Le Caquet de l’Accouchée (première journée)

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Le Caquet de l’Accouchée



LE CAQUET
DE L’ACCOUCHÉE
M.DC.XXII1.

Nouvellement relevé d’une grande et penible maladie, de laquelle j’avois esté fort bien pensé, me donna le subject de me gouverner doresnavant par le regime de vivre que l’on m’en donneroit : pour quoy je fis assembler deux medecins de divers aages et diverses humeurs, qui, après m’avoir veu en bon estat, chacun d’eux dict son advis sur mon futur gouvernement et pour retourner en ma pristine santé.

Le plus jeune oppina le premier, et me dit qu’il donnoit conseil à autruy selon qu’il se gouvernoit luy-mesme, qui estoit d’aller souvent en sa maison des champs pour secoüer l’oreille de la tulippe et du martigon, faire cinq ou six tours de jardin, prendre la dragme du vin clairet, puis monter sur son mulet et s’en revenir soupper à Paris, et qu’ainsi l’air des champs divertissoit les mauvaises humeurs, restauroit les membres et reveilloit l’esprit.

L’autre medecin, plus vieil, fut d’advis que ce plaisir estoit trop court, et que, souvent reyteré, en fin il ennuyoit plus qu’il ne donnoit de plaisir ; pour son regard, qu’il ne trouvoit point un plus grand divertissement d’esprit que la comedie, la tragedie et la farce, et que souvent il la faisoit joüer en sa presence, et par ses enfans mesmes2, sans avoir esgard à ce vieux dicton : Corrumpunt mores colloquia prava, et quoy que, parmy ces jeux, les enfans impriment mille astuces et fallaces en leurs ames, se mocquans ordinairement de toutes personnes sans suject. Mais passe, c’est pourtant un des plaisirs que je vous conseille de prendre, plaisir qui est à present ordinaire dans Paris ; et, tout ainsi (Dieu mercy da) que la religion catholique, apostolique et romaine sort de France pour habiter au Perou et terres estrangères, ainsi l’Italie commence à se purger de telles folies de jeux publics, qu’ils nous renvoyent à Paris3 pour nous rendre encore plus vicieux qu’eux, estans bien informez que les officiers qui ont le pouvoir de donner telles punitions ou de l’empescher n’en font aucune difficulté, ny de faire observer les ordonnances de sainct Louys, qui de son temps avoit chassé toutes ces canailles hors de France.

Le second plaisir que vous prendrez (et qui est le meilleur), c’est de tascher à accoster quelqu’une de vos parentes ou amies, ou voisines, accouchées, pour vous permettre vous glisser à la ruelle du lict une apresdinée, pour entendre les nouvelles qui se racontent par la multitude des femmes qui la viennent voir, et en tenir bon registre ; et par ainsi vous aurez non seulement dequoy contenter vostre esprit, mais aussi cela vous fera rajeunir et remettre en vostre pristine santé.

Advis que je trouve assez bon, qui fut cause que, d’une pleine liberalité, je leur donne à chacun leur droict de consultation, avec promesse de loüange si ma santé en augmentoit.

Or, pour l’executer dès le lendemain, je me fais conduire sur le Pont-Neuf, où je taschois à aller le petit pas ; mais il me fut impossible, pour estre poussé et foullé par une multitude de petit peuple de toutes sortes d’estats, qui avoient quitté leur boutique pour venir voir le charlatan4 : les uns y menoyent leurs enfans plus soigneusement qu’au sermon, les autres estoient huyez par leurs femmes, qui se lamentoyent de n’avoir point de pain à la maison ; et neantmoins que leur meschant mari s’amusoit à la farce plus qu’à sa besongne ; et bref, quant je fus arrivé sur le lieu, j’y vis une si grande confusion, meslée de querelles et de batteries, pour les couppe-bourses qui s’y rencontrent, que je n’eus le loisir que d’entendre trois ou quatre mots de leur science, qui m’estonnèrent de prime face, parce que le charlatan promettoit de guarir toutes sortes de maux en vingt-quatre heures pour une pièce de huict sols.

Je suis bien miserable, ce di-je alors, d’avoir despencé tant d’argent à me faire medeciner, et avoir eu tant de mal, puis qu’avec si peu d’argent on peut recouvrer sa santé ! Et comme je me plaignois, marmotant entre mes dents, un homme de la trouppe, qui m’escoutoit, me toucha sur l’espaule et me dit : Ne vous faschez point de n’avoir usé de ses drogues : j’en ay acheté plusieurs fois, et pour beaucoup d’argent, pour me guarir le mal d’estomach, les dents et les caterres ; j’ay trouvé, pour en avoir usé, mon malestre augmenté, et ce qui estoit mal procedant de chaleur voire augmenté en chaleur, et ce qui estoit trop froid s’estre converty en mauvaise humeur. C’est pourquoy je l’abandonne et le donne au diable avec mon argent.

Je disois qu’en cela l’advis du medecin ne me plaisoit plus, et que, si celuy de l’accouchée estoit pareil, que j’avois perdu mon argent aussi mal à propos que celuy qui avoit acheté les drogues du charlatan.

Le lendemain, pour executer l’advis tout entier, je fus adverty qu’une mienne cousine demeurant ruë Quimquempoix, autrement dicte ruë des Mauvaises Paroles5, estoit accouchée il n’y avoit que deux jours, laquelle j’alay voir, et, après avoir congratulé l’accouchée, je la priay me donner ce contentement de me cacher à la ruelle du lict aux apresdinées, pour entendre le discours des femmes qui la venoient voir ; ce qu’elle m’octroya facilement, à la charge de l’en dispenser si j’estois antiché de la maladie de la toux, parce que pour rien elle ne voudroit cela estre descouvert.

Or, pour le faire court, le lendemain vingt-quatriesme avril, je m’y transporte sur le midy, où, comme l’on m’avoit promis, je trouve à la ruelle du lict une chaire tapissée pour me seoir, et une petite selle pour mettre mes pieds. L’on ferme le rideau, et tout incontinent après, à une heure attendant deux, arrivèrent, de toutes parts, toutes sortes de belles dames, damoiselles, jeunes, vieilles, riches et mediocres, de toutes façons, qui, après avoir faict le salut ordinaire, prindrent place chacun selon son rang et dignité, puis commencèrent à caqueter comme il s’ensuit.

Qui commença la querelle, ce fut la mère de l’accouchée, qui estoit assise proche le chevet du lict, à costé droict de sa fille, qui respondoit à une damoiselle qui lui demandoit combien sa fille avoit d’enfans, et si c’estoit le premier ? La fille accouchée rioit et n’osoit parler, luy ayant esté deffendu, à cause de la fièvre causée de la multitude de son laict, et la mère respond : Vramy, Madamoiselle, c’est le septiesme, dont je suis fort estonnée. Si j’eusse bien pensé que ma fille eust esté si viste en besongne, je luy eusse laissé gratter son devant jusques à l’aage de vingt-quatre ans sans estre mariée ; je ne fusse pas maintenant à la peine de voir tant de canailles à ma queuë. — Eh ! Madame, ce dit la damoiselle, resjouyssez-vous, ce n’est que benediction ! — Par S. Jean, dit la mère, ce sont biens de Dieu, mais ce ne sont pas des meilleurs, maintenant que l’on a tant de peine à marier les filles et pourvoir les garçons ; il faudra à la fin, bon gré mal gré qu’ils en ayent, qu’ils soyent moynes et religieuses, car les offices et les mariages sont trop chers.

