Le Testament de Jean Meslier/Édition 1864/Chapitre 28

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Texte établi par Rudolf Charles MeijerLibrairie étrangère (Tome 1p. 276-327).
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XXVIII.

Il en est de même des promesses et des prétendues prophéties qui sont contenuës dans nos prétendus St. Evangiles, il en faut faire le même jugement de ceux qui les ont prémièrement avancées. Je vais les rapporter aussi comme elles sont mot pour mot dans les susdits Evangiles. 1º. Un Ange s’étant aparu en songe à un nommé Joseph, père au moins putatif de Jesus-Christ, fils de Marie. Il lui dit : Joseph, fils de David, ne craignez point de prendre chez vous Marie votre Epouse, car ce qui est né dans elle est l’ouvrage [1] du St. Esprit. Elle vous enfantera un fils que vous apellerez Jesus, parceque ce sera lui qui délivrera son peuple de ses péchés. Cet Ange dit à Marie : ne craignez point, parceque vous avez trouvé grace devant Dieu. Je vous déclare que vous concevrez dans votre sein et que vous enfanterez un fils que vous nommerez Jesus. Il sera grand et sera apellé le fils du Très-Haut, le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, il régnera à jamais dans la maison de Jacob, et son Règne n’aura point de fin [2].

Jesus commença à prêcher et à dire : faites pénitence, car le Roïaume du ciel est proche [3], ne vous mettez pas en peine, disoit-il, et ne dites pas que mangerons-nous, ou que boirons-nous, ou de quoi serons-nous vêtus ; car votre Père céleste sait que toutes ces choses vous sont nécessaires, cherchez donc premièrement le Roïaume de Dieu et la justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroit [4]. Demandez, disoit-il, à ses Disciples et il vous sera donné, cherchez et vous trouverez et l’on ouvre à celui qui frappe à la porte. Qui est celui d’entre vous, disoit-il au peuple, qui donne une pierre à son fils, lorsqu’il lui demande du pain, ou s’il lui demande un poisson, lui donnera t-il un serpent ? Que si vous autres, qui êtes mauvais, continue t-il, vous savez néanmoins bien donner de bonnes choses à vos enfans, combien plus votre Père céleste, qui est dans le ciel, donnera t-il de vrais biens à ceux qui les lui demanderont [5]. Au lieu, où vous irez, dit-il à ses Apôtres, prêchez que le Roïaume du ciel est proche, rendez la santé aux malades, ressuscitez les morts, guérissez les Lépreux, chassez les Démons [6].

Le Fils de l’homme, dit-il, en parlant de lui-même, envoïera ses Anges, qui enléveront hors de son Roïaume tous les scandaleux et tous ceux qui commettent l’iniquité, et ils les jetteront dans la fournaise de feu, où il y aura des pleurs et des grincemens de dents. Alors les justes, dit-il, luiront comme le soleil dans le Roïaume de leur Père [7]. Et moi, dit Jesus-Christ à son Apôtre Pierre, je vous dis que vous êtes Pierre et que sur cette Pierre j’édifierai mon église et que les portes de l’enfer ne prévauderont point contre elle. Je vous donnerai, lui dit-il, les clefs du Roïaume du ciel, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel [8].

Le Fils de l’homme, c’est Jesus-Christ lui-même qui s’apelloit ainsi, le fils de l’homme, dit-il, viendra avec ses Anges dans la gloire de son Père, et alors il rendra à un chacun selon ses oeuvres [9]. Je vous dis en vérité, leur dit-il, qu’entre ceux qui sont ici, il y en a quelques-uns qui ne mourront point, qu’ils n’aïent vu venir le Fils de l’homme dans son Règne [10].

Lorsqu’il y a en quelque lieu deux ou trois personnes assemblées en mon nom, dit Jesus-Christ, je suis au milieu d’eux. Je vous dis en vérité, disoit-il à ses Apôtres, qu’au jour de la régéneration, lorsque le fils de l’homme sera assis sur le trône de sa Majesté, vous qui m’avez suivi, vous serez assis sur 12 Trônes pour juger les 12 tribus d’Israël et quiconque aura quitté pour l’amour de moi sa maison, ou ses frères, ou ses soeurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfans, ou ses terres, il en recevra cent fois autant en cette vie et aura la vie éternelle [11]. Toutes ces belles et magnifiques promesses et prophéties se trouvent manifestement fausses.

Vous savez, dit Jesus-Christ à ses Apôtres, que les Rois et les princes des Nations dominent sur elles et que les grands les traitent avec autorité ; pour vous autres, leur dit-il, vous n’en userez point ainsi. Mais que celui d’entre vous qui voudra être le plus grand, qu’il soit votre serviteur et que celui qui voudra être le prémier parmi vous, qu’il soit le dernier et le serviteur de tous [12].

Plusieurs, dit-il, viendront en mon nom qui diront : je suis le Christ et qui séduiront beaucoup de personnes…… Il s’élevera aussi, dit-il, plusieurs faux Prophètes qui séduiront beaucoup de gens et parceque l’iniquité sera augmentée, la charité de plusieurs se refroidira…… Cet Evangile du Roïaume sera préchée dans toute la terre, pour servir de témoignage aux Nations et alors la fin viendra…… L’affliction de ce tems-là, dit-il, sera si grande que depuis le commencement du monde, il n’y en aura point eu, et il n’y en aura jamais de pareille. En ce tems-là, il s’élevera de faux Christ et de faux Prophètes qui feront de si grands miracles et de si grands prodiges que les Elus même, s’il se pouvoit, en seroient séduits. Après ces jours-là, le soleil deviendra obscur, la lune ne rendra point sa lumière, les étoiles tomberont du ciel et les puissances des cieux seront ébranlées ; en ce moment toutes les Tributs de la terre déploreront leur malheur, elles verront venir le Fils de l’homme dans les nuées du ciel, avec une grande puissance et une grande majesté ; il envoïera ses Anges qui, avec le son de la trompette, assembleront tous les élus, depuis les 4 coins du monde, et depuis une extrémité du ciel, jusqu’à l’autre. Lorsque vous verrez toutes ces choses, sachez, leur dit-il, que le Fils de l’homme est proche et qu’il est à la porte et que votre Redemption est proche, car je vous dis en vérité, continue-t’il, que cette génération-ci ne passera pas, que toutes ces choses n’arrivent. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles, dit-il, ne passeront point sans avoir leur effét. Pour ce qui est du jour et du moment que cela arrivera, personne ne le sait, non pas même les Anges du ciel, il n’y a que mon Père seul qui le sache [13].

Violà, dit-il, après sa résurrection, que je serai toujours avec vous jusqu’à la fin des siècles [14]. Tout ce que vous demanderez avec foi dans la priére, vous sera accordé. Il leur dit encore : aïez la foi en Dieu, car je vous dis en vérité, que quiconque dira à cette montagne : ôtes-toi de-là et te jettes dans la mer, pourvû qu’il n’hésite point dans son coeur, mais qu’il croïe que tout ce qu’il commandera sera fait, il lui sera accordé. C’est pourquoi je vous dis, continuoit-il, que quoique ce soit, que vous demandiez dans la priére avec foi, vous l’obtiendrez [15].

La Foi, dit-il, de ceux qui croiront en moi sera suivie de tous ces miracles-ci : ils chasse ont les démons en mon nom, ils parleront des langues, qui leurs étoient inconnuës, ils toucheront les serpens, sans péril, et s’ils boivent du poison, ils n’en recevront aucun mal, et en imposant les mains aux malades, ils leur rendront la santé [16].

Marie, mère de Jesus, dit : mon âme glorifie le Seigneur, car il a déploié la puissance de son bras, il a dissipé les desseins que les hommes superbes formoient dans leurs coeurs, il a fait tomber les monarques de leurs Trônes et a élevés les petits ; il a comblé de biens ceux qui étoient pressés de la fain et réduit à la disette ceux qui vivoient dans l’abondance ; il a pris en sa protection Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, ainsi qu’il l’avoit promise à nos Pères Abraham et à toute sa Postérité pour jamais [17]. Toutes ces promesses et ces prophéties se trouvent manifestement fausses, vaines et trompeuses.

Beni soit le Seigneur Dieu d’Israël de ce qu’il est venu visiter et rechercher son peuple et qu’il nous a suscité un puissant sauveur dans la maison de son serviteur David, ainsi qu’il l’avoit promis par la bouche de saints Prophètes, qui sont venus dans les siécles passés, pour nous délivrer de la puissance de nos Ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent, afin d’exercer sa miséricorde envers nos pères et de se souvenir de la Ste. Alliance, selon le serment qu’il avoit fait à notre père Abraham, qu’il nous feroit cette grace, qu’étant délivrés de la main de nos ennemis, nous le servirions sans crainte, marchant devant lui dans la sainteté et dans la justice tous les jours de notre vie [18].

Or il y avoit dans ce tems-là dans Jerusalem un homme juste et craignant Dieu, nommé Simeon, qui attendoit la consolation d’Israël et à qui le St. Esprit, qui étoit en lui, avoit révélé qu’il verroit le Christ du Seigneur avant que de mourir, il vint donc au temple par l’inspiration du St. Esprit, lorsque le père et la mère de l’enfant Jesus l’y portérent pour accomplir à son égard ce qui étoit prescrit par la Loi, et il le prit entre ses bras et bénit Dieu en disant : Maintenant, Seigneur ! vous permettrez à votre serviteur de mourir en paix, selon votre parole, puisque j’ai vu de mes yeux le Sauveur, que vous avez destiné pour être découvert à toutes les Nations, et pour être la lumière qui doit éclairer les Gentils et être la gloire de votre peuple d’Israël [19].

Mon Père m’a donné toutes choses, disoit Jesus-Christ à ses disciples [20]. Lorsqu’on vous livrera devant les Rois et devant les Gouverneurs ou devant les juges, ne pensez point, leur disoit-il, à ce que vous aurez à dire, ni comment vous le direz, ne vous mettez pas en peine de cela, parce qu’à l’heure même Dieu vous inspirera ce que vous devrez dire, car ce ne sera pas vous qui parlerez, leur disoit-il, mais ce sera l’esprit de votre Père qui parlera en vous [21]. Je vous ai préparé mon Roïaume, leur disoit-il, comme mon Père me l’a préparé, afin que vous y mangiez et buviez à ma table et que vous soïez assis sur des trônes pour être les juges des 12 Tribus d’Israël [22].

