Le Testament de Jean Meslier/Édition 1864/Chapitre 29

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Texte établi par Rudolf Charles MeijerLibrairie étrangère (Tome 1p. 327-NP).

XXIX.

Or est-il évident, qu’il n’a nullement accompli les susdites promesses, et que leur accomplissement ne s’est nullement fait en lui ; c’est ce qu’il est facile de montrer, en faisant comparaison de ce qui est porté par les susdites promesses, avec ce que Jésus-Christ a été et avec ce qu’il a fait. Les promesses portent expressément, comme j’ai remarqué ci-dessus, que Dieu feroit une Alliance éternelle avec le peuple d’Israël, qui est maintenant le peuple Juif ; que quand il disperseroit ce peuple parmi toutes les Nations de la terre, en punition de leurs péchés, qu’il les délivrera de leur servitude, qu’il les rassemblera de tous les endroits du monde, où il les auroit dispersés, et que pour cet effet il leur envoïeroit son puissant libérateur, qui les délivreroit, qui les rassembleroit de toutes les nations de la terre, et qui les feroit glorieusement rentrer dans la possession de leur païs, où ils serviront fidèlement à tout jamais leur Dieu, et où ils jouiront à tout jamais, en sûreté et en paix, de toutes sortes de biens et de félicité, sans craindre d’être plus jamais exposés aux insultes de leurs ennemis. Ces promesses portent expressément aussi, comme je l’ai remarqué, que la ville de Jerusalem, qui est la ville capitale de ce peuple, seroit la ville sainte, la ville choisie de Dieu, pour y établir à tout jamais le Trône de sa gloire ; que pour ce sujèt il la rendroit la plus belle, la plus riche, la plus glorieuse et la plus florissante ville de tout le monde. Ces promesses ont été plusieurs fois réitérées par les prétendus Prophètes, qui ont prédit et annoncé des merveilles sur ce sujèt, comme je l’ai aussi marque ci-devant, et, suivant toutes ces belles promesses et prédictions, le peuple Juif devroit maintenant être, non-seulement délivré de toute servitude, mais il devroit être encore le plus saint, le plus béni, le plus heureux, le plus puissant, le plus glorieux et le plus triomphant de tous les Peuples de la terre, et la ville de Jerusalem devroit être maintenant la plus sainte, la plus glorieuse, la plus heureuse, la plus riche et la plus triomphante ville de tout l’univers. Et comme il est évident qu’il n’est rien de tout cela, et que rien de tout cela ne s’est fait, et n’a paru se devoir faire depuis la naissance et la venue de Jésus-Christ, non plus que devant sa naissance et sa venue, il est évident aussi que l’accomplissement des dites promesses ne s’est nullement fait en lui, ni dans aucun autre que lui, et par conséquent il est évident que les dites promesses et prophéties soïent entièrement vaines et fausses.

Je sais fort bien, que nos Christicoles regardent comme une grossiéreté d’esprit, de vouloir prendre au pié de la lettre les susdites promesses et prophéties, comme elles sont exprimées, et croïent, eux, bien faire les subtils et les ingénieux interprêtes des desseins et des volontés de leur Dieu, de laisser le sens littéral et naturel des paroles, pour leur donner son sens, qu’ils apellent mystique et spirituel, et qu’ils nomment allégorique et tropoliogitique, disant par exemple, que par le peuple d’Israël et de Juda, auxquels ces promesses ont été faites, il faut entendre non les Israëlites selon la chair, mais les Israëlites selon l’esprit, comme ils disent, c’est-à-dire les Chrétiens, qui sont, suivant ce qu’ils disent eux-mêmes, l’Israël de Dieu, c’est-à-dire, le vrai peuple choisi, et auquel l’accomplissement de toutes les susdites promesses étoit réservé, pour s’y accomplir d’une manière toute spirituelle et divine ; que par la délivrance promise au peuple, de les délivrer de la captivité de tous ses ennemis, il faut entendre, non une délivrance corporelle d’un seul peuple captif, mais la délivrance spirituelle de tous les hommes de la servitude du Démon et du péché, qui se devoit faire par Jésus-Christ, leur divin Sauveur, qui s’est livré lui-même, comme ils disent, pour le salut de tous les hommes ; illusions vaines et ridicules interprétations.