— C’est la vérité ce que Madame dit, ce fit une damoiselle de haut parage : je resens bien en moy-mesme ceste incommodité, et toutes les financières de mon calibre qui s’estoient deliberez de pourvoir leurs filles à de la noblesse, pour avoir du support cy-après, en cas de recherche des financiers6. J’ay veu que nous estions quittes de tels mariages pour cinquante ou soixante mil escus ; mais à present que l’un de nos confrères a marié sa fille à un comte, avec doüaire de cinq cens mil livres comptant, et vingt mil escus d’or pour les bagues, toute la noblesse en veut avoir autant à present, et cela nous recule fort ; je voy bien que, pour en marier une doresnavant, il faut que mon mary entre en charge deux ou trois années davantage qu’il ne pensoit.

Sa damoiselle de chambre, qui estoit derrière sa maistresse, s’advança de parler, et luy dit avec humeur : Madamoiselle, je ne sçay comment me plaindre, puis que vous vous plaignez, qui avez acquis soixante mil livres de rente en trois ans. Mon père, que vous sçavez estre procureur, et qui a des moyens assez honestement, a marié au commencement ses premières filles à deux mil escus, et a trouvé d’honnestes gens. À present, quant il auroit douze mil livres comptant, il ne pourroit trouver party pour moy, occasion qui a meu ma mère de convertir ma souffrance en supercession, et me donner la coiffe et le masque pour servir de servante et avoir la superintendance sur le pot à pisser et sur la vaisselle d’argent.

Et moy donc, se dit une servante qui estoit assise sur ses genoux près de la porte, je suis plus à plaindre que vous autres : car autrefois, quand nous avions servy huict ou neuf ans, et que nous avions amassé un demy ceint d’argent, et cent escus comptant, tant à servir qu’à ferrer la mule7, nous trouvions un bon officier sergent en mariage, ou un bon marchand mercier8. Et à present, pour nostre argent, nous ne pouvons avoir qu’un cocher ou un palfrenier, qui nous fait trois ou quatre enfans d’arrache-pied, puis, ne les pouvant plus nourrir, pour le peu de gain qu’ils font, sommes contrainctes de nous en aller reservir comme devant, ou de demander l’aumosne ; on ne voit autre chose par ces ruës.

— Et vous, Madame, à ce coing, vous ne dites mot ? Le temps ne vous importe-il point comme aux autres ? — Je vous asseure, Madamoiselle, que je ne m’estonne nullement de vos discours : car, ce qui est cause en partie de ce desordre, je recognois que ce sont les bombances d’aucuns ; car moy qui suis marchande, je le cognois à la vente. Il est aujourd’huy venu à nostre boutique un nombre de bourgeoises, conduisant une fiancée pour achepter des estoffes, le fiancé present, qui menoit la fiancée par dessous le bras ; et comme je leur ay demandé quelles estoffes ils vouloyent, ils se regardoyent l’un l’autre, et se disoient : Parlez, Madame. — Moy, je m’en rapporte aux parens les plus proches. — Et comme je ne pouvois avoir raison d’aucun d’eux de le dire, je demande quel estat avoit le fiancé. Une bonne vieille respond : Il est d’un grand estat ; il est tresorier et receveur, et payeur des gages des conseillers et juges presidiaux de Montfort9. — Tresorier, ce dis-je alors, il faut doncques des plus belles estoffes. Incontinent je desploye un velours à la turque10, un satin à fleurs, un velours à ramage, un damas meslé et autres grandes estoffes ; puis je demande au fiancé si ces estoffes luy plaisoient. Il n’osoit respondre. Je m’en rapporte, dit-il, à ma maistresse. La fiancée dit que c’estoit bien son cas ; luy, au contraire, se hazarde de parler, et dit que ces estoffes estoient de trop grand pris pour sa qualité ; qu’il n’avoit que cent livres de gages à son office, et qu’il ne pourroit pas entretenir si grande vogue. Mais la mère de la fille, qui n’a nul esgard à cela, dit qu’elle veut que sa fille soit brave, et partant que l’on couppe : si bien que j’ay delivré pour douze cens livres à monsieur le tresorier.

— Ho, ho ! ce fit la femme d’un notaire, S. Gry ! mon mary n’a point de gages, et si je porte bien de pareilles estoffes, et si on ne m’en donnoit j’en trouverois bien ; je ne veux pas estre moindre que ma cousine, encores que son mary soit officier du roy.

— Nous serions bien sottes, dit la femme d’un petit advocat du Chastelet, de porter de moindres estoffes que cela ; ce que nous en faisons donne davantage de courage à nos maris de travailler, et plumer la fauvette sur le manant pour nous entretenir11, et si faut que nos maris portent la soustane de damas pour nous honorer davantage, et non pas un saye, comme au temps passé, qui ne passe pas la braguette, pour les distinguer d’avec les conseillers.

— Madame, ce dit une autre, quelquefois cela ne dure pas ; le temps n’est pas tousjours propre à gaigner, les hommes ont de la peine.

— Hé ! Madame, ce dit-elle, quand ils ont trop de peine, il faut leur donner des aydes pour les soulager.

— Ha, ha, ha ! ce fit une jeune bourgeoise qui avoit espousé un vieillard de cinquante-six ans, qui estoit au milieu de la troupe, je me ris de vos plaintes, mes dames ; pour moy, je ne me puis plaindre, car ce dont j’ay le plus de besoin, c’est ce que j’aurois tout à l’instant si je le voulois : il y a assez de jeunes gens qui m’en font l’offre.

Alors l’accouchée s’azarde de parler tout doucement, et dit qu’autrefois elle avoit esté ainsi curieuse d’estre brave ; mais maintenant qu’elle avoit tant d’houërs et ayant cause, qu’elle faisoit servir ses vieilles besongnes12 à habiller ses enfans. Et moy, je me passe à peu ; mais voulez-vous que je dise la vérité ? ce n’est pas de bonne volonté, ains par force, car je suis aussi ambitieuse que jamais.

Or, comme l’accouchée eust prononcé un arrest, on fit un silence, qui fut cause qu’on entendoit au pied du lict une petite bourgeoise qui parloit bas à sa voisine ; et toutes deux sembloient se resjouyr, dont la compagnie fut jalouse, pour participer à quelqu’autre nouvelle, qui fut cause qu’une damoiselle proche leur dit : Mes dames, vous avez quelque contentement en l’ame, puisque, mesprisans nos premiers discours, vous vous estes entretenues vous deux sous un plus beau sujet.

— Madamoiselle, ce sont petites affaires particulières de nos maisons qui ne touchent à personne.

L’autre dit : — Ma voisine, vous n’en serez pas deshonnorée pour dire ce qui en est. La chose est honneste et profitable ; tous ceux qui le meritent ne le sont pas : c’est que le mary de madame brigue l’echevinage ; c’est ce dont elle se resjoüit.

— Ho, ho ! il est donc fort aagé, monsieur vostre mary ? — C’est vostre grace, madamoiselle, il n’a pas plus de trente-cinq ou quarante ans ; mais c’est qu’il prend son temps : il a veu que ceux qui y sont à present, ce sont gens (au moins quelques uns, da) de si petite estoffe, et que trois ou quatre taverniers commencent à briguer pour y entrer, qu’il s’est hazardé comme les autres, encore qu’il ne soit que procureur du Chastelet. Il espère y faire ses affaires, s’il y entre.

