La Thébaïde en Amérique/Chapitre X

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Méridier (p. 113-126).


CHAPITRE DIXIÈME.

Séparateur


DU MONDE, DE SON ESPRIT ET DE SES DANGERS.



Nous ne pouvons servir deux maîtres ; nous ne pouvons servir Dieu et le monde, Dieu et l’argent. Si nous étions du monde, le monde aimerait ce qui serait de lui ; mais parce que nous ne sommes pas du monde, le monde nous hait : devons-nous nous en étonner ? Le monde est l’ennemi de Jésus-Christ et de son Église, le monde est notre ennemi : comment donc pourrions-nous l’aimer et être pour lui ? Si nous sommes pour Dieu, nous serons contre lui, et il sera contre nous.

Mais laissons parler un homme du monde, quoiqu’il n’ait pas l’esprit du monde ; c’est le jeune et savant Bretonneau, l’auteur de la Religion triomphante par tous les grands hommes.

« Il y a des hommes qui pour s’étourdir, se jettent à corps perdu dans le monde, comme il y en a qui s’ensevelissent dans la solitude.

« Or, le bruit du monde ne vaut rien pour l’âme souffrante, et les plaisirs qu’il procure n’ont jamais endormi la douleur.

« Au lieu d’y trouver la paix, l’homme qui n’est pas heureux en sort plus tourmenté encore, parce que son âme y laisse toujours un peu de son énergie, en se répandant dans les sens, où elle se dissout et se noie. »

« L’épine seule reste de toutes les fleurs qu’on y cueille ; et le remords, qui blesse et fait saigner le cœur, vient souvent s’ajouter aux tortures morales auxquelles on voulait se soustraire. Car le monde, selon l’apôtre bien-aimé, c’est la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l’orgueil de la vie, en sorte qu’il ne saurait y avoir en lui que mensonge et déception.

« Il trompe, éblouit, enchante, et, loin de reposer, il agite.

« Il obscurcit l’esprit et gâte le cœur, en faisant oublier à ceux qui l’aiment, que sa figure passe avec tous ses charmes et toutes ses illusions.

« Il déprave le jugement et affaiblit la volonté, en n’estimant que les surfaces de la vie, en plaçant la prospérité au-dessus de la vertu, et n’attribuant de valeur à la vertu elle-même qu’autant que sa monnaie a cours parmi les jouissances qu’il poursuit.

« C’est là que la vérité cède le pas à l’esprit, et qu’il suffit d’une épigramme heureuse pour absoudre la langue qui jette son venin sur l’honneur de ses frères.

« C’est là que l’on réussit, non par ce qu’on est, mais par ce qu’on paraît ; là que l’éclat et le faste sont pris pour la grandeur ; là, que la vanité se pavane dans les frivolités de la toilette ; là, que l’habit honore et non point l’homme ; là, que la pauvreté est outragée par le « ridicule ; là, que le sceptre du génie est mis aux mains de la médiocrité, parce que l’intrigue y grandit ce qui est petit et y rapetisse ce qui est grand ; là, que la haine est mise en commun et presque jamais l’amour ; là, que toutes les petites passions, sortant des coins les plus obscurs de l’esprit et du cœur, s’étalent sous les lustres étoiles, comme des reptiles sous un rayon de soleil.

« C’est là, enfin, que le sourire papillonne sur les lèvres, tandis que le cœur, en dépit des plaisirs factices qu’on lui présente, est triste, morose, consumé dans le secret de la vie ; car le rire, comme tout le reste, n’y est qu’un rire d’emprunt, et la joie qu’une joie de passage.

« Qu’est-ce autre chose, en effet, que le monde, sinon un théâtre où l’on change de sentiment comme d’habit, selon le rôle qu’on veut jouer ; une Babel où chacun parle la langue de son voisin et où personne ne parle la sienne, de peur de se trahir ?

« Et l’on voudrait que le bonheur se trouva là ! Le bonheur, s’il existe ici-bas, ne peut être que dans la fixité de la vie, et le monde n’est que l’inconstance même.

« Interrogez ceux qui ont bu, goutte à goutte, la coupe de ses enchantements, inépuisables en apparence, et sitôt épuisés, ils vous diront qu’arrivés au-fond du nuage d’illusions qu’ils croyaient sans fond, ils ont trouvé que ce qu’ils appelaient une vie active n’était qu’une vie agitée, et que si elle leur paraissait remplie, c’était parce que, à leur insu, elle leur était à charge, ou qu’ils prenaient ses ennuis et ses saturations pour des loisirs occupés et des heures sans lacunes. Ils pensaient avoir tout éprouvé, et le vide s’est fait dans leur âme, parce que, au contraire, ils n’ont rien éprouvé de ce qui leur était nécessaire.

« La vérité seule peut remplir le cœur de l’homme, et la vérité ne se trouve que dans la Religion, parce que seule elle a le secret de notre nature et de notre destinée.

« C’est à cause de cela que le monde est en hostilité avec la Religion, et que la cité de Dieu a toujours été dans une lutte perpétuelle avec la cité de Satan, qui est le monde. Or, l’esprit du monde est maudit de Dieu, parce que son esprit est un esprit de vanité et de dissimulation ; et que ce qu’il appelle sagesse est folie, et que ce qu’il appelle vertu n’est que vice et déception. Vous donc qui, ne sachant où traîner le faix de vos douleurs, le portez dans le monde comme dans un lieu de refuge, fuyez-le désormais ; car Dieu n’est point avec lui, et la paix de l’âme n’est pas là où Dieu n’est pas. » (Les épreuves de la vie, page 7 et suiv.)

« N’aimez point le monde, nous dit Saint-Jean, ni ce qui est du monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père céleste n’est point en lui. Car tout ce qui est dans le monde est ou concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie. Or le monde passe, et la concupiscence du monde passe avec lui. » (St-Jean Ep. 1. ch. 2.15. 16.)

« Tout le monde est sous l’empire du démon ; tout le monde est constitué en malice : — mundus totus in maligno positus est. (St-Jean 5, 19.)

« Malheur au monde à cause de ses scandales : — Vœ mundoa scandalis ! (St-Math. 18, 7.)

Ouvrons, après l’Évangile, notre traité de philosophie, notre abrégé de théologie, nous voulons dire le cathéchisme du diocèse ; et lisons, à la page quatre-vingt-quatrième :

D. Quelles sont les promesses que nous faisons au baptême ?

R. Nous promettons de renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et de vivre selon les maximes et les exemples de Jésus-Christ.

D. Qu’est-ce que les pompes et les œuvres de Satan ?

R. Ce sont les vanités du monde et les péchés.

Devons-nous donc nous étonner que Saint-Jean Chrysostome s’écrie avec une sainte alarme :

« Qu’il est difficile de se sauver dans le monde ! Je me représente les mondains comme une armée exposée aux traits de ses ennemis : à chaque instant, on voit tomber une foule de blessés et de mourants ; une grêle de flèches éclaircit les plus épais bataillons. Ainsi, dans le monde, le démon ne porte pas un seul coup qui ne donne la mort ! » (Ex. lib. 3, de Vita monast.)

