100%.png

Le Bouddhisme au Tibet/Chapitre 11

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Traduction par Léon de Milloué.
Texte établi par Musée Guimet, Impr. Pitrat Ainé (p. 87-108).
CHAPITRE XI
TRADUCTION D’UNE PRIÈRE AUX BOUDDHAS DE CONFESSION
Traduction et remarques explicatives.

Dans le chapitre sur la métempsycose j’ai déjà parlé des divers moyens de se purifier des péchés ; on se rappellera que l’invocation aux dieux est un des plus efficaces. J’y ai aussi traité des appels adressés aux Bouddhas de confession, qui se trouvent dans divers recueils de prières. C’est une œuvre sacrée de ce genre qui forme le sujet de ce chapitre. J’en ai trouvé l’original dans un Chorten[1] que mon frère Hermann s’était fait donner par le Lama de Saimonbong, à Sikkim ; il est écrit en petits caractères (voumed) sur deux feuilles d’inégale grandeur. La plus grande a environ 4 pieds carrés, soit 2 pieds 4 pouces de long sur 1 pied 9 pouces de large ; la plus petite a la même largeur, mais seulement six pouces de haut, suit une surface de 7 huitièmes de pied carré. Elles étaient posées l’une sur l’autre, mais séparées par des grains d’orge interposés entre elles. Elles étaient pliées autour d’un obélisque de bois à quatre faces qui remplissait le centre du Chorten. Les quatre faces de l’obélisque étaient couvertes d’inscriptions dharānis.

La dimension de ces deux feuilles ne permet pas de reproduire ici cette invocation aux Bouddhas sous forme de fac-simile ; j’ai préféré la donner à la fin de ce chapitre, transcrite en caractères capitaux dans la forme ordinaire des livres tibétains.

Un espace blanc sépare chacune des deux parties ; le commencement de la seconde est indiqué en outre dans le texte tibétain par le retour du signe initial[2].

Son titre complet est : Digpa thamchad shagpar terchoi, « repentir de tous les péchés, doctrine du trésor caché »[3]. Les mots ter-choi étaient illisibles dans la phrase titre du traité et ce ne fut que grâce à leur rencontre dans une phrase au bas de la plus grande feuille que je pus combler cette lacune. Là aussi les mots précédents étaient altérés, mais le sens général et les quelques lettres encore déchiffrables suffisaient à ne laisser aucun doute sur la répétition du titre. — Un autre nom de cette prière, que nous verrons souvent dans le texte est, Digshag ser chi pougri, « le rasoir d’or qui efface les péchés »[4] ; cette désignation indique évidemment son efficacité extraordinaire pour la délivrance des pécheurs.

La plus grande feuille commence par une louange générale de tous les Bouddhas passés, présents et futurs qui ont le plus approché de la perfection ; ensuite viennent cinquante et un Bouddhas, désignés tous par leur nom ; pour quelques-uns on indique la région où ils habitent ; pour d’autres ou ajoute le nombre de leurs naissances depuis le moment où ils sont entrés dans la carrière de Bouddha, jusqu’à celui où ils en ont atteint la dignité. On prétend que la lecture ou la prononciation des noms de ces Bouddhas efface les péchés, et on spécifie les péchés que chaque Bouddha a le pouvoir d’absoudre. On y trouve une allusion à la scélératesse de la race humaine, qui a causé la destruction de l’univers et la prophétie que l’homme emploiera ce traité et en tirera de grands avantages.

La seconde et plus petite feuille commence par ces mots : « Enchâssé dans la boîte sacrée au moment de la prononciation des bénédictions » ; ceci se rapporte aux cérémonies usitées pour l’inauguration des édifices religieux et aussi aux bénédictions prononcées dans ces occasions solennelles. Leurs effets sur le salut de l’homme et les avantages que les habitants des monastères tireront de leur répétition sont de nouveau signalés. Cette feuille se termine par quatre Dharānis.

Cette adresse s’intitule elle-même un Mahāyāna-Soutra (tib. Thegpa chen-poi do), nom sous lequel nous l’aurions nous-même classée d’après sa nature[5]. Il faut particulièrement noter, comme une preuve évidente qu’elle a été composée à la période de modification mystique du bouddhisme[6], l’invocation des Bouddhas imaginaires et l’admission de l’influence magique des prières sur les divinités implorées. Nous sommes aussi en droit de la considérer comme une traduction d’un ancien ouvrage sanscrit, puisque son titre est sanscrit.

Les noms personnels des Bouddhas et les expressions tibétaines expliquées dans les notes sont reproduits exactement et ne sont pas répétés dans le glossaire des termes tibétains, appendice B, s’ils se rencontrent dans le texte ; on trouvera dans le glossaire l’orthographe native des autres mots.

TRADUCTION DE LA PREMIÈRE PARTIE

« Dans la langue sanscrite[7]…… Honneur aux Bouddhas sans tache, qui tous suivirent le même chemin[8]. En tibétain : repentir de tous les péchés (ou ṣdig-pa-thamṣ-chad-ḅshagṣ par) ».

« J’adore les Tathāgatas des trois périodes[9] qui habitent dans les dix quartiers du monde[10], les vainqueurs des ennemis, les très purs et très parfaits Bouddhas ; j’adore ces êtres illustres[11], chacun en particulier et tous ensemble. Je leur offre et leur confesse mes péchés.

Je me réjouis des causes de vertus[12] ; je tourne la roue de la doctrine ;[13] je crois que le corps de tous les Bouddhas n’entre pas à Nirvâna[14].

Les causes de vertu grandiront jusqu’à atteindre la grande perfection.