Que par l’abondance des richesses, des biens et de toutes les félicités temporelles, promises à ce peuple, il faut entendre l’abondance des grâces et bénédictions spirituelles, que Dieu communique dans la Religion Chrétienne aux âmes saintes, par les mérites de Jésus-Christ, leur divin Sauveur. Et enfin, que par la ville de Jerusalem, dont il est si avantageusement parlé dans les susdites promesses et prophéties, il faut entendre non la Jerusalem terrestre, mais la Jerusalem spirituelle, qui est l’Eglise Chrétienne ou la Jerusalem céleste, qui est le ciel même, et qui est, suivant ce que disent nos Christicoles, la véritable demeure de Dieu, le lieu, qui est le Trône de sa gloire et de sa souveraine Majesté, le lieu, où se trouvent éminemment tous les biens, que l’on peut souhaiter et toutes les félicités, dont on peut jouir, où rien de souillé ne peut entrer, et où les véritables Elus seront éternellement bienheureux, sans plus jamais craindre aucun mal. Et ainsi, suivant cette interprétation spirituelle et mystique des promesses, faites aux susdits anciens Patriarches : Abraham, Isaac et Jacob, quand Dieu leur promettoit de bénir et de multiplier leur race et leur postérité, comme les grains de sable de la mer, ou comme les grains de poussière, qui sont sur la terre, c’étoit seulement une expression figurée, par laquelle il vouloit ou auroit voulu faire entendre, qu’il béniroit et qu’il multiplieroit les Chrétiens, qui étoient spirituellement entendus par cette postérité des anciens Patriarches ; lors qu’il leur promettoit de faire une Alliance éternelle avec eux, cela s’entendoit de l’Alliance éternelle et spirituelle, qu’il feroit avec l’Eglise Chrétienne, en lui donnant la loi Evangélique, qui subsisteroit jusqu’à la fin des siècles. Quand il leur promettoit, à eux et à toute leur postérité, de leur donner un Rédempteur, qui les délivreroit de toute servitude et de toutes misères, qui les rassembleroit de tous les païs du monde, où ils auroient été dispersés et menés captifs, et qui les raméneroit victorieux et triomphans dans la possession de leurs terres et païs de Chanaan et de la Palestine, cela s’entendoit non littéralement, d’un Rédempteur temporel, mais spirituellement, d’un Rédempteur, qui délivreroit spirituellement les hommes de la captivité du Démon, du péché, qu’il les raméneroit tous à la connaissance du vrai Dieu, et non d’un Rédempteur, qui dût délivrer seulement le peuple Juif de leur captivité temporelle. Et quand il leur promettoit de les faire jouir abondamment de toutes sortes de biens, dans leur païs, après leur délivrance, et qu’il leur promettoit abondance de froment, de vin, d’huile, de lait, de miel et de toutes autres sortes de biens, cela s’entendoit, non des biens temporels de la terre, comme sont le froment, le vin et les autres richesses temporelles, mais des biens spirituels de la grâce, qui étoient figurés par les biens temporels, et que le Sauveur spirituel des âmes devoit aporter aux hommes, après les avoir délivrés de leurs péchés. Illusions vaines et ridicules interprétations. Et enfin, quand il promettoit de rendre la ville de Jerusalem si sainte, si riche, si abondante, si florissante et si heureuse ; cela s’entendoit non de la Jerusalem terrestre, mais de la Jerusalem spirituelle, qui devoit être l’Eglise Chrétienne, ou de la Jerusalem céleste, qui est la véritable demeure de Dieu et le véritable séjour des Ames bienheureuses… Et ainsi de même de toutes les autres Promesses ou Prophéties, qui ont été faites en faveur de ce peuple d’Israël et en faveur de leur ville de Jerusalem. Lesquelles promesses ou prophéties, se trouvant manifestement fausses dans leur sens propre naturel, et nos Christicoles ne voulant pas néanmoins reconnaître ouvertement leur fausseté, parce que c’est sur ces prétendues promesses et prophéties, que leur Religion est fondée, ils ont été obligés de leur donner un sens qu’elles n’ont point, afin de tacher de couvrir leur fausseté et d’y faire trouver, s’ils peuvent, une vérité, qui n’y est pas et qui n’y sera jamais.

Mais il est facile de voir, que ce prétendu sens allégorique n’étant qu’un sens étranger, un sens imaginaire et un sens forgé à la fantaisie des interprêtes, il ne peut nullement servir à faire voir la vérité, ni la fausseté d’une proposition, ni d’une promesse ou prophétie, et il est même ridicule de forger ainsi des sens spirituels ; car il est constant que ce n’est que par raport au sens naturel et véritable d’une proposition, d’une promesse ou d’une prophétie, que l’on peut juger de sa vérité ou de sa fausseté ! Une proposition, par exemple, une promesse ou une prophétie, qui se trouve véritable dans le sens propre et naturel des termes, dans lesquels elle est conçue, ne deviendra pas fausse en elle-même, sous prétexte, que l’on voudroit lui donner un sens étranger, qu’elle n’auroit pas. De même, une proposition, une promesse ou une prophétie, qui se trouve manifestement fausse dans le sens propre et naturel des termes, dans lesquels elle est conçue, ne deviendra pas véritable en elle-même, sous prétexte, que l’on voudroit lui donner un sens étranger, qu’elle n’auroit pas. Ainsi quand il y a, et que l’on voit dans un discours, dans une promesse ou dans une prophétie un sens clair et net, un sens propre et naturel, par lequel on peut facilement juger de sa vérité ou de sa fausseté, c’est un abus et folie de vouloir lui forger des sens étrangers, pour y chercher des vérités ou des faussetés, qui n’y sont pas, et il est ridicule, comme j’ai dit, de vouloir quitter la vérité d’un sens clair, d’un sens propre et naturel, pour chercher dans un sens forgé et imaginaire des vérités, qui ne seroient qu’imaginaires.

C’est ce que font néanmoins nos Christicoles, lorsqu’ils quittent le sens propre et naturel et le sens véritable des promesses et des prophéties, dont je viens de parler, pour leur forger des sens spirituels et mystiques, qui ne sont certainement que des sens imaginaires et des sens ridiculement imaginés, car en quittant ainsi, comme font nos Christicoles, le sens propre et naturel des susdites prophéties et promesses, ils quittent le sens réel et véritable, pour s’attacher à des sens, qui ne sont qu’imaginaires et qui ne servent qu’à établir de nouvelles erreurs, pour couvrir les anciennes. Je dis que ces sens spirituels et allégoriques ne sont qu’imaginaires, parcequ’il ne dépend effectivement que de l’imagination des interprêtes, de leur donner tel sens spirituel et mystique qu’ils voudront ; de sorte que s’il ne tenoit qu’à forger ainsi des sens spirituels, allégoriques, et mystiques, pour rendre des promesses ou de prétendues prophéties véritables, on pouroit facilement, par ce moïen, rendre véritables toutes celles qui seroient les plus fausses et les plus absurdes, ce qu’il seroit encore très ridicule de vouloir faire.