Il est dit dans l’Evangile de S. Jean que Jesus-Christ a donné à ceux qui l’ont reçu le pouvoir ou la puissance de devenir les enfans de Dieu à tous ceux, qui croïent en lui, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais qui sont nés de Dieu [23]. En vérité, en vérité, disoit Jésus-Christ, je vous dis que vous verrez le ciel ouvert et les Anges de Dieu qui monteront et qui descendront sur le fils de l’homme [24]. L’heure viendra, disoit-il, et elle est déjà venue, que vous n’adorerez plus mon Père sur cette montagne, ni à Jerusalem [25]. En vérité, en vérité, disoit-il, je vous dis, qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoïé, a la vie eternelle, il ne sera pas condamné, mais il est passé de la mort à la vie. En vérité, en vérité, continuoit-il, je vous dis que l’heure viendra et qu’elle est même déjà venue, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et que ceux qui l’entendront, auront la vie. Ne vous en étonnez pas, disoit-il, car l’heure viendra, que tous ceux qui sont dans le tombeau, entendront la voix du Fils de Dieu et ceux qui auront fait le bien, ressusciteront pour posséder la vie, et ceux qui auront fait mal, ressusciteront pour leur condamnation [26]. Toutes ces promesses et ces prophéties se trouvent manifestement vaines et trompeuses.

La volonté de mon Père, qui m’a envoïé, disoit-il, est que quiconque connoit le Fils et croit en lui, ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour [27]. Celui, dit-il, qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. En vérité, en vérité, ajoutoit-il, je vous dis, que celui qui croit en moi, a la vie éternelle. Je suis, disoit-il, le pain de vie [28]. Au dernier jour de la grande Fête, Jesus, se tenant de bout au milieu de la place, il crioit tout haut, si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi et qu’il boive ; il sortira des fleuves d’eau vive des entrailles de ceux, qui croiront en moi [29]. Je suis la lumière du monde, disoit-il, celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de vie [30].

Moi et mon Père nous ne sommes qu’un, disoit-il [31] ; je suis la résurrection et la vie, disoit-il, celui qui croit en moi vivra, quoiqu’il soit mort, et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais [32]. En vérité, en vérité, disoit-il à ses disciples, vous pleurerez et gémirez et le monde se réjouira, vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie ; vous êtes maintenant dans l’affliction, mais je vous reverrai encore et votre coeur se réjouira et personne ne vous ravira votre joie [33].

Lorsque je serai élevé de terre, disoit-il, j’attirerai toutes choses à moi [34]. Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez vous à regarder ainsi en haut, ce Jésus, qui du milieu de vous a été élevé dans le ciel, en descendra de la même manière, que vous l’y avez vû monter [35].

Nous aussi, disoient les Apôtres aux Peuples, nous vous anonçons l’effet de la promesse, qui a été faite à nos Pères, c’est à nous, qui sommes leurs enfans que Dieu en a fait voir l’événement, en ressuscitant Jésus [36]. Ainsi que la mort est venue par un homme, de même la résurrection viendra par un homme, et comme tous meurent en Adam, tous aussi revivront en Jésus-Christ, chacun paroitra en son rang, Jésus-Christ le prémier, ensuite ceux qui sont à lui : et la fin viendra, lorsque Jésus-Christ aura mis son Roïaume entre les mains de Dieu son Père, lorsqu’il aura fait cesser toute Principauté, toute Puissance et toute vertu, car il doit régner, jusqu’à ce que tous ses ennemis aïent été réduits sous ses piés, par l’ordre de son Père [37].

Je vous découvre un mistère, dit S. Paul, qui est que nous ressusciterons tous, mais nous ne serions pas tous changés en un instant, en un clin d’oeil, au son de la dernière trompette : car une trompette sonnera, alors tous les morts ressusciteront pour être immortels, et c’est alors que nous serons changés, car ce corps mortel et corruptible doit être revêtu d’immortalité et lorsqu’il en sera revêtu, la mort sera détruite sans ressource [38].

Si quelqu’un, dit cet Apôtre, est en Jésus-Christ, il est une nouvelle créature ; tout ce qui étoit de l’ancien est passé, tout a été rendu nouveau et tout en vient de Dieu, qui nous a reconcilié avec lui par Jésus-Christ, car Dieu étoit en Jésus-Christ, réconciliant avec soi le monde et n’important pas aux hommes leurs péchés [39]. Il n’y a plus de Juif, dit-il, ni de Grec, ni de libre, ni d’esclave d’hommes ni de femmes, mais vous êtes tous un corps en Jésus-Christ ; que si vous êtes en Jésus-Christ, vous êtes donc les enfans d’Abraham et ses héritiers, selon la promesse. [40] Jésus-Christ a donné ses grâces, pour être les uns Apôtres, les autres Prophètes, les autres Évangelistes, les autres Pasteurs et Docteurs, afin de rendre les saints parfaits, jusques à ce que nous soïons tous parvenus à l’unité de la Foi et de la connoissance du Fils de Dieu [41]. Toutes ces promesses et prophéties se trouvent manifestement vaines et trompeuses.

Le Seigneur, dit l’Apôtre St. Pierre, ne tarde point l’effet de ses promesses, comme quelques-uns se l’imaginent, mais il attend avec patience pour l’amour de vous, voulant qu’aucun ne périsse, mais que tous se convertissent à lui par la pénitence [42]. Or le jour du Seigneur, dit-il, viendra comme un larron, quand on n’y pensera pas, alors, dit-il, les cieux passeront avec grande impétuosité ; l’ardeur du feu fera fondre les élémens, la terre et les ouvrages qu’elle contient bruleront… nous espérons aussi, dit-il, selon ses promesses, de nouveaux cieux et une nouvelle terre dans lesquels la justice habitera [43].

Celui qui croît au Fils de Dieu, dit l’Apôtre St. Jean, a dans soi-même le témoignage de Dieu ; ce témoignage consiste en ce que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est en son Fils. Celui qui a le Fils a la vie, et celui qui n’a pas le Fils, n’a point la vie. Il y en a trois dans le ciel, qui rendent témoignage que Jésus-Christ est la vérité, le Père, le Verbe et le St. Esprit et ces Trois sont une même chose. Et trois rendent le même témoignage dans la terre, l’esprit, l’eau et le sang, et ces trois sont une même chose [44].

Toutes choses, dit S. Paul, leur sont arrivées, (savoir aux Juifs) pour la figure de ce qui devoit se passer parmi nous, qui nous trouvons à la fin des siècles [45]. La patience vous est nécessaire, disoit-il, afin que vous jouissiez de l’effet des promesses de Dieu. Encore un peu de tems, ajoute-t’-il, celui qui doit venir, viendra et il ne tardera point [46].

L’Apocalypse ou la vision de Jésus-Christ, qu’il a reçue de Dieu pour découvrir à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt, car le tems est proche. Voici, dit-il, que je viendrai bientôt, tenez bien ce que vous avez, de peur que votre couronne ne soit donnée à un autre [47]. Les 4 animaux et les 24 vieillards se prosternèrent devant l’Agneau, aïant chacun des harpes et des vases d’or pleins de parfums, qui sont les premières des Saints, et ils chantoient un cantique nouveau, en disant : Seigneur, vous êtes digne de recevoir le livre et d’en ouvrir les sceaux, parceque vous avez souffert la mort et que vous nous avez racheté pour Dieu par votre sang de toutes Tribus, de toutes Langues et de toute Nation et nous avez rendus Rois et Prêtres pour notre Dieu, et que nous régnerons sur la terre [48].

L’Ange jura, par celui qui vit dans les siècles, qu’il n’y auroit plus de tems [49]. Le septième Ange sonna la trompette, et l’on entendit dans le ciel des voix puissantes, qui disoient : le Roïaume de ce monde est acquis à notre Seigneur et à son Christ, et il régnera dans les siècles des siècles [50].

Je vis encore une Bête, qui montoit de la terre et qui avoit deux cornes, semblables à celles de l’Agneau, mais qui parloit comme le dragon, elle exerça toute la puissance de la première Bête en sa présence, et elle fit que la terre et ses habitans adorèrent la première Bête, dont la blessure mortelle avoit été guérie. Les prodiges, qu’elle fit, furent si grands, qu’elle fit même descendre le feu du ciel sur la terre, devant les yeux des hommes. Elle séduisoit les habitans de la terre par les prodiges, qu’elle reçut pouvoir de faire en présence de la Bête, ordonnant aux habitans de la terre d’ériger une image à la Bête, qui n’étoit pas morte de ses blessures du coup d’épée, qu’elle avoit reçu. Il lui fut même donné pouvoir de faire respirer l’image de la Bête et de donner la parole à cette image et de faire condamner à la mort tous ceux, qui n’adoreroient pas l’image de la Bête [51]. Toutes ces belles prophéties se trouvent manifestement vaines et trompeuses.

Alors je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre, car le premier ciel et la première terre a voient dis paru et il n’y avoit plus de mer. Je vis la ville sainte et la nouvelle Jerusalem, qui venoit de Dieu et descendoit du ciel, étant ornée et préparée comme une épouse, qui s’est préparée pour recevoir son époux ; en même tems j’entendis venir du Trône une voix forte, qui disoit : c’est ici le Tabernacle, où Dieu demeurera avec les hommes ; ils seront son peuple et Dieu lui-même sera leur Dieu, Dieu essuïera toutes les larmes de leurs yeux, il n’y aura plus de mort, ni de gémissemens, ni de cris, ni de douleur, parceque ce qui étoit autrefois, sera passé ! Alors celui qui étoit assis sur le trône, dit : je m’en vais faire toutes choses nouvelles et il me dit : écrivez ; ces paroles sont très-fidèles et très-véritables. L’Ange me transporta en esprit et me fit voir la ville sainte de Jerusalem, qui descendoit du ciel et venoit de Dieu. Elle étoit vêtue de la clarté de Dieu, et sa lumière étoit semblable à une pierre précieuse, à une pierre de jaspe, transparente comme le cristal… ses murailles étoient bâties de pierres de jaspe, la ville même étoit d’or pur… les 12 portes étoient 12 perles ; la place de la ville étoit d’or pur. Au reste je ne vis point de temple dans la ville, parceque le Seigneur tout-puissant en étoit le Temple [52].

L’Ange me montra aussi son fleuve d’eau vive, qui sortait du Trône de Dieu et de l’Agneau. Au milieu de la place de la ville étoit l’arbre de vie, qui portoit 12 fruits et qui rendoit son fruit chaque mois, et les feuilles de l’arbre servoient pour guérir les nations. Il n’y aura plus là aucune malédiction, mais le trône de Dieu et de l’Agneau y sera et ses serviteurs le serviront, ils verront son visage et ils auront son nom écrit sur leurs fronts ; il n’y aura plus de nuit, et ils n’auront pas besoin de lumière de lampe, ni de celle du soleil, parceque le Seigneur les éclairera et ils régneront dans les siècles des siècles…… Moi, Jésus, j’ai envoïé mon Ange, pour vous rendre témoignage de ces choses, dans les Eglises. C’est moi qui suis sorti de la racine du sang de David, qui suis l’Étoile luisante, qui paroit le matin [53]. Et plusieurs autres semblables visions, révélations, prophéties ou promesses, qui se trouvent dans les prétendus saints et sacrés livres de ce qu’ils apellent le Nouveau-Testament et qu’il seroit trop long de raporter ici.