J’adore le Tathāgata, le vainqueur de l’ennemi[15], le très pur[16], le très parfait Bouddha Nam-ṃkha’-ḍpal-dri-med-ṛdoul-rab-tu-ṃdzes[17].

J’adore le Tathāgata Yon-tan-tog-gi-’od-la-me-tog-padma-vaidhourya ’i-’od- zer-rin po-chhe’i-g̣zugṣ, qui a le corps d’un fils de Dieu.

J’adore le Tathāgata sPos-ṃchhog-dam-pas-ṃchhod-pa’i-skou-ṛgyan-pa. ».

J’adore le Tathāgata g̣Tsoug-tor-gyi-g̣tsoug-nas-nyi-ma’i-’od-zer-ḍpag-med-zla-’od-ṣmon-lam gyis-ṛgyan-pa.

J’adore le Tathāgata Rab-ṣproul-bkod-pa-chhen-po-chhos-kyi-ḍbyingṣ-las-ṃngon-par-’phagṣ-pa-chhagṣ-dang-ḷdan-zla-med-rin-chhen-’byung-ḷdan.

J’adore le Tathāgata Chhou-zla’i-g̣zhon-nou-nyi-ma’i-ṣgron-ma-zla-ba’i-me-tog rin-chhen-padma-g̣ser-gyi-’dou-ni-ṃkha’, qui a parfaitement le corps d’un fils de Dieu.

J’adore le Tathāgata qui est assis dans les dix régions, ’Od-zer-rab-tou-’gyed-ching-’jig-ṛten-gyi-nam-ṃkha’-koun-dou-ṣnang-bar-byed-pa.

J’adore le Tathāgata Sangṣ ṛgyaṣ-kyi-ḅkod-pa-thamṣ-chad-rab-touṛgyaṣ-par-ṃdzad-pa.

J’adore le Tathāgata Sangṣ-ṛgyaṣ-kyi-ḍgongṣ-pa-ḅṣgrubṣ-pa.

J’adore le Tathāgata Dri-med-zla-ba’i-me tog-gi-ḅkod-pa-ṃdzad.

J’adore le Tathāgata Rin-chhen-ṃchhog-gis-me-tog-gragṣ-ḷdan.

J’adore le Tathāgata ’Jigṣ-med-ṛnam-par-g̣zigṣ.

J’adore le Tathāgata ’Jigs-pa-dang-’bral-zhing-bag-chhagṣ-mi-ṃnga’-zhing-spou-zing-zhis-mi-byed-pa.

J’adore le Tathāgata Seug-ge-ṣgra-ḍbyangṣ.

J’adore le Tathāgata g̣Ser-’od-g̣zi-bṛjid-kyi ṛgyal-po.

Chaque être humain sur la terre qui écrit le nom de ces Bouddhas, les porte sur lui, les lit, ou fait vœu (d’agir ainsi), sera béni ; il deviendra pur de tout sombre péché et naîtra dans la région De-va-chan[18], qui est vers l’Ouest.

J’adore le Tathāgata Ts’he-ḍpag-med[19], qui habite le Pays-Bouddha ḅDe-va-chan.

J’adore le Tathāgata ṛDo-ṇdje-rab-tou-’dzin-pa, qui habite dans le Pays-Bouddha Ngour-ṣmrig- gi-ṛgyal-ṃts’han.

J’adore le Tathâgata Pad-mo-shin-tou-ṛgyaṣ-pa, qui habite le Pays-Bouddha Phyīr-mi-ḷdag-pa’i-’khorlo-rab-tou-ṣgrog-pa.

J’adore le Tathâgata Chhos-kyi-ṛgyal-ṃtschan, qui habite le Pays-Bouddha ṛDoul-med-pa.

J’adore le Tathâgata Seng-ge-ṣgra-ḍbyangṣ-ṛgyal-po, qui habite le Pays-Bouddha ṣGron-la ḅzang-po.

J’adore le Tathâgata ṛNamṣ-par-ṣnang-ṃdzad-ṛgyal-po[20], qui habite le Pays-Bouddha ‘Od-zer-bsang-po.

J’adore le Tathâgata Chhos-kyi-’od-zer-gyi-ṣkou-pad-mo-shin-tou-ṛgyas-pa, qui habite le Pays-Bouddha Da’-bar-ḍka’-ba.

J’adore le Tathâgata ṃNgon-par-ṃkhyen-pa-thamṣ-chad-kyi-’od-zer, qui habite le Pays-Bouddha ṛGyan-dang-ḷdan-pa.

J’adore le Tathâgata ‘Od-mi ‘khrougṣ-pa, qui habite le Pays-Bouddha Me-long-gi-ḍkyil-’khor-ṃdog-’dra.

J’adore l’illustre ṣNying-po, qui habite le Pays-Bouddha Padmo, dans cette pure région où demeure le victorieux, le Tathâgata qui a subjugué son ennemi, le très pur, parfait Bouddha Ngan-’gro-thamṣ-chad-ṛnam-par-’jomṣ-pa-’phagṣ-pa-g̣zi-ḅṛjid-ṣgra-ḍbyangṣ-kyi-ṛgyal po. »

Toutes ces histoires des Bouddhas sont contenues dans le Soutra Phalpo-chhe[21].

J’adore aussi le Bouddha Sakya-thoub-pa, qui est né trente millions de fois[22] ; son nom prononcé une seule fois purifiera de tous les péchés commis dans des existences antérieures.

J’adore le Bouddha Mar-me-ṃdzad[23], qui est né dix-huit mille fois. Une seule fois prononcer son nom purifiera des péchés commis en se souillant des biens des hommes les plus vils.

J’adore le Bouddha Rab-tou-’bar-ba, qui est connu (être né) seize mille fois. La prononciation de son nom, fût-ce une seule fois, procure l’absolution et purifie de tous péchés commis contre les parents et les maîtres.