— Et y gaigne-on donc quelque chose ? ce dit une bonne mère qui avoit son chaperon destroussé à la mode ancienne13. Par le vray Dieu, mon mary deffunct, monsieur Dainbray14, qui a esté trois fois prevost des marchands, n’a jamais profité à l’Hostel-de-Ville que d’un pain de succre par an, aux estrennes ; encore faisoit-il difficulté de le prendre, et quand il est mort il a laissé par testament que l’on mist la valeur de trois pains de succre au tronc de l’Hostel-Dieu de Paris, que sa conscience et son ame n’en fussent en peine.

— Vramy, si ceux qui ont esté depuis luy, et qui ont mis tant d’estats de charbonniers15, gaigne-deniers16, jurez-racleurs17, porteurs de foin et autres officiers de la ville, en leur bourse, estoient damnez, il y en auroit bien. Et à present, quand les eschevins sortent de charge, ils se font payer cinq ou six mil livres de vieux arrerages de rentes sur toutes natures de deniers pour leur dernière main ; et s’ils n’ont point de rentes, ils acheptent des arrerages de la vefve et de l’orfelin à six escus pour cent, et se font payer de tout comme ayant droict par transport.

— Nostre-Dame ! et où prennent-ils cet argent-là ? On dit que c’est sur les deniers du domaine de la ville et autres fonds que nous ne sçavons pas ; il n’est que d’estre en charge pour le sçavoir. J’espère bien que, si mon mary peut gaigner les voix à force de briguer, qu’il viendra bien à bout de tout aussi bien que les autres.

— Et voyez-vous, Madame (ce dit l’ancienne), au temps passé, le prevost des marchands et eschevins avoyent plus d’esgard au proffit public qu’au particulier. Tout cest argent que l’on mange à present en banquets (car on y disne tous les jours), en estrennes, en superfluitez du feu de la Sainct-Jean18, en payement d’arrerages de rentes et autres choses que nous ne sçavons pas, s’emploioit à fortifier la ville, à refaire les quais rompus, dont l’argent se prend à present sur l’escu cinq sols qui a esté imposé sur le vin des bourgeois, et qui jamais ne sera cassé19 ; plus, à faire travailler les pauvres valides, à remuer la terre des fossés de la ville20 et autres choses nécessaires. Et de fait, on ne voyoit point de pauvres, car, pour les vieux et impotens, on les nourrissoit à l’hospital S.-Germain21 ; toutesfois, si depuis la mort de mon mary ils ont obtenu lettres patentes du roy pour faire leur profit particulier de ce qui appartient au public, à la verité je ne le sçay pas.

— J’ay ouy murmurer que le roi avoit donné commission à deux maistres des requestes pour faire la recherche22 de ceux qui prennent des droicts qui ne leur sont point attribuez ; mais je pense qu’ils ne s’attaqueront pas à ces gens-là : ils ont trop d’amis et de faveur. Et toutesfois il n’y auroit point de danger de s’informer pourquoy on prend dix sols tournois pour les frais de chacune voye de bois, et pourquoy les eschevins permettent que le bois se vende plus que le taux que l’on y met : car autrement nous n’avons que faire d’eschevins, s’ils ne servent qu’à faire vendre les denrées plus chères qu’il ne faut.

— Là, là, Madame ; vous avez fait vostre temps, laissez faire les affaires aux jeunes gens, et ne ramentevez point le chat qui dort23.

— Je m’estonne pourtant que la cour de parlement n’y met ordre.

— M’amie, cela n’est pas de leur justice ; chacun a son cas à part : la reformation de la justice leur appartient, et non pas du bois. Sçavez-vous pas bien que ces jours passez monsieur le president Chevalier24 a ressemblé à celuy qui pour faire peur aux souris avoit escorché un rat ? Depuis qu’il a fait faire le procez au procureur general de sa justice, tous les commissaires ont tremblé, et si on frippe quelque chose, c’est en cachette.

— Mais, Madamoiselle, disons la vérité sans faintise : s’il y a eu du desordre, nous sçavons bien en nostre particulier d’où il procède. Comment seroit-il possible d’entretenir les garçons de ce temps si on ne desroboit ? Il n’y a fils ne petit-fils de procureur, notaire ou advocat, qui ne vueille faire comparaison en toutes choses avec les enfans des conseillers, maistres des comptes, maistres des requestes, presidens et autres grands officiers. L’on ne les peut distinguer ny en habit, ni en despence superfluë. Ils hantent les banquets à deux pistoles25 pour teste ; ils empruntent argent26, joüent aux dets, au picquet, à la paulme, à la boule, vont à la chasse, et font le mesme exercice des grands. Ils empruntent à usure de Traversier, de Dobillon et de l’Italien Jacomeny27, qui sont les receleurs de la jeunesse. Et puis qu’en advient-il enfin ? Ils sont contraints de faire l’amour à la vieille, ou d’anjoler la fille d’une bonne maison, leur faire un enfant par advance, à fin d’estre condamnez à l’espouser.

Une vieille qui estoit à la trouppe respond : Amen. Ce que vous trouvez mauvais, je le trouve bon : quand les vieilles peuvent trouver quelque jeune gars pour leur argent (pourveu qu’il soit bien morigené), c’est un bon heur ; il y a de plaisir pour l’un et pour l’autre : l’un prend la courtoisie, et l’autre la commodité ; cela faict subsister la jeunesse selon son ambition, et faict vivre la vieillesse plus long-temps. Et que servent les biens que pour cela ?

— Ô Madame ! ce que vous dictes est le suject d’un grand peché : car, sous ombre d’une nuict ou deux que vous en prendrez contentement, il en vient un grand malheur : on ne voit que bastars28, que filles desbauchées ; et toutes les autres qui sont honnestes, qui pourroyent enjandrer une belle race par un legitime mariage, fait de pareil à pareil, demeurent en friche, et n’ont pour toute retraicte que la religion29.

Et puis qu’en advient-il quand ils ont dequoy despendre30 ? Une feneantise, hommes sans soucy, sans travail, plus apres à chasser un lièvre que de servir leur roy et la republicque. Et si d’avanture vous les faictes entrer par vostre argent à quelque office, si c’est à la cour de parlement, il faut estudier à monsieur Mozan ; si c’est à la chambre des comptes, à Robichon avec son calpin. Et puis, quand ils sont receus, cahin, caha, ils ne sçavent par quel bout commencer la justice ; et par ainsi les cours souveraines sont remplies de beaux fils et bien peignez, logez à l’enseigne de l’Asne.

L’accouchée avoit la teste rompuë de ces discours et commence à dire : Mesdames, vous me faictes apprehender le temps advenir ; je n’ay que vingt-quatre ans et demy, et sept enfans : si je faits ma portée selon nature, et que toutes choses augmentent comme ils font, j’envieilliray de soin, et non d’aage.

