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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap25

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Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 158-165).


CHAPITRE XXV


COMBAT GÉNÉRAL


Argument : Çakouni ramène au combat les sept cents chevaux qui lui restent, et rejoint Douryodhana, ce qui enflamme le courage de l’armée. Discours d’Arjouna à Krishna. Prouesses d’Arjouna qui détruit l’armée Kourouide.


1272. Sañjaya dit : Ce bruit ayant diminué, l’armée étant tuée par les Pandouides, le Soubalide retourna (au combat) avec sept cents chevaux qui (lui) restaient.

1273. S’étant hâté d’aller au combat, il s’empressa de dire à l’armée : « Combattez, ô dompteurs des ennemis ; soyez toujours joyeux. »

1274. Le grand guerrier demanda aux Kshatriyas qui étaient présents : « où donc est le roi ? » Ceux-ci, ayant entendu cette parole de Çakouni, ô excellent Bharatide, lui répondirent :

1275. Ce grand guerrier Kourouide se tient au milieu du combat, là où est le grand parasol dont l’éclat est pareil à celui de la pleine lune,

1276. Là où se tiennent ces chars équipés, garnis de belles armures, là où (on entend) un bruit tumultueux, semblable à celui d’un nuage orageux.

1277. Vas-y immédiatement, ô roi et tu verras le Kourouide. Alors, ainsi renseigné par les guerriers, Çakouni, fils de Soubala,

1278. S’avança, ô roi, là où était ton fils, entouré de tous côtés dans la bataille par les héros qui combattaient brillamment.

1279. Alors ayant vu Douryodhana qui se tenait ferme avec l’armée des chars, Çakouni réjouit (par son arrivée) tous les tiens (montés) sur leurs chars ;

1280. Ô maître des hommes, jugeant que lui-même avait fait ce qu’il devait faire, il dit d’un air joyeux ces paroles au roi Douryodhana :

1281. « Ô roi, vaincs l’armée des chars. Toute la cavalerie a été vaincue par moi. On ne saurait triompher d’Youdhishthira, qu’en lui étant la vie dans la bataille.

1282. Quand cette armée de chars, protégée par les fils de Pândou aura été détruite, je tuerai les éléphants, les fantassins et les autres (ennemis). »

1283. Après avoir entendu ses paroles, les tiens, avides de la victoire, tombèrent joyeusement avec leurs chars sur l’armée des fils de Pândou.

1284. Tous, ayant assujetti leurs carquois et saisi leurs arcs qu’ils agitaient, poussèrent des rugissements.

1285. Alors, ô maître des hommes, le bruit de la paume de la main contre la corde des arcs, se fit de nouveau entendre, ainsi que le sifflement des flèches bien lancées.

1286. En les voyant s’approcher rapidement de lui, l’arc levé, Dhanañjaya, fils de Kountî, dit au fils de Devakâ (Krishna) :

1287. Pousse sans crainte les chevaux, pénètre dans l’océan de cette armée. Je tuerai aujourd’hui les ennemis avec des flèches aiguës.

1288. Ô tourmentcur des hommes, il y a aujourd’hui dix-huit jours que dure ce grand combat, dans lequel on s’attaque réciproquement.

1289. L’armée de ces magnanimes, dont le dénombrement était presque impossible, a trouvé sa ruine dans la bataille. Vois ce que c’est que la destinée.

1290. Ô Madhavide, l’armée du fils de Dhritarâshtra, qui était immense comme la mer, après nous avoir attaqués, est devenue semblable à la flaque d’eau qui se forme dans le pas d’un bœuf, ô Acyouta (impérissable) ;

1291. Après la mort de Bhîshma, on eût pu faire un compromis et le bonheur eût régné ici-bas. Le fou et niais Dhritarâshtride n’y a pas consenti.

1292. Ô meurtrier de Madhou, il avait été dit par Bhîshma une parole salutaire, et qui semblait convenable. Cependant ce Souyodhana Douryodhana), dépourvu de sagesse, n'a pas fait (ce que Bhîshma avait conseillé).

1293. Bhîshma, étant, dans cette guerre, abattu sur le sol de la terre, je ne connais pas la raison pour laquelle la lutte continua.