Où est-ce (dit St-Laurent Justinien) que l’on invente et qu’on met en action toutes sortes d’artifices et de tromperies ? où est-ce qu’il arrive des dissensions, qu’on viole la justice, que la piété est anéantie, qu’on opprime les innocents, qu’on supplante et qu’on outrage les « saints, qu’on loue et honore les pécheurs, qu’on voit dominer l’ambition, que la vaine gloire est en vigueur ? où est-ce enfin, règnent tous les péchés et toutes les passions ? N’est-ce pas dans les villes ? N’y voit-on pas chacun désirer d’être plus puissant que tous les autres, de posséder plus de richesses, d’avoir une plus grande réputation populaire, et d’être estimé le plus sage et le plus habile ? C’est de cette cupidité et de ces passions pour les richesses et pour les honneurs que naissent tant de différents entre les hommes, tant d’inimitiés, tant de médisances et de calomnies. C’est cette cupidité qui fait rechercher avec tant d’ardeur la pompe, l’éclat, l’élévation : c’est qu’il n’y a, pour ainsi dire, personne dans le monde qui ne désire de se mettre au-dessus des autres. »

« Un égoïsme froid et dur règne dans les villes ; piastres et dollars, billets de banque et argent, hausse et baisse des fonds, c’est tout l’entretien : on se croirait à la Bourse ou au comptoir d’une grande boutique. » (Chateaubriand.)

« Il n’y a pas de milieu, nous dit l’abbé Martinet, il faut que les hommes choisissent entre le culte du Père qui est aux cieux et le culte de Mammon. »

« Le cœur que la foi, l’espérance et la charité ne font pas aspirer au ciel, place nécessairement sa foi, son espérance et son amour dans la matière, et par la puissance assimilatrice que l’objet aimé exerce sur celui qui aime, l’âme cupide devient matière. Ses pensées, ses désirs, ses craintes, ses espérances, ses antipathies, ses affections ont pour principe et terme la matière. L’avare est la propriété de la richesse bien plus qu’il n’en est le propriétaire.

« Par là il descend plus bas encore que le voluptueux. Celui-ci s’avilit sans mesure en prostituant une âme digne de Dieu seul à une créature de chair ; mais cette créature est le chef-d’œuvre de Dieu dans l’ordre matériel, et l’esprit qui l’habite et l’anime lui communique quelque chose de divin. L’avare, en adorant les métaux, la terre, la matière inorganique, arrive à la dernière limite de la dégradation ; c’est l’anéantissement de l’âme. Dans le libertin, elle se fait chair, elle s’animalise, s’identifie avec la sensation ; dans l’avare, elle se matérialise, se minéralise, perd toute sensibilité…. L’avare est sans remords. — Des milliers d’exemples attestent que le prêtre a reçu le pouvoir de dire à l’homme le plus animalisé : sois désormais un ange ! Mais convertir un avare, c’est-à-dire transformer une pierre en un enfant d’Abraham, (St-Math. 7, 14), est un prodige que Dieu se réserve.

« Rien de plus pervers que l’avare, nous dit l’Esprit-Saint ; de son vivant il a aliéné son âme, et jeté loin de lui ses entrailles. (Ecc. X. 9, 10.) Dans ses mains de fer, toujours ouvertes pour prendre, jamais pour donner, les biens se changent en maux. Il ne se sert de ce qu’il a que pour saisir ce qu’il n’a pas. Son or est un aimant dont la puissance, augmentant chaque jour, vide les bourses ; son champ dévore le champ de ses voisins. Comptant pour rien ce qu’il acquiert, il est tout entier à ce qu’il n’a pas acquis. Ses forces intellectuelles et matérielles, tendues constamment vers ce but, finissent par l’atteindre, et la conquête devient un nouveau moyen de conquérir. Sa vie froide et assujettie, comme tout le reste, au calcul, évite les excès qui en useraient les ressorts. À ses autres iniquités il joint la plus impardonnable de toutes, celle de vivre longtemps. » (A. Martinet, l’Emmanuel, p. 219 et suiv.)

Et tel est cependant le vice qui règne dans le monde ; c’est la cupidité qui entretient cette fiévreuse agitation de la foule, cette effrayante activité au profit de la matière.

« Le monde entoure de séductions et de pièges les êtres faibles et sans expérience qui osent se confier à sa trompeuse apparence et à ses promesses décevantes. Puis, par un inconcevable retour, qui devrait suffire pour ouvrir les yeux à ses victimes, et préserver d’un sort aussi funeste tous ceux qui n’ont pas encore succombé sous ses traits, quand l’infâme a triomphé des résistances de la vertu, quand l’innocence a cédé à son infernale fascination, il l’accable de ses mépris, il lui fait un crime d’avoir écouté ses conseils et d’être devenue aussi coupable qu’il l’est lui-même : Étrange disposition des choses humaines ! si vous fuyez le monde, il vous accuse d’être sauvage et ridicule ; si vous vous livrez à ses charmes, il vous méprise et attache sur votre front la note d’infamie qu’il traîne partout avec lui ; si vous êtes vertueux, votre vertu n’est réputée que cagotisme et hypocrisie ; si vous « participez aux égarements et aux erreurs du monde, on condamne votre facilité de mœurs, et on vous fait un reproche de suivre les exemples qui, de toutes parts, vous sont offerts. En vain essaieriez-vous de vous retrancher dans une espèce de juste-milieu, d’allier le rigorisme des sentiments à l’aménité des manières et aux agréments de l’extérieur, vous ne trouverez pas grâce aux yeux de ce monde injuste auquel vous avez essayé de plaire, et il exigera que vous fassiez un choix décisif entre votre conscience et lui.

« Oui, il n’est que trop vrai ! quand une jeune fille, cédant aux funestes conseils qu’elle entend de toutes parts, et qui se reproduisent sous mille formes diverses, dans les livres, au théâtre, dans les objets d’art, dans ces conversations perfidement nuancées qui remplissent ordinairement les intervalles des plaisirs, quand, dis-je, une jeune fille égarée par tant d’artifices, a vu son honneur faire un triste naufrage, alors le monde, bien loin de l’accueillir d’une douce et tendre compassion, bien loin de fermer les yeux sur sa faute et de reconnaître qu’elle a été conséquente avec les principes qu’il lui a inculqués, le monde la poursuit d’une curiosité insultante et maligne ; il rit d’un rire satanique, en contemplant son ouvrage, et s’applaudit des malheurs qu’il a causés. Le monde a mis tout en œuvre pour perdre l’innocence ; quand, docile à sa voix, l’innocence s’est laissée surprendre, alors il la repousse dédaigneusement et la rejette, seule avec elle-même, dans son désespoir et son déshonneur.

« Tel est l’esprit du monde ; telle est la cruelle conduite qu’il tient journellement envers ses malheureuses victimes. Mais tel n’est pas l’esprit du christianisme ; tels ne sont pas ses inspirations et ses sentiments. Sentinelle infatigable, le christianisme est toujours là : il prémunit la jeunesse contre les séductions que prépare à son inexpérience le monde, son implacable ennemi ; il l’avertit que ses caresses sont trompeuses, et qu’il ne la flatte que pour mieux l’envelopper dans ses pièges. Si la jeunesse a été rebelle à ses sages avertissements, et que les fatales prédictions se sont réalisées, alors le christianisme vient à son secours, il la relève du profond découragement où l’a jetée sa faute, il la reçoit dans ses bras, il la console, et, aux lamentations du désespoir, il fait succéder les douces larmes du repentir. Il lui répète que le repentir est une seconde innocence, et qu’elle n’a pas tout perdu, puisqu’il lui reste encore un Dieu qui lui pardonne, et le ciel qui l’attend.

