Le Perroquet chinois/XI — Thorn part en mission

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XI – Thorn part en mission


Quelle que fût la mission de M. Gamble au ranch, Bob Eden jugea, pendant le déjeuner, qu’elle devait être de nature pacifique. Il avait rarement rencontré un homme aux manières aussi affables. Durant tout le repas, l’étranger parla de la voix calme et distinguée d’un éminent professeur. Madden, maussade, renfrogné, semblait affecté par l’arrivée intempestive de cet intrus. Thorn, selon son habitude, demeurait silencieux et distant, personnage lugubre dans le costume noir qu’il portait pour remplacer celui de la veille, déchiré d’une façon si mystérieuse. Bob dut venir à l’aide de M. Gamble pour soutenir la conversation.

Le repas terminé, Gamble se leva et alla vers la porte. Un moment il contempla les sommets neigeux des montagnes lointaines par-delà l’étendue de sable étincelant.

— Superbe ! déclara-t-il. Monsieur Madden, je me demande si vous vous rendez bien compte de la réelle beauté du site qui sert de cadre à votre ranch ? Le désert, l’immense solitude qui, de temps immémorial, a jeté son sortilège sur l’âme humaine et qui produit à quelques-uns un effet inquiétant et glacial… Quant à moi…

— Demeurerez-vous longtemps ici ? interrompit Madden.

— Je n’en sais rien, mais je le voudrais. Il me plairait de voir ce pays après les pluies printanières, lorsque la verveine et les primevères sont en fleurs. Cette perspective m’enchante. Que dit le prophète Isaïe ? « Le désert se réjouira et s’épanouira comme la rose. De la terre desséchée jailliront des sources ! » Monsieur Madden, connaissez-vous Isaïe ?

— Non, Dieu merci ! Je connais déjà trop de gens, répondit Madden d’un ton sarcastique.

— Vous vous intéressez aussi à la faune de cette contrée, monsieur le professeur ? interrogea Eden.

— Tiens, vous avez deviné mon titre, vous êtes observateur, jeune homme. En effet, je compte poursuivre ici certaines recherches sur une espèce de rat-kangourou dont la queue atteint une longueur phénoménale. De plus, on prétend que dans cette région l’os maxillaire de la souris présente un développement anormal.

La sonnerie du téléphone vibra et Madden y répondit lui-même. Bob écouta attentivement : « Un télégramme pour M. Madden. » Le millionnaire appuya son oreille au récepteur et le reste du message ne fut plus pour Bob qu’un bourdonnement confus. Il en fut contrarié. Le visage de Madden reflétait, en effet, une vive inquiétude et quand enfin le millionnaire raccrocha, il demeura un long moment le regard fixe, visiblement en proie à la perplexité.

— Monsieur Madden, que cultivez-vous dans ce sol sablonneux ? demanda le professeur Gamble.

Madden revint peu à peu à son hôte.

— Ce que j’y cultive ? Beaucoup de choses. Il y aurait de quoi vous étonner, vous et votre Isaïe.

Gamble sourit d’un air suave et le millionnaire se dégela quelque peu.

— Si cela vous intéresse, je vais vous montrer nos plantations.

— Vous êtes très aimable, répondit le naturaliste qui, docilement, suivit Madden dans le patio.

Thorn se leva et le rejoignit. Vivement Eden alla au téléphone et appela Holley au bout du fil.

— Écoutez, dit-il d’une voix basse. On vient de téléphoner à Madden un message qui semble beaucoup le tracasser. J’aimerais savoir de quoi il s’agit. Êtes-vous assez bien avec le télégraphiste pour en avoir connaissance, sans éveiller les soupçons ?

— Oui, ce gamin me répétera tout ce que je voudrai savoir. Êtes-vous seul ? Puis-je vous rappeler dans quelques minutes ?

— Je suis seul en ce moment. Si je ne le suis plus quand vous me rappellerez, je dirai que vous désirez parler à Madden et vous lui raconterez n’importe quoi.

À peine Bob avait-il quitté l’appareil qu’Ah Kim entrait pour débarrasser la table.