Or il n’y a pas une de ces prétendues prophéties, visions, révélations ou promesses, qui ne se trouve absolument fausse, ou vaine, ou même ridicule, ou absurde. Et il est facile d’en faire voir clairement la vanité et la fausseté.

Premièrement il est dit que le Christ délivrera son peuple de ses péchés, on ne voit dans aucun peuple aucune marque de cette prétendue délivrance, puisqu’ils ont toujours été ce qu’ils sont encore maintenant, aussi sujets à toutes sortes de vices et de péchés, et aussi esclaves de leurs mauvaises passions, que le seroit aucun autre peuple et qu’ils ne sont pas moins vicieux, qu’ils pouroient l’avoir été avant cette prétendue délivrance et avant la venue de leur prétendu Rédempteur ou Sauveur. Et en ce sens il est évident, qu’ils ne sont point délivrés de leurs vices et de leurs péchés, et par conséquent il est évident, que cette promesse ou prophétie est fausse, puisqu’elle ne se trouve pas véritable. Si on dit que cette délivrance ne s’entend pas ainsi, mais qu’elle s’entend seulement de la délivrance des peines et des châtimens éternels, que les hommes méritoient et auroient mérité par leurs péchés ; et que Jésus-Christ les a effectivement délivré de cette peine par les mérites infinis de sa mort et passion. À cela je réponds : 1º. que si cela étoit la prophétie ou promesse touchant cette prétendue délivrance, on ne devoit donc pas dire qu’il délivreroit son peuple de ses péchés ; mais qu’il les délivreroit des châtimens ou des peines qu’ils auroient mérités ou qu’ils mériteroient pour leurs péchés. Quand quelque Seigneur, par exemple, voudroit ou auroit vouIu racheter du suplice de la mort quelques criminels qui auroient mérité la mort, on ne parleroit, ce semble, pas juste, si on disoit que ce Seigneur les auroit délivré de leurs vices et de leurs méchancetés, puisque leurs vices et que leurs méchancetés pouroient encore leur demeurer, mais bien, disoit-on, qu’il les auroit délivrés de la potence ou de la rouë, s’ils l’avoient mérité, parce qu’ils auroient effectivement été pendus ou roués, s’il ne les avoit rachetés.

Pareillement ce ne seroit, ce semble, pas parler juste que de dire que le Christ délivreroit son peuple de ses péchés, s’il devoit les laisser toujours dans leurs vices et dans leurs péchés, et s’il devoit seulement les racheter de la peine éternelle, qu’ils auroient méritée pas leurs péchés, car ce n’est pas véritablement délivrer quelqu’un d’un vice, que de le délivrer seulement de la peine qu’il auroit mérité par son vice. Quand un Médecin guérit des malades, et qu’il guérit, par exemple, ceux qui avoient des fiévres, ou des pleuresies etc., etc., qu’ils s’en trouvent tout-à-fait quites, on peut véritablement dire qu’il les a délivrés de leurs maladies, de leurs fiévres et de leurs pleuresies. Mais il est sûr aussi, que tant qu’ils ne sont point quites de leurs maladies, on ne pouroit point véritablement dire qu’il les auroit délivrés de leurs maladies, puisqu’ils les auroient encore. De même aussi, tant que les hommes sont ou seront sujéts, comme ils sont, à leurs vices et à leurs péchés, on ne peut pas véritablement dire qu’ils en soïent délivrés, et par conséquent la prophétie ou la promesse, qui dit que le Christ délivrera son peuple de ses péchés, ne se trouvant pas véritable, elle est évidemment fausse, ou il faut attendre un autre Christ, pour voir s’il délivrera plus véritablement les hommes de leurs vices et de leurs péchés. Il seroit fort à souhaiter, qu’il en vienne effectivement un, qui puisse faire aux hommes une si belle grâce et un aussi grand bien, que seroit celui de les délivrer véritablement de tous leurs vices, aussi bien que celui de les délivrer véritablement de la tirannie des Princes et des Grands de la terre ; car ils ont grand besoin d’être délivrés de ces détestables maux. Et ce qui confirme, que cette prétendue délivrance des péchés se doit entendre, comme j’ai dit, c’est qu’il est dit en plusieurs autres semblables promesses ou prophéties, qu’ils seront tous saints et qu’il n’y en aura plus aucun d’eux qui commettra l’iniquité, ni qui dira aucun mensonge. D’ailleurs, si ce prétendu divin sauveur avoit voulu faire aux hommes une si belle grâce, que celle de les délivrer de leurs péchés, il les auroit en même tems rendu tous saints, tous sages et vertueux ; car il n’est pas à croire, qu’il auroit voulu les laisser toujours aussi esclaves et aussi coupables de leurs vices et de leurs péchés, qu’ils l’étoient auparavant : mais il les auroit véritablement délivrés de toutes ces méchantes maladies-là, et les auroit véritablement rendus tous purs et nèts et tous saints, sans quoi cette prétendue délivrance ne leur auroit de rien servi, puisqu’ils auroient toujours demeuré aussi esclaves et aussi coupables de leurs vices et de leurs péchés, qu’ils l’étoient auparavant. Or les prémiers Chrétiens ne prétendoient pas cela, ils croïoient bien véritablement être délivrés et nettoïés de toutes ordures de péchés : c’est pourquoi ils se qualifioient tous de saints, de santifiés et de bien aimés de Dieu, comme il se voit par les Epitres de leur grand Mirmadolin Paul : Omnibus qui sunt Romae dilectis Dei vocatis, sanctis. Rom. 1 : 7. Sanctificatis in Christo Jesu, vocatis sanctis. 1 Cor. 1 : 2. Ecclesiae quae est Corinthi cum omnibus sanctis qui sunt in Achaia. 2 Cor. 1 : 1. Omnibus sanctis qui sunt Ephesi. Ephes. 1. Omnibus sanctis qui sunt Philippis. Phil. 1. Christus dilexit ecclesiam et se ipsum tradidit pro eâ, ut illam santificaret mundans lavacro aquae in verbo vitae, ut exhiberet ipse sibi gloriosam non habentem maculam aut rugam aut aliquid hujusmodi, sed ut sancta et immaculata. Ephes. 5 : 25, c’est à dire, comme dit S. Paul, que Jésus-Christ a aimé son église, s’étant lui-même livré pour elle, afin de la santifier, en la purifiant par l’eau du Baptême, avec la parole de Dieu, et afin de la rendre glorieuse, sans tâche et sans ride et sans qu’elle ait aucun autre défaut semblable, mais au contraire, quelle soit sainte et sans souillures. Voïez aussi Tit. 1 : 14…… Ce qui fait manifestement voir, que tous nos Christicoles devroient véritablement être tous saints, tous purs et sans aucune tâche de péché, et c’est ainsi que leur prétendu divin sauveur les auroit du délivrer de leurs péchés. Ce qui est cependant manifestement faux, et partant la susdite promesse et prophétie se trouve manifestement vaine et fausse.

Secondement, il n’est pas vrai que le prétendu Christ ait véritablement délivré les hommes de la peine éternelle qu’ils auroient méritée par leurs péchés, puisque, selon le dire de nos Christicoles mêmes, il y en a tous les jours presque une infinité et même des leurs qui tombent malheureusement dans les flammes éternelles de l’enfer, pour souffrir à tout jamais la peine de leurs péchés. Car ils tiennent pour certain que, tous ceux qui meurent dans le péché mortel, comme ils l’appellent, seront éternellement reprouvés et malheureux dans les Enfers, et comme il y en a beaucoup plus de médians que de bons, et beaucoup plus, selon eux, qui meurent dans le péché mortel, que de ceux qui meurent dans la bonne grâce de leur Dieu, il s’en suit de leur doctrine, qu’il y en auroit incomparablement plus, qui ne seroient pas délivrés de la peine de leurs péchés, que de ceux qui en seroient véritablement délivrés. Et c’est sans doute ce que le prétendu Christ vouloit lui-même faire entendre à ses disciples, lorsqu’il leur disoit, qu’il y en auroit beaucoup d’apellés, mais qu’il y en auroit peu d’élus, ce qui auroit assez de rapport à ce qui auroit été prédit de ce Christ, par le bon homme Siméon le juste, lorsqu’il dit de lui, étant encore dans sa première enfance, qu’il seroit quelques jours en but à la contradiction des hommes, et qu’il seroit la cause de la ruine, aussi bien que du salut de plusieurs en Israël. Ecce positus est hic in ruinant… et suivant cela il y auroit autant de raison de dire qu’il seroit venu pour perdre les hommes, que de dire qu’il seroit venu pour les sauver. C’est ce que nos Christicoles ne voudroient cependant pas dire : mais si, selon eux-mêmes, il y en a si peu de délivrés de la peine de la damnation éternelle, il n’est donc pas vrai de dire qu’il délivreroit son peuple de ses péchés, c’est à dire de la peine éternelle, qu’ils auroient méritée par leurs péchés, à moins que nos Christicoles ne veuillent entendre par son peuple, seulement un peu d’élus, qui seroient par lui délivrés de la damnation éternelle, ce qui ne peut s’entendre ainsi ; car ce peu de personnes-là, en comparaison de tout un peuple, ne sont pas et ne doivent pas être apellés le peuple ; c’est la plus grande partie, qui donne la dénomination à une chose. Une douzaine ou deux, par exemple d’Espagnols ou de François, ne sont pas le peuple François, ni le peuple Espagnol. Et si une armée, par exemple de 100 ou six vingt mille hommes, étoit faite prisonnière de guerre par une plus forte armée d’ennemis ; et si le Roi, ou le chef de cette armée prisonnière, rachetoit seulement quelques hommes de son armée, comme par exemple dix ou douze soldats ou officiers, en païant leur rançon, on ne diroit pas pour cela, qu’il auroit délivré ou racheté son armée, et il serait faux et même ridicule de dire, qu’il l’auroit rachetée ou délivrée, s’il n’en délivroit qu’un si petit nombre d’hommes. Pareillement donc, il seroit faux et ridicule aussi de dire, que le Christ auroit délivré son peuple de la peine et de la damnation éternelle, qu’il auroit méritée par ses péchés, s’il n’y en avoit seulement que quelques-uns, qui en fussent délivrés par son moïen. Encore nos Christicoles, tous tant qu’ils sont, ne sauroient-ils montrer, qu’il y en ait seulement un, qui jouisse véritablement du bienfait de cette prétendue délivrance : car, comme la prétendue peine éternelle ne se voit point, et que la prétendue délivrance n’est aucunement visible, ils ne sauroient faire voir, qu’il y en ait seulement un qui soit véritablement délivré, ni un qui soit véritablement réprouvé, et condamné à souffrir éternellement les peines d’enfer.