« Est-il étonnant que ces doux sentiments de charité, ces paroles si tendres, cette compassion si affectueuse, touchent des cœurs qui n’étaient qu’égarés, et déterminent les plus heureux changements ? Cette transition si soudaine et si étrange de la scène du monde, où s’agitent tant de passions, où se développe incessamment tant de perfidie et de cruauté, à la vie chrétienne si paisible, si unie et si douce, doit frapper ces victimes du monde ; et, dans leur profonde reconnaissance pour le Dieu qui les accueille, qui les sauve à la fois du déshonneur et du désespoir, elles s’écrient : « Oui, la religion chrétienne qui assure notre félicité dans l’autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. » (Bienfaits du Christianisme, p. 61 et suiv.)

Écoutons maintenant l’Aigle de Meaux :

« Tout est corruption dans le monde, dit Saint-Jean ; tout est ou concupiscence des yeux ou orgueil de la vie : Omne quod est in mundo, concupiscentia carnis est, et concupiscentia oculorum, et superbia vitæ. (I Joan. II. 16.) Tout le monde est sous l’empire du malin esprit : « Mundus totus in maligno positus est. » (Ibidem v. 19.) Au contraire, nous trouverons Jésus-Christ dans le désert ; nous y verrons la nature dans sa pureté : elle nous paraîtra peut-être d’abord affreuse, à cause de l’habitude que nous avons de voir les choses si étrangement falsifiées par l’artifice éblouissant de la séduction ; mais l’illusion faite à nos sens se dissipera bientôt dans le calme de la solitude, et la nature nous y plaira d’autant plus, qu’elle n’y est point gâtée par le luxe.

« Si comme Jésus-Christ, nous n’y avons de société qu’avec les bêtes, cum bestiis, (Marc I. 13.) pensons que les hommes sont plus sauvages, plus cruels que les animaux les plus farouches ; là, c’est l’instinct qui conduit : dans les hommes, c’est une malice déterminée et délibérée. C’est ce qui jette le prophète dans la solitude.

« Qui me fera trouver dans le désert, s’écrie Jérémie, une cabane de voyageurs ? » Quis dabit me in solitudine diversorium viatorum ? (Jer. IX. 2.) « afin que j’abandonne mon peuple et que je « me retire du milieu d’eux : Et dere- linquam populum meum, et recedam ab eis. (Jer. IX. 5.) Chacun se rit de son frère : Vir fratrem suum deridebit. Qu’est-ce qu’on fait dans le monde, que de se moquer les uns des autres, que chercher tous les moyens de se tromper, de se nuire réciproquement, de se supplanter ? Habitatio tua in medio doli. (Ibidem, 6.) Il n’y a plus de saint sur la terre ; on ne sait plus à qui se fier : Periit sanctus de terra (Mich. VII. 2.)

« Dans cet état de choses, celui qui veut sincèrement penser à son salut et entrer dans la pénitence, ne doit-il pas se réfugier dans la solitude, et chercher son appui en Dieu seul ? Ego autem ad Dominum aspiciam… ; audiet me Deus meus. (Ibidem. 7.) Plus il se séparera des créatures, plus il trouvera des consolations avec Dieu dans la retraite ; et au défaut des secours humains, les anges mêmes lui seront envoyés pour le servir : Et angeli ministrabant illi. (Marc. I.13.) » Bossuet, Pensées chrétienne et morales.)

Après le cri sauvage de l’Aigle, écoutons le chant non moins sauvage du Cygne, l’un et l’autre d’accord avec la vérité, et fidèles échos de tant d’autres voix harmonieusement sauvages :

« C’est une pitoyable erreur, que de s’imaginer qu’on sacrifie beaucoup à Dieu, quand on quitte le monde pour lui ; c’est renoncer à une illusion pernicieuse, c’est renoncer à de vrais maux déguisés sous une vaine apparence de bien. Perd-on un appui quand on jette un roseau fêlé, qui loin de nous soutenir, nous percerait la main si nous voulions nous y appuyer ? Faut-il bien du courage pour s’enfuir d’une maison qui tombe en ruine, et qui nous écraserait dans sa chute ? Que quitte-t-on en quittant le monde ? Ce que quitte celui, qui à son réveil sort d’un songe plein d’inquiétude… Je ne veux que le monde pour apprendre aux hommes, combien le monde est digne de mépris. Mais pendant que les enfants du siècle parlent ainsi, quel est le langage de ceux qui doivent être les enfants de Dieu ? Hélas ! ils conservent une estime et une admiration secrète pour les choses les plus vaines, que le monde même, tout vain qu’il est, ne peut s’empêcher de mépriser. Ô mon Dieu ! arrachez, arrachez du cœur de vos enfants cette erreur maudite : j’en ai vu, même de bons et de sincères dans leur piété, qui faute d’expérience étaient éblouis d’un éclat grossier ; ils étaient étonnés de voir des gens avancés dans les honneurs du siècle leur dire : nous ne sommes pas heureux ! Cette vérité leur était nouvelle, comme si l’Évangile ne la leur avait pas révélée ; comme si leur renoncement au monde n’avait pas dû être fondé sur une pleine et constante persuasion de sa vanité. Ô mon Dieu, le monde, par le langage même de ses passions, rend témoignage à la vérité de votre Évangile, qui dit : malheur au monde ! Et vos enfants ne rougissent point de montrer, que le monde a encore pour eux quelque chose de doux et d’agréable.