— Eh bien, Charlie ? Un nouvel invité dans notre petit hôtel ?

— On l’apprend toujours assez tôt à la cuisine, soupira Chan. Ce Gamble me paraît inoffensif comme une matinée de mai.

— Il étudie les saintes Écritures…

— Un être innocent et doux. Cependant il a caché dans son léger bagage un revolver tout neuf et chargé.

— Il veut sans doute s’exercer sur la queue des rats. Ne vous inquiétez pas à son sujet. C’est peut-être un novice qui a cru prudent de s’armer pour se défendre dans cette contrée sauvage. À propos, Madden vient de recevoir un message téléphoné et, à en juger par l’expression de son visage, il s’agit certainement de mauvaises nouvelles. Holley est allé se renseigner. Dès que vous entendrez la sonnerie du téléphone, courez dans le patio et avertissez-moi si quelqu’un arrive.

Ah Kim reprit silencieusement ses occupations. Au bout de quelques instants, la sonnerie retentit. Eden se précipita vers l’appareil et, de la main, assourdit le bruit du timbre. Chan sortit dans le patio.

— Allô, Holley ? Oui, oui. Parlez. Voilà qui est intéressant. Elle arrive ce soir… Merci, mon vieux !

Il raccrocha le récepteur et Charlie revint dans la salle.

— Voici du nouveau, dit Eden. Ce télégramme est envoyé par Evelyne Madden, de Barstow. Elle s’est sans doute lassée d’attendre à Denver. Elle débarque ce soir à Eldorado au train de six heures quarante. Je vais être obligé de déguerpir pour lui céder ma chambre.

— Miss Evelyne Madden ? répéta Chan.

— Oui. La fille unique de Madden. Une beauté. Je l’ai rencontrée à San Francisco. Je comprends l’ennui de Madden.

— En effet. Un ranch où flotte le mystère d’un crime n’est pas le séjour rêvé pour une jeune femme distinguée.

— Une complication de plus, soupira Eden.

— Une fois encore, je vous recommande la patience. Elle vous sera plus facile, car la présence d’une femme rendra la vie plus gaie.

— Oh ! là là, cette Evelyne est un vrai glaçon.

Chan retourna à la cuisine. Madden et Thorn rentrèrent au salon. Seul, Gamble s’était retiré dans sa chambre. Ce chaud et interminable après-midi, d’un calme mortel, étirait ses heures brûlantes pendant lesquelles le désert se montrait digne de sa réputation. Madden s’éclipsa et bientôt son ronflement sonore emplit l’air. « Bonne idée », songea Bob Eden. Allongé sur son lit, il trouva le temps moins long, ou plutôt il n’en perçut plus la lenteur ou la fuite. Vers le soir, il s’éveilla la tête lourde : une douche froide lui remit de la clarté dans l’esprit. À six heures il traversa le patio pour se rendre dans la salle commune. Dehors, devant la grange, il aperçut la grande automobile de Madden, prête à partir, et la pensée lui vint que le millionnaire allait sans doute à la gare chercher sa fille ; il ne pouvait se rendre au-devant de la hautaine Evelyne dans la modeste voiture des courses quotidiennes, Thorn avait été désigné pour cette mission. Le secrétaire, revêtu de ses habits sombres, un chapeau noir accentuant la pâleur de son visage, était en conversation avec son patron. À l’approche de Bob, les deux hommes se turent.

— Bonsoir, dit Eden. Vous nous quittez, monsieur Thorn ?

— Une course en ville, simplement. À tout à l’heure, messieurs.

Mais à cet instant le téléphone appela. Madden décrocha vivement le récepteur. Pendant un moment il écouta et son visage trahit toutes les émotions qu’il ressentait. « Encore de mauvaises nouvelles », songea Eden. Madden appliqua sa grande main sur le transmetteur et s’adressa à son secrétaire.

— C’est cette vieille toquée du bas de la route, le docteur Whitcomb, dit-il.

Eden éprouva une vive indignation en entendant cette épithète.

— Elle veut me voir ce soir. Elle prétend avoir une communication importante à me faire.