D’ailleurs, vouloir donner à des promesses ou des prophéties, prétendues divines, d’autre sens que celui qu’elles contiendroient manifestement en elles-même, c’est une témérité et une présomption, qui n’est pas suportable dans les hommes, parce que c’est absolument changer, altérer et corrompre, et même anéantir en quelque façon, les susdites promesses et prophéties, c’est, dis-je, les anéantir au moins en tant qu’elles seroient de Dieu, on ne prétend pas néanmoins que le sens spirituel, allégorique et mystique, que nos Christicoles leur donnent, soit véritablement de Dieu, ni des Prophètes mêmes. Car on ne prétend pas que ce soit Dieu lui-même, ni les Prophètes, qui aïent dit qu’il falloit les entendre et les interpréter spirituellement, allégoriquement et mystiquement, comme font nos Christicoles. Ainsi ce sont nos Christicoles eux-mêmes, qui forgent, comme ils veulent, ou qui ont forgé, comme ils ont voulu, tous ces beaux prétendus sens spirituels, allégoriques et mystiques, dont ils entretiennent et repaissent vainement l’ignorance des pauvres peuples ; et ainsi quand ils nous proposent d’une part les prétendues promesses et prophéties, comme venant de Dieu même, et qu’ils nous les expliquent ensuite, non dans leur sens propre et naturel, mais dans un sens forgé et dans un sens suposé, qu’ils apellent allégorique, spirituel et mystique, ou dans un sens analogique ou tropologique, comme il leur plaira de dire, ce n’est plus la parole de Dieu, qu’ils nous proposent et qu’ils nous débitent sous ce sens-là ; mais ce sont seulement leurs propres pensées, leurs propres fantaisies et les idées creuses de leurs fausses imaginations, et ainsi elles ne méritent pas que l’on y ait aucun égard. Et ce qui nous fait encore voir l’illusion et la vanité de ces prétendus sens spirituels et mystiques, c’est qu’il n’y auroit point de sectes et de nations, qui ne pouroient également se servir de ces mêmes prétendues promesses et prophéties en faveur de leur fausse Religion, comme font nos Christicoles en faveur de la leur, s’ils vouloient, comme eux, leur donner des sens spirituels et mystiques convenables à leur croïance, à leurs mistères et à leurs cérémonies : car on peut en inventer et en forger tant que l’on veut, et les apliquer comme on veut à tout ce qu’on veut, cela ne dépend que du génie et de l’imagination de ceux, qui veulent leur donner ces sortes de significations ou d’interprétations.

Il paroit que c’a été ce grand Mirmadolin, vase d’élection de Jésus-Christ, nommé S. Paul, qui a trouvé le premier l’invention de ces beaux sens spirituels et mystiques ; car voïant d’un côté, que les choses qu’il croïoit devoir arriver, conformement aux susdites promesses et proféties prétendues divines, n’arrivoient pas et que le tems de leur accomplissement se passoit, sans que l’on vit aucune aparence qu’elles dussent véritablement s’accomplir, comme il le croïoit ; et d’un autre côté, ne voulant pas reconnoitre, ni avouer sincérement son erreur en cela, de crainte sans doute d’avoir la honte de passer pour dupe, il s’avisa, pour déguiser l’erreur, de quitter le sens littéral, le sens propre et naturel des susdites promesses et prophéties et de leur donner un nouveau sens, auquel on ne s’attendoit point et auquel on n’avoit pas encore pensé, qui fut d’interpréter spirituellement, allégoriquement et mystiquement les susdites promesses et prophéties, disant pour cet effet, que tout ce qui avoit été dit et que tout ce qui s’étoit fait et passé, ou pratiqué dans la loi de Moïse, n’avoit été dit ou fait, qu’en figure de ce qui devoit s’accomplir et de ce qui devoit se faire dans le Christianisme.

