Le Pyrrhonisme de l’histoire/Édition Garnier/25

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Le Pyrrhonisme de l’histoireGarniertome 27 (p. 277-278).
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CHAPITRE XXV.
de la forme du gouvernement de rome sous charlemagne.

C’est une grande question chez les politiques de savoir quelle fut précisément la forme du gouvernement de Rome, quand Charlemagne se fit déclarer empereur par l’acclamation du peuple, et par l’organe du pontife Léon III. Charles gouverna-t-il en qualité de consul et de patrice, titre qu’il avait pris dès l’an 774 ? Quels droits furent laissés à l’évêque ? Quels droits conservèrent les sénateurs, qu’on appelait toujours patres conscripti ? Quels priviléges conservèrent les citoyens ? C’est de quoi aucun écrivain ne nous informe, tant l’histoire a toujours été écrite avec négligence !

Quel fut précisément le pouvoir de Charlemagne dans Rome ? C’est sur quoi on a tant écrit qu’on l’ignore. Y laissa-t-il un gouverneur ? imposait-il des tributs ? gouvernait-il Rome comme l’impératrice-reine de Hongrie gouverne Milan et Bruxelles ? C’est de quoi il ne reste aucun vestige.

Je regarde Rome, depuis le temps de l’empereur Léon III, l’Isaurien, comme une ville libre, protégée par les Francs, ensuite par les Germains ; qui se gouverna tant qu’elle put en république, plutôt sous le patronage que sous la puissance des empereurs : dans laquelle le souverain pontife eut toujours le premier crédit, et qui enfin a été entièrement soumise aux papes.

Les citoyens de cette célèbre ville aspirèrent toujours à la liberté dès qu’ils y virent le moindre jour ; ils firent toujours les plus grands efforts pour empêcher les empereurs, soit francs, soit germains, de résider à Rome, et les évêques d’y être maîtres absolus.

C’est là le nœud de toute l’histoire de l’empire d’Occident depuis Charlemagne jusqu’à Charles-Quint. C’est le fil qui a conduit l’auteur de l’Essai sur les Mœurs, etc., dans ce grand labyrinthe.

Les citoyens romains furent presque toujours les maîtres du môle d’Adrien, de cette forteresse de Rome, appelée depuis le château Saint-Ange, dans laquelle ils donnèrent si souvent un asile à leur évêque contre la violence des Allemands : de là vient que les empereurs aujourd’hui, malgré leur titre de roi des Romains, n’ont pas une seule maison dans Rome. Il n’est même pas dit que Charlemagne se mit en possession de ce môle d’Adrien. Je demanderai encore pourquoi Charlemagne ne prit jamais le titre d’auguste ?