bélier favori, vint à entrer dans une basse-cour ; ce que le propriétaire ayant remarqué, il lâcha sur lui un gros chien qui poursuivit le pauvre animal jusqu’à ce qu’épuisé il tomba de lassitude. Ce fut un triste accident pour Fanny, et qui parut renouveler toutes les douleurs qu’elle avait éprouvées à la mort de son amant. Pendant quelques jours, elle ne voulut point se séparer de son vieil ami ; ce fut avec beaucoup de peine qu’elle consentit à ce qu’on l’enterrât ; cependant, désirant payer un tribut à sa mémoire, elle couvrit sa tombe de mousse, et l’entoura d’un petit treillage de joncs, et tous les ans elle revenait dans cet endroit, arrachait les mauvaises herbes qui couvraient la tombe, et réparait le treillage. Ceci ressemble beaucoup à un roman, cependant je crois que c’est un fait réel. Le tombeau de Charlie est encore sacré en ce moment pour les enfants de ce voisinage. C’est peut-être le seul exemple de l’observation de la loi de Kenneth, qui dit : « La tombe qui renferme celui qui a été tué restera intacte pendant sept ans. Que chaque tombeau soit regardé comme sacré, et que personne ne s’avise de les fouler aux pieds. »
    « Pendant les frimas de l’hiver, aussi bien que dans la plus belle saison de l’année, elle continuait le cours de sa vie errante, et aucune prière, aucune offre, aucune promesse, ne purent jamais l’y faire renoncer. Feu le docteur Fullarton de Rosemount, dans les environs d’Ayr, ayant bien connu son père lorsqu’il était en Angleterre, essaya pendant une saison rigoureuse, par tous les moyens possibles, de la retenir quelques jours à Rosemount, jusqu’à ce que le temps devînt plus doux ; mais quand elle se fut un peu reposée, et que son troupeau se fut repu, elle éleva sa houlette en l’air, ce qui était le signal qu’elle donnait à ses moutons quand elle voulait en être suivie, et ils se remirent en marche tous ensemble.
    « Mais l’heure de la fin tragique de Fanny approchait, et on aurait dit que la pauvre créature était impatiente d’arriver au lieu où devait se terminer sa carrière mortelle. Elle se rendit à Glasgow ; et tandis qu’elle traversait cette ville, une foule de polissons, attirés par la singularité de son aspect et la vue de tant de moutons qui lui obéissaient, se mirent à la tourmenter, à lui jouer mille tours, et finirent par l’irriter tellement qu’elle leur jeta de la terre et des briques ; ils se vengèrent si cruellement qu’elle fut tuée à coups de pierres entre Glasgow et Anderston.
    « La crédulité populaire a ajouté plusieurs circonstances superstitieuses à la véritable histoire de celle créature singulière. On dit que le fermier qui avait été cause de la mort de Charlie se noya lui-même, bientôt après, dans un étang, et que la main dont un boucher de Kilmarlok avait frappé un de ses autres moutons se paralysa et se dessécha jusqu’aux os. Dans l’été de 1769, à son passage dans New-Cumnock, un jeune homme du nom de William Forsyth, fils d’un fermier de la même paroisse, la tourmenta tellement qu’elle désira qu’il ne revît pas le jour suivant ; à ces mots il retourna chez lui, et se pendit dans la grange de son père. Je ne doute pas qu’on ne se souvienne encore de beaucoup d’histoires de ce genre dans d’autres cantons qu’elle a parcourus. »
    Voilà ce que dit M. Train. L’auteur ajoutera seulement à cette narration que Fanny l’Insensée et son petit troupeau étaient bien connus des habitants des campagnes.
    En essayant d’introduire un tel caractère dans son roman, l’auteur a senti qu’il s’exposait au risque d’une comparaison avec la folle de Sterne. D’ailleurs la marche du récit aurait été autant retardée par le troupeau de Fanny l’Insensée que la marche nocturne de Don Quichotte le fut par le conte de Sancho sur les chèvres auxquelles on fit traverser la rivière dans un bac.
    L’auteur se permettra d’ajouter que, malgré l’exactitude de son ami M. Train, il y a lieu d’espérer que la violence commise sur Fanny l’Insensée et son petit troupeau ne fut pas portée à une telle extrémité, il n’est dans la narration fait mention d’aucun jugement à ce sujet, ce qui n’aurait pas manqué d’avoir lieu si cet événement s’était passé de la manière dont il est rapporté ; et l’auteur a entendu dire que c’est sur la frontière qu’elle a été vue la dernière fois, et vers la lisière des monts Cheviot, et qu’elle n’avait plus son petit troupeau.