« Le monde est le royaume de Satan : et les ténèbres du péché couvrent cette région de mort. Malheur au monde à cause de ses scandales ! Hélas ! les justes même sont ébranlés ! Ô qu’elle est redoutable cette puissance de ténèbres, qui aveugle les plus clairvoyans ; c’est une puissance d’enchanter les esprits, de les séduire, de leur ôter la vérité, même après qu’ils l’ont crue, sentie et aimée. Ô puissance terrible, qui répand l’erreur, qui fait qu’on ne voit plus ce que l’on voyait, qu’on craint de le revoir, et qu’on se complaît dans les ténèbres de la mort ! Enfants de Dieu, fuyez cette puissance ; elle entraîne tout, elle lutte, elle tyrannise, elle enlève les cœurs. Écoutez Jésus-Christ qui crie : On ne peut servir deux maîtres, Dieu et le monde. Écoutez un des Apôtres, qui ajoute : adultère, ne savez-vous pas, que l’amitié du monde est ennemie de Dieu ? Point de milieu, nulle espérance d’en trouver : c’est abandonner Dieu, c’est renoncer à son amour, que d’aimer son ennemi. Mais en renonçant au monde, faut-il renoncer à tout ce que le monde donne ? Écoutez encore un autre Apôtre, c’est Saint Jean : N’aimez ni le monde, ni les choses qui sont dans le monde, ni lui, ni ce qui lui appartient. Tout ce qu’il donne est aussi vain, aussi corrompu, aussi empoisonné que lui. Mais quoi, faut-il que les chrétiens vivent dans ce renoncement ? Écoutez-vous vous-même du moins, si vous n’écoutez pas les Apôtres : Qu’avez-vous promis dans votre baptême pour entrer, non dans la perfection d’un Ordre Religieux, mais dans le simple Christianisme et dans l’espérance du salut ? Vous avez renoncé à Satan et à ses pompes. Remarquez quelles sont ces pompes. Satan n’en a point de distinguées de celles du siècle. Les pompes du siècle, qu’on est tenté de croire innocentes, sont donc, selon vous-mêmes, celles de Satan, et vous avez promis de les délester. Cette promesse si solennelle, qui vous a introduit dans la société des fidèles, ne sera-t-elle qu’une comédie et une dérision sacrilège ? Le renoncement au monde et la détestation de ses vanités, est donc essentielle au salut de chaque chrétien. Celui qui quitte le monde, qu’y ajoute-t-il ? il s’éloigne de son ennemi, il détourne les yeux pour ne pas voir ce qu’il abhorre, il se lasse d’être aux prises avec cet ennemi, ne pouvant jamais faire ni trêve ni paix. Est-ce là un grand sacrifice ? n’est-ce pas plutôt un grand soulagement, une sûreté douce, une paix qu’on devrait chercher pour soi-même, dès qu’on désire d’être chrétien, et n’aimer pas ce que Dieu condamne ? Quand on ne veut point aimer Dieu, quand on ne veut aimer que ses passions, et s’y livrer sans Religion par ce désespoir dont parle saint Paul, je ne m’étonne pas qu’on aime le monde et qu’on le cherche : mais quand on croit la Religion, quand on désire de s’y attacher, quand on craint la justice de Dieu, quand on se craint soi-même, et qu’on se défie de sa propre fragilité, peut-on craindre de quitter le monde ? Dès qu’on veut faire son salut, n’y a-t-il pas plus de sûreté, plus du facilité, de secours, de consolation dans la solitude ? Laissons donc pour un moment toutes les vues d’une perfection sublime, ne parlons que d’amour de son salut, que d’intérêt propre, que de douceur, et de paix dès cette vie. Où sera-t-il, cet intérêt même temporel, pour une âme qui toute religion n’est pas éteinte ? Où sera-t-elle cette paix, sinon loin d’une mer si orageuse, qui ne fait voir partout qu’écueils et naufrages ? Où sera-t-elle, sinon loin des objets qui enflamment les désirs, qui irritent les passions, qui empoisonnent les cœurs les plus innocents, qui réveillent tout ce qu’il y a de plus malin dans l’homme, qui ébranlent les âmes les plus fermes et les plus droites ? Hélas, je vois tomber les plus hauts Cèdres du Liban, et je courrai au devant du péril, et je craindrai de me mettre à l’abri de la tempête ? N’est-ce pas être ennemi de soi-même, rejeter le salut et la paix, en un mot aimer sa perte, et la chercher dans un trouble continuel ?

Après cela faut-il s’étonner si saint Paul exhorte les Vierges à demeurer libres, n’ayant d’autre Époux que l’Époux céleste. Il ne dit pas, c’est afin que vous soyez dans une oraison plus éminente : il dit, afin que vous ne soyez point dans un malheureux partage entre Jésus-Christ et un époux mortel ; entre les exercices de la Religion, et les soins, dont on ne peut se garantir, quand on est dans l’esclavage du siècle. C’est afin que vous puissiez prier sans empêchement. C’est que vous auriez, dit-il, dans le mariage les tribulations de la chair, et je voudrais vous les épargner ; c’est, dit-il encore, que je voudrais vous voir dégagées de tout embarras. À la vérité ce n’est pas un précepte, car cette parole, comme Jésus-Christ le dit dans l’Évangile, ne peut être comprise de tous. Mais heureux, je dis heureux même dès cette vie, ceux à qui il est donné de la comprendre, de la goûter et de la suivre ! Ce n’est pas un précepte, mais un conseil de l’Apôtre plein de l’esprit de Dieu. C’est un conseil que tous n’ont pas le courage de suivre ; mais qu’il donne à tous en général, afin qu’il soit suivi de ceux, à qui Dieu mettra au cœur le goût et la force de le pratiquer. Ô affreuses tribulations du mariage, qu’il est doux de vous fuir dans la solitude. Ô sainte virginité, heureuses les chastes colombes qui sur les ailes du divin amour vont chercher vos délices dans le désert ? Ô âmes choisies et bien-aimées, à qui il est donné de vivre indépendantes de la chair ! Elles ont un Époux qui ne peut mourir, en qui elles ne verront jamais aucune ombre d’imperfection, qui les aime, qui les rend heureuses par son amour. Elles n’ont rien à craindre que de ne l’aimer pas assez, ou d’aimer ce qu’il n’aime pas. Oh ! si je pouvais traîner le monde entier dans les cloîtres et les solitudes, j’arracherais de sa bouche un aveu de sa misère et de son désespoir. » (Fénélon, entretien sur les avantages de la vie religieuse.)|85}}

Depuis Saint-Paul jusqu’à Fénélon, et depuis Fénélon jusqu’aux apôtres contemporains, des voix éloquentes n’ont cessé de louer, de recommander et de persuader la pratique des Conseils Évangéliques. Les conciles et tous les plus grands Docteurs ont parlé dans le même sens : le 1er concile de Milan dit « qu’il faut exhorter les peuples « non seulement à la pratique des préceptes mais aussi des conseils Évangéliques, et à la perfection. »

Le 3e concile de Milan dit encore « que les prédicateurs doivent exhorter les difèles au mépris du monde, à la perfection de la vie chrétienne, et à la pratique des conseils. » C’est là l’esprit de l’Évangile, l’esprit de l’Église ; c’est là le triomphe de l’amour divin. — Heureux donc celui qui a compris et réalisé dans sa conduite la perfection conseillée par Jésus-Christ et pratiquée par tant d’héroïques vierges ! Heureux l’homme qui a choisi la meilleure part, la vie de l’esprit ! Heureux l’anachorète qui, éloigné des hommes, mène une vie angélique ! Heureux surtout, et brillants comme le soleil, les Pierre d’Alcantara et les Jean de la Croix, qui, embrasés d’un feu tout céleste, portent par l’éloquence divine de leurs discours les grandes âmes à embrasser une perfection sublime ! Heureux les maîtres et les disciples ardents de cette École Mystique, qui, depuis l’Apôtre bien-aimé et Denis l’Aréopagite, jusqu’à Marie Boudon et Bernières-Louvigny, a compté tant de glorieuses conquêtes dans tous les rangs de la société chrétienne ! Heureux ceux-là, et tous ceux qui viendront pour répandre comme eux les paroles d’amour qui enfantent l’héroïsme et qui peuplent la solitude des anges de la terre !

D’après tout ce que nous venons de lire, ne devons-nous pas être dans les sentiments du Solitaire Chasteuil, dont la vie tranquille et méditative était incomprise et blâmée par le monde ?

« Le monde, nous dit son historien, croyait produire un grand effet sur Chasteuil en traitant de sauvage cette vie de silence et de méditation. Loin de s’en émouvoir, il s’étonnait de ce que le monde, si rempli de déceptions, de douleurs et de désastres, eut néanmois la prétention d’être le seul lieu ou l’on put vivre heureux. Aussi le Solitaire avait-il bien réellement pitié de ce monde qui semblait avoir pitié de lui. C’est alors que nautonnier hors des flots, il voyait à ses pieds d’un œil peu séduit ces misères orageuses que le monde appelle ses honneurs, ses plaisirs ; et qu’il aimait à répéter le cri que le roi prophète poussait du haut du trône : J’ai levé les yeux vers les montagnes d’où le secours me viendra ; c’est alors qu’il comprenait le Christ pleurant sur les femmes de Jérusalem qui pleuraient sur lui. » (Danielo.)