Dire à cette occasion-ci, comme font ordinairement nos Christicoles, qu’il ne faut point chercher, ni demander des preuves, ni des témoignages sensibles des choses de la foi, mais qu’il faut les croire aveuglément, sans les voir, sous prétexte qu’elles ne laisseroient pas, que d’être très-véritables et très certaines en elles-mêmes, quoique l’on n’en puisse donner, ni apercevoir aucune preuve, ni aucun témoignage visible et sensible, c’est une foible raison et qui est entièrement vaine, puisque ce seroit vouloir poser pour fondement de certitude un principe d’erreurs, d’illusions et d’impostures. Car il est visible qu’il n’y auroit aucune erreur, aucune illusion, ni aucune imposture, que l’on ne pouroit prétendre de voir, croire ou faire croire, sous ce prétendu prétexte de foi divine, s’il falloit y avoir aucun égard. Or il est évident, comme j’ai dit ci-devant, qu’un principe d’erreurs, d’illusions ou d’impostures, comme celui-là, ne peut servir de fondement pour établir, ni pour éclaircir aucune vérité, et par conséquent ne peut servir pour montrer ni pour prouver, qu’il y ait seulement un seul homme, qui jouisse véritablement d’un bienfait de cette prétendue délivrance, qui n’est bien certainement qu’une délivrance et une rédemption imaginaires.

Pareillement, il ne sert de rien à nos Christicoles de dire, comme ils font encore, que leur Christ a véritablement satisfait à Dieu pour tous les péchés des hommes, et que, s’ils ne sont pas effectivement delivrés tous de la peine et de la damnation éternelle, ce n’est pas la faute de leur Rédempteur, mais la faute des pécheurs-mêmes qui s’abandonnent volontairement aux vices, et qui meurent dans leurs péchés, sans vouloir se convertir à Dieu et sans vouloir faire des fruits dignes de pénitence, étant nécessaires, comme ils disent, de vivre dans la vertu, ou de faire une digne pénitence de ses péchés, et de mourir dans la grâce de Dieu, pour jouir du bienfait de la délivrance et de la Rédemption du Christ. Il ne leur sert de rien, dis-je, d’alléguer ces raisons, parceque, si cela étoit, comme ils le disent, ce seroit premièrement une injustice manifeste en Dieu, s’il punissoit encore dans aucun homme des péchés, pour lesquels il auroit déjà reçu une entière satisfaction, car, de même que ce seroit une injustice dans un créancier de faire païer à son débiteur une dette, pour laquelle son ami auroit déjà satisfait pour lui, en païant tout ce qu’il pouvoit devoir, de même ce seroit manifestement une injustice, et même une espèce de cruauté en Dieu, de punir encore sévèrement dans les hommes, par des supplices éternels, des péchés pour lesquels son Christ auroit déjà entièrement satisfait, car ce seroit vouloir exiger deux satisfactions pour les mêmes offenses, ce qui ne conviendroit nullement à la justice, ni à la volonté ni à la bonté d’un Dieu infiniment bon et miséricordieux.

Secondement, s’il falloit, comme disent nos Christicoles, que les hommes vécussent toujours bien dans la vertu ou qu’ils fassent dignement pénitence de leurs péchés, avant que de mourir, pour profiter de ce prétendu bienfait de la délivrance, ou rédemption du Christ, il s’en suivroit que cette prétendue délivrance, ou rédemption du Christ, ne déchargeroit de rien les hommes envers Dieu, et ne les soulageroit en rien et par conséquent, qu’elle auroit été entièrement vaine et ridicule. C’est de quoi nos Christicoles ne voudroient certainement pas convenir ; cependant cela s’en suivroit évidemment, de ce qu’ils disent touchant l’application, qui se feroit aux hommes, du bienfait de leur prétendue délivrance ou rédemption, faite par Jésus-Christ. Car il est constant, et la droite Raison nous fait clairement voir qu’un Dieu qui seroit infiniment bon, juste et miséricordieux ne pouroit justement et bénignement exiger des hommes, qui ne l’auroient pas offensé, que ce qu’ils seroient capables de faire pour l’honorer, comme, par exemple, de l’aimer, de l’adorer, de le servir et de vivre dans la vertu, selon ses loix et ses ordonnances. Pareillement, la même droite liaison nous fait clairement voir, qu’il ne pouroit avec justice exiger des pécheurs, qui l’auroient offensé, que tout ce qu’ils seroient capables de faire pour satisfaire à leurs péchés, comme par exemple, de se convertir à lui de tout leur coeur, de haïr et détester leurs vices et leurs péchés, de les quitter entièrement, et de faire dignement pénitence de leurs péchés, en la manière qu’il pouroit leur prescrire, et c’est en effet tout ce que l’on prétend, que Dieu demanderoit dans sa Loi, comme il paroit par les témoignages mêmes de cette loi, et par les témoignages de tous les Prophètes. Si donc, disoit Moïse au peuple d’Israël, de la part de Dieu, si vous écoutez la voix du Seigneur, votre Dieu, si vous l’aimez de tout votre coeur et de toute votre âme, et si vous observez fidèlement tous ses commandemens [54], toutes ces bénédictions-ci viendront sur vous et vous accompagneront partout, vous serez bénits dans vos villes et dans vos champs, bénits dans vos enfans et dans vos troupeaux, bénits dans les fruits de vos terres et de vos jardins, bénits dans tout ce que vous ferez et vous entreprendrez, etc. Et à l’égard des pécheurs, qui l’auroient offensé, il ne leur demandoit aussi, avant la venue de Jésus-Christ, et avant qu’il ait fait aucune prétendue satisfaction pour leurs péchés, qu’ils fissent justice et miséricorde à leur prochain, que la conversion de leur coeur, qu’ils quittassent leurs vices et leurs péchés, et qu’ils observassent fidèlement tous les commandemens, promettant de faire grâce et miséricorde à tous ceux, qui se convertiroient à lui de tout leur coeur, qui quitteroient leurs vices et leurs péchés, qui feroient justice et miséricorde à leur prochain, et qui observeroient fidèlement tous les commandemens, leur promettant même pour lors, de ne plus se souvenir de leurs péchés et de les oublier entièrement [55].

Voilà, suivant cette loi prétendue divine, tout ce que Dieu exigeoit effectivement des hommes, avant la venue de Jésus-Christ et par conséquent, avant qu’il les ait délivrés de leurs péchés et qu’il ait fait aucune satisfaction pour eux, comme nos Christicoles le prétendent. Si donc Dieu n’exigeoit que cela des hommes, avant la venue de Jésus-Christ, et qu’il en exigeroit encore autant, ou même davantage, depuis la venue de ce Christ et depuis qu’il auroit délivré les hommes de leurs péchés, comme nos Christicoles le prétendent, il est évident, que cette prétendue délivrance et que cette prétendue satisfaction de Jésus-Christ ne déchargeroit de rien les hommes, et ne les soulageroit en rien, puisqu’ils ne doivent rien moins faire maintenant, pour obtenir grâce et miséricorde, que ce qu’ils auroient dû faire avant cette prétendue délivrance, et qu’avant cette prétendue délivrance, ils auroient aussi facilement et peut-être même plus facilement qu’après, trouvé grâce et miséricorde. Je dis, qu’ils l’auroient peut-être trouvé plus facilement devant qu’après, parce qu’avant cette prétendue délivrance Dieu ne demandoit des pécheurs, comme je viens de dire, qu’une véritable conversion de leur coeur, avec la pratique des bonnes oeuvres de justice et de miséricorde, et une fidèle obéissance à ses commandemens, au lieu que depuis cette prétendue délivrance du Christ, les pécheurs seroient obligés, non-seulement de faire ce qu’ils auroient dû faire auparavant, mais outre cela, seroient encore obligés, suivant les maximes du Christianisme, de renoncer à eux-mêmes, de porter leur croix, de faire de grandes pénitences et de rigoureuses mortifications de leur chair, ce qu’ils n’auroient pas été obligés de faire avant la prétendue délivrance du Christ.

Cela étant, il est évident que cette prétendue délivrance ne décharge de rien les hommes et qu’elle ne les soulage en rien. Et si elle ne les décharge de rien, et si elle ne les soulage en rien, il est évident qu’elle est entièrement vaine et inutile en quel sens qu’on la puisse prendre.

2º. Il est dit que ce Christ seroit apellé le Fils du Très-Haut, que Dieu lui donneroit le Trône de David, son Père, qu’il règneroit à jamais dans la maison de Jacob et que son Règne n’auroit point de fin [56]. Qu’il soit, si on veut, apellé le Fils du Très-Haut, passe pour cela, puisque nos Christicoles le regardent effectivement comme le Fils tout-puissant d’un Dieu tout-puissant, quoiqu’il n’ait été regardé dans son tems que comme un misérable fanatique. Mais que Dieu lui ait donné le Trône de David et qu’il règne ou qu’il ait règné dans la maison de Jacob, c’est à dire sur le peuple d’Israël, qui est entendu par la maison de Jacob, et que son règne ne doive jamais avoir de fin, c’est ce qui est évidemment faux : car il est constant, qu’il n’a jamais été sur le Trône de David, et qu’il n’a jamais règné sur le peuple Juif, qui est le peuple d’Israël, et maintenant nous voïons évidemment qu’il ne règne aucunement nulle part, à moins que l’on ne veuille prendre le culte et l’adoration, que nos Christicoles lui rendent, pour une espèce de règne et le Christianisme pour une espèce de Roïaume ; mais en ce sens il n’y auroit point d’imposteurs, qui ne pouroient se flatter de règner d’une semblable manière, si on vouloit ajouter foi à leurs impostures et les adorer comme des Divinités. D’ailleurs, la promesse et la prétendue prophétie de l’Ange dit clairement et expressément, que Dieu donneroit à Jésus-Christ le Trône de David, son Père et qu’il règneroit à jamais dans la maison de Jacob. Or le Christianisme n’est pas le Trône de David et n’a jamais été le Trône de David. Pareillement, le peuple Chrétien n’est point la Maison de Jacob et n’a jamais été la Maison de Jacob, et ainsi le Christ, n’aïant jamais eu le Trône de David et n’aïant jamais règné dans la Maison de Jacob, il est évident, que cette promesse ou que cette prophétie se trouve entièrement fausse.

3º. Il est dit que ce Christ seroit comme une lumière, qui éclaireroit les nations, et qu’il seroit la gloire du peuple d’Israël, c’est à dire du peuple Juif [57]. Cette promesse ou prophétie est encore absolument fausse, puisqu’il, n’a paru dans sa personne, que comme un objet de mépris et que sa doctrine, sa vie et sa mort n’ont passé que pour une folie devant les Nations, et comme un scandale devant les Juifs. Et si maintenant il est en honneur parmi les Chrétiens, ce n’est point par persuasion, ni par connoissance de vérité que cela s’est fait, mais plutôt par opiniâtreté et par séduction de fausseté, comme cela se fait dans toutes les autres Religions. Et pour preuve de cela, c’est que suivant la susdite promesse ou prophétie, il auroit dû également être la gloire du peuple d’Israël, comme la gloire ou la lumière des Nations, qui sont maintenant le peuple Chrétien. Mais au lieu d’être la gloire du peuple d’Israël, comme il a été prédit et promis, nous voïons manifestement qu’il seroit plutôt sa honte et sa confusion, ce qui fait manifestement voir la fausseté de la susdite promesse ou prophétie.