— Répondez que vous êtes occupé, dit Thorn.

— Mille excuses, docteur, répondit Madden à l’appareil, mais je suis très occupé.

Il s’arrêta, évidemment submergé par un flot de paroles. De nouveau il posa sa main sur le transmetteur.

— Elle insiste ; que faire ?

— Ma foi, recevez-la.

— Bien, docteur, dit enfin Madden. Venez vers huit heures.

Thorn sortit et la superbe voiture fila à la rencontre d’Evelyne Madden. M. Gamble entra, frais et dispos, prêt à émettre quelques nouvelles citations. Eden se divertit à écouter la T.S.F. À l’heure habituelle, on dîna ; à son grand étonnement la place de Thorn restait inoccupée et, chose bizarre, le couvert d’Evelyne n’avait pas été mis. Et aucun ordre n’avait été donné à Charlie Chan de préparer une chambre en vue de l’arrivée d’Evelyne. Après le repas, Madden fit passer ses hôtes dans le patio où les attendait un bon feu qui projetait une lueur rouge sur le sol, sur les murs de la maison et sur le perchoir de Tony à présent vide.

— Voilà qui s’appelle vivre, déclara Gamble en allumant un des cigares de Madden. Les pauvres fous enfermés dans les villes ne savent pas le bonheur dont ils se privent. Pour moi, je passerais ici volontiers le reste de mes jours.

Ces paroles ne trouvèrent aucun écho chez son hôte. Un peu après huit heures, ils entendirent le ronflement d’une automobile : Thorn et la jeune fille, peut-être…

— Ah Kim ! dit Madden, voici la doctoresse. Faites entrer cette dame ici.

— Ma présence n’est pas indispensable, dit Gamble en se levant. Je vais chercher un livre.

Madden regarda Bob Eden avec insistance, mais le jeune homme ne broncha point.

— La doctoresse est une de mes amies, expliqua-t-il.

— Vraiment ? balbutia Madden.

— Oui. Hier matin j’ai fait la connaissance de cette femme étonnante.

La doctoresse apparut.

— Monsieur Madden, je suis enchantée de vous revoir parmi nous, dit-elle, en lui serrant la main.

— Merci, répondit froidement Madden. Vous connaissez déjà M. Eden ?

— Oh ! oui ! Je suis très heureuse de vous trouver ici, jeune homme, mais je vais vous gronder : vous n’êtes pas venu me voir aujourd’hui !

Madden demeurait glacial et distant.

— Monsieur Madden, lui dit la doctoresse, excusez-moi de vous déranger. Je sais que vous êtes ici pour vous reposer et que les visites vous importunent. Toutefois, ceci n’est pas une visite de politesse : je viens pour vous parler du terrible drame qui a eu lieu ici.

Madden resta un instant interloqué.

— Vous dites ?

— Je parle de l’assassinat de ce malheureux Louie Wong.

— Ah ! oui, je comprends.

Eden sembla découvrir une nuance de soulagement dans la voix de Madden.

— Louie et moi nous étions de bons amis, ajouta la doctoresse. Il venait souvent me voir. La nouvelle de sa mort m’a profondément attristée. Monsieur Madden, Louie était pour vous un serviteur fidèle et vous faites certainement votre possible pour retrouver son meurtrier ?

— Tout mon possible, répondit Madden, sans conviction.

— Si ce que je vais vous apprendre peut éclairer les agents de la police, vous pourriez le leur répéter. Samedi soir j’ai eu la visite d’un individu qui disait s’appeler MacCullum et venir de New York. Il prétendait souffrir d’une bronchite, bien qu’à vrai dire je n’en découvris chez lui aucun symptôme. Il s’installa dans un de mes petits bungalows, pour quelque temps ; c’était du moins ce que je croyais. Dimanche soir, un peu avant l’heure où fut tué le pauvre Louie, quelqu’un arriva devant ma porte dans une grande limousine. Un de mes garçons sortit au bruit du klaxon, et l’inconnu demanda MacCullum. Celui-ci descendit aussitôt, échangea quelques mots avec l’homme de l’auto, monta dans la voiture, et tous deux se dirigèrent vers votre ranch. Depuis je n’ai pas revu mon pensionnaire. Il a laissé chez moi une valise bourrée de vêtements.