— Hé ! ma fille, ne songez point à cela ; j’y songe assez pour vous. Prenez courage : le grand desordre qui est à present engendrera un bon ordre ; l’on fera des edicts qui regleront toutes choses ; l’on cognoistra le marchand d’avec le noble, l’homme de justice avec le mechanique, le fils de procureur avec le fils de conseiller, et puis vostre mary mettra bon ordre à pourvoir ses enfans selon ses moyens, et si vous avez encores à heriter de moy pour plus de deux mil cinq cents livres pour une fois payer ; est-ce pas un beau denier à Dieu ? De quoi vous mettez-vous en peine ?

— Ma mère, vous estes du bon temps ; vous avez accoustumé de ne manger du roty qu’une fois la sepmaine, encore n’est-ce qu’un aloyau ; mais nous ne sommes pas accoustumez à cela, et si je croy qu’il nous y faudra accoustumer, si la chair est tousjours si chère.

— Sainct Gry ! j’avois accoustumé par sepmaine de ne despendre à la boucherie que quatre livres dix sols ; maintenant je donne à nostre chambrière cent sols, et si nous mourons de faim. Il faudra doresnavant manger le potage le matin, et la chair le soir, pour observer l’ordonnance de Philippe le Bel31.

— Je voy bien que Madamoiselle, qui n’est pas de ceste ville, se rit de nostre petitesse ; mais que voulez-vous ? chacun selon ses moyens. — Et la damoiselle respond : Madame, chacun se sent de cherté et du peu de proffit qui se fait à présent aux offices, pour le trop grand nombre d’officiers qu’il y a. Et n’estoit qu’en nostre chambre des comptes de Normandie, d’où je suis, les officiers s’allient avec les comptables, et meslent leur gain ensemblement, nous ne pourrions, non plus que vous à Paris, entretenir nostre grandeur ; mais, Dieu mercy, ils s’entendent bien ensemble. — Et, Madamoiselle, je pensois que la Chambre des Comptes fussent les juges des comptables ? — Hé, Madame, autrefois la linotte et le chardonneret estoient à part en diverses cages ; mais à présent tout est en mesme vollière.

— Je vous asseure, ce dit une femme qui n’avoit encores point parlé, maigre, pasle, melancolique et pleine d’inquietude, mon mary, qui est advocat à la Cour, gaigne ce qu’il veut, fait les affaires de tous ceux de la Religion (comme en estant aussi, da) ; mais il me semble que tout ce qu’il gaigne fond en ses mains ; je ne voy autre chose en nostre maison que des demandeurs : l’un vient querir la taille ordinaire du corps du tresor de la Religion, l’autre la cure32 de monsieur de Rohan et de Soubize, l’autre le nouvel entretenement des ministres, la cure des espions de France, d’Espagne, d’Angleterre, d’Italie, de Flandres, et de toutes les contrées. Bref, j’ay compté qu’en ceste année j’en ay pour plus de cent escus à ma part ; moy, si cela dure, j’aime bien mieux que mon mary face le papelart, et qu’il aille à la messe, que de continuer. Pour cela, ny luy ny moy ne croirons que ce que nous voudrons ; au moins nous serons dispensez de telle taille. Aussi bien dit-on que les excommunications que font nos ministres contre ceux qui se retournent n’ont non plus de force et de vigueur que le soleil de janvier.

— Hé ! Madame, quand vous ne croyez à rien qu’à vostre fantaisie, vous n’estes pas cheute de haut : car tous ceux de vostre religion ont pris à ferme à vil pris l’ateysme ; et qui est cause qu’il n’y a ny enchère ni tiercement33, c’est qu’il n’y a rien à gaigner, ny en ce monde, ny en l’autre : et cela vous demeurera, et si en jouyrez long-temps, si par la loy du droict canon on ne vous force à mieux faire.

— Madamoyselle, ceste Religion est si douce à supporter, que tous ceux qui y entrent, ils en sortent difficilement. Et pour mon regard, lorsque j’en sortiray ce sera à mon grand regret, car, que je face ce que je voudray, je ne suis point obligée de le confesser ; que mes père, mère et parens meurent, je me resjouys au lieu de pleurer, car je croy qu’ils sont sauvez ; que le caresme et jeusnes viennent, je suis dispensée pour manger de la chair ; que nous mourions subitement, nous n’avons point peur du purgatoire ; et bref, que les anges, les saincts et sainctes ayent du pouvoir par leurs prières envers Dieu, nous supprimons tout cela et vivons en liberté d’esprit ; que si ceste taille estoit aussi bien supprimée, nous nous mocquerions de tout le monde.

— Vrayment, c’est une mauvaise police, de permettre qu’il y ait en France des subjects qui contribuent pour faire la guerre contre leur roy legitime ! Je vous prie, Madame, cachez vostre vice, et parlons d’autres choses. Avez-vous beaucoup d’enfans ? — Elle respond : J’avois trois garçons et deux filles ; mais le mal’heur m’en a voulu qu’un de mes garçons, qui estoit à la suitte de monsieur de Soubise34, a esté pris prisonnier, et mené aux gallères avec les autres ; un autre fut l’autre jour tué en revenant de soupper de la ville, pour vouloir sauver son manteau : excusez si je ne vous ay fait prier de l’enterrement ; nous n’avons point fait de ceremonies, nous l’avons mis en nostre jardin au pied d’un saux35. — C’est donc là vostre cymetière, ce dit la dame ? — Et elle respond : Toute terre est bonne à cela. — Et quelle raison avez-vous eue de ceste mort ? — Mon mary a poursuivy et fait prendre plusieurs volleurs ; mais par ce qu’il ne s’est pas voulu rendre partie, on les a eslargis. Il est bien besoin que Dieu face la vengeance des meurtres, car les prevosts criminels ne la font que pour de l’argent.

— M’amie, c’est qu’il faut qu’il se remboursent de la vente de leurs offices, lesquels anciennement on donnoit, speciallement le chevalier du guet36, le prevost des mareschaux37 le prevost de l’Isle38, le prevost de la connetablie39, et autres de justice criminelle ; et tandis que l’on leur vendra, jamais ne feront rien qui vaille. Le messager d’Estempes fut l’autre jour vollé de quatre-vingts ou cent escus ; comme il fit sa plainte, et qu’il demandoit que l’on courut après, le prevost des mareschaux luy demande cent escus d’avance pour sa chevauchée, et, voyant que c’estoit double perte, il a mieux aymé laisser la poursuitte du vol que d’en perdre d’avantage.

— Ô Dieu ! quel desordre ! Je ne croy pas que le roy sçache la moitié de ce qui se passe, car, s’il le sçavoit, il y mettroit ordre : il feroit observer les loix. À quoy servent tant d’huissiers et sergens ? À faire monstre au mois de may40, et à piller le manan ; tant de prevosts de mareschaux ? à faire pendre ceux qui n’ont point d’argent ; tant de juges criminels ? à bien prendre pour acquitter les debtes qu’ils contractent pour achepter leurs offices ; tant de commissaires de Chastelet ? à prendre pension des garses41, des maquerelles, des boulengers et de tous ceux qui vendent viandes42, car à present tout est permis.

— Je ne sçay si ces gens-là enrichissent, et si leurs biens durent long-temps, car mon père, de son vivant, me disoit : Ma fille, les biens que je te laisse viennent de mes grands-pères et bisayeuls, et profiteront à tes enfans, s’ils sont gens de bien et qu’ils facent la raison à la vefve et à l’orfelin, qu’ils ne prennent rien qu’ils ne l’ayent bien gaigné. C’est pourquoy, disoit-il, on ne voit point ès maisons des financiers d’anciens héritages, car, quand ils font bastir maisons, fermes et chasteaux, ils sont plustost hypotecqués qu’ils ne sont couverts, plustost vendus qu’ils ne sont achevés, ou, s’ils viennent à deperir, les grandes debtes sont causes qu’ils tombent en masure.