1294. Je considère de toutes façons comme très insensés, les fous Dhritarâshtrides, qui recommencèrent le combat après que le fils de Çântanou fut tombé,

1295. Et après que Drona, le meilleur des philosophes, fut tué ainsi que Râdheya (Karna) et Vikarna, ce carnage ne cessa pas encore.

1296. Quand cette armée fut réduite à un petit nombre (de combattants), quand le fils du cocher fut tué avec les tigres des hommes, ses fils, le carnage ne cessa pas encore.

1297. Le héros Çroutâyou étant tué, ainsi que le Pourouide Jalasamdha, et le roi Çroutâyoudha, le carnage ne cessa pas encore.

1298. Bhoûriçravas, Çalya, le Çalvien, étant tués, ô tourmenteur des hommes, ainsi que les héros d’Avanti, le massacre ne cessa pas encore.

1299. Jayadratha étant tué, ainsi que le rakshasa Alâyoudha, le Vahlikien et Somadatta, le combat ne cessa pas encore.

1300. Le héros Bhagadatta étant tué ainsi que le Kambojien Soudakshina, et Dousçâsana, le combat ne cessa pas encore.

1301. Et, après qu’on eût vu, tués séparément, les rois, les héros, les gouverneurs de province, et ceux qui étaient forts dans les combats, le carnage ne cessa pas encore, ô Krishna.

1302. Que ce fût une suite de sa cupidité ou de sa folie, après avoir vu les chefs de toute l’armée abattus par Bhîmasena, (Douryodhana ne fit) pas encore cesser le carnage.

1303. Si ce n’est Souyodhana, quel roi né d’une noble race, surtout un Kourouide, continuerait une guerre inutile ?

1304. Quel est donc celui qui, n’étant pas fou, (mais) étant sage et connaissant le bien et le mal, continuerait à combattre, après avoir reconnu que (son ennemi) lui est supérieur en qualités, en force et en héroïsme ?

1305. Certes, si son esprit n’a pas voulu s’arrêter à la bonne parole qui lui fut dite par toi, comment écouterait-il (celle) d’un autre (lui conseillant de faire) la paix avec les fils de Pândou ?

1306. Quel remède (pourrait-il donc y avoir) pour (la folie de) celui par qui le héros fils de Çântanou, Drona et même Vidoura ont été désavoués, quand ils conseillaient l’apaisement ?

1307, 1308. Lui qui, ô tourmenteur des hommes, méprisa, dans sa folie, les (conseils) de son vieux père et (ceux) de sa mère, qui voulaient le bien (de tous) ; lui qui n’a pas fait ce qu’il convenait de faire, de quelle part entendrait-il une parole qui pût lui plaire ? Ô Krishna, tourmenteur des ennemis, cet (homme) est manifestement né pour causer la fin de sa race.

1309. Ô maître des hommes, c’est ce qu’indiquent ses actes et sa politique. Mon avis est qu’il ne (consentira) pas, même (maintenant), à nous rendre notre royaume, ô impérissable.

1310. Mon ami, le magnanime Vidoura m’a dit plusieurs fois : Ô honorable, le fils de Dhritarâshtra ne vous rendra pas vivant, ce qui vous revient.

1311. Aussi longtemps que l’insensé Dhritarâshtride vivra, aussi longtemps, le mal (qu’il vous fera), vous poursuivra, ô vous qui êtes sans péché.

1312. Il ne peut être vaincu que par un combat, ô meurtrier de Madhou. Certes, Vidoura, qui voyait juste, me l’a toujours dit.

1313. Je vois maintenant que tous les projets du méchant (Douryodhana étaient conformes) à ce qui m’avait été dit par le magnanime Vidoura.

1314. Certes, celui qui, après avoir entendu les paroles justes et convenables du Jamadagnide, (était assez) insensé pour les mépriser, (était menacé d’une) ruine certaine et prochaine.

1315. Il a été dit à plusieurs reprises par les Siddhas (saints), lorsque Souyodhana venait de naître : « En s’augmentant de ce méchant, la caste des Kshatriyas s’achemine vers sa ruine. »

1316. Ô tourmenteur des hommes, leur prédiction est certes remplie, car une grande destruction de rois a eu lieu, dans l'intérêt de Douryodhana.