4º. Il est dit que Jésus-Christ commença à prêcher et à dire : faites pénitence, parceque le Roïaume du ciel est proche [58]. Si ce prétendu Roïaume eut été véritablement proche, comme il le disoit, il y a longtems qu’il auroit dû paroître, et qu’il auroit dû être arrivé. Car depuis près de 2 000 ans, qu’il est promis et qu’il est prédit devoir bientôt arriver, si la promesse et la prédiction eussent été véritables, il y a longtems que l’on en auroit vû l’accomplissement. L’on n’en voit encore maintenant aucune aparence, c’est une preuve manifeste de la fausseté de la promesse et de la prédiction, et il faut être merveilleusement séduit, abusé, aveugle et crédule, pour croire que ce Roïaume doive arriver.

Dire, comme font quelques-uns de nos Christicoles, que le Roïaume du ciel, dont Jésus-Christ parle, n’est autre chose que la Doctrine et la Police ou Gouvernement de son Eglise, qui conduit véritablement les ames au Roïaume du ciel, c’est une pure illusion, puisqu’il n’y auroit point de peuples qui ne pouroient de même apeller leurs Religions, leur Police et leur Gouvernement un Roïaume du ciel, et qu’il n’y auroit point d’imposteurs qui ne pouroient semblablement promettre la venue d’un Roïaume du ciel. Mais si on savoit qu’ils n’entendissent rien autre chose par leur Roïaume du ciel, on ne feroit certainement pas grand cas de leurs promesses, ni de leurs prétendus Roïaumes, qui ne seroient bien certainement regardés, que comme des Roïaumes imaginaires.

5º. Jésus-Christ dit lui-même, qu’il ne faut pas s’inquiéter, ni se mettre en peine pour le boire ni pour le manger, ni pour les vêtemens dont on a besoin dans la vie, mais qu’il faut sur cela se reposer entièrement sur la Providence de son Père céleste, qui nourrit, dit-il, les oiseaux du ciel, quoiqu’ils ne sèment point et qu’ils ne fassent point de gréniers, et qui revête les fleurs et les lys des champs, quoiqu’ils ne travaillent point et qu’ils ne filent point, assurant ses disciples, que si son Père céleste a tant de soin des oiseaux du ciel et des fleurs des champs, qu’il aura, à plus forte raison, beaucoup plus de soin des hommes, et qu’il ne les laissera pas manquer de rien, pourvû qu’ils cherchent premièrement le Roïaume de Dieu et sa justice [59]. Il feroit certainement beau, de voir les hommes se fier à une telle promesse, que celle-là. Que deviendroient-ils, s’ils étoient seulement un an ou deux sans travailler, sans labourer, sans sémer, sans moissonner et sans faire de gréniers, voulant en cela imiter les oiseaux du ciel, ils auroient ensuite faire les Dévots et chercher pieusement ce prétendu Roïaume du ciel et sa justice ; ce père céleste pourvoïeroit-il pour cela plus particulièrement à leurs besoins ? Viendroit-il leur aporter miraculeusement à boire et à manger, lorsqu’ils auroient faim, et viendroit-il leur aporter miraculeusement des linges et des habits, lorsqu’ils en auroient besoin ? Ils auroient beau reclamer leur Père céleste, quand ils crieroient pour lors aussi forts et aussi longtems, que faisoient les prophètes de Baal, quand ils invoquoient l’assistance de leur Dieu, pour faire paroitre sa puissance dans les besoins, où ils étoient ; il ne seroit certainement pas moins sourd à leurs clameurs, que le fut ce Dieu aux clameurs de ses Prophètes. C’est pourquoi aussi on ne voit point de peuples assez sots, et non pas même parmi nos Christicoles, on n’en voit pas, dis-je, d’assez sots, pour vouloir se fier à une telle promesse, et s’il y a parmi les peuples quelques particuliers, quelques familles, ou même quelques communautés de Prêtres, de Moines et de Moinesses, qui ne travaillent point, et qui ne s’occupent qu’au vain culte de leurs fausses Divinités, c’est qu’ils savent bien qu’il y en a d’autres, qui travaillent plus utilement qu’eux, sans quoi il faudroit bien, qu’ils missent la main à l’oeuvre, comme les autres.

6º. Jésus-Christ dit, qu’il n’y a qu’à demander et qu’on recevra, qu’il n’y a qu’à chercher et qu’on trouvera, il assure, que tout ce qu’on demandera à Dieu, en son nom, qu’on l’obtiendra, et que, si on avoit seulement la grandeur d’un grain de sénevé de foi, que l’on feroit, par une seule parole, transporter les montagnes d’un lieu en un autre [60]. Si cette promesse étoit véritable, ou qu’elle eut véritablement son effet, personne, et particulièrement personne de nos Christicoles, devroit jamais manquer de rien de ce qui lui seroit nécessaire, il n’auroit qu’à chercher et il trouveroit, il n’auroit qu’à demander et il recevroit. Pareillement rien ne devroit leur être impossible, puisqu’ils ont la foi à leur Christ. Cependant on ne voit aucun effet de ces belles promesses-là, au contraire on voit tous les jours, parmi eux, une infinité de pauvres malheureux, qui sont dans le besoin, qui cherchent et qui ne trouvent point, et qui demandent et qui ne reçoivent rien. On voit même que toute l’Église Chrétienne s’empresse à demander à Dieu, par des prières publiques et souvent réiterées, plusieurs choses qu’elle n’a pu encore obtenir. Il y a 1 000 ans et plus, qu’elle demande à Dieu, par des prières publiques et particulières, l’extirpation, par exemple, des herésies, la conversion des infidèles et de tous les pécheurs, la santé du corps et de l’ame pour tous ses enfans, l’union et la paix entre tous les fidèles, l’esprit d’obéissance, pour le servir toujours avec crainte et avec amour, l’esprit de sagesse, pour choisir, en toutes choses, ce qui seroit le meilleur et le plus salutaire, et pour rejetter tout ce qui seroit contraire à sa gloire et au salut de l’ame. Elle demande et fait demander à tous ces enfans, que la volonté de Dieu soit faite en terre comme au ciel et plusieurs autres choses semblables, que l’Église Chrétienne demande tous les jours par des prières publiques et particulières ; cependant elle ne les obtient pas ; les herésies subsistent toujours et multiplient même, plutôt que de s’éteindre ; il y a toujours une infinité de méchans pécheurs et d’infidèles, qui ne se convertissent point, et toujours une infinité de gens, qui sont véritablement affligés des maladies du corps et de l’esprit. La discorde continue toujours de troubler et de diviser misérablement les hommes, et enfin l’esprit de sagesse ne les conduit guères à leur bien véritable, et leur inspire encore moins la crainte et l’amour de Dieu, de sorte qu’il ne paroit guères que la volonté de Dieu se fasse en terre, comme ils s’imaginent qu’elle se fait dans le ciel, et ainsi l’Église même, l’Église Chrétienne, Catholique-Romaine, qui se qualifie d’Epouse bienaimée de son Dieu et de son Christ, n’obtient pas elle-même, ce qu’elle demande tous les jours si instamment à Dieu, quoiqu’elle lui fasse toutes ces demandes au nom de son bon Seigneur Jésus-Christ, qui a promis que l’on obtiendroit infailliblement tout ce qu’on demanderoit à Dieu, en son nom. Ce qui fait voir évidemment la fausseté de cette Promesse.

Qui est-ce encore, par exemple, de nos Christicoles et même des plus religieux et des plus qualifiés d’entr’eux, qui, en commandant aux montagnes de se transporter d’un lieu à un autre, ou en commandant à des arbres de s’arracher et de s’aller jetter dans la mer, oseroit s’assurer de faire voir l’effet et l’accomplissement de leurs commandemens ? Il n’y a certainement personne de bon sens qui voudroit l’entreprendre. Cependant leur Dieu et leur Tout-Puissant Christ leur a dit positivement, que, s’ils avoient seulement la grandeur d’un grain de senevé de Foi, rien ne leur seroit impossible, que s’ils disoient à une Montagne : ôte-toi de là et va-t’-en là, qu’elle s’ôteroit et qu’elle iroit, où ils lui commanderoient d’aller, et que, s’ils disoient à un arbre : arrache-toi et va-t’-en te planter dans la mer, qu’il lui obéiroit. Pareillement il leur a dit, que ceux, qui croiroient en lui, chasseroient les Démons en son nom, qu’ils parleroient diverses langues, qu’ils toucheroient les serpens sans danger, qu’ils boiroient du poison et qu’ils n’en recevroient aucun mal, et qu’enfin ils rendroient la santé aux malades, en leur imposant seulement les mains et en faisant toutes ces merveilles, ils donneroient une preuve certaine de la vérité de leur Foi et de la vérité des Promesses de leur Christ. Mais aussi, s’ils ne peuvent faire ces merveilles, c’est une preuve assurée qu’ils manquent de foi, et qu’ils ne croïent point que les susdites promesses sont fausses. Si c’est qu’ils manquent de foi, pourquoi ne l’ont-ils pas, cette foi ? Et pourquoi ne croïent-ils pas, ces maladroits-là ? Puisqu’il leur seroit si glorieux et si avantageux de croire et de faire de si grandes et si admirables choses. Mais s’ils prétendent avoir la Foi, et qu’ils ne puissent néanmoins faire les susdites merveilles, il faut nécessairement qu’ils reconnoissent la vanité et la fausseté des dites promesses, et qu’ils se tiennent eux-mêmes pour dupes.