— Aussi vray, Madame, à propos de cela, la pluspart de mes parens estoyent financiers, et qui avoyent grande vogue de leur temps, et si j’ay esté long-temps si beste que je m’attendois à leur succession : j’avois mon oncle le Hou, premier commis de l’espargne, mon cousin Regnault, tresorier de l’extraordinaire, mon cousin Regnard, receveur general de Paris, mon cousin Puget43, les Bourderets, les Salvancy, et un tas d’autres ou il n’est pas resté du fil à lier un boudin.

— Il y en a bien d’autres : et Montescot44, Sancy45, Geperny, Des-Ruës, la Bistrade46, et ce grand fermier Louvet47. Vramy ! il n’y a point de faute de torcheculs sur leurs heritages, car il y a bien des placarts ; je ne sçay plus à qui on se fiera.

— Pour moy, j’ay envie de me mettre du party de celuy qui a entrepris le pont au Double48, car luy et ses associez sont de bons compagnons ; ils ont trompé la cour de parlement et le public : ils ont fait semblant de commencer un pont de pierre, qu’ils n’achèveront jamais49 ; et ce pendant, avec un double de chacun homme, un sol du carrosse et de la charette, le tribut des vidanges que l’on y porte, l’impost du bois flotté, et autres imposts qu’ils prennent, ils tirent par jour plus de soixante livres, et sont plus que remboursez des frais qu’ils ont faits ; et cependant font accroire que cela ne vaut rien, et continuent à prendre le jour et la nuict, et s’entendent avec les volleurs, qui, à une heure induë, pour un escu de tribut passent la rivière.

— M’amie, c’est faute de le faire entendre à monsieur le procureur general de la Cour : c’est un homme qui n’entend point de raillerie ; s’il le sçavoit, il y mettroit bon ordre ; il empescheroit bien que trois ou quatre partisans trompassent ainsi le public.

Toute la compagnie ne s’ennuioit point de ces discours ; et cependant l’accouchée, qui avoit envie de pisser, poussoit sa mère pour donner congé à tous ; et moy, qui estois à la ruelle, qui manquois de papier et d’encre, me faschois de ne pouvoir tenir plus long registre de ce qui se passoit, pour en advertir ceux qui y peuvent mettre ordre, remettant le tout à une autre après-disnée.



1. Dans le Recueil général, cette partie est intitulée : La première journée de la visitation de l’accouchée.

2. Il étoit de bon ton de faire jouer alors la comédie aux enfants. « La reine, écrit Malherbe à Peiresc, s’en va lundi à Saint-Germain, où Mesdames lui préparent le plaisir d’une comédie qu’elles doivent réciter. » Mesdames, ce sont les petites princesses sœurs de Louis XIII.

3. Il y avoit en effet alors des comédiens italiens à Paris. En juin 1613, Malherbe avoit écrit à Peiresc : « On dit que les comédiens de Mantoue viennent, conduits par Arlequin. » Le 6 septembre, il avoit encore écrit : « Les comédiens italiens sont arrivés ; mardi ils joueront au Louvre. » Le 27 janvier 1614, preuve singulière de la faveur de ces comédiens à la cour, le roi et Madame, toujours au dire de Malherbe, avoient tenu sur les fonts l’enfant d’Arlequin. Cette troupe étoit sans doute celle des Gelosi, que Henri IV avoit déjà appelée à Paris en 1600, lors de son mariage avec Marie de Médicis. Elle avoit pour chef J. B. Andreini, dit Lelio, que nous retrouvons encore à Paris, sur le théâtre de l’hôtel de Bourgogne, en 1618, puis, ce qui s’accorde fort bien avec la date de ce premier caquet, de 1621 jusqu’à la fin du carnaval de 1623. Il revint une dernière fois en 1624, époque où il publia à Paris son Teatro celeste, précieux volume qui nous a valu un remarquable article de M. Charles Magnin (Revue des Deux-Mondes, 15 décembre 1847, p. 1090–1109).

4. C’étoit sans doute soit Mondor, soit Desiderio Descombes, dont il sera parlé plus loin (p. 100, 102).

5. La rue Quincampoix ne porta jamais le nom de rue des Mauvaises-Paroles, qu’on ne lui donne ici sans doute qu’à cause des commères qui s’y trouvoient en nombre. Tallemant, peut-être pour la même raison, dit, dans une note de l’historiette de Scudéry (t. 9, p. 146), qu’on l’appeloit aussi rue des Cocus.

6. Cette recherche des financiers pour leurs malversations étoit le vœu de tout le monde et ne se fit pas attendre, puisqu’elle fut décrétée en 1624, comme on le verra par une autre note. Une pièce satirique de ce temps-là, la Voix publique au roy (Recueil A–Z, E, p. 241), la demandoit avec instance ; un autre écrit du même esprit et de la même époque, le Mot à l’oreille de M. le marquis de la Vieuville (Recueil F, p. 192), émettoit non moins vivement un désir pareil. « Ce sont, y est-il dit des financiers, des éponges mouillées qu’il faudrait presser. Il ont plumé l’oie du roy ; qu’ils rendent au moins un peu de sa plume. » — Par le 411e article de la fameuse ordonnance du roi connue sous le nom de Code Michault, et publiée en parlement le 15 janvier 1629, une chambre composée d’officiers des cours souveraines fut créée pour vaquer de nouveau « à cette recherche et punition des fautes et malversations commises au fait des finances ».

7. L’origine de cette locution s’explique d’ordinaire par un passage de Suétone (Vie de Vespasien, chap. 23), ainsi reproduit dans le livre de Moizant de Brieux : « Nous avons pris, dit-il, cette façon de parler de ce que fit autrefois le muletier de Vespasien, qui, sous pretexte que l’une des mules estoit deferrée, arrêta long-temps la litière de cet empereur, et par là fit avoir audience à celuy auquel il l’avoit promise sous l’asseurance d’une somme d’argent, mais dont l’odeur vint frapper aussitôt le nez de ce prince, qui l’avoit très fin pour le gain ; en sorte, dit Suétone, qu’il voulut partager avec son muletier le profit qu’il avoit eu à ferrer la mule. » (Origine de diverses coutumes et façons de parler, Caen, 1672, p. 101.) De là venoit qu’on appeloit ferre-mule tout valet qui trompoit son maître sur le prix des achats qu’il lui faisoit faire : « Un serviteur malin, trompeur et ferre-mule. » (Chapelain, trad. du Guzman d’Alpharache, 1re part., chap. 4.)