Voici comme il s’explique dans sa premiére lettre aux Corinthiens : [1] Mes Frères, leur dit-il, je ne veux pas que vous ignoriez que nos Pères marchèrent sous la nuée et que tous passèrent la mer ; que tous mangèrent la même viande spirituelle, et que tous burent le même breuvage spirituel. Or ils buvoient tous, dit-il, de la pierre spirituelle, qui les suivoit, et cette pierre, dit-il, étoit Jésus-Christ. Petra autem erat Christus. Mais, continue-t’-il, plusieurs d’entr’eux ne furent pas agréables à Dieu, puisqu’il les fit mourir dans le désert ; or ces choses, continue-t’-il, nous ont servi de figures et d’instructions, afin que nous ne suivions pas, comme eux, nos désirs déréglés, et que vous ne tombiez pas, comme quelques-uns d’eux, dans l’idolatrie, selon ce qui est écrit, que le peuple s’assit pour manger et pour boire, et qu’il se leva pour danser, et que nous ne commettions point des fornications, comme quelques-uns d’eux en commirent, ce qui causa la mort à 23 mille en un jour, que nous ne tentions point Jésus-Christ, comme quelques-uns d’entr’eux, qui, l’aïant tenté, périrent par les serpens, que vous ne murmuriez point, comme firent quelques-uns d’entr’eux, qui furent exterminés par l’Ange. Car toutes ces choses leur arrivèrent, pour être, dit-il, la figure de ce qui se devoit passer parmi nous, que nous trouvons à la fin des siècles, et elles ont été écrites pour notre instruction. Et dans sa lettre aux Galates, [2] voici comme il parle sur ce sujèt : Dites-moi, vous qui voulez encore vous soumettre à la loi, n’avez-vous point lu ce qui est écrit dans la loi, qu’Abraham eut deux fils, l’un d’une servante et l’autre d’une femme libre, mais le fils de la servante, dit-il, naquit selon la chair, et le fils de la femme libre naquit selon la promesse, ce qui est dit par allégorie, dit-il, car ces deux mères, dit-il, sont les deux alliances, c’est à dire les deux testamens, dont l’un a été fait sur la montagne de Sinai et ne produit que des esclaves, c’est celui qui étoit signifié par Agar, qui étoit la servante. Car Sinai, dit-il, est une montagne d’Arabie, qui a du rapport avec la Jérusalem que nous voïons maintenant, et qui est esclave avec ses enfans. Mais la Jérusalem d’en haut, dit-il, est libre et c’est celle qui est notre mère et de laquelle il est écrit : réjouissez-vous, vous qui êtes stériles et qui n’avez point d’enfans, élevez votre voix et poussez des cris de joie, vous qui n’enfantez point, parceque la femme, qui étoit délaissée, a plus d’enfans que celle qui a un mari. Or pour nous, mes frères, continue cet Apôtre, nous sommes comme Isaac, les enfans de la promesse, et comme alors, celui qui étoit né selon la chair, persécutoit celui qui étoit né selon l’esprit, ainsi, dit-il, la même chose se voit encore maintenant : mais que dit l’écriture, ajoute-t-il, chassez la servante et son fils, car le fils de la servante ne sera point héritier avec le fils de la femme qui est libre. Or, mes frères, conclut-il, nous ne sommes pas les enfans de la servante, mais de la femme libre, et c’est Jésus-Christ, dit-il, qui nous a mis en cette liberté, Dieu aïant envoïé son fils dans la plénitude des tems, afin qu’il fut, dit-il, le Redempteur de ceux, qui étoient sous la loi, et que l’adoption des enfans fut accomplie en nous.

C’est dans ce même sens, qu’il dit dans son Epitre [3] aux Romains, que tous ceux qui descendent d’Israel ne sont pas pour cela les vrais Israëlites, ni tous ceux qui sont nés d’Abraham ne sont pas pour cela ses vrais enfans, parce, disent-ils, que c’est seulement par Isaac que l’on doit regarder sa postérité, c’est à dire que ce ne sont point les enfans de la chair qui sont les vrais Israëlites et les vrais enfans de Dieu, mais que ce sont les enfans de la promesse, comme ceux d’Isaac, qui sont censés, être les vrais enfans d’Abraham, et par conséquent les héritiers des promesses, à qui apartient, comme il dit, l’adoption des enfans de Dieu, la gloire, l’alliance, la loi, le culte de Dieu et les promesses qui, selon lui, doivent s’accomplir, non littéralement, mais spirituellement en Jésus-Christ. C’est pourquoi il dit dans son Epitre [4] aux Galates, que Jésus-Christ nous a délivré de la malédiction de la loi, afin que la bénédiction, promise à Abraham, fut accomplie dans les Gentils par Jésus-Christ, et que par la foi nous reçussions l’Esprit, qui nous avoit été promis. Or Dieu, dit-il, fit ces promesses à Abraham et à son fils Isaac. Il ne lui dit pas, dit-il, à vos fils, comme s’il eut parlé de plusieurs, mais à votre fils, comme parlant d’un seul, qui est Jésus-Christ, dit-il, de sorte que la loi, qui a été donnée 400 ans après les dites promesses, nous a servi, dit-il, comme d’un Précepteur pour nous conduire à Jésus-Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi, et depuis que la foi est venue, nous ne sommes plus, dit-il, sous le Précepteur, parce que vous êtes tous enfans de Dieu, par la foi en Jésus-Christ. Ainsi continue-t-il, il n’y a plus de Juifs, ni de Grecs, ni de libres, ni d’esclaves, ni d’hommes, ni de femmes ; mais vous êtes tous un en Jésus-Christ. Vous êtes donc, leur disoit-il, les enfans d’Abraham et par conséquent les héritiers selon la promesse : laquelle promesse ne doit cependant, selon lui, s’accomplir que spirituellement en Jésus-Christ. C’est pourquoi il dit dans son Epitre [5] aux Ephésiens, que Dieu nous a béni en Jésus-Christ de toutes les bénédictions spirituelles au-dessus des cieux et que Jésus-Christ nous a acquis la rémission de nos peines par les richesses spirituelles de sa grâce, en qui, dit-il, dans son Epitre [6] aux Colossiens, tous les trésors de la science et de la sagesse sont renfermés. Que personne donc, leur disoit-il, ne vous blâme pour le boire et le manger, ni pour les jours de fêtes, ni pour les nouvelles lunes ou pour les jours de Sabath, qui n’étoient que l’ombre des choses à venir, et dont Jésus-Christ est le corps. Si donc, ajoute-t-il, vous êtes ressuscitès avec Jésus-Christ, cherchez les choses, qui sont en haut, où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu. Aimez [7], leur dit-il, ce qui est au ciel, et non pas ce qui est sur la terre, voulant leur faire entendre par ces paroles et par cette interprétation de la loi et des promesses, qu’ils ne doivent point s’arrêter seulement aux biens charnels et temporels de la terre, et qu’ils ne doivent pas y attacher leur coeur et leur affection ; mais qu’ils doivent principalement désirer et rechercher ceux du ciel, comme étant les seuls biens qui leur avoient été promis par la loi et par les susdites promesses, sous la figure des biens charnels et temporels de cette vie, dont il est parlé.