J’adore le Bouddha ṣKar-ṛgyal, qui est né dix millions trois mille fois. Prononcer une fois son nom purifiera de tous les péchés commis on se souillant avec les richesses sacrées.

J’adore le Bouddha Sā-la’ï-ṛgyal-pa, qui est né dix-huit mille fois. Son nom, prononcé une seule fois, purifiera de tous péchés de larcin, brigandage et autres semblables.

J’adore le Bouddha Padma-’phagṣ-pa, qui est né quinze mille fois. En prononçant une fois son nom, on est absous des péchés commis en se souillant par la possession ou la convoitise des richesses appartenant aux Chortens[24].

J’adore le Bouddha Ko’u-din-né’i -rigṣ[25], qui est né quatre-vingt-dix millions de fois. Son nom prononcé une fois purifiera des péchés commis[26]

J’adore le Bouddha qui est né quatre-vingt-dix mille fois[27].

J’adore le Bouddha ’Od-ḅsrung[28], qui est né neuf cent mille fois.

J’adore le Bouddha Bye-ba-phrag-ganga’i-ḳlung-gi-bye-ma-ṣnyed-kyi-grangṣ-dang-ṃnyam-pa-ṛnam.

J’adore le Bouddha Koun-dou-ṣpaṣ-pa-la-sogṣ-pa-mtschan-tha-dad pa, qui est né mille fois.

J’adore le Bouddha Jam-bou-doul-va, qui est né vingt mille fois.

J’adore le Bouddha g̣Ser-ṃdog-dri-mid-’od-zer, qui est né soixante-deux mille fois.

J’adore le Bouddha ḍVang-pói ṛgyal-ṃts’ho’an, qui est né quatre-vingt-quatre mille fois.

J’adore le Bouddha Nyi-ma’i-ṣnying-po, qui est né dix mille cinq cents fois.

J’adore le Bouddha Zhi-bar-ṃdzad-pa, qui est né soixante-deux mille fois. J’adore tous ces Bouddhas et aussi l’assemblée des Srāvakas[29] et des Bodhisattvas[30].

Toutes ces (histoires de Bouddhas) sont contenues dans le traité rim-pa-ḷnga (partie du Kandjour)[31].

J’adore le victorieux[32], le Tathāgata, le vainqueur de l’ennemi, le très pur, le parfait Bouddha Rin-chhen-ṛgyal-po’i-ṃdzod. Ce nom prononcé une seule fois efface les péchés qui seraient causes d’une nouvelle existence.

J’adore le victorieux, le Tathāgata, le vainqueur de l’ennemi, le très pur, le parfait Bouddha Rin-chhen-’od-kyi-ṛgyal-po-me-’od-rab tou-g̣sal-va. Prononcer ce nom une seule fois remet les péchés commis dans toute une existence en se souillant avec le bien du clergé[33].

J’adore le victorieux, le Tathāgata, le vainqueur de l’ennemi, le très pur, et parfait Bouddha ṣPos dang-me-tog-la-ḍvang-ba-ṣtobṣ-kyi-ṛgyal-po. Prononcer ce nom une seule fois efface les péchés commis en violation des lois morales.

« J’adore le victorieux, le Tathāgata, le vainqueur de l’ennemi, le très pur, le parfait Bouddha Ganga’i-ḳlung-gi-bye-ma-ṣnyed-bye-ba-phrag-ḅṛa’gyadi-grangṣ-dang-ṃnyam-par-des-pa. Ce nom prononcé une seule fois absout les péchés de meurtres commis dans toute une existence.

« J’adore le victorieux, le Tathāgata, le vainqueur de l’ennemi, le très pur, le parfait Bouddha Rin-chhen-ṛdo-ṛje-ḍpal-ḅṛtan-zhing-dul-va-pha-rol-gyi-ṣtobṣ-rab-tou-jomṣ-pa. En prononçant ce nom une fois on devient égal en mérite à celui qui a lu d’un bout à l’autre les préceptes royaux[34].

« J’adore le victorieux, le Tathāgata, le vainqueur de l’ennemi, le très pur, le parfait Bouddha g̣Zi-ḅṛdjed-ṇges-par-ṛnam-par-g̣non-pa. Prononcer ce nom une seule fois absout les péchés commis par mauvais désirs, pendant une existence.

« J’adore le victorieux, le Tathāgata, le vainqueur de l’ennemi, le très pur, le parfait Bouddha Rin-chhen-zla’od-ṣkyabṣ-g̣nas-dam-pa-ḍgra-las-ṛnam-par-ṛgyal-ba. Prononcer ce nom une fois efface les péchés qui causeraient des souffrances dans l’enfer ṃNar-med[35].

« J’adore le victorieux, le Tathāgata, le vainqueur de l’ennemi, le très pur, le parfait Bouddha Rin-chhen g̣tsoug-tor-tchan. Prononcer son nom une seule fois suffit à écarter le danger de renaître dans une des mauvaises conditions de l’existence[36] et à faire obtenir le corps très parfait d’un dieu ou d’un homme.

« J’adore le victorieux, le Tathāgata, le vainqueur de l’ennemi, le très pur, le parfait Bouddha ṛGyal-ba-ṛgya-ṃts’ho’i-ts’hogṣ-dang-ḅchas-par-ṛnam. On dit que la seule prononciation de son nom lave du péché de parjure et de tous les péchés commis par l’esprit (mauvais sentiments), concupiscence, imposture et autres semblables.

« J’adore le victorieux, le Tathāgata, celui qui a subjugué l’ennemi, le très pur, le parfait Bouddha Ts’hei-boum-pa dzin-pa-ṛnam.