 
An envious world will interpose its frown
To mar delights superior to its own.

(Cowper.)

 
How is the world deceiv’d by noise and show ;
Alas, how different to pretend and know !
Like a poor highway brook, pretence runs loud,
Bustling, but shallow, dirty, weak and proud : —
While like some nobler stream, true knowledge glides
Silently strong, and its deep bottom hides.

(Hill.)

 
So millions are smit with the glare of a toy ;
They grasp at a pebble, and think it a gem,
And tinsel is gold, if it glitter to them..

(Marsden.)

 
The world can never give
The bliss for which we sigh..

(Montgomery.)

« Dans le monde, on se sent oppressé par ses facultés, et l’on souffre d’être seul de sa nature au milieu de tant d’êtres qui vivent à si peu de frais. » (Mme de Stael.)

« La vertu qui ne se prête pas aux usages du monde passe pour un vice d’humeur ; le vice qui s’y accommode est regardé comme une vertu de société. » (Valéry.)

« Dans le monde, les uns aiment l’argent, les autres le pouvoir, les autres la renommée ; tous aiment leur volonté particulière. C’est à qui n’obéira pas ; c’est, j’ose le dire, à qui marchandera le mieux pour avoir le ciel à meilleur prix ; on ne donne rien à Jésus de ce que l’on croit pouvoir impunément retenir………

« On se paie de mille défaites pour vaquer avant tout aux misérables soins de la fortune, de l’avancement, du bien-être ; on se figure que la gloire de l’Église est intéressée à ce qu’on devienne riche, influent, à ce qu’on rie et qu’on se porte bien ; on outrage la foi par mille « concessions que l’on veut lui arracher chaque jour. » (Louis Veuillot, Rome et Lorette, LII.)

« Saint-Paul nous a prédit, dans sa seconde épître à Timothée, un temps où les hommes ne pourront plus souffrir la saine doctrine, et ayant une extrême démangeaison d’entendre ce qui les flatte, ils auront recours à une foule de docteurs propres à satisfaire leurs désirs : et fermant l’oreille à la vérité, ils l’ouvriront à des fables. — Mais pour vous, (Timothée) veillez continuellement afin d’arrêter le cours de ces désordres : souffrez constamment tous les travaux, que vous serez obligé d’entreprendre pour cela : faites la charge d’un bon évangéliste qui annonce l’évangile dans toute sa pureté : en un mot, remplissez tous les devoirs de votre ministère. » (2. Epit. Timoth. 4, 3. Trad. du P. Carrière.)

« L’éloquent Prosper d’Aquitaine dit : « les Évêques sont les proclamateurs énergiques de la vérité, les ennemis de la doctrine perverse.… Heureux le peuple possédant un homme de semblable mission ! Chaque jour il répandra sur la contrée les vérités comme le soleil y verse ses flots. Par la pluie brillante du soleil, la terre fleurit ; par la vérité répandue, le champ des âmes s’émaille de couleurs divines. »(Mgr de Tulle, J. B, Léonard.)

« Qui fait les mauvais prêtres, (nous dit l’abbé Martinet,) qui les protège ? Évidemment, c’est le monde ! Pourquoi le prêtre rebelle trouve-t-il faveur dans le monde ? C’est que beaucoup sont en quête d’une religion agréable au cœur ennemi de la gêne ; et il n’y a que le mauvais prêtre qui puisse lui faire ce présent. Depuis trois mille ans, on n’a cessé de dire aux prophètes pervertis : Hommes de Dieu, donnez-nous une religion qui nous plaise ; loquimini nobis placentia. (Is. XXX, 10) ; et les prophètes, pour complaire à leurs fauteurs, comme aussi pour se justifier eux-mêmes, jettent au moule une religion nouvelle qu’ils dorent de quelque parole divine. La foule se prosterne avec amour devant le veau d’or, qu’elle a demandé, et dont elle a fourni la matière. » (Exod. XXXII) (3e Problème, p. 217.)

Soyons donc attentifs, nous docteurs de la loi, gardiens fidèles de la science divine, à qui une auréole est promise dans le ciel.

« Il ne faut pas s’étonner, dit le biographe du cardinal Tommasi, si la vérité nous suscite beaucoup d’ennemis, et nous expose au blâme et à la critique de cette multitude de gens superficiels et intéressés que l’on rencontre toujours devant soi quand on veut faire le bien. »

Tout prédicateur apostolique, c’est-à-dire, plein de zèle, d’indépendance et de courage, se déclare l’ennemi du vice et de l’erreur, et par là même il s’attire des persécutions. Celui qui est muet, qui n’ose pas dire la vérité, reprendre le vice, avertir et menacer, celui-là plaît, parce qu’il ne blesse pas ; mais est-il un apôtre ?

La prédication est la fonction la plus apostolique. Saint-Paul, étant bien persuadé de cette vérité, assure que Jésus-Christ l’avait envoyé, non pour baptiser, mais pour prêcher.

L’importance de la prédication a été comprise de tous temps : c’est pourquoi les prédicateurs sont déchargés, en grande partie, des détails du ministère ; c’est pourquoi les fidèles doivent subvenir à leurs besoins matériels, afin qu’ils puissent librement, et sans préoccupations, exercer leur apostolat, dispenser la parole divine et nécessaire : de là aussi les religieux mendiants et prêcheurs, — les Franciscains, Dominicains, etc.

Dans le 3e Concile de Baltimore, décret 2d. nous lisons :

« Ne sacerdotes, cum sacri ordinis dedecoro, mendicare, vel egestatem pati cogantur, Episcopos hortamur, ut fideles moneant muneris quo tenentur eis prœcipue qui in verbo et doctrina laborant, congruam sustentationem suppeditare. »

Prêcher, enseigner, c’est donc autant, et plus, que baptiser, bénir des mariages, et faire des enterrements.

Dans l’Église, il y a des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et des docteurs ; il y a des contemplatifs et des hommes d’action. —

Se taire et prier dans l’inaction comme Marie, c’est autant, et plus qu’agir et se plaindre comme Marthe ; étudier, prêcher, et entendre les confessions, c’est autant, et plus, que d’administrer les autres sacrements : à chacun donc sa place et sa fonction, à chacun sa spécialité dans l’ordre hiérarchique.

Il faut des prédicateurs pour prêcher les conseils, aussi bien que les préceptes évangéliques ; il en faut, parce que, dans tout pays où la population catholique est un peu nombreuse, il peut se trouver, il se trouve toujours quelques âmes d’élite dont la vocation est d’embrasser une vie de perfection, — la vie ascétique et contemplative ; — et ces âmes ont besoin que leur vocation soit encouragée par quelqu’un qui marche dans la même voie, qui est animé du même esprit, et qui est assez désintéressé, assez instruit et courageux pour les diriger dans cette voie hérissée de difficultés et pleine de dangers. N’y aurait-il qu’une seule de ces âmes, elle a plus de droit à notre ministère que mille autres, qui se traînent dans les voies ordinaires de la tiédeur ou d’une piété mondaine.