Et pour faire d’autant mieux recevoir cette nouvelle interprétation de la loi et des Prophètes, et voulant même faire passer sa doctrine et tout ce qu’il disoit sur ce sujèt, pour une sagesse toute surnaturelle et divine, voici comme il parloit dans sa première Epitre [8] aux Corinthiens. Nous prêchons, dit-il, la sagesse, non pas la sagesse de ce monde, ni celle des princes du monde qui périssent ; mais nous prêchons la sagesse divine, qui est cachée dans son mistère et qu’il a prédestinée avant tous les siècles, pour nous élever à la gloire. Sagesse, dit-il, qui n’a été connu d’aucun Prince du monde, mais que Dieu nous a révélée par son esprit, n’y aïant rien de si caché, que cet esprit ne sonde, jusqu’aux plus profonds secrèts de Dieu. L’homme charnel, dit-il, ne comprend point les secrèts de Dieu [9], il n’est pas capable de les comprendre, par ce que c’est par l’esprit de Dieu qu’ils se discernent. C’est pour cela encore, qu’il disoit que la lettre tuë, mais que l’esprit vivifie, comme voulant dire que l’interprétation littérale de la loi et des promesses se détruisoit d’elle-même, et qu’elle confondoit ceux qui vouloient s’y attacher ; mais que l’interprétation spirituelle, qu’il leur donnoit, étoit le véritable sens, dans lequel il falloit les entendre. Et comme si ceux, à qui il prêchoit une si belle et si subtile doctrine, eussent du pour cela lui fournir abondamment tout ce qu’il lui falloit pour sa nourriture et son entretien : Vous étonnez-vous, leur disoit-il [10], si nous recueillons de vos biens temporels, après avoir semé parmi vous les biens spirituels. Si vobis spiritualia seminavimus magnum est si carnalia vestra metamus ?

Ainsi, suivant la doctrine admirable de ce Docteur des Gentils, les deux femmes d’Abraham et ses deux fils nous figuroient spirituellement deux mistères. Celle qui n’étoit que servante figuroit l’Alliance de Dieu avec la Sinagogue, qui n’étoit elle-même que servante et qui n’engendroit, comme disoit cet Apôtre, que des esclaves, et celle qui étoit épouse figuroit l’Alliance de Dieu avec l’Eglise Chrétienne, qui est la libre et qui est l’épouse de Jésus-Christ, suivant le dire de ce même Apôtre. Pareillement le fils de la servante, qui étoit né seulement selon la chair, figuroit le vieux Testament, qui n’étoit que pour les Juifs charnels, réputés par le fils de la servante ; mais le fils de la femme libre, qui étoit né selon la promesse de Dieu, figuroit le nouveau Testament, qui est pour les Chrétiens, qui sont les vrais enfans, réputés par Isaac, qui étoit né suivant la promesse. Pour preuve de quoi, dit cet Apôtre, (remarquez bien ceci) est que Sina, où la loi ancienne a été donnée, est une montagne d’Arabie, qui est conjointe à celle, qui est maintenant la Jérusalem terrestre, qui est esclave avec tous ses enfans, au lieu que la Jérusalem d’en haut, qu’il apelle notre mère, est celle qui est libre et qui engendre des enfans, qui sont selon la promesse. De sorte, qu’en suivant la Doctrine de cet Apôtre, la Jérusalem terrestre ne seroit pas la Ville Sainte, ni la ville toute particulièrement choisie et chérie de Dieu, comme le disent les écritures, mais ce seroit seulement la Jérusalem d’en haut, comme dit cet Apôtre, ou la Jérusalem céleste.