« Puissent tous ces Bouddhas délivrer tout être vivant des horreurs d’une mort prématurée[37] !

« J’adore tous les victorieux, les Tathāgata, les vainqueurs de l’ennemi, les très purs, les parfaits Bouddhas passés, ceux qui ne sont pas arrivés (futurs) et les présents[38].

« J’adore le protecteur des créatures, ḳLou-ṣgroubṣ, le héros ; Gourou-Padma ; ḍPal-Na-ro-va ; ḍPal-Bi-ma-la-mitra, Pándita A-ti-sha et avec eux la succession des saints Lamas[39].

« (Ce livre) ṣDig-ḅshagṣ-gser-kyiṣ-ṣpu-gri a pouvoir de soumettre, de brûler, de détruire l’enfer. Il sera une consolation pour les êtres vivants, dans cette période de détresse et de misère[40], lorsque dans les lieux (destinés aux) représentations du Bouddha, de ses préceptes et de sa miséricorde[41], les hommes travailleront les étoffes de laine et de coton, et une fois coupées les façonneront ou vêtements ; lorsqu’ils y prendront leurs repas ; lorsqu’ils vendront et achèteront des marchandises ; lorsque les gélongs[42] ruineront les lieux habités ;

« Lorsque les astrologues[43] feront des invocations pour obtenir la fortune[44] ; lorsque les bompos[45] porteront avec eux (entendront) les sentences mystiques secrètes (Dharanis) ; lorsque les Gebshi seront commandants en chef[46] ; lorsque les savants et pauvres (les prêtres)[47] vivront dans les couvents de femmes et les dirigeront ; lorsque les Zhanglons[48] s’amuseront avec leurs belles-filles : lorsque les hommes détruiront (mangeront) les mets destinés aux mânes des morts ; lorsque les chefs lamas mangeront les mets préparés pour les offrandes[49] ; lorsque les hommes se sépareront eux-mêmes des principes vitaux (se suicideront)[50] ; lorsque le nombre des mauvaises actions croîtra sur la terre ; lorsque le chant Mani sera rendu en réponse[51] ; lorsque les veaux de la race Dzo dévasteront (les champs)[52] ; lorsque les hommes convoiteront le bien d’autrui ; lorsque les saints voyageront et feront le commerce[53] ;

Lorsque la fraude se fera avec mesure[54] et poids ; lorsque les Chinois pratiqueront des petits enfants (qu’ils achèteront aux Tibétains) ; lorsque sous les portes (des temples) seront pratiqués des miracles trompeurs (sorcellerie) ; lorsque les hommes mangeront et boiront et ne se soucieront que de l’existence actuelle ; lorsqu’il ne se fera plus de libéralités ; lorsque le temps viendra où les vieilles coutumes seront troublées (changées) ; lorsque les hommes seront en proie aux ravages de la guerre et de l’ennemi ; lorsque la gelée, la grêle et la sécheresse répandront (rendront générale) la famine[55] ; lorsque les hommes et les êtres animés auront à souffrir de mauvaises actions[56] : alors dans cette période de détresse et de misère, ce ṣDig-ḅshags-g̣ter-chhos sera une purification pour tous les péchés qui auront été accumulés dans cet intervalle ; tous les hommes le liront et par son mérite tous les péchés seront effacés[57]. »

TRADUCTION DE LA SECONDE PARTIE

« Enchâssé dans la cassette sacrée à l’époque de la prononciation des bénédictions[58].

Dans cette période de détresse et de misère, où les hommes souffriront


Annales du Musée Guimet
T. III, Pl. XVI à XX
Digpa-thamchad-shagpar-terchoi-1.jpg
DIGPA THAMCHAD SHAGPAR TERCHOI
INVOCATION AUX BOUDDHAS DE CONFESSION

Digpa-thamchad-shagpar-terchoi-2.jpg
Digpa-thamchad-shagpar-terchoi-3.jpg
Digpa-thamchad-shagpar-terchoi-4.jpg
Digpa-thamchad-shagpar-terchoi-5.jpg
Digpa-thamchad-shagpar-terchoi-6.jpg
Digpa-thamchad-shagpar-terchoi-7.jpg
Digpa-thamchad-shagpar-terchoi-8.jpg

et soupireront après la délivrance, ces bénédictions apporteront de grands bienfaits aux pécheurs. Les péchés nés des discordes et des disputes entre les habitants de ce monastère seront effacés par elles[59].

« Ces trésors de grâces récités les huitième, quinzième et trentième jours de chaque mois purifieront très sûrement des cinq grands crimes[60] et de tous les péchés, et délivreront des six enfers.

« Les 84 000 grands emblèmes de l’essence de la sublime doctrine seront les mêmes pour tous les êtres[61].

L’esprit de l’homme tendra invariablement à la sainteté du Bouddha ; il acquerra l’énergie de volonté et enfin les privilèges du Bouddha, lui-même.

« Ceci est la fin du Mahâyâna-soutra ṣDig-ḅshagṣ-g̣ser-g̣yis-ṣpugri. »

« Que tous les êtres soient bénis ! »

(Suivent trois Dharanis en sanscrit corrompu. Le premier est une invocation mystique à Dordje sempa, en sanscrit Vadjrasattva (voir page 34) ; le second résume la croyance des quatre vérités ; le troisième est usité pour l’inauguration des temples. Puis le texte continue[62]) :

« Par la vertu de ces invocations les créatures deviendront parfaites dans les deux collections[63] ; elles seront purifiées de leurs péchés et bénies de la dignité d’un très parfait Bouddha. »

(Suit un quatrième Dharani) :

« Ce (Dharani) est élevé (accordé) comme une faveur[64], à ceux qui errent dans l’orbe pour n’avoir pas respecté (au lieu de se souvenir avec reconnaissance des bienfaits reçus) soit leurs parents, soit les saints Lamas de fondation[65] qui ont obtenu la perfection par leur vertus.