« Une seule de ces âmes est plus considérable aux yeux de Dieu que mille autres ; c’est pourquoi l’on doit s’y appliquer avec plus d’attention et souffrir courageusement et constamment les croix qui arrivent pour la direction de ces âmes ; car le démon, qui en enrage, en suscite de tous côtés. Sainte-Thèrèse dit du Père Balthazar, son directeur, qu’il n’eut pas peu à souffrir pour les mauvais jugements que l’on faisait d’elle, car l’on s’en prenait à lui ; mais il lui assura que tout cela ne lui ferait pas quitter sa direction, et qu’il ne lui manquerait pas. C’est l’esprit des Saints, dont il n’y a rien de plus généreux ; ils ne craignent que Dieu ! et tout le mal que les hommes et les démons s’efforcent de leur faire, c’est ce qui fait leur joie ! — (Le règne de Dieu dans l’oraison mentale, par Boudon, page 489.)

Plus une âme est détachée, généreuse, sublime ; plus elle marche dans le chemin royal de la croix et se trouve élevée dans la contemplation, plus il faut de courage et de dévouement pour la diriger et lui rester fidèle.

« Sciat Director, dit Scaramelli, compluries partem quamdam insectationum, quas purgantes hæ animæ sufferunt, in ipsum quoque Directorem esse redundaturam ; nam si spiritusearum ab aliis non modo non approbetur, sed rejiciatur etiam, ipsarum etiam ductor vituperabitur, ac traducetur qua indiscretus, parum doctus, nimium credulus, incautus, imprudens : et si persona afflicta fœminei sexus est, forte etiam castitatis ejus honor vapulabit. — S. Theresia de suo confessario, societatis Jesu Religioso, in hæc verba scribit : « triennio, et amplius,… satis molestiarum mei causa et per me passus estadeo ut vererer, ne tandem invenire non possem aliquem, qui mihi confitenti aures dare vellet, sed omnes a me velut profana fugerent : itaque in lacrymas tota resolvebar. Sed Dei providentia ita eum permovit, ut me patienter ferre, et aures confitenti dare voluerit : erat quippe tam zelosus Dei servus, ut ejus causa nihil non tentasset. » (in vita, cap. 28.)

« Interea Director in talibus rerum adjunctis hoc ordine progrediatur, si sacrum suum ministerium, aut doctrinam suam vituperari videat, respondeat duntaxat, defendatque suam causam, debita tamen utique semper cum modestia : nam in ejusmodi casibus, juxta S. Hieronymum, dissimulare non convenit : non est patientia beata (verba sunt sancti Doctoris) contra doctrinam aut fidem catholicam sustinere calumniam, neque Christi Discipuli dissimulare. (Ep. ad, Ruf.) — Si maledicæ ejusmodi linguæ autem solam ipsius personam arrodant, generose omnia Deo offerat, causam suam ei commitat, in eoque confidat, qui proprio ore edixit : mihi vindicta ; ego retribuam. (Ad. Rom. cap. 12. v. 19.) Det suo discipulo præclarum exemplum circa modum, quem ipse in iisdem tribulationibus tenere debet. — Ante omnia autem caveat, ne, ut ab hujuscemodi contradictionibus se eximat, in animum inducat, talem personam, suæ a Deo curæ commissam deserere : id enin nimium vituperabilis tam erga hunc, quam erga illam infidelitas foret. Ob oculos ergo sibi ponat ingentem gloriam, quam a Deo sperare potest : Si talium ei adeo dilectarum animarum regimini invigilet : frequenter animo revolvat magnum prœmium, quod Deus fidelibus suis amicis repomisit, si ob sanctas ac justas causas insectationes exantlaverint : Beati, qui persecudonem patiuntur propter justinam : quoniam ipsorum est regnum cœlorum — Beati estis, cum maledixerint vobis, et persecuti vos fuerint et dixerint omne malum adversum vos mentientes, propter me : gaudete et exultate, quoniam merces vestra copiosa est in cœlis. (Math. 5. v. 11.) Et mente sanctis his cogiationibus imbuta omnes murmurationes et vana hominum verba obliviscens despiciat, ac ductum sancte inceptum fortitudine pectore sacerdotali digna intrepidus prosequatur. » (Directorium mysticum, auctore Joan. Bapt. Scaramello, Tr. v. cap. XIII, p. 501, 502.)

Ainsi donc, si une âme nous est envoyée par Dieu, nous devons nous conduire à son égard sans nous préoccuper ni des uns ni des autres ; nous devons nous conduire avec un courage apostolique et un indéfectible dévouement ; nous devons dire : « périsse tout l’univers ! » mais cette âme, qui nous est confiée par le Seigneur, dont il nous demandera compte, dont nous répondrons au jour du jugement, cette âme chérie, nous devons l’éclairer, l’encourager, la protéger, l’aider de toutes nos lumières et de toute notre charité : nous sommes chargés en conscience de sa glorification et de son salut !

Quiconque n’agit pas ainsi, au risque de tout perdre et de se voir persécuté, n’est pas digne du nom de prêtre, et déshonore son caractère plus qu’angélique : oui, le dernier refuge de la lâcheté doit être le cœur d’un prêtre !

Ah ! tremblons d’avoir été infidèles à notre devoir ! Craignons de manquer aux âmes d’élite, aux vocations religieuses ; craignons de leur manquer plutôt qu’elles ne manquent, et d’avoir un compte terrible à rendre à Dieu, pour n’avoir pas accompli notre devoir avec désintéressement, avec indépendance et courage ; pour avoir abandonné la direction des âmes héroïques, qui devaient trouver en nous un appui sûr et une fidélité à toute épreuve.

Ce n’est pas le nombre, mais la qualité des sujets qui compte dans l’Église. — Que font à l’Église tous ces chrétiens fardés de religiosité ; tous ces néo-chrétiens de couleur indéfinie ; ces chrétiens mi-protestants, mi-mondains, — étranges acteurs à deux masques, sacrilèges Protées ? — Est-ce pour ne pas blesser ceux-là que nous devons taire l’austère vérité de l’Évangile, la belle et harmonieuse vérité catholique ? Devons-nous la désaccorder, pour satisfaire le faux goût de ces âmes qui ont cessé d’être à l’unisson avec elle ?

« Il faut une profonde abnégation, nous dit l’abbé Martinet, pour se faire héraut de la vérité. »

« The man, ajoute Brownson, who is afraid of being called hard names, must not in these times venture to write the truth. The truth is become unpopular, and the assertion of it is sure to meet the decided disapprobation of the wicked »

« Le temps de la controverse est passé ; « Il faut substituer à la parole froide et contentieuse du controversiste, la parole simple, lumineuse, chaude de l’apôtre, la parole de Jésus-Christ, trempée dans son amour. » (A. Martinet.)

Nous devons exposer la vérité, abstraction faite des « qu’en pensera-t-on et des qu’en dira-t-on ! » abstraction faite des délicatesses et des susceptibilités du monde et du protestantisme : notre mission n’est pas d’accommoder la vérité invariable au goût changeant et dépravé du siècle.