Pareillement, suivant la doctrine de cet Apôtre, les vrais Israëlites ne seroient pas ceux, qui sont véritablement Israëlites, selon la naissance de la chair, mais seulement ceux, qui le seroient selon l’esprit de la foi des anciens Patriarches. Suivant la Doctrine de cet Apôtre, la promesse de leur donner un puissant Rédempteur, qui les délivreroit de la captivité de tous leur ennemis, ne s’entend point d’un Rédempteur, qui doit être puissant selon le monde, ni même d’une délivrance corporelle d’ennemis visibles, comme sont les hommes, mais seulement d’un Rédempteur, qui seroit puissant selon Dieu et d’une délivrance spirituelle d’ennemis invisibles, qui sont le Démon, les vices et le péché. Et enfin, suivant la Doctrine de cet Apôtre, la promesse de les faire glorieusement et victorieusement rentrer dans la possession de leurs terres et pays, où ils seroient pour tout jamais comblés de bonheur et de félicité, dans l’abondance de tous biens, ne s’entend point d’un retour glorieux et triomphant, qu’ils dussent jamais faire dans la Judée et dans la Palestine, où ils demeuroient, ni de la jouissance des biens temporels de cette vie ; mais de la jouissance spirituelle des biens célestes et éternels, dont les justes doivent, selon cette belle doctrine, jouir éternellement dans le ciel, et où Jésus-Christ, leur Sauveur et Rédempteur, les conduira glorieux et triomphans, après qu’ils auront généreusement vaincu le Démon, les vices et les passions, qui seroient les plus grands ennemis de leur salut, toutes lesquelles choses, aussi bien que plusieurs autres semblables, qu’il seroit trop long de raporter, nous étoient, suivant la belle doctrine de cet Apôtre, divinement et mistérieusement figurées dans tout ce qui se faisoit et dans tout ce qui se passoit dans cette ancienne loi, et tout cela, fondé sur cette belle raison, que Sina, où la loi ancienne a été donnée, est une montagne d’Arabie, qui est conjointe à celle, qui est maintenant la Jérusalem terrestre, qui est esclave avec tous ses enfans, et sous prétexte qu’Abraham auroit eu deux femmes, dont l’une, qui n’étoit que servante, figuroit la sinogague et l’autre, qui étoit épouse, figuroit l’Eglise Chrétienne ; et sous prétexte encore, que cet Abraham auroit eu deux fils, dont l’un, qui étoit de la servante, figuroit le vieux Testament et l’autre, qui étoit de son épouse, figuroit le nouveau Testament. Qui est-ce qui ne riroit d’une si vaine, d’une si sotte et d’une si ridicule doctrine que celle-là ? Spectatum admissi risum teneatis amici ? Apol. T. 2, 350.

Si, suivant cette belle manière d’interpréter allégoriquement, figurativement et mistérieusement tout ce qui s’est dit, tout ce qui s’est fait, et tout ce qui s’est pratiqué dans cette ancienne loi des Juifs, si on vouloit de même interpréter allégoriquement et figurativement tous les discours, toutes les actions et toutes les avantures de ce fameux Don Quichote de la Manche, on y trouveroit certainement autant de mistères et autant de figures mistérieuses que l’on voudroit ; on y forgeroit autant d’allégories que l’on voudrait, et on y trouveroit même une sagesse toute surnaturelle et divine, aussi bien que dans tout ce qui s’est fait dans cette anciene loi ; mais il faut être merveilleusement simple, ou merveilleusement crédule, pour ajouter pieusement foi à de si vaines interprétations, à de si vaines promesses. C’est néanmoins sur ce vain et ridicule fondement, que toute la Religion Chrétienne subsiste, et c’est sur ces vaines et ridicules interprétations spirituelles et allégoriques, que nos Christicoles font de leurs prétenduës Ecritures Saintes, qu’ils fondent tous leurs mistères, toute leur doctrine et toute ces belles espérances, qu’ils ont d’une vie éternellement bienheureuse dans le ciel. C’est pourquoi, il n’est presque rien dans toute cette ancienne loi, que leurs docteurs ne tachent d’expliquer mistiquement et figurativement de quelque chose qui se fait dans la leur ; ils trouvent et voïent presque partout, comme feroient des visionnaires, la figure de leur Christ et la figure de ce qu’il a été et de ce qu’il a fait ; ils trouvent sa figure, et ils la voïent dans plusieurs personnes de cet ancien Testament, comme dans Abel, dans Isaac, dans Josué, dans David, dans Salomon et dans plusieurs autres, car ils prétendent que tous ces personnages-là étoient la figure de leur Christ ; ils trouvent et voïent aussi sa figure dans les animaux et dans les bêtes, car ils la trouvent dans l’agneau paschal, dans le lion de la tribu de Juda, et même dans les boucs, dont il est parlé dans le 16e Chapitre du Lévitique. Enfin, ils la trouvent et ils la voïent même dans des choses inanimées, comme dans le rocher que Moïse frapa de sa verge, dans la montagne où Dieu parla à Moïse, et dans le serpent d’airain que ce même Moïse fit dresser dans le désert : car ils prétendent que toutes ces choses et plusieurs autres semblables, que je passe sous silence, étoient la figure de leur Christ ; et ainsi, suivant cette belle manière de parler et d’interpréter allégoriquement tout ce qui se faisoit dans cette ancienne loi, ils trouvent que tout répresentoit leur mistères.

La délivrance des Juifs de la captivité d’Egypte et leur passage de la Mer rouge étoient, suivant les Pères de l’église et les Docteurs christicoles une excellente figure de la délivrance du genre humain de la captivité du Diable et du péché, par les eaux du Baptême. Les Egyptiens, qui furent submergés et noïés dans les eaux de la Mer, en poursuivant les Israélites, sont une figure que les passions déréglées, les cupidités et tous les mauvais désirs dans les Chrétiens doivent être submergés et noïés sous les eaux de la pénitence.

Le passage des Juifs à travers la Mer rouge et la nuée qui les couvroit, étoit la figure du baptême et de la loi nouvelle. La manne qu’ils ont mangé dans le désert, étoit une figure de l’Eucharistie. L’eau que Moïse fit sortir de la pierre, qu’il frapa, étoit une figure de Jésus-Christ même, et ceux qui furent punis dans le désert, étoient une figure de la punition que Dieu fera des mauvais Chrétiens.