1317. Maintenant, ô meurtrier de Madhou, je vais tuer tous les guerriers, en combattant. Quand les Kshatriyas auront été rapidement frappés et que le camp sera vide,

1318. Il se décidera à combattre contre nous, et ce sera sa mort. On peut conclure que ce sera la fin de la guerre, ô Madhavide.

1319. Ô Vrishnien, je vois (les choses) ainsi, en réfléchissant aux paroles de Vidoura, d’après mes propres connaissances et la conduite du méchant.

1320. C’est pourquoi, ô héros, va vers l’armée afin qu’avec mes flèches aiguës, je la tue dans le combat, ainsi que Douryodhana, ô guerriers aux puissants bras.

1321. Ô meurtrier de Madhou, je préparerai aujourd’hui la paix pour Dharmarâja, en tuant cette faible armée sous les yeux du Dhritarâshtride.

1322, 1323. Sañjaya dit : sur ces paroles de l’ambidextre, le Daçarhien, les rênes en main, pénétra de force et sans crainte dans les flots de cette armée ennemie, que les massues, les glaives et les flèches (rendaient) terrible, (qui était pareille à une forêt) remplie de lances en guise d’épines, offrant un chemin pavé de massues et de pilons, des éléphants et des chars en guise de grands arbres ;

1324. Remplie de chevaux et de fantassins en guise de lianes. Le très glorieux Govinda étant entré (dans cette armée), la parcourait avec le char bien orné de bannières.

1325. Ô roi, on voyait, conduits par le Daçarhien, les chevaux blancs qui portaient Arjouna au combat dans toutes les directions.

1326. Alors l’ambidextre tourmenteur des ennemis, entra dans la bataille avec son char, en versant des centaines de flèches, comme un nuage (verse) des gouttes d’eau.

1327. On entendit un grand bruit de flèches aux nœuds recourbes, couvertes dans le combat par les traits (lancés) par l’ambidextre, (et qui heurtaient ceux de ses ennemis).

1328. La multitude des flèches tombait à terre, sans adhérer aux armures (qu’elles traversaient de part en part). Le choc des traits lancés par Gândîva était pareil à celui des coups de la foudre d’Indra.

1329. Pareilles à des oiseaux bruyants, les flèches, ô maître des hommes, volaient dans le combat, tuant les hommes, les éléphants et les chevaux.

1330. Tout était couvert par les flèches décochés par Gândiva. On ne distinguait dans la bataille, ni les points cardinaux, ni les espaces intermédiaires.

1331. Le monde entier était rempli des traits à l’extrémité postérieure brillante, enduits d’huile, polis par le forgeron, et portant la marque du fils de Prithâ,

1332. Ces terribles (Kourouides), frappés de flèches aiguës, consumés par le fils de Prithâ, comme des éléphants (le sont) par le feu (d’un incendie), ne lâchaient (cependant) pas le Prithide (pour s’enfuir).

1333. Avec l’arc et les flèches qu’il portait, le fils de Prithâ, semblable à un soleil flamboyant, consuma les guerriers dans le combat, comme le feu brûle des broussailles.

1334. Comme, à la limite d’un bois, un feu abandonné par des gens voyageant dans la forêt, rallumé (fortuitement), éclatant avec un grand bruit, brûlerait des broussailles au milieu desquelles il se trouverait beaucoup d’arbres, et de nombreuses lianes sèches.

1335. De même, le (héros) à l’énergie indomptable, possédant une splendeur brûlante et variée dont les rayons étaient ses flèches, tourmentant ses ennemis avec la multitude de ses nârâcas, consuma toute l’armée de ton fils.

1336. Bien lancées, ses flèches mortelles, à l’extrémité postérieure brillante, ne se fixaient pas aux armures, (mais les traversaient et tombaient ensuite à terre). Il (n’avait pas besoin de) décocher un second trait sur un homme, sur un cheval ou sur le plus grand des éléphants, (le premier étant toujours suffisant pour donner la mort).

1337. Ayant pénétré dans l’armée des grands guerriers de ton fils, (Arjouna) la détruisit à lui tout seul, avec des flèches de diverses formes, comme (Indra), la foudre à la main, (tua jadis) les daityas.