Si Mahomet, par exemple, eut fait de semblables promesses à ses sectateurs, et qu’ils ne pussent en faire voir aucun effet, non plus que nos Christicoles, ils ne manqueroient pas, nos Christicoles, de crier : Ah le fourbe ! Ah l’imposteur ! Ah les fols, de croire un tel imposteur ! Les voilà eux-mêmes dans le cas, il y a longtems qu’ils y sont, encore ne sauroient-ils, ou ne veulent-ils pas reconnoitre, ni avouer leur erreur et leur aveuglement. Et comme ils sont ingénieux à se tromper eux-mêmes, et qu’ils se plaisent même à l’entretenir et à se confirmer eux-mêmes dans leurs erreurs, disant pour raison, que les susdites promesses ont eu leur effet et leur accomplissement dans le commencement du Christianisme, étant pour lors nécessaire, disent-ils, qu’il y ait des miracles, pour convaincre les infidèles et les incrédules de la vérité de la religion Chrétienne ; mais que, depuis que leur religion est suffisamment établie, les susdits miracles n’aïant plus été nécessaires, il n’a par conséquent aussi plus été besoin, que Dieu laissât à ses fidels croïans la puissance de faire des miracles. Ce qui n’empêche pas, suivant ce qu’ils prétendent, que les susdites promesses ne soïent très-véritables, puisqu’elles ont suffisamment eu autrefois leur accomplissement. Mais que savent-ils, si elles ont jamais eu véritablement leur accomplissement, ils veulent bien peut-être le croire ainsi, mais ils n’en sauroient produire aucun témoignage assuré, comme je l’ai ci-devant démontré. D’ailleurs, celui qui a fait les dites promesses ne les a pas restreint seulement pour un certain tems, ni pour certains lieux, ni pour certaines personnes en particulier, mais il les a fait générales et sans restriction de tems, ni de lieu, ni de personnes en particulier. La foi de ceux qui croiront, dit-il, sera suivi de ces miracles, et ils chasseront les Démons en mon nom, ils parleront diverses langues, ils toucheront les serpens sans danger, s’ils boivent du poison, il ne leur fera aucun mal et guériront les maladies, en leur imposant seulement les mains [61]. Et parlant de la prière, il dit positivement, qu’il fera tout ce que l’on demandera, en son Nom, à son Père [62]. Si deux d’entre vous, dit-il, s’accordent sur la terre, quoique ce soit qu’ils demandent, ils l’obtiendront [63]. Quiconque demande, reçoit, dit-il encore. Que si vous autres, tous méchans que vous êtes, savez néanmoins bien donner de bonnes choses à vos enfans, combien plus, dit-il, votre Père céleste, qui est dans le ciel, donnera-t’-il un bon esprit à ceux, qui le lui demanderont [64]. Et à l’égard du transport des Montagnes, il dit positivement, que quiconque dira à une Montagne : ôte-toi de là et te jette dans la mer, pourvu qu’il n’hésite point dans son coeur, mais qu’il croïe que tout ce qu’il commandera, sera fait, il lui sera accordé, et que, quoique ce soit que l’on demande dans la prière, avec foi, on l’obtiendra etc. [65]. Voilà des promesses, qui sont tout-à-fait générales ; il est évident qu’elles sont sans restrictions de tems, ni de lieu, ni de personnes, elles demandent seulement que l’on ait la foi : pour être donc véritables, il faut qu’elles soient véritables dans toute leur étendue, c’est-à-dire, sans restriction de tems, ni de lieu, ni de personnes, et par conséquent, pour être véritables, il faut qu’elles aïent leur effet et leur accomplissement à l’égard de tous ceux et celles, qui auroient la foi et qui demanderoient au nom de Jésus-Christ, et comme il est évident, qu’elles n’ont maintenant leur effet nulle part, et que personne n’oseroit même s’engager de faire voir l’effet, qu’à sa honte et à sa confusion, il est évident aussi qu’elles sont fausses.

7º. Jésus-Christ dit à ses Disciples, qu’il leur donneroit la clef du Roïaume des cieux, et que tout ce qu’ils lieroient sur la terre, seroit lié dans le ciel [66]. Comme personne ne sauroit aller au ciel, pour voir ce qui s’y fait, et que ces prétenduës clefs du Roïaume des Cieux et cette prétendue puissance de lier ou de délier, dont parle le Christ, ne sont que des clefs imaginaires et une puissance imaginaire, ou puissance spirituelle, comme disent nos Christicoles, il n’y a point d’imposteur, ni de fanatique qui ne puisse facilement faire de telles promesses ; mais il est facile aussi d’en découvrir la vanité. Aussi la vanité de ces autres promesses-ci, que le même Christ faisoit à ses disciples, de les faire boire et manger à sa table, lorsqu’il seroit dans son Roïaume [67], de les faire asseoir sur 12 Trônes, pour juger les 12 tribus d’Israël et qu’il promettoit à tous ceux, qui quitteraient pour l’amour de lui leurs père, mère, frères, soeurs, femmes, enfans, maisons, terres et autres héritages, de leur donner 100 fois davantage [68]. Qu’il promettoit encore de donner la vie éternelle à ceux, qui garderaient sa parole [69], ou qui mangeroient, comme il disoit, sa chair et qui boiroient son sang, et qu’il les ressusciteroit au dernier jour etc. [70]. Comme il remet l’accomplissement de toutes ces belles promesses à un tems indéterminé, qui est long à venir, et au tems d’une prétendue nouvelle régéneration, qui bien clairement ne viendra jamais, il n’y a point d’imposteur non plus, ni de fanatique, qui ne puisse facilement faire de semblables promesses ; mais il est facile aussi par-là d’en voir la vanité, puisqu’elles se détruisent d’elles-mêmes.

8º. Jésus-Christ a dit à ses disciples, qu’il fondoit son Église sur la pierre, qu’elle subsisteroit toujours, et que les portes de l’enfer ne prévaudroient jamais contre elle [71]. Si, par ces paroles, il entendoit, que sa secte subsistera toujours et qu’elle ne sera jamais détruite, c’est ce que l’on verra dans la suite du tems : car quoiqu’il y ait déjà longtems qu’elle subsiste, ce n’est pas une preuve assurée qu’elle subsistera toujours, les hommes ne seront pas toujours si sots et si aveugles, qu’ils sont, au sujet de la Religion ; ils ouvriront peut-être quelques jours les yeux, et reconnoitront peut-être tard que ce fut leur erreur : et si cela arrive, ce sera pour lors qu’ils rejetteront avec indignation et avec mépris, ce qu’ils auront le plus religieusement adoré, et pour lors toutes ces sectes d’erreurs et d’impostures prendront honteusement fin. Mais si, par ces paroles, il entend seulement dire, qu’il a fondé et établi une secte, ou société de sectateurs, qui ne tomberoient point dans le vice, ni dans l’erreur, ces paroles sont absolument fausses ; puisqu’il n’y a dans le Christianisme aucune secte, ni aucune société et Eglise qui ne soit pleine d’erreurs et de vices, et principalement la secte ou société de l’Église Romaine, quoiqu’elle se dise être la plus pure et la plus sainte de toutes ; il y a longtems qu’elle est tombée dans l’erreur, que dis-je, tombée dans l’erreur, elle y est née, elle y a été engendrée et formée et maintenant elle y est et même dans des erreurs, qui sont manifestement contre l’intention et contre les sentimens et la doctrine de son Fondateur, puisqu’elle a, contre son dessein et contre son intention, aboli les loix des Juifs, qu’il aprouvoit, et qu’il étoit venu, disoit-il lui-même, pour l’accomplir et non pour la détruire, et qu’elle est tombée dans les erreurs et dans les idolatries du Paganisme, ou semblables à celles du Paganisme, comme il se voit manifestement par le culte idolatrique qu’elle rend à son Dieu de pâte, à ses saints, à leurs images et à leurs reliques.