Tous les péchés commis par meurtre et les violations accumulées pendant les existences antérieures, les péchés de mensonge, d’envie, de méchanceté, provenant de l’esprit, tous ces péchés sont absous par cette doctrine sublime.

Sages très parfaits, soyez gracieux et cléments si je n’ai pas bien reproduit les lettres de l’alphabet[66]. Mi-ṛgan-ṣdo-g̣sal-ṛdo-rje a écrit ceci. Louée soit cette feuille afin qu’il gagne l’entière rémission de ses péchés. Ce ṣDig-ḅshagṣ-g̣sor-gyiṣ-ṣpou gri a été achevé en deux jours. »


  1. Ce Chorten était déjà sur l’autel de l’oratoire du Lama quand Hooker y alla. Voyez la vue intérieure de la maison du Lama de Saimonbong dans ses Himalayan Journals.
  2. Dans la traduction française, les mots placés entre parenthèse sont plutôt des paraphrases explicatives que des traductions littérales du tibétain.
  3. Sdig-pa, « péché, vice » ; thams-chad, « tout » ; ḅshags-pa, « repentir, confession » ; r le signe de l’accusatif, est souvent employé au lieu du signe du génitif (comp. Foucaux, Gram. tib., p. 94) ; g̣ter, « un trésor ; chhos, « la doctrine ».
  4. Gser, « or » ; Kyi, chi, est le signe du génitif ; spu-gri, « un rasoir ».
  5. Sur les signes caractéristiques d’un Mahâyâna Soutra, voyez Burnouf, Introduction, p. 121.
  6. Les Soutras Phal-po-ckhe et Rim-pa-lnga, qui sont cités pour des détails sur plusieurs Bouddhas sont contenus dans le Kanjur.
  7. Mon original est détérioré en cet endroit, et le nom sanscrit est illisible. Il y a une curieuse habitude, qui ne se trouve pas dans les traductions européennes, c’est que les livres traduits du sanscrit ont fréquemment deux titres, le titre sanscrit et le tibétain. Quelques grands ouvrages du Kandjour ont aussi reçu un titre additionnel dans le dialecte tibétain appelé Doulva-Zhi, « la base de la discipline religieuse ».) Voyez Csoma, Analysis, As. Res., vol. XX, p. 44.
  8. Dans l’original Na-mo-sarva-bi-ma-la ta-thâ-ga-ta-boud-dha. Ces mots sont tous sanscrits. Tathagata, en tibétain De-bzhin, ou plus complètement De-bzhin-gshegs-pa, est une épithète des Bouddhas qui sont apparus sur la terre, impliquant qu’ils ont agi comme leurs prédécesseurs. Comparez, page 2, note 1, dans la suite, je traduirai De-ḅzhin-g̣shegṣpa, par son équivalent sanscrit tathagata ; la reproduction littérale rendrait la phrase trop longue. Des sentences semblables commencent les traités religieux ; le Kandjour par exemple, dans sa première page, a trois images représentant Sâkyamouni avec son fils à sa gauche et l’un de ses principaux disciples à droite ; la légende suivante est écrite sous chacun d’eux : Salut au prince des Mounis ; salut au fils de Sârikâ ; salut à Ģrachen dzin (sanscrit Lahoula). La page titre du livre est suivie par le salut aux trois saints. Csoma, Analysis of the Dulva class of the Kanjur, As. Res., vol. XX, p. 45. Notre document historique relatif à la fondation du monastère de Himis, dont une traduction abrégée fait partie du chapitre sur les monastères, commence par ces mots : Dieu vous garde ! Honneur et salut aux maîtres.
  9. Les trois périodes sont le passé, le présent et le futur ; les Bouddhas du temps passé sont ceux qui ont prêché la loi et sont retournés à Nirvâna : le Bouddha du temps présent est Sâkyamouni, le dernier qui soit apparu ; les Bouddhas futurs sont les Bodhisattvas ou candidats à la dignité de Bouddha. Les Bouddhas des trois périodes comprennent tous les Bouddhas.
  10. En tibétain phyog̣ṣḅchou. Ces dix quartiers du monde sont : Le Nord, Nord-Est, Est, Sud-Est, Sud, Sud-Ouest, Ouest, Nord-Ouest, le quartier au-dessus du zénith, le quartier sous le nadir. Chaque région est habitée par ses Bouddhas et ses dieux particuliers et il est de grande importance de connaître leurs sentiments sur chaque homme en particulier. Voyez pour les détails, chap. XVIII, n° 2. Une signification tout à fait différente est celle de Sa-ḅhou-pa, « les dix terres », expression équivalente au sanscrit Dasabhoumi, qui a rapport aux dix régions ou degrés qu’un Bodhisattva doit successivement parcourir pour atteindre la perfection d’un Bouddha. Comparez Csoma, Dictionnaire, p. 99 ; Analysis, As. Res., vol. XX, p. 469 et 495 ; Burnouf, « Introduction » p. 438. Wassiljew Der Buddhismus, p. 405.
  11. En tibétain ḍpal, titre qui s’applique aux dieux, aux saints et aux grands hommes.
  12. Le mot tibétain est ṛtsa-va, « racine, première cause, origine. » La signification de cette phrase est une promesse de pratiquer les vertus.
  13. C’est le terme technique pour enseigner et prêcher les lois du Bouddha ; par analogie, il s’applique à l’observation des préceptes du Bouddha. Comparez Foe-Koue-Ki, traduction anglaise, pages 29, 17.
  14. Cette phrase s’explique par le dogme des trois corps de chaque Bouddha, voyez page 20. Quand un Bouddha quitte la terre, il perd le pouvoir de s’incarner de nouveau dans la forme humaine : le corps Nirmânakâya (tib. Proulpai kou) dans lequel il a travaillé au bien-être et au salut de l’humanité dans la période qui précède son arrivée à la perfection d’un Bouddha, meurt avec lui et n’entre pas à Nirvâna. Le terme tibétain g̣sol-ba-debṣ doit se traduire par « je crois », bien que les dictionnaires donnent pour sa signification « supplier, prier. »
  15. En tibétain ḍgra-ḅchompa, en sanscrit arhat (voyez, page 19).
  16. En tibétain Yang-dag-par-rdzogṣ-pa, en sanscrit Samyak sambouddha.
  17. Ce mot et les termes tibétains qui suivent sont les noms personnels des divers Bouddhas.
  18. En sanscrit, Soukhavati. Ce nom est celui de la demeure où le Dhyâni Bouddha Amitabha, ou en tibétain Odpagmed, est assis sur son trône ; c’est la grande récompense d’une vie vertueuse que de renaître dans ce monde. Voyez la description de cette région, page 64.
