Le Commandant de cavalerie (Trad. Talbot)/6

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Traduction par Eugène Talbot.
Le Commandant de cavalerieHachetteTome 1 (p. 362-363).


CHAPITRE VI.


Des moyens de se concilier l’affection sans compromettre son autorité.


Jamais on ne pourra façonner la matière comme on le veut, si elle n’est disposée à recevoir toutes les formes de la main de l’ouvrier[1]. Il en est de même des hommes, à moins qu’avec l’aide des dieux ils ne soient disposés à aimer leur chef et à le croire plus habile qu’eux dans les luttes avec l’ennemi. Or, le moyen de se faire bien venir de ceux que l’on commande, c’est de leur témoigner de la bienveillance, c’est de montrer qu’on use de prévoyance pour leur procurer des vivres, une retraite assurée, un repos sans danger. Pour ce qui est d’approvisionner les postes de fourrage, de tentes, d’eau, de sentinelles, de tout ce qui est nécessaire, on doit voir éclater les soins du chef, sa prévoyance, sa vigilance pour ses subordonnés. Est-il dans l’abondance, il est avantageux au commandant de partager avec les autres.

On n’aura pas de mépris pour lui, quand on verra, pour tout dire en un mot, que, quoi que ce soit qu’il ordonne, il le fait mieux que les soldats. Ainsi, à commencer par monter à cheval, il est bon de savoir faire tous les exercices de l’équitation, afin qu’ils voient leur chef franchir hardiment les fossés, sauter par-dessus des murs, descendre au galop d’une hauteur et lancer adroitement le javelot. Tout cela l’empêche de tomber dans le mépris. Enfin, si on le voit habile dans la pratique, prêt à tout faire pour assurer sa supériorité sur l’ennemi, et si l’on s’est bien mis dans l’esprit que jamais il ne marchera contre l’ennemi en aveugle, sans l’aide des dieux et contrairement aux signes sacrés, tout cela rendra les soldats plus dociles à leur commandant.



  1. Voy. à cet égard de jolis vers de Pline le jeune, liv. VII, Ép. ix, 11.