8. Le mercier étoit, son nom l’indique, le marchand, mercator, par excellence, de même que le fèvre ou fabre, dont le nom se perdit plus vite, étoit l’ouvrier, l’artisan type. « Le corps des marchands merciers de Paris, lit-on dans le Dictionnaire de Trévoux (1732), est le plus nombreux et le plus puissant des six corps des marchands. » À lui seul il avoit pu fournir 3,000 marchands armés, en bon équipage, à la grande revue que Henri II avoit faite au landi de 1557. Ce corps « si nombreux et si accommodé » ne comptoit pas moins de vingt classes de marchands : les marchands grossiers, les marchands de drap, les marchands de dorure, les camelotiers, les joailliers, les toiliers, les marchands de dentelles, les marchands de soie en bottes, les marchands de peausseries, les marchands de tapisseries, les marchands de fer et d’acier, les clincaliers (sic), les marchands de tableaux, estampes, etc. ; les miroitiers, les rubaniers, les papetiers, les marchands de dinanderie, les marchands de toiles cirées, parasols et parapluies ; puis les menus merciers et les merciers ambulants. On peut en voir l’ample détail dans le Guide des corps des marchands, Paris, 1766, in-12, p. 358, etc.

9. Les trésoriers étoient accusés de s’enrichir comme les autres gens de finance. Dans le Mot à l’oreille de M. le marquis de la Vieuville (Recueil A–Z, F, p. 178), il est dit que ceux de l’extraordinaire et ceux de l’épargne font seuls les profits.

10. Les étoffes à la Turque étoient alors les plus recherchées ; on alloit jusqu’à faire venir des ouvriers de Turquie pour les confectionner à Paris, et pour en faire des robes. « Je vous avois mandé, écrit Malherbe à Peiresc le 6 avril 1614, qu’on faisoit des habits pour la petite reine : c’est une robe qui se fait à l’hôtel de Luxembourg par des Turques, dont il y a deux lez de fait, et dit-on que c’est la chose du monde la plus belle. »

11. Expression qui répond à celle que nous avons reproduite dans une note précédente : plumer la poule, plumer l’oie du roi, etc. On disoit, pour un homme adroit et d’intrigue, un dénicheur de fauvettes. (Dict. de Furetière.)

12. Besogne ou besoigne se disoit alors pour hardes, effets. On en a un exemple dans ce passage d’une lettre de Malherbe à Peiresc (p. 384) : « Cette pauvre princesse (la reine Marguerite) est volontiers excessive en ses libéralités : elle donna… une montre de cinq à six cents écus à madame de Montglas ; elle donna aussi je ne sais quelle besoigne à madame d’Aumale, sous-gouvernante, et à madame la nourrice de Monseigneur. » Ailleurs, Malherbe parle encore « des besongnes de nuit de la signora Sperancilla » dont s’habilloient les cardinaux à Rome. Id., p. 58.

13. Le chaperon étoit la marque de la petite bourgeoisie (V. notre Recueil de variétés historiques et littéraires, etc., t. 1, p. 306). Il fut aussi, jusqu’au temps de Louis XIV, l’habillement des femmes nobles pendant le deuil de leurs maris. Saint-Simon, dans une note du Journal de Dangeau, décrit longuement celui que portoient les princesses du sang. (Lémontey, Essai sur la monarchie de Louis XIV, etc., précédé de nouveaux mémoires de Dangeau, Paris, 1810, in-8, p. 204.)

14. C’est Daubray qu’il faut lire. L’auteur des caquets prête une erreur à sa veuve, en lui faisant dire que son « mary deffunct » fut trois fois prévôt. Claude Daubray, conseiller, notaire et secrétaire du roy, fut élu échevin en 1574, sous la prévôté de Monsieur le président Charron, puis prévôt de 1578 à 1580, époque où il eut pour successeur Auguste de Thou. Voilà toute sa vie municipale. (V. Piganiol, Description de Paris, t. VIII, p. 441.)

15. Les charbonniers, comme tous les autres petits métiers ou emplois nommés après, ne formoient pas à Paris de communauté, « parcequ’il ne peut pas y avoir de fabrique de charbon dans la ville. » Ceux qui le portoient devoient avoir permission du roi, ou tout au moins des magistrats. C’étoient « des espèces de charges, qui ne furent établies que depuis le XVIIe siècle. » Mélanges tirés d’une grande bibliothèque, Hh, p. 39. — V. aussi dans notre Recueil de variétés historiques et littéraires, t. 1, la note de la page 204.

16. C’étoient de petits officiers de ville créés pour tasser et mesurer le bois dans les membrures, en présence des jurés. Les hommes de peine ou crocheteurs s’appeloient aussi gagne-deniers. Le règlement général pour la police de Paris, du 30 mars 1635, fixa le tarif dont, sous peine du fouet, ils ne devoient pas se départir pour leurs salaires.

17. Ces râcleurs-jurés ne sont sans doute autre chose que les ramoneurs de cheminées, qui en effet ne formoient pas non plus une véritable corporation, et rentroient ainsi dans la catégorie des métiers précédents. V. Mél. d’une gr. biblioth., id., p. 280.

18. Il doit être fait ici allusion aux fêtes encore récentes que la Ville avoit données à Louis XIII quand il étoit venu, en 1620, allumer lui-même sur la place de Grève le feu de la Saint-Jean. Entre autres supefluitez de ce bûcher annuel, il ne faut pas oublier les chats qu’on y brûloit dans un sac ou dans un muid, singulier auto-da-fé dont il est parlé dans le libelle infâme, le Martyre de frère Jacques Clément, etc. Paris, 1589, p. 34, 35. Sauval, qui en fait mention dans ses Antiquités de Paris, t. 3, p. 631, cite ce passage des registres de la ville au XVIe siècle, tant de fois rappelé depuis : « Payé à Lucas Pommereux, l’un des commissaires des quais de la ville, cent sols parisis, pour avoir fourni durant trois années, finies à la Saint-Jean 1573, tous les chats qu’il falloit audit feu, comme de coutume, et même pour avoir fourni il y a un an, où le roi y assista, un renard pour donner plaisir à Sa Majesté, et pour avoir fourni un grand sac de toile où estoient lesdits chats. » Dans une lettre de l’abbé Lebeuf (Journal de Verdun, août 1751), relative au feu de la Saint-Jean, se trouvent d’autres détails sur cette bizarre coutume d’y brûler des chats, et il y est fait ainsi allusion dans une pièce très rare, contemporaine des Caquets :

Un chat qui d’une course brève
Monta au feu Saint-Jean, en Grève ;
Mais le feu, ne l’épargnant pas,
Le fit sauter du haut en bas.
Le fi(Le Miroir de contentement, Paris, 1619, in-12, p. 4.)

Je ne trouve la raison de cette cruauté contre les chats que dans la croyance où l’on étoit qu’ils se rendoient tous à un sabbat général la veille de la S.-Jean (Moncrif, les Chats, 1re lettre). On les brûloit, le lendemain, comme convaincus de sorcellerie.

19. En 1601, la ville avoit décidé de lever dix sols sur chaque muid de vin afin de pourvoir à la réparation des fontaines. Le roi accapara cette taxe, et, dans l’assemblée générale du 17 avril de cette même année, il fit connoître aux échevins qu’il en destinoit les fonds à l’achèvement du pont Neuf. (Félibien, Hist. de Paris, t. V, p. 483.) Depuis, comme l’indique ce curieux passage des Caquets, cette taxe, vivace comme tout bon impôt, avoit été maintenue. L’argent, d’abord employé à l’achèvement du pont, avoit passé aux réparations des quais.

20. « Les autres pauvres de Paris qui sont valides et assez sains pour gaigner leur vie, et qui neantmoins, pour estre aucunement foibles, paresseux et mauvais ouvriers, ne trouvent pas qui les veuille employer, sont enroolez par les dicts commissaires des pauvres, leur dict bailly ou greffier, et envoyez, receuz et employez aux fossez, fortifications, remparts et œuvres publicques de la dicte ville, etc. » G. Montaigne, la Police des pauvres de Paris, s. d., p. 13.