  19. En sanscrit Amitayous. C’est un autre nom d’Amitabha (Burnouf, « Introduction », p. 102), qui est ainsi appelé quand on l’implore pour obtenir une longue vie. Dans les images qui ont rapport à ce pouvoir du Bouddha, il tient un vase, en forme de vaisseau, rempli d’eau de la vie qu’il verse sur ceux qui le prient. Cette figure se voit souvent dans toutes sortes de représentations religieuses, peintures aussi bien qu’objets plastiques.
  20. En sanscrit, Vairochâna, nom d’un Bouddha fabuleux regardé comme le Dhyani Bouddha du premier Bouddha humain qui enseigna la loi dans le monde actuel. Voyez Burnouf, Introduction, p. 117.
  21. Comp., p. 79 ; Vairochana est le seul Bouddha que cite Csoma dans l’Analyse de ce Soutra (ṛnam-par-ṣaang-ṃdzad).
  22. Allusion aux nombreuses incarnations de Shakya-thoub pa ou Sâkyamouni. le fondateur du bouddhisme ; comme tous les candidats à la dignité de Bouddha avant leur élévation finale, il avait traversé d’innombrables temps d’éprouvés, pendant lesquels le mérite doit croître et s’accumuler par des travaux extraordinaires. La vie des Bouddhas dans leurs existences antérieures est racontée en détail par les livres sacrés nommés Jâtâkas ; beaucoup de ces récits sont identiques aux fables du Grec Ésope. Hardy, Manual of Buddhism, page 296 ; Burnouf, Introduction, pages 61, 555. Les précédentes naissances de Sâkyamouni, d’après les livres sacrés, seraient au nombre de 500 ou 550. Upham, History and doctrine of Buddhism, vol. III, p. 293 ; Foucaux, Rgya tcher rol pa, vol. II, p. 34 ; Hardy, Manual, l. c ; mais beaucoup de phrases tentent à établir leur infinité, et le Bouddha lui-même a dit : « Il est impossible de compter les corps que j’ai possédés, » Foe Koue ki, pages 67, 348. Le nombre donné dans le texte d’après cette dernière croyance et le terme Khrag peuvent être une abréviation de Khrag-khrig, « centaine de mille millions », qu’on emploie pour désigner un nombre infiniment grand. Voyez Dictionnaire de Csoma, voce Khrag-khrig.
  23. En sanscrit Dipankara. Ce nom, « le lumineux », s’applique à un Bouddha imaginaire qui, selon Turner et Hardy, aurait été le vingt-quatrième Bouddha ayant enseigné la loi bouddha avant Sâkyamouni, à qui, le premier, il assura qu’il atteindrait la qualité de Bouddha. Turner, Extracts from the Attakata, Journal, As. Soc., Beng., vol. VIII, page, 780 ; Hardy, Manual, page 94. Dans la liste d’Hodgson, Illustrations, page 135, il est le premier Bouddha de la période actuelle et le neuvième prédécesseur de Sakyamouni. D’après les textes d’Hardy, il aurait vécu 100,000 ans ; le Nippon Panthéon (par Hofmann dans Beschreiboung von Japon, de von Siebold, vol. V, page 77), dit que son stage sur la terre dura 840 billions d’années.
  24. Sur les Chortens, voyez chap. XIII.
  25. En sanscrit Kaûndinya, un des premiers disciples de Sakyamouni qui enseignera la loi du Bouddha dans un avenir très éloigné. Voyez Burnouf, le Lotus de la bonne Loi, p. 126. Csoma, Life of Sakya, As. Res., vol. XX, p. 293.
  26. Dans le texte tibétain, les deux mots suivants sont : ṛmos, « labouré », et ḅṣkol, « bouillir dans le beurre ou l’huile. » Comme ces mots n’ont aucun sens apparent, je les ai omis dans le texte.
  27. Ici le Bouddha n’est pas nommé.
  28. En sanscrit, Kasyapa, considéré comme le troisième Bouddha de la période actuelle, ou prédécesseur immédiat de Sakyamouni. On trouvera des détails sur sa naissance, sa race, son âge, ses disciples, etc. ; dans Csoma, Analysis, As. Res., XX, p. 415 ; et Foe-Koue-Ki, p. 180.
  29. En tibétain Nyon-thos, auditeur ». Par ce nom, les anciens livres religieux désignent les disciples de Sâkyamouni et aussi ceux qui les premiers ont adhéré à sa loi. Dans les écritures sacrées modernes, il s’applique aux bouddhistes qui ont abandonné le monde et se sont faits religieux. Voyez pages 13 et chap. xii.
  30. En tibétain byang chub-semṣ ḍpa. Les livres mahâyâna donnent ce nom à tous les bouddhistes ; les laïques sont appelés : « Bodhisattvas, qui résident en leurs maisons » ; les religieux, « Bodhisattvas, qui ont renoncé au monde. »
  31. Comme exemple de ce que contiennent ces histoires, voyez Csoma, Analysis, As. Res., vol. XX, p. 415.
  32. En tibétain, ḅChom-ḷdan-das, en sanscrit Bhagavan.
  33. En tibétain, ḍge-’dun, que l’on prononce aussi gendun, nom général pour le clergé. Sur ses institutions, voyez chapitre XII.
  34. En tibétain, ḅka. Ce mot signifie « précepte », et ici il se rapporte aux règles établies par les Lamas ; le sens de cette récompense est donc que les suppliants seront comptés parmi les prêtres et jouiront des bénédictions qui leur sont réservées.
  35. ṃNarmed est le nom de l’une des plus terribles divisions de l’enfer. Dictionnaire de Csoma et de Schmidt. Sur l’enfer, voyez page 58.
  36. Les bouddhistes comptent six classes d’existences. Celles des enfers, des brutes, des Asouras et des Yidags sont les mauvaises ; celles des hommes et des dieux sont les bonnes conditions.
  37. Voyez page 69.
  38. Phrase analogue à une autre qui se trouve au commencement de l’adresse ; sa signification a été expliquée page 80.
  39. Ce sont des prêtres indiens très illustres par leur zèle à propager le bouddhisme ; à l’exception de Lougroub, le premier de cette série, ils s’occupèrent activement à répandre ses doctrines dans le Tibet. Lougroub (en sanscrit Nagarjouna) est le fondateur du système mahâyâna ; voyez page 21. Gourou-Padma est le fameux maître Padma Sambhava, qui fut demandé par le roi Thisrong de Tsan et qui serait arrivé au Tibet en 747 avant J.-C. Bimala Mitra vint aussi au Tibet sur l’invitation de ce roi. Voyez Schmidt, Ssanang Ssetseyi, p. 356. Na-ro-va, qui est cité avant Bimala, était sans doute contemporain de celui-ci et de Padma Sambhava. Pandita Atisha, le dernier de la série, acquit une grande réputation en rétablissant le bouddhisme après les persécutions de Langdharma et de ses successeurs (902-971).