Voici comme un savant et judicieux Auteur [72] parle de ceci : » Jésus, Fils de Marie, étoit, dit-il, descendu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Il fut élevé dans la loi de Moïse, qu’il ne viola jamais. Ne vous imaginez pas, disoit-il, durant son séjour au monde, que je sois venu pour ruiner la loi de Moïse, je suis venu au contraire pour la perfectioner [73]. Ses Apôtres, dit ce savant, ont fait la même chose, et en toutes choses ils ont été de rigides observateurs des préceptes établis. Les premiers Chrétiens, continue t-il, en ont usé de même. Ils ont même observé le sabbat des Juifs, sans compter le prémier jour de la semaine, assigné pour célébrer publiquement leurs mistères. Ils s’abstenoient de sang et des choses étouffées, des viandes souillées et de celles que l’on sacrifioit aux Idoles.” C’est ce qui fut déterminé et arrêté dans leur prémier Concile, qu’ils tinrent à Jerusalem et où le prémier Apôtre de Jésus-Christ, nommé Pierre, présida. Il a semblé bon au Saint Esprit et à nous, disent-ils, de ne vous pas imposer aucun autre fardeau, que ces choses qui sont nécessaires, savoir, que vous vous absteniez des viandes immolées aux Idoles, du sang des animaux et des bêtes suffoquées et de la fornication, desquelles choses vous ferez bien de vous garder [74]. » Ils n’avoient, dit cet Auteur, dans leurs Églises, ni images, ni peintures, ni chapelles, ni oratoires. Ils observoient enfin toutes les purifications nécessaires et adoroient tous un seul Dieu. C’est aujourd’hui toute autre chose, dit cet Auteur, et l’Église Romaine suit des maximes toutes contraires. Elle donne le démenti à la déclaration formelle du Christ, et dit positivement qu’il est venu pour abolir la loi, et pour mettre tout le monde en liberté, que nous pouvons aujourd’hui nous régaler du sang des Bêtes égorgées, avec la même liberté que nous le pouvons faire du lait des Bêtes vivantes, manger de la chair de pourceau et autres viandes abominables, et n’être pas plus criminels, que si nous mangions des agneaux et autres Bêtes nettes, permises par la loi de Dieu. Comment, dit-il, cela peut-il s’accorder, ou comment un homme raisonnable peut-il y ajouter foi ? Il n’est pas surprenant, dit-il, qu’il y ait dans le monde tant de libertins et d’Athées, puisque le Christianisme est un tissu de contradictions palpables. Tu répondras à cela, dit cet Auteur, ce que les Théologiens répondent d’ordinaire, que durant les prémiers tems, les Apôtres et les autres Chrétiens observoient la loi de Moïse, de peur de scandaliser les Juifs, qui avoient embrassé la Foi Chrétienne et qui auroient trouvé mauvais, s’ils avoient vu qu’on se fut éloigné des institutions des Anciens et des Statuts de la Maison de Jacob ; mais qu’après que l’Evangile eut été prêché pas toute la terre, et qu’un grand nombre de Païens furent entrés dans l’Église, on jugea qu’il n’étoit plus nécessaire de scandaliser tous les autres Chrétiens, pour une Nation aussi contemptible que la Juive, et de leur imposer un jong, qu’ils n’étoient pas accoutumés de porter, et qui auroit pû les obliger à abandonner le Christianisme même, plutôt que de se soumettre à un fardeau si insuportable. L’Eglise donc, pour faciliter autant qu’il lui étoit possible la conversion de l’empire Romain, qui comprenoit la plus grande partie de la terre, accommoda ses loix, ses préceptes, ses moeurs et les cérémonies de la Religion à l’esprit et à la mode de ces tems-là. Et comme les Païens mangeoient indifféremment de tout, on leur fit entendre que cela étoit conforme à la volonté de Jésus-Christ, qui étoit venu délivrer les hommes de l’esclavage et de la servitude des superstitions Mosaïques. Ce fut par la même condescendance, qu’on introduisit dans l’Eglise l’usage des images et des peintures : les habits sacerdotaux, les ornemens des autels, les cierges, les lampes, l’encens, les pots à fleurs et autres religieuses gentillesses ne s’établirent, que sur les modèles qu’on reçut des Prêtres de Jupiter, d’Apollon, de Venus, de Diane et d’autres Divinités Païennes. De-là vient que les Fêtes des Dieux et des Déesses furent changées en Fêtes de Saints, et que les Temples, auparavant consacrés au Soleil, à la Lune et aux Etoiles, furent dédiés tout de nouveau aux Apôtres et aux Martyrs. Le Panthéon même, ou le Temple de tous les Dieux, qui étoit à Rome, fui par succession de tems, et par l’adresse des Ecclésiastiques, changé en une Eglise, qui est consacrée à tous les saints. Il sembloit en un mot, que le Christianisme n’étoit, en toutes choses, que le Paganisme déguisé. Encore falloit-il croire que c’étoit une fraude pieuse, d’attirer bongré malgré dans le sein de l’Eglise, tant de millions de pécheurs… En quoi on peut véritablement dire, que l’Eglise Romaine a bien autant paganisée de Chrétiens, qu’elle auroit christianisée de Païens. L’Eglise Ethiopienne est un témoin vivant contr’elle ; car les Chrétiens d’Ethiopie ont observé de toute ancienneté, et même du tems des Apôtres, cette partie de la loi de Moïse, qui regarde la pureté et l’impureté et qui prescrit le choix que nous devons faire des viandes, dont il est permis de manger, défendant celles qui sont défendues par cette Loi de Moïse. De là vient, dit cet Auteur, qu’il y a dans ce pays-là plus de Juifs convertis à la Foi Chrétienne, que dans tout le reste du Monde. Les Chrétiens d’Orient sont, ce semble, dit-il, moins condamnables que les Chrétiens Romains ; car, quoiqu’ils n’observent pas aussi ponctuellement, que ceux d’Ethiopie, les loix de la pureté et de l’impureté des viandes et des liqueurs etc., ils ne mangent pas néanmoins de sang, ni d’aucune chose étouffée. Leurs Ecclésiastiques s’abstiennent de toute sorte de chair, durant tout le cours de leur vie, ils observent quantité de purifications et de saintes manières de vivre. Mais les Chrétiens Romains se plongent, dit-il, comme des pourceaux dans toutes sortes d’ordures et ne laissent pas de se persuader, qu’ils sont les seuls vrais Catholiques, les seuls Elus de Dieu, et le seul peuple de la terre, qui soit dans le grand chemin du ciel. Je ne sais, dit cet Auteur, quel jugement faire de cela, il n’y a aucune aparence de voir les Juifs se convertir, que ces achopemens ne soient ôtés. Qui ne riroit, dit ce même Auteur, de voir la sotise des hommes, de rendre des honneurs divins à un épouvantail de jardin, à un arbre, à un pourceau, à un chien, à un cheval, à un serpent etc., ou à la prémiere chose, que l’on voit le matin, comme font les Laponois et tant d’autres idolâtres. Mais, d’un autre côté, qui pouroit s’empêcher, dit-il, de pleurer de voir des gens, qui font profession de croire à la Loi de Moïse et à celle du Messie, qui ont tous deux préché l’unité d’un Dieu, des gens, qui se vantent d’avoir la plus pure et la plus sainte Religion du Monde (qui sont les Chrétiens Romains), qui pouroit, dis-je [75], s’empêcher de pleurer de voir ces gens-là adorer le bois et la pierre, des peintures et des images, des cloux, des haillons, des os, des cheveux, des morceaux de vieux bois et en général, tout ce que les Prêtres artificieux leur proposent, comme digne de leur admiration.” Toutes ces erreurs et tous ces abus-là se voïent manifestement dans l’Eglise Romaine, ils sont entièrement contraires à la prémière institution de la Religion Chrétienne et contraires à l’institution même de JésusChrist, son premier fondateur, de sorte, que si c’est par raport aux vices, ou par raport aux erreurs et aux abus, qu’il a dit que les Portes de l’enfer ne prévaudroient point contre son Eglise, ou contre ce qu’il établissoit, sa promesse se trouve manifestement fausse dans l’Eglise Romaine, puisqu’elle enseigne plusieurs erreurs et plusieurs abus, qu’il auroit condamnés lui-même. Et présentement encore il est facile de voir, qu’elle n’est pas infaillible dans sa doctrine, puisqu’elle condamne maintenant, par la constitution Unigenitus, qu’elle reçoit et qu’elle oblige partout de recevoir, la doctrine, qu’elle avoit ci-devant reçuë, qu’elle avoit ci-devant établie dans ses conciles et dans ses décrêts, et qui est formellement contenue dans ses prétendus saints et sacrés livres.

9º. Jésus-Christ a dit [76] : Voici l’heure qui vient, que tous ceux, qui sont dans les sépulchres ou dans les tombeaux, entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux, qui l’entendront, auront la vie. Il y a près de 2 000 ans que cela a été dit, et par conséquent il y a près de 2 000 ans, que cette heure auroit dû venir, et cependant on ne voit point encore cette heure. C’étoit donc bien faussement qu’il disoit : Voici l’heure qui vient, puisque cette heure n’a pas encore été venue, et qu’il n’y a pas même encore d’aparence qu’elle doive bientôt, ni même jamais, venir.

10º. Le même Jésus-Christ [77] disoit à ses Disciples, qu’ils n’avoient que faire de se mettre en peine de ce qu’ils diroient, ni de ce qu’ils répondroient, lorsqu’ils seroient menés devant les Juges et devant les Gouverneurs, ou même devant les Rois, parce qu’il leur donneroit pour lors, disoit-il, une sagesse et des paroles auxquelles leurs Ennemis ne pouroient résister, ni contredire. Si cette promesse eut eu son effèt, ils auroient facilement convaincu, par leur sagesse et par la force de leurs raisons et de leurs discours, tous ceux, qui auroient voulu s’oposer à eux. Or on ne voit nulle part, ni dans leurs discours, ni dans leurs Ecrits, qu’ils aïent jamais convaincu par raison aucun de leurs ennemis, ni aucun infidèle ; on ne voit, dis-je, nulle part aucune marque de cette sagesse divine, ni même aucune force de raison, capable de convaincre, ni même capable de persuader aucune personne sage et éclairée ; au contraire, on voit qu’ils ont toujours été confondus eux-mêmes et qu’ils ont toujours été regardés avec indignation et mépris, comme des misérables fanatiques. C’est pourquoi aussi ils étoïent persecutés, comme on le voit par toutes les Histoires [78].

11º. Jésus-Christ disoit à ses Disciples, qu’il étoit la Lumière du monde, qui éclairoit tout homme qui vient au monde, et que celui qui le suivroit, ne marcheroit point dans les ténèbres ; on ne voit cependant point d’autre lumière, qui éclaire tous les hommes, que celle du soleil, encore ne sauroit-elle éclairer les aveugles. Il est dit dans S. Jean, qu’il donneroit à tous ceux, qui croiroient en lui, le pouvoir de devenir les enfans de Dieu, qui ne sont point nés, dit-il, de la volonté de la chair, ni du sang, ni de la volonté de l’homme, mais qui sont nés de Dieu. Où sont-ils, ces divins enfans de Dieu, et qui sont nés d’une si divine manière, sans la coopération de l’homme ? On n’en voit certainement point d’autres, que ceux qui viennent par la voïe naturelle de la chair et du sang.

12º. Jésus-Christ disoit, qu’il étoit la voïe, la vérité et la vie [79], qu’il étoit la résurrection même, que celui qui croiroit en lui ne mourroit jamais [80]. De même aussi il disoit, que si quelqu’un gardoit sa parole, qu’il ne mourroit jamais [81]. Il n’y a donc personne, qui ait encore gardé sa parole, ni qui ait véritablement cru en lui, et non pas même ses plus fidèles Disciples, puisqu’il n’y en a aucun de ce tems-là, ni de tous les siècles suivans, qui ne soient morts et que nous voïons encore tous les jours mourir les hommes, qui croïent en lui, sans qu’aucun d’eux puisse échaper, ni éviter la mort. Mais comment auroit-il pû empêcher aucun homme de mourir, puisqu’il n’a pu lui-même se conserver en vie, ni éviter la mort ? Où est donc la vérité de toutes ces promesses ? Qui ne riroit de les entendre et d’en voir si peu d’effets ? Si on ne peut en montrer la vérité, il faut conclure qu’elles sont absolument fausses et même tout-à-fait ridicules.

Dire que ces paroles et que ces sortes de promesses doivent s’entendre dans son sens spirituel, et qu’elles sont véritables dans ce sens spirituel, quoiqu’elles ne le soïent pas dans le sens littéral des paroles mêmes, c’est une pure illusion, puisque ce prétendu sens spirituel n’est qu’un sens forgé et un sens imaginaire, que l’on peut apliquer et tourner comme l’on veut à toutes sortes de sujets, comme le soulier de Theracunes, qui convenoit à tous les piés, n’y aïant aucunes promesses ou propositions si fausses, si absurdes et si ridicules qu’elles puissent être, auxquelles on ne puisse donner quelque sens spirituel, allégorique et figuré, si on vouloit y faire trouver seulement quelques vérités spirituelles et imaginaires, comme celles que nos Christicoles prétendent trouver dans les paroles et dans les promesses de leur Christ, si bien que le sens spirituel, qu’ils leur donnent, n’étant qu’un sens imaginaire, les vérités aussi qu’ils prétendent y trouver, ne sont que des vérités imaginaires, auxquelles il seroit ridicule de vouloir sérieusement s’arrêter. D’ailleurs, comme les susdites promesses et paroles ne se trouvent pas plus véritables dans le sens spirituel, qu’on veut leur donner, que dans le sens naturel et littéral des paroles, il s’ensuit qu’elles sont aussi fausses dans un sens que dans l’autre.

13º. Jésus-Christ [82] disoit, qu’on le verroit descendre du ciel et qu’on le verroit venir dans les nuës du ciel avec une grande Puissance et une grande Majesté, qu’il envoiëroit ses Anges, qui, avec le son puissant d’une trompette, assembleroient tous les élus des quatre coins du monde, et depuis une extrémité du ciel jusqu’à l’autre, que le soleil deviendroit obscur, que les Etoiles tomberoient du ciel et qu’alors toutes les Nations de la terre déploreroient leur malheur, et il assuroit que toutes ces choses arriveroient dans fort peu de tems après, c’est-à-dire, pendant la vie même des Hommes, qui étoient en ce tems-là. En vérité, disoit-il à ses Disciples [83], je vous ai dit que cette génération-ci ne passera pas, que toutes ces choses n’arrivent. Et dans une autre occasion, voici ce qu’il disoit à ses Disciples : En vérité je vous dis, qu’entre ceux, qui sont ici présens, il y en a quelques-uns, qui ne mourront point, qu’ils ne voïent venir le Roïaume de Dieu dans sa puissance, et qu’ils ne voïent venir le Fils de l’homme dans son règne [84]. Voilà une prophétie bien expresse, et qui se devoit faire, peu de tems après qu’elle a été faite. Cependant il est évident, que rien de tout cela n’est arrivé. Voilà, depuis cette prophétie, bien des Générations, qui se sont passées, il n’y a plus aucun de ceux, qui devroient voir l’accomplissement de cette prophétie, il y a près de 2 000 ans, qu’ils sont tous morts, et ainsi autant qu’il est évident que cette prophétie n’a point eu son accomplissement, autant il est évident qu’elle est fausse.