21. L’hôpital Saint-Germain, que nous ne trouvons nommé nulle part ailleurs, devoit être l’ancienne maladrerie de S.-Pierre, qui fut remplacée par l’hôpital de la Charité vers 1606. Le nom qui lui est donné ici devoit lui venir de l’abbaye de Saint-Germain, sur le terrain de laquelle cet hôpital avoit été bâti. — Dans le temps même où l’auteur des Caquets faisoit ainsi regretter ce premier asile des pauvres, Louis XIII songeoit à en établir un autre. Des lettres-patentes de février 1622 statuoient sur la fondation d’un véritable dépôt de mendicité. Le projet, malheureusement, n’eut pas de suite. Il en sera reparlé plus loin.

22. Si cette recherche n’étoit pas encore ordonnée, au moins étoit-elle déjà fort menaçante :

Mais enfin crève l’apostume ;
Si les pères mangent l’oyson,
Les enfans en rendent la plume.
Les(Satyres du Sr. Auvray, 1625, in-8º, p. 26.)

On pouvoit s’autoriser, pour cette rigueur, de l’exemple de Henri IV, qui avoit fait rendre gorge à ces exacteurs, et qui, de l’argent rendu, avoit fondé un établissement utile :

Les crimes seroient esblouys
Si l’hospital de Saint-Louys
N’en portoit à jamais les marques,
Qui fut basty des ducatons
Que le plus grand de nos monarques
Fit revomir à ces gloutons.
Fit revomir à ce(Id., ibid.)

Tallemant raconte à ce propos l’anecdote suivante dans son historiette de Henri IV : « Lorsqu’on fit une chambre de justice contre les financiers : « Ah ! disoit-il, ceux qu’on taxera ne m’aideront plus. » Edit. in-12, t. 1, p. 87.

23. Ne réveillez pas le chat qui dort.

24. « Nicolas Chevalier, premier président à la Cour des aides, fils d’Etienne Chevalier, conseiller, et de N. Barthemi, fut surintendant de Navarre et de Béarn, et deux fois ambassadeur en Angleterre. » (Le P. Lelong, Bibliothèque franç., t. 4, p. 168, Liste des Portraits.) On a de lui deux portraits gravés par Michel Lasne : le premier, fait en 1621, quand le président avoit cinquante-huit ans, est in-4 ; le second, fait l’année d’après, c’est-à-dire à l’époque dont il est parlé ici, est in-8. — Avant que Luynes fût en faveur, ce président lui avoit rendu service ; mais il paroît que le parvenu eut courte mémoire. V. le Contadin provençal, Recueil des pièces les plus curieuses qui ont été faites pendant le règne du connétable, etc., p. 93.

25. C’étoit le prix qu’on payoit un repas chez la Boessellière, dont le cabaret étoit le plus fameux de ce temps-là. « Etes-vous obligé de suivre le cours, sortez-vous du Louvre à l’heure du disné, le premier cabaret de France est celui de la Boessellière ; mais, sur ma parole, ne vous donnez pas la peine d’y transporter vostre humanité, quoyque vous soyez le mieux avisé du monde, si vous ne sentez que vostre gousset soit prest d’accoucher d’une pistole au moins, etc. » Les Visions admirables du Pèlerin de Parnasse, etc., Paris, 1635, in-12, p. 208.

26. Les emprunts à gros intérêts étoient déjà depuis longtemps le fléau des enfants prodigues :

Mignons de bien dissipateurs
Emprunteront à millions,
Puis payeront leurs créditeurs
De respitz et de cessions.

(La grande et merveilleuse prognostication nouvelle
1583, in-12.)

27. Les livrets satiriques du temps sont remplis de plaintes contre ces usuriers, la plupart Italiens, qui ruinoient la jeunesse et étoient une des causes qui empêchoient Bon-Temps de revenir :

Et quand verrez tous ces marchands
Ne vendre plus rien à usure,
Que Bon Temps viendra sur les rangs.
S’il n’a grant faute de monture,
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  
Quand les Lombards ne seront plus
Chiches, avares, jaloux, couards,
Ne vous enquerrez du surplus :
Bon Temps viendra de toutes parts.

(Les moyens très utilles et necessaires… pour faire en brief revenir Bon Temps, 1615, in-12, p. 6–7.)

28. Dans la pièce que je viens de citer se trouvent aussi des plaintes contre le nombre des bâtards, qui augmentoit tous les jours :

Ne que nous n’ayons plus en France
De Jaloux, Coquus et Batards,
Bon Temps sera hors de souffrance
Et deployra ses etendards.
Et deployra ses ete(Ibid. , p. 16.)

29. C’est-à-dire le couvent : entrer en religion étoit alors le terme consacré.

30. Dépenser.

31. C’est de l’ordonnance de 1294 qu’il est question ici. On la trouve en entier dans les notes de la Thaumassière sur les Coutumes de Beauvoisis, 1690, in-fol., p. 372. Il y est dit : « Nul ne donra au grand mangier que deux mets et un potage au lard, et au petit mangier un mets et un entremets et un potage ; et s’il est jeûne, il pourra donner deux potages aux harencs et deux mets, ou trois mets et un potage, et ne mettra en une écuelle qu’une manière de chair. »

32. Ce mot, qui s’employoit alors non pas seulement pour l’office du curé, mais pour tout bénéfice à charge d’âmes, est très curieux ici, appliqué aux subventions que recevoient les chefs du parti huguenot. La cure des espions, qui vient après, ne cache pas moins de malice.

33. On appeloit ainsi l’enchère faite, sur une terre ou ferme adjugée en justice, du tiers du prix au delà de celui de l’adjudication. Il y a un règlement de 1682 sur les doublements et tiercements.

34. Pendant l’hiver de 1622, M. de Soubise s’étoit jeté dans le Bas-Poitou et l’avoit occupé, ainsi que les îles de Rié, du Périer, de Mons, etc. Il avoit pris Olonne, et il menaçoit Nantes, quand les troupes royales, que commandoit La Rochefoucauld, franchissant de nuit le bras de mer peu profond qui sépare l’île de Rié de la terre ferme, se jetèrent sur lui à l’improviste et dispersèrent son armée presque sans coup férir. Soubise, vaincu, s’enfuit en laissant à l’armée du roi son armée et ses équipages (V. Mémoires de Rohan, coll. Petitot, 2e série, t. 18, p. 269, et Mémoires de Richelieu, ibid., t. 22, p. 206–209). Cette défaite, dont le fils de l’entêtée calviniste mise ici en scène fut une des victimes, se trouve amplement racontée dans un livret, devenu rare, paru presque aussitôt après : Surprise du sieur de Soubize dans les sables d’Aulonne, investi, tant par terre que par mer… par M. le comte de La Rochefoucauld, marquis de La Valette et baron de S.-Luc. Paris, P. Ramier, 1622, in-8.

35. Sureau.

36. Le chevalier du guet, ainsi que toute la juridiction qui dépendoit de lui, étoit du ressort et à la nomination du prévôt de Paris. V. Traité de la police, t. 1, p. 236.