La naissance, ou la venue de Jésus-Christ a été figurée, disent les mêmes Pères de l’Eglise, par la semence de la femme Eve, qui devoit écraser la tête du Serpent. Les bénédictions, que Dieu promit à Abraham et à toute sa postérité, qui devoit être aussi nombreuse que les Etoiles du ciel et que les grains de sable de la Mer, étoient une figure des bénédictions spirituelles, que Jésus-Christ devoit aporter aux hommes, et une figure du grand nombre de fidèles, qui se réuniroient sous la loi. Voyez l’épitre aux Galates, ci-dessus raportée.

Abel, disent ces mêmes St. Pères, étoit une figure de Jésus-Christ, et sa mort la figure de la mort de Jésus-Christ, et Caïn qui tua son Frère Abel, étoit la figure des Juifs, qui firent mourir Jésus-Christ. Isaac, offert en sacrifice, étoit, disent-ils, une figure de Jésus-Christ, immolé sur la croix. Le bois, que portoit cet lsaac pour son sacrifice, lorsqu’il alloit avec son Père, pour être sacrifié, étoit une figure de Jésus-Christ, portant sa croix. L’alliance, que Dieu fit avec Abraham et son fils Isaac, étoit une figure de l’alliance de Dieu avec les hommes, par son fils Jésus-Christ, et les deux enfans d’Abraham, savoir Ismaël, qui étoit né d’Agar, sa servante, et Isaac, qui étoit né de Sara, sa femme, étoient une figure, comme j’ai déjà dit, de deux Testamens, dont l’ancien étoit figuré par Ismaël, fils de la servante, et le nouveau figuré par Isaac, fils de l’épouse. Les enfans, qu’Abraham eut de ses concubines, figuroient, dit S. Augustin, les hommes charnels du nouveau Testament, et les présens, qu’Abraham leur fit avant que de mourir, figuroient, dit le même S. Augustin, les dons naturels et les avantages temporels, que Dieu fait en ce monde-ci aux hommes charnels, aux hérétiques et aux infidèles. Mais, faisant son fils Isaac héritier de tout, cela figuroit, dit-il, que les vrais Chrétiens, qui sont les enfans bien aimés de Dieu, seroient les héritiers de sa grâce, de son amitié et de la vie éternelle.

Le serment, qu’Abraham fit faire à son serviteur, en lui touchant la cuisse, lorsqu’il l’envoïa chercher une femme à son fils Isaac, figuroit, dit S. Augustin, que Jésus-Christ devoit naître de sa chair et, pour ainsi dire, descendre de cette cuisse, qu’il lui faisoit toucher. C’est pourquoi, emploïant figurativement toutes les circonstances de cette mission, il dit qu’Abraham figuroit le Père éternel, qu’Isaac, son fils, figuroit le fils de Dieu, que Rebecca, qui devoit être l’épouse d’Isaac, figuroit l’Eglise de Jésus-Christ, que le serviteur, qui joignit Rebecca auprès de la fontaine, figuroit les Apôtres de Jésus-Christ, qui font l’alliance de l’Église avec son Chèf, qui est le même Jésus-Christ, que la fontaine, où se faisoit la rencontre du serviteur et de Rebecca, figuroit les eaux du Baptême, où se faisoit le commencement de l’alliance spirituelle, que l’on contracte avec Jésus-Christ, dans le baptême. Les joïaux, que le serviteur donna à Rebecca, figuroient l’obéissance et les bonnes oeuvres des fidèles, que Laban, frère de Rebecca, qui reçut le serviteur, et qui eut soin de lui fournir la nourriture, aussi bien qu’à ses bestiaux de la paille et du foin, [11] figuroit ceux, qui donnent une partie de leurs biens temporels, pour faire subsister les prédicateurs de l’Evangile, et enfin, que Isaac, sortant de la maison, pour aller au devant de sa Maitresse, figuroit le fils de Dieu, qui quitte pour ainsi dire le ciel, pour venir au monde. Voilà certainement de belles imaginations. Est-il possible qu’un docteur, et qu’un si fameux docteur que celui-là, ait pu s’amuser à dire de telles sotises ! Ce n’est pas tout.

La collision, qui se fit des deux enfans dans le ventre de Rebecca, auparavant que d’accoucher, figuroit, dit le même Docteur Augustin, la collision, c’est à dire la mauvaise intelligence, les débats et les contestations, qui sont entre les bons et les méchans, dans le ventre de Rebecca, c’est-à-dire dans le sein de l’Eglise, qui est leur mère commune. Sermon. 78 de temp. Les deux enfans mâles, qui sortoient de son ventre, [12] figuroient, dit Dieu lui-même, deux peuples, qui en devoient naître et qui seroient divisés, et sur ce qui est dit, que le plus grand serviroit le plus petit, cela figure que les méchans, qui sont en plus grand nombre et les plus forts, serviroïent les bons et les élus, qui sont en plus foibles et les plus petits en nombre ; mais comment les méchans, qui sont en plus grand nombre et les plus forts, servent ils les bons, qui sont les plus foibles et les plus petits ? Il semble au contraire, qu’ils s’élèvent au-dessus d’eux et qu’ils les opriment. C’est, dit S. Augustin, en ce que les méchans exercent la vertu et la patience des justes, et qu’ils leur donnent souvent occasion de mériter beaucoup et de faire un grand progrès dans la vertu. Augustin. Epist. 157 et Serm. 78 de temp.