14º. Jésus-Christ disoit [85], que lorsqu’il seroit élevé de terre, il attireroit toutes choses à lui, c’est-à-dire, comme disent nos Christicoles, qu’il attireroit tous les hommes à lui, c’est-à-dire à sa connoissance et à son amour. Il s’en faut beaucoup que cette parole ne se trouve véritable, puisque le nombre de ceux, qui le connoissent et qui l’adorent, n’est presque rien en comparaison de ceux, qui ne le connoissent pas et qui ne le servent point. Si on prétend que ces paroles sont suffisamment véritables, parcequ’il en a attiré à lui de tout âge, de tout sexe et de toute condition, c’est une interprétation vaine, puisqu’il n’y a point d’imposteurs, qui n’en pouvoient dire et faire autant.

15º. Il est dit que [86] de même, que la mort est venue par un seul homme, de même aussi la résurrection et justification viendroient par un seul homme ; que de même, que tous les hommes sont morts en Adam, qu’ils revivroient aussi tous en Jésus-Christ. Il est prédit et annoncé, comme un mistère de foi divine, que [87] tous les morts ressusciteront pour être immortels, et que ce corps mortel doit être revêtu d’immortalité, et il est dit que Dieu [88] feroit de nouveaux cieux et une nouvelle terre, dans laquelle la justice habiteroit. Toutes ces promesses et prédictions-là se trouvent manifestement fausses, puisque l’on n’en voit aucun effet, ni aucune apparence de vérité ; il est dit avec cela que Dieu ne tarde point ses promesses, mais n’est-ce pas assez longtems tarder que de différer pendant plusieurs milliers d’années l’exécution des choses, qui se doivent faire.

16º. Enfin il est parlé de la venue [89] et de la naissance de Jésus-Christ, comme de la venue et de la naissance de celui, dans lequel Dieu devoit accomplir toutes les belles et avantageuses promesses, qu’il avoit fait aux anciens Patriarches Abraham, Isaac et Jacob, c’est pourquoi aussi Marie, sa mère, se croïant enceinte d’un enfant tout divin, dans lequel Dieu feroit paroître des merveilles toutes extraordinaires de sa Toute-Puissance, se réjouissoit en elle même et glorifioit le Seigneur, en disant, qu’il avoit fait de grandes choses en elle, qu’il alloit deploïer la puissance de son bras, pour dissiper les mauvais desseins des hommes orgueilleux et superbes, pour faire tomber les Monarques de leurs Trônes et élever les humbles à leur place ; qu’il alloit combler de biens, ceux qui étoient pressés de la faim et reduire à la disette, ceux qui vivoient dans l’abondance, et qu’enfin il alloit prendre en sa protection le peuple d’Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, qu’il avoit promise à leur Père Abraham et à sa postérité pour tout jamais… Et Zacharie [90], Grand Prêtre, disoit au même sujet : Béni soit le Seigneur, Dieu d’Israël, de ce qu’il est venu visiter et racheter son peuple, et qu’il nous a suscité un puissant sauveur, dans la maison de son serviteur David, ainsi qu’il l’avoit promis par la bouche de ses saints Prophètes, qui ont vécu dans les siècles passés, pour nous délivrer de la puissance de nos ennemis et de la main de tous ceux, qui nous haïssent, afin d’exercer sa miséricorde

envers nos pères, et de se souvenir de sa sainte Alliance, selon le serment qu’il avoit fait à notre père Abraham, qu’il nous feroit cette grâce, afin qu’étant délivrés de la main de nos ennemis, nous le servions sans crainte, marchant devant lui dans la sainteté et dans la justice, tous les jours de notre vie [91]. C’étoit pour cela aussi, que Paul l’Apôtre, prêchant la foi de Jésus-Christ aux Juifs d’Antioche, leur disoit : c’est à vous, mes Frères, qui êtes les enfans de la race d’Abraham, que la parole de salut est adressée ; nous vous annonçons l’effet de la promesse, qu’il a faite à nos Pères ; c’est à nous, qui sommes leurs enfans, que Dieu en fait voir l’évènement, en ressuscitant Jésus-Christ. Sachez donc, mes Frères, leur disoit-il, que c’est [92] par celui-là, c’est-à-dire par Jésus-Christ, que je vous annonce le pardon des péchés et la rémission de toutes choses, dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse ; quiconque croît en lui est justifié. Et Jésus-Christ lui-même, parlant à ses Apôtres du sujet de sa venue, leur disoit, que [93] tout ce qui étoit dit de lui dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Pseaumes fut accompli, et que la pénitence et la rémission des péchés fut prêchée en son nom, parmi toutes les Nations. Et c’étoit par raport à ce prétendu accomplissement des promesses, qu’il annonçoit lui-même, et qu’il commandoit à ses disciples, d’annoncer [94] partout la venue prochaine du Roïaume des cieux, entendant par ce Roïaume des cieux l’accomplissement de toutes ces belles et magnifiques promesses, qu’il croïoit avoir été faites de la part de Dieu à leurs anciens Pères ; par où il est évident que la venue et la naissance de Jésus-Christ étoit regardées dans ce tems-là, au moins par ses Disciples, comme la venue de celui, qui devoit faire l’accomplissement de toutes ces belles promesses, que l’on prétend avoir été faites de la part de Dieu aux anciens Patriarches Abraham, Isaac et Jacob. C’étoit pour cela aussi, que ce Disciple lui demandoit un jour, si ce seroit bientôt qu’il rétabliroit leur Roïaume d’Israël, Domine si de tempore hoc restitues regnum Israël [95].


  1. Combien, dit le Sr. de Montagne, y a-t’-il des histoires de pareils cocuages, procurés par les Dieux contre les pauvres humains. En la Religion de Mahomet, il se trouve par la croïance de ce peuple, assez d’enfans sans père spirituel, nés divinement au ventre des pucelles. Essai pag. 500. —
  2. Matth. 1. 20 et Luc. 1. 30.
  3. Matth. 4. 17.
  4. Matth. 6. 33
  5. Matth. 7. 7 — 11.
  6. Matth. 10. 8.
  7. Matth. 13. 41.
  8. Matth. 16. 18, 19.
  9. Matth. 16. 27.
  10. Matth. 16. 28.
  11. Matth. 19. 28, 29.
  12. Matth. 20. 25 — 27.
  13. Matth. 24.
  14. Matth. 28.
  15. Matth. 21. 22 et Marc. 11. 23.
  16. Marc. 16. 17.
  17. Luc. 1. 46 — 53.
  18. Luc. 1. 68. 75.
  19. Luc. 2. 25.
  20. Luc. 10. 22.
  21. Matth. 10. 19.
  22. Luc. 22. 30.
  23. Joan. 1. 12.
  24. Joan. 1. 51.
  25. Joh. 4. 21.
  26. Joan. 5. 25.
  27. Joan. 6. 40.
  28. Joan. 6. 48.
  29. Joan. 7. 37.
  30. Joan. 8. 12.
  31. Joan. 10. 80.
  32. Joan. 11. 25.
  33. Joan. 16. 20.
  34. Joan. 12. 32.
  35. Act. 1. 11.
  36. Act. 13, 32.
  37. 1 Cor. 15. 21.
  38. 1 Cor. 15. 51.
  39. 2 Cor. 5. 17, 18, 19.
  40. Gal. 3. 29.
  41. Eph. 4. 11 — 13.
  42. 2 Petr. 3. 9.
  43. 2 Petr. 3. 10.
  44. 1 Job. 5. 7 — 12.
  45. 1 Cor. 10. 11.
  46. Hebr. 10. 37.
  47. Apoc. 1. 1 et 3  11.
  48. Apoc. 5. 8 — 10.
  49. Apoc. 10. 6.
  50. Apoc. 11. 15.
  51. Apoc. 13 : 11 — 15.
  52. Apoc. 21 : 1 — 5, 10, 18, 21, 22.
  53. Apoc. 22 : 1 — 5,16.
  54. Deut. 28. 1 et 11. 13.
  55. Ezech. 18 : 21.
  56. Luc. 1 : 32.
  57. Luc. 2. 32.
  58. Matth. 4. 17.
  59. Matth. 6. 25 — 34.
  60. Matth. 7. 7. Luc. 11. 9. Marc. 11. 24. Jean 14. 13. Matth. 17. 20. Marc. 11. 23. Luc. 17. 6.
  61. Marc. 16. 17, 18.
  62. Joan. 14. 13.
  63. Matth. 18. 19.
  64. Luc. 11. 13.
  65. Marc. 11. 23, 24.
  66. Matth. 16. 19.
  67. Luc. 22. 30.
  68. Matth. 19. 28, 29. Marc. 10. 29.
  69. Joan. 8. 51.
  70. Ibid. 6. 54
  71. Matth. 16. 18.
  72. Esp. Turc Tome. VI. Lettre VI.
  73. Matth. 5. 17.
  74. Act. 15. 29.
  75. Esp. Turc. Tome. 5. Lettre 25.
  76. Joan. 5. 25.
  77. Matth. 10. 19. Luc. 12. 11.
  78. Act. 5. 41.
  79. Joan. 14. 6.
  80. Joan. 11. 25.
  81. Joan. 8. 51.
  82. Matth. 24. 30. Luc. 21. 27.
  83. Matth. 24. 34.
  84. Matth. 16. 28. Marc. 8. 38.
  85. Joan. 12. 32.
  86. Rom. 5. 17.
  87. 1 Cor. 15. 51.
  88. 2 Pet. 3. 13.
  89. Act. 13. 32 et 10. 42, 43. Christus nos redemit de maledicto legis… ut in Gentibus benedictio Abraham fieret in Christo Jesu… ut promissio ex fide Jesu Christi donetur credentibus. Gal. 3. 13, 14, 22. At ubi venit plenitudo temporis misit Deus Filium suum, ut eos, qui sub lege erant, redimeret. Gal. 4. 4.
  90. Luc. 1. 67.
  91. Luc. 1. 68, etc.
  92. Act. 38, 39.
  93. Luc. 24. 44.
  94. Novissimis diebus istis, locutus est nobis Deus in filio quem constituit haeredem universorum. Hebr. 1. 2.
  95. Act. 1. 6.