Le Dialogue (Hurtaud)/29

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Traduction par Hurtaud.
Lethielleux (p. 97-101).


CHAPITRE XIII

(29)

Comment ce pont, en s’élevant jusqu’au ciel, le jour de l’Ascension, n’a pas cependant quitté la terre.

Lorsque mon Fils unique retourna vers moi, quarante jours après la résurrection, ce pont s’éleva de terre, c’est-à-dire de la société des hommes, et monta au ciel par la vertu de ma nature divine pour s’asseoir à ma droite, à moi, son Père éternel. C’est ce que l’ange, le jour de l’Ascension, dit aux disciples, qui étaient comme morts parce que leurs cœurs avaient quitté la terre pour suivre au ciel la Sagesse de mon Fils : "Ne demeurez plus là, leur dit-il, puisqu’il est assis désormais à la droite du Père" (Act 1, 11).

Une fois qu’il se fut élevé au ciel et qu’il fut retourné à moi son Père, j’envoyai le Maître, c’est-à-dire l’Esprit-Saint, qui vint avec ma Puissance, avec la Sagesse de mon Fils, et avec sa Clémence d’Esprit-Saint. Il ne fait qu’un avec moi le Père et avec mon Fils. Il affermit la voie de la doctrine que ma Vérité laissa dans le monde.

Ainsi, en dérobant aux hommes sa présence, mon Fils leur laissa la doctrine, avec les vertus, pierres vivantes fondées sur cette doctrine, qui est la voie que vous a faite ce doux et glorieux Pont. Il s’employa d’abord, et par ses propres œuvres, à vous tracer la voie, en vous donnant la doctrine, par ses exemples plus que par ses paroles. Il agit avant de parler. La clémence de l’Esprit-Saint confirma cet enseignement en fortifiant l’âme des disciples pour leur faire confesser la Vérité et annoncer cette Voie qui est la doctrine du Christ crucifié. Par eux il convainquit le monde d’injustices et de faux jugements que je t’exposerai dans la suite, plus longuement.

Ce que je viens de te dire est pour dissiper toute ténèbre qui pourrait obscurcir la pensée de ceux qui m’écoutent. Ils pourraient dire : Avec ce corps du Christ il a bien été établi un pont par l’union de la nature divine avec la nature humaine ; nous le voyons, et c’est bien vrai. Mais ce pont nous a été enlevé, en remontant au ciel. Il était bien une voie, il nous enseignait la vérité par son exemple et par ses œuvres : mais désormais que nous reste-t-il ? Où trouver la voie ?

Je te le dis, ou plutôt, je le dirai pour tous ceux qui sont tombés dans cette ignorance. La Voie, c’est sa doctrine elle-même, attestée par les Apôtres, affirmée dans le sang des martyrs, éclairée par la lumière des Docteurs, professée par les Confesseurs, et écrite avec amour par les Evangélistes. Tous concordent en un même témoignage pour confesser la Vérité dans le corps mystique de la sainte Église. Ils sont comme le flambeau placé sur le chandelier pour montrer la voie de la vérité qui mène à la vie dans la lumière parfaite, comme je t’ai dit. Aussi peuvent-ils t’assurer, pour l’avoir éprouvé en eux-mêmes, que chaque homme a la lumière nécessaire pour connaître la vérité, s’il le veut bien, c’est-à-dire s’il ne veut pas éteindre la lumière de la raison, par un amour égoïste et désordonné. Oui, telle est bien la vérité ! Sa doctrine est vraie ; elle vous demeure comme une nacelle, pour transporter l’âme au-delà de la mer orageuse et la conduire au port du salut.