— Et vous supposez que cet homme a tué Louie Wong ?

— Je ne suppose rien du tout. Il me semble toutefois que le fait mérite d’être rapporté à la police. Comme vous aurez certainement l’occasion de revoir le commissaire, je vous prie de lui dire que s’il désire examiner la valise de MacCullum, je la tiens à sa disposition.

— Bien, dit Madden en se levant. Cependant, si vous voulez connaître mon opinion, je ne pense pas…

— Je vous remercie. Je ne vous demande pas ce que vous pensez, monsieur Madden. Le but de ma visite est atteint et veuillez excuser mon insistance à venir vous parler.

— Mais pas du tout, protesta Madden. Votre renseignement peut être utile.

— Vous êtes bien aimable.

La doctoresse jeta un coup d’œil vers le perchoir du perroquet.

— Et Tony ? Il doit beaucoup regretter son ami Louie ?

— Tony est mort, lui annonça brusquement Madden.

— Comment ? Tony aussi ? Votre séjour au ranch aura été marqué par de tristes événements, monsieur Madden. Présentez mes compliments à votre fille. Elle n’est pas avec vous ?

— Non, elle n’est pas avec moi.

Ce fut toute sa réponse.

— Quel dommage ! Elle est si charmante.

— Merci. Attendez un instant. Mon serviteur vous conduira à votre voiture.

— Permettez, fit Bob. J’accompagnerai le docteur.

Il traversa avec la visiteuse la salle brillamment éclairée où M. Gamble était plongé dans la lecture d’un gros volume. Dans la cour, la doctoresse se retourna vers lui.

— Quel homme ! fit-elle. Un cœur de pierre. La mort de Louie ne semble nullement l’affecter. Alors, je compte sur vous. S’il ne communique pas mon renseignement à la police, veuillez vous en charger personnellement.

— Croyez-moi, docteur, répondit le jeune homme en hésitant, on mettra tout en œuvre pour découvrir l’assassin de Louie. Pas Madden, mais d’autres.

— Je crois comprendre et de tout cœur je vous souhaite bonne chance, monsieur Eden.

Bob lui serra la main.

— Il est possible que je ne vous revoie pas, docteur, laissez-moi vous exprimer toute ma joie de vous connaître.

— Ce compliment me touche. Bonne nuit.

La voiture roula sous le ciel criblé d’étoiles. Lorsque Bob Eden retourna dans la salle, il y trouva Madden en compagnie de Gamble.

— Au diable cette vieille fée ! s’écria Madden.

— Permettez ! riposta Eden. Cette femme, rien qu’avec ses dix doigts, a fait plus dans le monde que vous, avec tout votre or. Ne l’oubliez pas.

— Cela lui confère-t-il le droit de fourrer le nez dans mes affaires ?

Bob Eden fit effort pour contenir la colère prête à jaillir de ses lèvres.

Il sentait qu’il ne pourrait supporter davantage l’arrogance de ce millionnaire insensible. Il jeta un coup d’œil vers la pendule. Elle marquait neuf heures moins un quart : Thorn et Evelyne Madden n’étaient pas arrivés. Le train avait-il du retard ? Il se rendait parfaitement compte que sa présence n’était nullement désirée dans le salon, mais il voulait attendre le retour du secrétaire. À dix heures, M. Gamble se leva et, après quelques commentaires favorables sur l’atmosphère du pays, il se rendit à sa chambre.

À dix heures cinq, le ronflement d’un moteur rompit le calme de la nuit. Bob Eden se leva. Bientôt la porte vitrée donnant sur le patio s’ouvrit et Martin Thorn, seul, entra.

Sans dire un mot à son patron, le secrétaire posa son chapeau et l’air fatigué se laissa choir dans un fauteuil. Le silence devenait oppressant.

— Eh bien ? demanda enfin Eden d’un ton jovial, vous avez fait vos affaires, monsieur Thorn ?