« The habit, (nous dit le célèbre Faber) of always thinking first how any tenet, or practice, or fact, is most conveniently presentable to an adversary, may soon, and almost imperceptibly, lead to profaneness, by introducing the spirit of rationalism into matters of faith ; and to judge from the works of our greatest « Catholic divines, it would appear that the deeper theologian a man is, the less does he give way to this studious desire of making difficulties easy at any cost short of denying what is positively defide. They seem to handle truth religiously just in the way that God is pleased to give it us, rather than to see what they can make of it themselves by shaping it for controversy, and so by dint of skillfull manipulation squeeze it through a difficulty. The question is not, « what will men say of this ? How will this sound in controversy ? will this be objected to by heretics ? » but, « Is this true ? is this kind of thing approved by the Church ? Then what can I get out of it for my own soul ! Ought not my views to be deeper than they are ! »….

« If, then, any one unaccustomed to the literature of Catholic Countries, and with their ears unconsciously untuned by the daily dissonance of the errors and unbelief around them, should be startled by this volume, let him pause before he pronounces judgment. Persons, who have unfortunately more call to defend their religion than time to study it, fancy they gain a sort of mock strength, or at least pleasantly and triumphantly surprise an adversary, when they throw over-board to his mercy, as sailors throw meat to a shark, anything wonderful, as though it were necessarily superstitious. But in this way a man may make wild works of solemn things without knowing it, and he whets rather than stays the appetite of his opponent, who presently follows him up again with a new and indeed, in his case, an unanswerable charge of inconsistency. A Catholic, do what he will, cannot weed his religion of the supernatural ; and to discriminate between the supernatural and the superstitious is a long work and a hard one, a work of study and of reverent meditation. O how hard it is, if men do not kneel to meditate, to hear a thing denied all around them everyday, and yet maintain a joyous and unshaken faith therein ! It may seem to him then a serious question whether be himself is not out of harmony with the mind of the Church ; whether his faith is not too feeble, and his distrust of God’s wonders too overweening and too hold ; whether, in short, for the good of his own soul, he may not have the principle of rationalism to unlearn, and the temper of faith, sound, reasonable, masculine, yet child-like faith, to broaden, to heighten, and to deepen in himself. The enemy of souls has directed the brilliant but shallow and ungodly eloquence of irreligious reviews against the canonized servants of God, although neither sparkling sarcasm, nor wordy antithesis, nor patronising impertinence avail to hide the foolishness, the want of depth, and the absence of all grasp of philosophical principles or sound historical learning which these poor effusions show.

« Now, as before,the foolishness of the cross, the simplicity of the faith, the calm trustful dignity of the Church, and the untremulous voice of her infaillible decrees will prevail : the noisy profaneness will spread knowledge without impairing faith ; and the lowly obscure disciples of our blessed Lord will not be robbed of their consolation through an idle and a craven fear of provoking a pointless taunt. We must not, therefore, necessarily conclude that scandal is being given if clamour is raised, or if the real latent infidelity of the clamour be clothed in the pomp of sober words or frightened piety. Piety is never frightened but where faith is weak, and although it would be wicked indeed to run so much as a risk of offending out of a mere spirit of wanton enterprise, it would be worse still to impair our heritage of truth to withhold now what the Evil one himself is showing us needed now, and to keep profaneness quiet at the expense of his honour who worketh wonders. O in how many may not weak faith be strenghtened, and by how many may not dangerous and unsound principles be abandoned, and from how many minds may not stray sympathies with heresy be weeded out, and how many hearts may there not be moved to higher things, to loftier aims, to more heavenly vocations. » (T. W. Faber, The life of St. Rose, preface.)

Aujourd’hui, nous dit l’illustre et saint abbé de Hohenlohe :

« Les devoirs du prêtre sont d’une grande étendue et pleins de difficultés. Le monde observe le ministre de la religion avec des yeux de lynx, et plus il est élevé plus il est exposé aux jugements des hommes. Le monde n’épie rien tant que les défauts d’un ecclésiastique ; déjà l’ombre de la moindre faute l’offense grièvement. Le prêtre même le plus intact ne saurait toujours éviter la pierre d’achoppement. Les actions les plus « innocentes sont observées, critiquées et interprétées en mal. Qu’on ne s’y méprenne pas ; on se trompe en pensant que le monde jugera favorablement le prêtre qui s’y présente comme un homme de bonne compagnie, de bon ton, qui se montre complaisant, qui sait fort bien s’y prendre dans toutes les situations, et qui est honoré du titre enchanteur d’un prêtre séculier bien poli. Il n’échappera pas pour cela à la censure du monde. Une conduite vague et irrésolue ne convient plus de nos jours ; il faut se déclarer avec précision pour l’un ou pour l’autre parti. Je sais bien que souvent l’ignominie et le mépris sont le partage du prêtre qui se voit en opposition avec un grand parti auquel il est un scandale et une folie ; mais que cela ne l’empêche pas de montrer la plus grande exactitude dans l’obéissance qu’il doit à l’Église, à son chef visible et à son Évêque. » (Le prince abbé de Hohenlohe, ses mémoires, p. 95, 96.)

Le prêtre est le sel de la terre, — sal terræ ; il est la lumière du monde, lux mundi : si le sel s’affadit, si la lumière s’obscurcit ou déteint, que deviendra la terre, que deviendra le monde ? La mission du prêtre véritable est de répandre le sel qui prévient ou détruit la corruption ; et la lumière qui dissipe les ténèbres de l’esprit, réchauffe le cœur, et donne la vie à ceux qui étaient assis à l’ombre de la mort. Clama, ne cesses, nous dit un prophète : criez, élevez sans cesse la voix ! — Prœdica verbum, insta opportune, importune, nous dit l’apôtre : annoncez la parole, pressez les hommes à temps et à contre-temps, ne fût-ce que pour inquiéter le vice et empêcher l’erreur de prescrire !

Mais si le monde est tel, et si telle est la position périlleuse de l’homme au milieu du monde, c’est donc à celui qui s’y trouve sans un ami, et comme isolé, c’est à lui surtout qu’il faut dire : væ soli ! Au milieu de l’égoïsme, de l’envie et des inquiètes rivalités qui règnent aujourd’hui, nous avons besoin, plus qu’en aucun autre temps, d’un ami sincère et éclairé, courageux et dévoué ; d’un ami particulier, confidentiel, et choisi entre mille.

Dans la vie religieuse on peut se passer de l’appui et des encouragements d’un ami particulier : tous les religieux d’un même ordre sont unis par la charité ; chacun est porté au bien par le bon exemple général ; chacun est soutenu et protégé par la force de tout le corps, par l’esprit de tout l’ordre. Dans le monde, ce n’est plus cela : nous nous trouvons seul en face de nombreux ennemis, qui se déguisent et se transforment pour nous séduire ; nous avons à lutter contre le cours impétueux du grand fleuve de la corruption générale ; nous sommes entraînés par le courant magnétique des idées et des passions mauvaises ; nous dérivons chaque jour vers des syrtes cachées : nous avons donc besoin d’un ami selon Dieu, comme d’un point d’arrêt et d’appui ; nous avons besoin, sur cette mer orageuse et semée d’écueils, d’une étoile brillante, d’une boussole invariable, d’un gouvernail sûr ; sans l’amitié conseillère et directrice, clairvoyante et pleine de sollicitude, que deviendrait notre barque, incertaine de sa route au milieu de la tempête ? — C’est donc surtout à celui qui est sans un ami au milieu du monde qu’il faut dire : væ soli ! — malheur à celui qui est seul !