    Le terme tibétain ḅla-ma dam-pa-ḅṛgyoud est un titre d’honneur appliqué aux prêtres qui ont créé un système spécial de bouddhisme. Dans une phrase suivante et dans le document sur la fondation du monastère d’Himis, nous les verrons appelés « lamas de fondation », en tibétain, ṛtsa-va’i-ḅla-ma.

  40. En tibétain ḅṣkal-ba-ṣnyig-ma. Selon les croyances des bouddhistes et des brahmanes, l’univers, qui n’a ni commencement ni fin, est périodiquement détruit et reconstruit ; ces révolutions s’accomplissent en quatre périodes ou kalpas, c’est-à-dire les périodes de formation et de continuation de la formation, et les périodes de destruction et de disparition de l’univers. Ici il s’agit du Kalpa de destruction et il est prédit que l’homme obtiendra le pardon de ses péchés en lisant ce livre. L’univers est dissous et consumé par la puissance du feu, de l’eau et du vent, qui le détruisent complètement en soixante-quatre attaques contre la substance. La situation morale de l’homme, avant que ces divers agents entrent en action, est définie comme il suit : « Avant la destruction par l’eau, la cruauté et la violence dominent dans le monde ; avant celle par le feu, la licence, et avant celle par le vent, l’ignorance. Quand la licence prévaut, les hommes sont fauchés par les maladies ; quand c’est la violence, ils tournent leurs armes les uns contre les autres ; quand c’est l’ignorance, ils sont décimés par la famine. » Hardy, Manual of Buddhism, pages 28, 35 ; Schmidt, Mémoire de l’Académie de Saint-Pétersbourg, vol. II, pages 58, 61.
  41. Cette phrase doit être comprise comme une sorte de prédiction que les temples seront profanés par des négociations mondaines ; car c’est dans les temples que se trouvent les trois représentations (tibétain Tensoumnii) du Bouddha, de sa loi et de sa miséricorde. Le Bouddha est représenté en statues, en bas-reliefs et en peinture. Les peintures sont suspendues aux poutres traversières du toit ou tracées sur les murs ; les statues et bas-reliefs le représentent assis et sont placés dans un retrait derrière l’autel. Les préceptes qu’il légua aux hommes en quittant la terre sont symbolisés par un livre placé sur un des degrés de l’autel, ou sur une tablette suspendue au toit. Sa miséricorde ou charité illimitée qui lui fit obtenir le rang sublime de Bouddha afin de guider les hommes au salut, est représentée par un Chorten, cassette pyramidale contenant les reliques, qui occupe toujours la principale place sur l’autel. Voyez Csoma, Grammar, p. 173, Dictionnary, voce ṛten ; voir aussi Schmidt, Lexicon. Pour plus amples détails sur les images des dieux, voyez chap. xiv ; sur les livres, voyez page 51 ; sur les chortens, chap. XIII. Pour la place que ces objets occupent dans les temples, je renverrai au chapitre qui traite des Temples, et à la vue de l’intérieur du temple de Mangnang à Gnary Khorsoum, donnée par mon frère Adolphe, dans l’atlas des Results of a scientific Mission.
  42. L’expression ḍge-ṣlong s’applique à des prêtres ordonnés qui sont généralement désignés sous le titre plus honorifique de Lama (ḅla-ma), distinction qui n’appartient cependant qu’aux supérieurs de couvents. Les gelongs ne doivent pas se soucier de richesses ou de jouissances mondaines ; en leur prêtant la ruine de lieux habités, on veut dire peut-être qu’ils combattront contre d’autres monastères ou contre les riches en général.
  43. En tibétain, ṣagagṣ-pa, versé dans les charmes.
  44. En tibétain, g̣yang-gougṣ ; une cérémonie de ce genre est décrite au chapitre suivant. C’est ici une allusion à son abus comme remplacement des prières.
  45. Bompo est le nom des partisans de la secte qui s’attache le plus aux idées superstitieuses, restes de la première religion des Tibétains (Voyez p. 47.)
  46. Ḍge-ḅshes, abrégé de dge-ḅai-ḅshes-g̣nyen, en sanscrit, Kalyanamitra signifie un prêtre savant, un ami de la vertu. Il n’est pas nécessaire de faire remarquer que les fonctions de chef militaire ne s’accordent guère avec le caractère clérical.
