Le Dôme des Invalides (O. C. Élisa Mercœur)

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Œuvres complètes d’Élisa Mercœur, Texte établi par Adélaïde AumandMadame Veuve Mercœur (p. 193-196).


LE
DÔME DES INVALIDES.


 

Apparaissant en roi sur cette noble scène,
Le passé se revêt d’un brillant souvenir ;
        Ces vieux guerriers semblent grandir
        Au pied du tombeau de Turenne.

Élisa Mercœur.
 

Oui, j’aime à voir encor ces restes de nos braves.
Que nos regards moqueurs ne les insultent pas,
Si leurs corps mutilés du repos sont esclaves ;
        Vainement ces nobles soldats
Des glaives ennemis ont subi les injures ;
Sous un voile de gloire ils cachent leurs blessures,
Et rêvent de triomphe au nom des vieux, combats.


Leurs cœurs se sont légué ta mémoire chérie,
Toi qui, parant ton front d’un bandeau de laurier,
Envers eux, de sa dette acquittant la patrie,
Dota le sol français d’un Panthéon guerrier.

Long-temps, couverts encor du vêtement de guerre,
Mendiant, on les vit à tes prédécesseurs
Tendre ce qui restait des bras libérateurs
        Qui les avaient sauvés naguère,
Et l’œil avec effroi regardait nos vainqueurs
        Sous les lambeaux de la misère.

Mais tu te ressouvins que, répandu pour toi,
Leur sang avait jadis bouillonné de courage,
Et, t’honorant toi-même en leur rendant hommage,
Tu compris ici-bas la mission d’un Roi,
        Cette page de ton histoire
En vain la main du Temps la voudrait effacer,
        En vain il voudrait abaisser
Ce dôme aussi grand que ta gloire.

Ah ! du sol des aïeux immortel ornement,
Il rappelle à tes fils tes victoires rivales ;
        Et de tes pompes triomphales
        Voilà le plus beau monument.

        En attendant leurs funérailles,
        Trop faible prix pour tant d’exploits,

La France leur devait, au sortir des batailles,
Cet asile où l’honneur a consacré leurs droits.

Apparaissant en roi sur cette noble scène,
Le passé se revêt d’un brillant souvenir ;
        Ces vieux guerriers semblent grandir
        Au pied du Tombeau de Turenne.

Non, l’honneur ne meurt pas dans ces cœurs généreux
Qui battent de regret du sommeil de leurs armes
Quand l’écho des combats leur porte un cri d’alarmes,
        Quand leurs fils expirent sans eux.
Ici, nous ne pouvons oublier leurs services,
Ils peuvent dans ces lieux défier tout affront ;
Regardez : qu’il est beau leur front
        Sous un bandeau de cicatrices !

Jadis, témoins sacrés qu’entendaient nos regards,
Pour revêtir ces murs de couleurs étrangères,
Les drapeaux ennemis avaient suivi nos pères
        En captifs de nos étendards.

Où sont-ils donc ?… Les flots ont englouti leur cendre.
Pouvions-nous dans leur perte hésiter sur le choix,
        Lorsqu’à leurs maîtres d’autrefois
        Le sort menaçait de les rendre ?


Le feu les dévora comme un vainqueur jaloux,
Montrant qu’en France aussi peut dormir la victoire ;
        Mais qu’au moins l’ennemi sur nous
        Ne reconquiert jamais sa gloire.


(Décembre 1828.)

FIN DE LA TROISIÈME ÉDITION.