Le Pyrrhonisme de l’histoire/Édition Garnier/22

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Le Pyrrhonisme de l’histoireGarniertome 27 (p. 274).
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CHAPITRE XXII.
fable ; origine de toutes les fables.

Je ne puis quitter cet Italien, qui fait le pape seigneur du monde entier, sans dire un mot de l’origine de ce droit. Il répète, d’après cent auteurs, que ce fut le diable qui rendit ce service au saint-siége, et voici comment :

Deux juifs, grands magiciens, rencontrèrent un jour un jeune ânier qui était fort embarrassé à conduire son âne ; ils le considérèrent attentivement, observèrent les lignes de sa main, et lui demandèrent son nom : ils devaient bien le savoir, puisqu’ils étaient magiciens. Le jeune homme leur ayant dit qu’il s’appelait Conon, ils virent clairement à ce nom et aux lignes de sa main qu’il serait un jour empereur sous le nom de Léon III ; et ils lui demandèrent pour toute récompense de leur prédiction que, dès qu’il serait installé, il ne manquât pas d’abolir le culte des images.

Le lecteur voit d’un coup d’œil le prodigieux intérêt qu’avaient ces deux juifs à voir les chrétiens reprendre l’usage de la primitive Église. Il est bien plus à croire qu’ils auraient mieux aimé avoir le privilége exclusif de vendre des images que de les faire détruire. Léon III, si l’on s’en rapporte à cent historiens éclairés et véridiques, ne se déclara contre le culte des tableaux et des statues que pour faire plaisir aux deux juifs. C’était bien le moins qu’il pût faire. Dès qu’il fut déclaré hérétique, l’Orient et l’Occident furent de plein droit dévolus au siége épiscopal de Rome.

Il était juste, et dans l’ordre de la Providence, qu’un pape Léon III dépossédât la race d’un empereur Léon III ; mais, par modération, il ne donna que le titre d’empereur à Charlemagne, en se réservant le droit de créer les césars et une autorité divine sur eux : ce qui est démontré par tous les écrivains de la cour de Rome, ainsi que tout ce qu’ils démontrent.