37. Les prévôts des maréchaux étoient des officiers royaux du corps de la gendarmerie, établis pour la sûreté de la campagne contre les vagabonds et les déserteurs. Ils avoient connoissance de tous les cas royaux, appelés à cause d’eux prévôtaux : vagabondages, vols de grand chemin, infraction de sauvegarde, incendie, fausse monnoie. Il y avoit en France cent quatre-vingts siéges de prévôt des maréchaux. Celui qui avoit dans son ressort Paris et toute l’Île-de-France s’appeloit simplement Prévôt de l’Isle.

38. V. la note précédente.

39. C’étoit un juge d’épée qui instruisoit les procès des gens de guerre à l’armée. Celui du régiment des gardes s’appeloit le Prévôt des bandes.

40. Cette montre du mois de mai étoit la procession de toute la basoche, y compris le sergent et ses huissiers, allant planter en grande pompe le mai annuel dans la cour du palais.

41. Marigny, dans son poème du Pain bénit, parle de maître Vavasseur, commissaire du quartier du Marais, qui étoit ainsi de connivence avec les filles ses subordonnées. Marigny le désigne ainsi :

Des lieux publics grand écumeur,
Adorateur de ces donzelles
Qui ne sont ni chastes ni belles,
Et qui, sans grâce et sans attraits,
Vivent des pechés du Marais.

42. Le lieutenant criminel Tardieu, tout aussi bien que ces commissaires, prenoit de toutes mains, même de celles des rôtisseurs. « Le lieutenant, lisons-nous dans les Historiettes de Tallemant, dit à un rôtisseur qui avoit un procès contre un autre rôtisseur : “Apporte-moi deux couples de poulets, cela rendra ton affaire bonne.” Ce fat l’oublie. Il dit à l’autre la même chose. Ce dernier les lui envoie, et un dindonneau. Le premier envoie ses poulets après coup ; il perdit, et, pour raison, le bon juge lui dit : “La cause de votre partie étoit meilleure de la valeur d’un dindon.” » (Tallemant, édit. in-12, t. 5, p. 53.) — Encore M. Tardieu ne s’en tenoit-il pas la. « Le lieutenant criminel, dit encore Tallemant, logeoit de petites demoiselles auprès de lui, afin d’y aller manger, et il leur faisoit ainsi payer sa protection. » (Ibid.)

43. Fameux trésorier de l’épargne, dont la fortune fit scandale à cette époque. Tallemant, qui étoit allié de sa famille, lui a consacré une historiette, ainsi qu’à Montauron, qui continua et même augmenta l’opulence de cette maison de parvenus. (V. édit. in-12, t. 8, p. 116, etc.) Dans la Chasse aux larrons de J. Bourgoing (in-4, p. 39, 90), on les maltraite fort. « Les Puget, y est-il dit, qui se sont vantés d’avoir mangé en leur temps plus d’un million six cents mille livres, avoir entretenu toutes les plus belles garces de Paris, jouy des plus relevées de France, joué ez plus dissoluz brelans, académies, tripots, bauffré les plus friands morceaux, etc. » Puget fut souvent inquiété, même avant la grande recherche qu’on fit des gens de finance sous Louis XIII. L’un des commissaires qui instruisoient son procès lui fit cette question : « Je vous prie de m’enseigner comment je pourrois, avec deux ou trois mille écus, en acquérir en peu de temps cinq à six cents mille » ; paroles, dit un auteur, qui le rendirent muet. Il devint pâle, défait, et possédé des froides appréhensions de la mort, qui le talonnoient comme s’il eût été condamné. » (Le tresor des tresors de France volé à la couronne, par J. de Beaufort, Parisien, Paris, 1615, in-8º, p. 31.)

44. Montescot avoit joui d’un grand crédit et mené grand train sous Henri IV. Au commencement du règne suivant, il eut à subir, entre autres malheurs, les conséquences d’un duel après lequel son fils Baronville, ayant tué Dasquy, gentilhomme du duc d’Aiguillon, dut s’enfuir au plus vite, et fut pendu en effigie au bout du Pont-Neuf, en août 1611. (Lettres de Malherbe à Peiresc, p. 211, 219.)

45. Est-ce le célèbre homme d’état qui eut Sully pour successeur dans la surintendance des finances, ou faut-il plutôt retrouver ici Lancy, fameux traitant de cette époque, dont parle la Chasse aux Larrons, p. 45, 91 ?

46. Nous ne connaissons de ce nom alors qu’un conseiller au Grand Conseil. (V. Tallemant, édit. in-12, III, p. 190.)

47. Il est parlé de ce grand fermier dans une petite pièce fort curieuse : La rencontre merveilleuse de Piedaigrette avec maistre Guillaume, revenant des Champs-Elysées, pet. in-12, 1606. On y voit qu’il florissoit au temps de la faveur des financiers italiens en France, Ruccellaï, Sardini, Cenami, et quelques autres nommés ici. C’est lui, à ce que nous apprend la même pièce, qui organisa toute une armée de mouches (sic) pour surprendre les coquilberts, sorte de contrebandiers de ce temps-là. Mais les mouches s’entendirent avec les coquilberts, « tellement que, par le moyen de cette alliance, le pauvre père Louvet fut métamorphosé comme Actéon, qui fut mangé de ses chiens propres : car toute son armée de mouches, tant capitaines que soldats, devinrent coquilberts, et il fut traité à la turque. » La fuite de Louvet à Maubuisson est ensuite racontée, etc., etc. (V. p. 19, 36.)

48. Peut-être cet entrepreneur, dont nous avons inutilement cherché le nom, est-il le même que « le nommé Bizet » dont parle Malherbe dans sa lettre à Peiresc du 12 janvier 1613, et qui proposoit de bâtir un pont neuf devant aboutir « vers la place Maubert », c’est-à-dire à peu près à la hauteur où fut en effet placé le Pont-au-Double. Cette construction n’entroit que comme détail dans l’ensemble d’un vaste plan d’embellissement que ce M. Bizet montra à Malherbe, et qui, « proposé, reçu par le conseil », auroit eu, entre autres avantages, celui « d’acquitter cinq millions de livres de rente que fait le roi, dit encore Malherbe, sans aucune surcharge ni exaction nouvelle. »

49. Le Pont-au-Double, qui dut son nom à la petite monnoie, équivalente à deux deniers, qu’on payoit pour y passer, ne tarda pourtant pas trop à s’achever. Les travaux y allèrent même plus vite qu’au Pont-au-Change, qu’on rebâtissoit vers le même temps (V. plus loin). Il étoit terminé en 1634, avec la salle de l’Hôtel-Dieu qui occupoit l’un de ses côtés, et qui lui avoit fait donner son nom officiel de pont de l’Hôtel-Dieu. « L’an 1634, lisons-nous dans le Supplément des Antiquités de Paris, de Dubreuil, p. 14, fut fait le pont de pierre de l’Hostel-Dieu, qui prend depuis le coing de la première porte de l’Archevesché et respond en la ruë de la Bucherie, et sert audit Hostel-Dieu d’un bel ornement et logement pour heberger les malades, avec une gallerie faite à costé pour servir au public. » Quand le double tournois eut cessé d’avoir cours, on paya un liard pour y passer ; ce péage exista jusqu’en 1789. On le débarrassa en 1816 des maisons qui l’obstruoient du côté de la rue de la Bûcherie, et de nos jours on l’a complétement rebâti, d’une seule arche.