Le Commandant de cavalerie (Trad. Talbot)/7

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Traduction par Eugène Talbot.
Le Commandant de cavalerieHachetteTome 1 (p. 363-365).


CHAPITRE VII.


De ce que doit être le commandant des Athéniens dans les circonstances actuelles.


Tout chef doit donc être prudent ; mais il convient surtout que le commandant de la cavalerie athénienne se distingue par son respect des dieux et par ses talents militaires, puisqu’il a des voisins[1] qui peuvent lui opposer de nombreuses troupes de cavaliers et d’hoplites. S’il veut tenter une invasion sur le territoire ennemi sans les autres forces de la république, il pourra combattre ces deux corps avec ses seuls cavaliers : si, au contraire, les ennemis font une invasion sur le territoire des Athéniens, comme ils ne pourront pas arriver autrement qu’avec des cavaliers ajoutés aux leurs, et des hoplites assez nombreux pour leur faire espérer que les Athéniens tous ensemble seront hors d’état de leur tenir tête, si donc, en pareil cas, la ville tout entière fait une sortie pour repousser un si grand nombre d’ennemis et pour défendre son territoire, quelles brillantes espérances[2] ! Et, en effet, les cavaliers, avec l’aide du ciel et les soins nécessaires, deviendront meilleurs ; et l’on n’aura pas moins d’hoplites, dont les corps seront plus vigoureux et les âmes encore plus éprises de la gloire, si, avec l’aide du ciel, ils sont convenablement exercés. D’ailleurs, pour ce qui est des ancêtres, les Athéniens n’ont pas moins droit d’être fiers que les Béotiens.

Maintenant, si la république tourne ses vues du côté de la marine[3], et qu’elle se borne à défendre ses murs comme au temps où elle soutint l’effort des Lacédémoniens ligués avec les autres Grecs, si elle juge convenable de faire couvrir par sa cavalerie ce qui est hors des murs et de braver seule tous les ennemis ensemble, c’est alors qu’il faut, selon moi, obtenir la puissante protection des dieux, et avoir à la tête de la cavalerie un commandant accompli. Il a besoin d’une prudence extrême contre un ennemi supérieur en nombre, et d’une grande hardiesse pour profiter du moment ; il doit également, à mon avis, être en état de supporter les fatigues : sinon, quand il affronterait cette armée contre laquelle la ville entière ne voudrait pas se mesurer, il est certain qu’il en passerait par où voudraient des ennemis plus nombreux, et qu’il serait incapable de rien faire.

S’il s’agit simplement de garder ce qui est hors des murs avec autant de cavaliers qu’il en faut pour éclairer l’ennemi, et de faire rentrer de loin en lieu sûr tout ce qui réclame semblable précaution, on remarquera qu’un petit nombre peut tout aussi bien observer qu’un grand ; et quand il s’agit d’observation et de retraite, ceux-là n’y sont pas les moins propres, qui ne se fient ni à eux-mêmes ni à leurs chevaux, car la crainte est une excellente camarade de garde. Si l’on ne place que de pareilles gens en sentinelle, ce sera se conduire avec prudence. Quant aux hommes qui sont de trop pour l’observation, si on considère ce surplus comme une armée, on le jugera bien faible ; et, en effet, il ne serait pas capable d’affronter un combat en règle. Mais si l’on s’en sert comme de maraudeurs, tout porte à croire qu’on y trouvera ce qu’il faut pour ce genre de service. Il faut, à mon avis, avoir toujours des hommes sous la main pour agir, sans découvrir ses desseins, et pour profiter des fautes de l’armée ennemie. D’ordinaire, plus les soldats sont nombreux, plus ils commettent de fautes : ou bien ils se dispersent pour se procurer le nécessaire, ou ils marchent en désordre, les uns s’avançant à une grande distance en avant, les autres restant beaucoup trop loin en arrière. On ne doit donc pas laisser ces fautes impunies ; autrement on aurait pour camp toute la contrée, et l’on veillera bien, après un coup, à battre en retraite avant qu’il survienne de nombreux renforts. Souvent, une armée en marche s’engage dans des chemins où beaucoup de soldats ne peuvent pas plus qu’un petit nombre ; dans les passages difficiles, attentif à poursuivre sans s’exposer, on s’arrangera de manière à pouvoir attaquer autant d’ennemis qu’on le voudra.

Il n’est pas moins avantageux de les harceler lorsqu’ils campent, dînent, soupent ou se lèvent. En effet, dans toutes ces circonstances, les soldats sont sans armes, peu de temps les hoplites, mais les cavaliers beaucoup plus. On ne cessera pas un instant d’essayer de surprendre les éclaireurs et les postes avancés. On les pose toujours à distance, quelquefois loin du corps d’armée. Quand l’ennemi se sera bien gardé de ce côté, il sera beau, avec l’aide des dieux, de se glisser sur ses campements, après s’être rendu compte de la répartition et de la position des forces ; et, de fait, il n’y a pas de prise plus honorable que l’enlèvement d’une sentinelle. Or, elles sont faciles à tromper, vu qu’elles poursuivent tout ce qui leur paraît en petit nombre, croyant en cela faire leur devoir. Mais, dans les retraites, on prendra garde à ne pas se trouver face à face avec l’ennemi arrivant au secours des siens.



  1. Les Thébains, avec lesquels la guerre était imminente.
  2. Il y a ici quelque embarras dans le texte ; nous avons essayé d’en rendre l’interprétation aussi nette que possible.
  3. C’est ce qu’on avait fait au commencement de la guerre du Péloponnèse, quand Périclès avait opposé une flotte redoutable aux Lacédémoniens. Voy. Thucydide, Il, et Plutarque, Périclès, xxxiii.