Le Dialogue (Hurtaud)/28

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Traduction par Hurtaud.
Lethielleux (p. 95-96).


CHAPITRE XII

(28)

Comment ce n’est pas sans peine que l’on suit l’une ou l’autre de ces deux voies, celle du pont ou celle du fleuve ; et du bonheur que l’âme éprouve à passer par le pont.

Tels sont les deux chemins que l’on peut suivre ; et dans chacun d’eux le passage est pénible. Quelle n’est donc pas l’ignorance et l’aveuglement de l’homme ! Il persiste à vouloir s’engager dans le chemin de l’eau, alors qu’il trouve devant lui une voie toute prête, qui procure tant de joie à ceux qui la suivent, que toute amertume leur est douce, que tout fardeau leur devient léger.

Bien qu’il soit dans les ténèbres du corps, il y rencontre la lumière, et quoique mortel, il y trouve la vie immortelle, en y goûtant par sentiment d’amour la lumière de l’éternelle Vérité, qui promet de donner le repos à qui se dépense pour Moi. Car je ne suis pas oublieux, Moi ! Je connais ceux qui me servent, je suis juste et je rends à chacun suivant ses mérites : toute bonne action est récompensée, toute faute est punie. La joie que ressent celui qui marche dans cette voie, nulle langue ne la peut dire, aucune oreille ne la peut entendre, il n’est point d’œil qui la puisse voir. Il goûte dès cette vie, et possède déjà le bien qui lui est préparé dans la vie durable. Bien fou donc celui qui méprise un si grand bien, et préfère se procurer en cette vie un avant-goût de l’enfer, en passant par la voie d’en dessous, où l’on rencontre bien des peines, sans aucune consolation, et sans aucun bien. Car, par leur péché, ils se privent de Moi qui suis le Bien Souverain et éternel.

Tu as donc raison de gémir, et je veux que toi et mes autres serviteurs soyez en continuelle douleur de l’offense qui m’est faite et preniez en pitié l’ignorance et le malheur de ceux qui m’outragent avec tant d’inconscience. Tu as vu désormais, tu as appris comment est fait ce pont, et que ce pont est vraiment, comme je te l’ai expliqué, la grandeur avec la bassesse.