« L’ami fidèle, nous dit le Saint-Esprit, est un remède qui donne la vie et l’immortalité ; ceux qui craignent Dieu, trouvent un tel ami. » (Eccles. 6, 16.)

« L’ami fidèle est une forte protection ; celui qui l’a trouvé a trouvé un trésor. (Eccles. 6, 14.)

Mais si c’est Dieu qui nous donne un ami fidèle, c’est Dieu aussi qui nous donne un directeur selon notre vocation.

« Dieu a ordonné toutes choses, dit Saint-Paul, si bien, que, comme nous voyons des sympathies d’humeurs qui produisent les plus fermes amitiés, il s’en rencontre de semblables entre les esprits, d’où naissent les alliances spirituelles. C’est la cause de ce que l’expérience nous fait voir, que quelques personnes de médiocre capacité feront de plus puissantes impressions sur certaines âmes, et gagneront plus sur leur volonté, que de grands théologiens, et des langues disertes, qui n’auront pas cette secrète correspondance. » (Les triomphes que la vie Religieuse etc. par R. P. Ives de Paris, capucin, p. 724.)

Ce n’est donc pas précisément et toujours le degré de science ou de sainteté qui nous influence et nous détermine dans le choix d’un directeur ; ce n’est pas non plus ce qui constitue essentiellement une bonne et puissante direction : mais, c’est un attrait mystique, une secrète correspondance, une sorte d’intuitive compréhension, une intime et divine sympathie, une merveilleuse convenance mutuelle et une aptitude à se mettre à l’unisson, à s’accorder en Dieu et pour Dieu. Il y a aussi une science infuse dans la direction ; et Dieu donne souvent cette science à tel ou tel directeur qu’il suscite pour des personnes exceptionnelles, et qu’il éclaire d’une manière particulière, dans des cas réservés. La science acquise se trouve souvent du plomb auprès de l’or pur et resplendissant de cette autre science intuitive et infuse, qui illumine soudain telle humble et silencieuse intelligence, telle âme solitaire et méconnue, dont Dieu se sert, quand, et comme il lui plaît, pour éclairer et diriger d’autres âmes, non moins incomprises et méconnues qu’elle-même. Non, ce n’est pas le nombre des années, ce n’est pas la longue et discursive expérience qui fait le degré et l’étendue de la science : il y a, pour certains hommes, une voie abrégée, une échelle rapide pour atteindre au sommet lumineux, où les autres n’arrivent qu’en gravissant avec lenteur et péniblement. Les uns ont besoin d’un pont ; les autres bondissent à travers l’abîme ! Les uns voient la lumière mêlée aux ténèbres ; les autres voient, en quelque sorte, la lumière dans la lumière ! Les uns sont des hommes d’étude ; les autres, des hommes d’oraison et d’amour !

Aimer, prier, se mortifier, s’abstraire des conversations futiles et des nouvelles courantes, se tenir toujours recueilli et attentif, pour contempler Dieu au-dedans de soi et hors de soi en toutes choses ; être humblement et tranquillement passif sous l’action du Saint-Esprit, comme un miroir brillant, comme une eau calme et limpide l’est sous celle de la lumière, tel est le plus sûr et le plus court chemin à la vraie et haute théologie mystique ; à l’humble et ardente science des Saints.

C’est par la prière intérieure et un profond repos, plutôt que par l’étude et un inquiet empressement, que l’on obtient d’en haut la science ou l’amour, ce qui est la même chose ; car aimer, c’est apprendre, c’est savoir ; l’amour, c’est la science des Saints : celui qui aime sait tout !

« Il ne faut pas être surpris si Dieu destine à de telles personnes, (celles qui marchent dans des voies extraordinaires,) certains hommes choisis qui les secourent dans tous les besoins de l’âme et du corps. Sans cela il est sûr qu’elles ne pourraient pas vivre. De même que notre Seigneur Jésus-Christ confie sa mère à Saint-Jean, pour qu’il en prît un soin tout particulier ; de même il confie les personnes qui lui sont spécialement chères à des directeurs remplis de son esprit, pour veiller à leurs âmes et à leurs corps ; et il assure ces services en « établissant entre eux une union toute divine. Cette providence est nécessaire aux âmes qui lui sont toute dévouées, et qu’il mène par des voies extraordinaires ; car tous les directeurs ne les comprennent pas et ne leur portent pas cet intérèt spécial. Il faut pour cela des personnes choisies, qu’il remplit de sa grâce et qu’il éclaire de ses vives lumières, pour les rendre propres à secourir ces âmes bien aimées. Le directeur qui traite avec ces âmes, sans les comprendre, en retire pour sa part plus d’admiration que d’édification. Sainte-Catherine de Gênes conclut, en disant : « que le directeur qui manque de lumières spéciales ne doit pas juger ces âmes, s’il ne veut se tromper dans son jugement. » (Vie de Ste-Catherine de Gênes, traduit du latin des Bollandistes, p. 158, 159.)

Il est donc aimé du Seigneur, il est soutenu et consolé, au milieu du monde hostile, celui qui voit toujours à son côté un envoyé du ciel, un ange humain, qui le garde, qui le guide et le protège avec fidélité et dévouement, dans toutes les épreuves de la vie. Heureux l’homme qui a rencontré cet ami, cet un entre mille !

’Tis he who makes no loud pretence,
But like the silent dew of heav’n,
Can blessings all unask’d dispense,
In noiseless acts of kindness giv’n.
’Tis he who, through life’s chequer’d ways,
When sun-bright scenes, or clouds appear,
With warm affection still displays
A heart unchang’d, — a soul sincere.

(Bliss.)

Nous avons vu ce que c’est que le monde ; nous avons vu son esprit de malice et de vanité ; nous savons qu’il est maudit de Dieu, qu’il est notre ennemi, et qu’il nous tend mille pièges pour nous faire tomber dans le mal et partager sa condamnation. Il est coupable, il est malheureux ; et il voudrait nous rendre coupables et malheureux comme lui : qu’attendons-nous alors pour le quitter, afin d’éviter sa contagion ? Qu’attendons-nous pour nous séparer de lui ? En le quittant qu’avons-nous à perdre, et que n’avons-nous pas à gagner ? pourquoi donc hésiter encore, pourquoi nous exposer, pourquoi ne pas fuir dans la solitude, où nous appelle la voix de Dieu, où nous pousse l’instinct de notre salut ? Fuyons, fuyons dans le désert ; c’est là notre abri, notre port, notre paradis !

Écoutons Saint-Eucher qui nous crie avec éloquence :

« Look round this world, and from the ocean of toilsome business, turn your eyes to the port of solitude ; bend your course this way. This is the only haven, to which you can retreat from the storms of this agitated life, to which you can repair, wearied and exhausted with the beating tempest of the world. Here all those, who are blown about by the fury of the whirlwind must ultimately look for shelter ; this is a secure station, a place of undisturbed repose ; this is a retreat free from perturbation, from tumult ; here soft tranquillity displays its serene smiles. When you shall have steered hither, your vessel, after many unavailiug labours, will be fastened to the anchor of the cross, and be held in perfect safety. »


----