  47. Il n’est pas permis aux prêtres d’avoir des relations avec les femmes ; mais il est probable que ce précepte est violé, puisqu’ils habitent sous le même toit que les nonnes.
  48. Zhang, oncle maternel ; ḅlon, magistrat, officier, noble. Ces deux noms réunis désignent un homme de rang supérieur.
  49. L’expression tibétaine est Zan, que le dictionnaire traduit par « mets », sorte de potage épais, pâte faite de farine ou de grain grillé. Au sujet de son emploi général comme nourriture, voyez les détails donnés par Hermann dans son Glossary Zankhar, vol. III des Results et R. As. Soc., 1862.
  50. La délivrance de l’existence n’est que la conséquence de bonnes actions ; mais le suicide, dans l’opinion des bouddhistes, est une mauvaise action qui a pour conséquence la renaissance dans une condition pire, puisque les péchés, en expiation desquels l’existence présente devait être subie, ne sont pas encore expiés et qu’un autre crime s’y ajoute. Dans la période de misère à laquelle le texte fait allusion, cette loi morale sera méprisée.
  51. Par Mani, il faut entendre la fameuse prière à six syllabes : Om mani padme houm, Ô, le joyau dans le Lotus, Amen. L’allusion du texte se rapporte à la transformation de cette prière en une chanson populaire.
  52. ṃDzo, métis produit d’un yak (bos grunniens) et d’une vache de la race du zébu indien ; dans l’idiome des tribus de l’Himalaya, on l’appelle choubou. Les dzos sont une des rares espèces de métis qui soient capables de reproduire et dans quelques vallées leur nombre dépasse celui des yaks.
  53. En tibétain, nal-jor ; en sanscrit, yogacharya, saint, dévot ; c’est aussi le nom d’une secte religieuse qui fut très en faveur dans l’Inde jusqu’au septième siècle. Sur son histoire et ses dogmes religieux, voyez chap. v.
  54. L’expression tibétaine bre, qu’on prononce aussi pre, est, selon le dictionnaire de Csoma, une mesure de capacité, le vingtième du boisseau tibétain.
  55. Il y a ici quelques mots illisibles.
  56. Voyez, page 58, la théorie bouddhique de l’influence des bonnes ou des mauvaises actions sur le bonheur.
  57. Les quatre dernières lignes de l’original sont si détériorées que l’on ne peut déchiffrer que quelques mots, assez cependant pour indiquer le sens.
  58. Voyez, chap. xiii, les rites et cérémonies religieuses qui se rapportent à la construction des chortens.
  59. Le nom du monastère n’est pas dans l’original, qui dit seulement ḍgon-pa, monastère.
  60. Les cinq grands crimes des bouddhistes sont : 1° le meurtre ; 2° le vol ; 3° l’adultère ; 4° le mensonge ; 5° l’ivrognerie. Voyez Burnouf, Lotus de la bonne Loi, page 447 ; Hardy, Manual of Buddhism, chap. X, page 488.
  61. Cette phrase a trait, ainsi que l’indique la suite, aux signes inférieurs de la beauté d’un Bouddha. On en compte généralement 80 ; mais d’autres livres, comme par exemple Le Rgya chher rol pa (traduit par Foucaux, vol. II, page 108), en donnent 84 ; dans le cas actuel, ce nombre est multiplié par 1000. Le nombre 84,000 est très en faveur dans la cosmogonie bouddhiste et paraît s’employer dans la même acception que khrag-khrig, centaine de mille millions et le terme chinois wan, ou 10,000 (Ideler, Ueber die Zeitrechnung der Chinesen, page 10), pour désigner un nombre infini. L’étendue, l’épaisseur et le diamètre du Sakwalas peuvent toujours se diviser par 8 ; la durée de l’âge de l’humanité procède par 84,000 ans. Voyez Hardy, Manual, chap. I, Foe-Koue-Ki, page 127.
  62. Afin d’abréger, nous avons omis la traduction de ces trois dharanis.
  63. En tibétain, ts’hogṣ-g̣nyis ; par cette expression est désignée la combinaison de la plus haute perfection dans la pratique des vertus et du plus haut degré de sagesse, tous deux attributs des Bouddhas ; mais l’homme peut atteindre à ce rang sublime en suivant le chemin révélé par Sâkyamouni et ses prédécesseurs reconnus.
  64. Il délivre des péchés spécifiés.
  65. En tibétain ṛtsa-vai ḅla-ma ; dans un précédent passage, ils étaient appelés ḅla-ma-dam-pa-ḅṛgjoud. Voyez page 86.
  66. Pour l’explication de cette phrase, voir page 37.