Ainsi tout d’abord, je vous ai fait un pont visible qui est mon Fils, quand je l’envoyai vivre parmi les hommes. Puis, quand ce pont visible s’est levé vers le ciel, il est resté parmi vous le pont et le chemin de la doctrine unie pour toujours, comme il a été dit, avec ma Puissance, avec la Sagesse de mon Fils et avec la Clémence de l’Esprit-Saint. Cette Puissance communique la vertu d’agir à qui suit cette voie, la Sagesse lui donne la lumière pour lui faire connaître la vérité, et l’Esprit-Saint lui octroie l’amour qui consumme et détruit tout amour sensuel, pour ne laisser dans l’âme que l’amour des vertus.

Ainsi, de toute manière, par sa présence visible ou par sa doctrine, il est la Voie, la Vérité et la Vie, et cette voie est le pont qui conduit dans les hauteurs du ciel. C’est ce qu’il a voulu faire entendre quand il a dit : "Je suis venu de mon Père et je retourne à mon Père et je reviendrai vers vous" (Jn 16, 28), c’est-à-dire mon Père m’a envoyé vers vous et m’a fait votre pont pour que vous puissiez franchir le fleuve et atteindre la vie. Puis il ajoute je reviendrai vers vous, je ne vous laisserai pas orphelins, je vous enverrai le Paraclet, comme pour dire, je vous enverrai ma Vérité. Je m’en irai à mon Père et je reviendrai, qu’est-ce à dire, sinon que la venue de l’Esprit-Saint qui est appelé Paraclet, vous montrera plus clairement et vous confirmera que je suis la Voie de la Vérité, par la doctrine que je vous ai donnée. Il a dit qu’il reviendrait et il est revenu en effet, puisque l’Esprit-Saint ne vient pas seul, mais il vient avec ma Puissance à moi le Père, avec la Sagesse du Fils et avec la clémence de l’Esprit-Saint lui-même. Tu vois donc bien qu’il est revenu, non en présence visible, mais par sa vertu, comme je t’ai dit, en affermissant le chemin de la doctrine. Cette route ne peut être endommagée, ni fermée à celui qui la veut suivre ; elle est solide, elle est indestructible, car elle procède de moi l’Immuable. Votre devoir est donc de marcher courageusement dans cette voie, sans la moindre hésitation, éclairés que vous êtes, par la lumière de la foi que vous avez revêtue dans le saint baptême.

Je t’ai donc fait voir, en pleine évidence, quel est ce pont visible et quelle est la doctrine qui ne fait qu’une même chose avec lui. J’ai expliqué pareillement à ceux qui l’ignorent, que c’est lui qui a montré cette voie, qui est la vérité même. Je leur ai fait connaître ceux qui l’enseignent ; ce sont, ai-je dit, les Apôtres, les Evangélistes, les Martyrs, les Confesseurs et les saints Docteurs établis au dedans de la sainte Église comme un flambeau. J’ai expliqué comment, en retournant à moi, il est revenu vers vous, non par sa présence visible, mais par sa vertu, quand l’Esprit-Saint est descendu sur les disciples. Il ne reviendra plus en présence visible, sinon au jour du jugement, quand il viendra avec ma majesté et en puissance divine, pour juger le monde, rendre le bien aux bons, récompenser de leurs fatigues l’âme et le corps tout ensemble, et rendre le mal de la peine éternelle à ceux qui auront vécu ici bas dans l’iniquité.

Je veux maintenant te faire connaître ce que Moi Vérité, je t’ai promis, en t’expliquant quels sont ceux qui marchent imparfaitement dans cette voie, quels sont ceux qui y progressent parfaitement, et quels sont ceux qui y atteignent à la grande perfection. Je te dirai aussi comment cheminent les méchants, qui par leur iniquité se noient dans le fleuve et n’obtiennent ainsi que supplices et tourments.

Je vous en conjure, mes fils très chers, suivez le chemin du pont ; ne prenez pas par en dessous, ce n’est pas là la voie de la vérité ; c’est celle du mensonge, où passent les pécheurs pervers dont je te parlerai. Ce sont ces pécheurs pour lesquels je vous demande de me prier, pour lesquels je réclame vos larmes et vos sueurs, afin que de moi ils reçoivent miséricorde.