— Oui, répondit l’autre, sans ajouter un mot.

— Ma foi, je vais me coucher, fit Bob Eden.

En ouvrant la porte, il entendit le bruit de l’eau dans la salle de bains qui séparait sa chambre de celle du professeur. Désormais, il n’était plus en sûreté et devait s’entourer de précautions. Ah Kim apparut. Eden, un doigt sur la bouche, lui indiqua la salle de bains. Le Chinois répondit d’un signe de tête. Ils se mirent dans le coin le plus éloigné de la pièce et s’entretinrent à voix basse.

— Chan, où est la jeune Evelyne ?

— Mystère !

— Je me demande ce qu’a bien pu faire l’ami Thorn pendant ces quatre dernières heures ?

— Sans doute une promenade au clair de lune, fit Chan. Quand on a sorti la limousine, j’ai jeté un coup d’œil sur le compteur kilométrique ; il marquait douze mille huit cent quarante kilomètres. D’ici en ville il y a quatre kilomètres, ce qui en fait huit aller et retour. Or, en arrivant ici l’indicateur annonce douze mille huit cent soixante-dix-neuf.

— Charlie, je vous admire.

— Thorn s’est rendu dans un endroit au sol d’argile rouge. Voilà ce que j’ai gratté sur la pédale de l’accélérateur. Connaissez-vous, dans les environs, un coin semblable ?

— Pas du tout. Croyez-vous qu’il aurait pu faire du mal à la jeune fille ? C’est impossible ; Madden et lui semblent être de connivence et le millionnaire adore sa fille.

— Encore un nouveau problème à résoudre.

— Sapristi ! Depuis que j’ai renoncé à l’étude de l’algèbre, je n’ai jamais encore trouvé autant d’énigmes ! C’est demain mardi. Le vieux Madden s’imagine que les perles sont en route. Il se montrera intraitable, cette fois.

Un léger coup se fit entendre à la porte donnant de la chambre de Bob dans le patio et Chan eut juste le temps de courir à la cheminée où il s’occupa à ranimer le feu. Madden entra, sans bruit.

— Chut ! fit Madden, regardant du côté de la salle de bains. Sortez, Ah Kim.

— Bien, mossié, dit Chan en s’éloignant.

Madden alla vers la porte de la salle de bains et tendit l’oreille. Doucement, il tourna la poignée, entra et ferma à clef la porte qui donnait dans la chambre de Gamble. Puis il revint chez Bob et referma la porte derrière lui.

— J’ai un mot à vous dire, fit-il. N’élevez point la voix. J’ai réussi à avoir votre père au téléphone et il m’a annoncé qu’un nommé Draycott arrivera à Barstow demain à midi avec les perles.

Le cœur de Bob se serra.

— Ah ! Alors, il devrait être ici demain soir.

Madden se pencha et parla d’un ton rauque.

— Quoi qu’il arrive, je ne veux pas que cet individu vienne au ranch.

Eden le regarda, étonné.

— Eh bien, monsieur Madden…

— Chut ! Ne prononcez pas un mot.

— Mais, après tous nos préparatifs…

— Je vous dis que j’ai changé d’avis. Je ne veux pas voir les perles au ranch. Demain vous vous rendrez à Barstow à la rencontre de ce Draycott et vous lui demanderez de partir pour Pasadena, où j’irai le rejoindre mercredi. Je lui donne rendez-vous mercredi à midi tapant à la porte de la Garfield National Bank. Il me livrera les perles, que je mettrai en sûreté.

— Vos ordres seront exécutés, dit Bob en souriant.

— Je l’entends bien ainsi. Ah Kim vous conduira à la gare demain à l’arrivée du train de Barstow. Ne répétez notre conversation à personne ; ni à Gamble, ni même à Thorn.

— Entendu, monsieur Madden.

— Bien. Voilà l’affaire réglée. Bonne nuit.

Madden sortit à pas légers. Plus perplexe que jamais, Eden demeura longtemps le regard fixé sur la porte par où venait de disparaître son interlocuteur.

— En tout cas, c’est un jour de grâce de plus. Quel soulagement !