L’action, que fit Jacob, [13] en se revêtant de peau de bouc, pour paroitre velu, comme son frère Esaü, et pour tromper, par ce moïen, son père Isaac, qui avoit perdu la vue, figuroit Jésus-Christ, qui s’est volontairement revêtu d’une chair humaine, pour portes les péchés des autres. Et en ce qu’il dit ensuite à son père, qu’il étoit son premier né et son fils Esaü, il figuroit le peuple des Gentils, qui devoient entrer en l’héritage du Seigneur, en la place des Juifs. Orig. hom. 5. Hilarius in Psalm 134. Ambrois. liv. 2 tit 3 contra Marcianum, et August. en plusieurs endroits.

Les bénédictions, qu’Isaac donna à Jacob, en lui disant : [14] det tibi Deus de rore coeli et de pinguedine abundantiam frumenti et vini… et celle qu’il donna ensuite à Esaü, disant : in pinguedine terrae et in rore coeli desuper erit benedictio tua, ne furent pas sans mistères, disent les St. Pères. Car Jacob figuroit l’Eglise Chrétienne, à laquelle est promis, prémièrement le Roïaume du ciel et ensuite les biens temporels, et Esaü figuroit les Juifs, auxquels sont promis, prémièrement les biens temporels et ensuite les éternels. Voilà qui est bien subtil !

L’échelle, [15] que vit Jacob, en dormant, par laquelle les Anges montoient et descendoient, figuroit la descente du fils de Dieu en ce monde-ci, par son incarnation. Les divers dégrés de cette échelle sont les diverses générations de Jésus-Christ, qui nous sont marquées par S. Mathieu et par S. Luc, l’un faisant sa généalogie en descendant, et l’autre en montant, depuis Jésus-Christ jusqu’à Dieu, qui créa Adam. Theod. Thers. et Aug. Serm. de temp.

La pierre, que ce même Jacob dressa en cet endroit-là, en mémoire de ce qu’il y avoit vu et entendu, et l’huile, qu’il versa sur cette pierre, figuroit Jésus-Christ, qui a été oint d’une onction préférablement à tous les autres. Prae consortibus suis. Aug. in Ps. 44 et Serm. de temp. 79.

Le nom, que Jacob donna à ce lieu, en l’apellant Bethel, c’est-à-dire Maison de Dieu, figuroit la véritable Eglise des Fidèles, qui a toujours été la demeure et la porte, par laquelle on entre dans le ciel.

Lia et Rachel, qui étoient les deux femmes de Jacob, figuroient la sinagogue et l’Eglise Chrétienne. Lia, qui étoit laide et chassieuse, figuroit la sinagogue, qui étoit pleine d’imperfection, et Rachel, qui étoit belle, figuroit l’Eglise Chrétienne, qui est sans rides et sans taches, et Jacob, qui servit longtems pour avoir ces deux femmes, figuroit Jesus-Christ, qui a servi sur la terre, pour gagner à lui la Sinagogue, aussi bien que son Eglise. Justin. Dial. contra Triph. Hieron. Epist. 11.

Joseph, fils de Jacob, a été, disent les St. Pères, presque dans toutes ses actions, une figure de Jésus-Christ. Il est né, disent-ils, dans la vieillesse de ses Parens, pour marquer que [16] Jésus-Christ naitroit vers la fin des siècles, dans la vieillesse du monde. Il étoit plus aimé que ses frères, pour marquer l’amour infini du Père éternel envers son divin Fils unique. Il étoit revêtu d’une robe de diverses couleurs, pour marquer, que le fils de Dieu seroit revêtu d’une nature humaine, ornée de toutes sortes de perfections et vertus. Il va à ses frères, pour figurer que le fils de Dieu viendroit visiter les hommes, qui sont ses frères selon la chair. Les récits de ses songes lui attirent la haine de ses frères, de même Jésus-Christ s’est attiré la haine des Juifs, par les reproches qu’il leur faisoit de leur vie et de leur aveuglement, les songes qu’il eut et qui lui représentèrent qu’il seroit élevé en gloire et adoré, figuroient la Résurrection et l’Ascension glorieuse de Jésus-Christ dans le ciel et qu’il seroit adoré par les nations. Ses frères pensèrent à le faire mourir, de même les Juifs pensèrent à faire mourir Jésus-Christ. Ils le depouillérent de sa robe et la teignirent de sang, pour faire accroire à leur père qu’une bête sauvage l’avoit dévoré, figure du même Jésus-Christ dans sa mort, qui fut dépouillé de son humanité, qui fut teint de son propre sang. Ils le jettent dans une citerne, figure de Jésus-Christ, mis dans le sépulchre et qui descend dans les enfers. Ils le vendent pour 20 pièces d’argent à des étrangers, figure de Jésus-Christ, vendu par Judas 30 pièces aux Juifs. Il est conduit en Egypte par ces étrangers, figure de Jésus-Christ, conduit par les Nations étrangères, par la prédication de sa parole. Après beaucoup de traverses et de souffrances il est élevé aux prémiers honneurs dans l’Egypte, figure de Jésus-Christ, élévé au plus haut des cieux, après beaucoup de traverses et de souffrances dans ce monde-ci. Hieron. lib. 1 adversus Jovin. Tertul, lib. contra Jud. cap. 10 et lib. contra Marc, cap. 18. Ambros. lib. de Joseph, et Aug. Serm. 81 de temp. Voilà bien des sotises, que disent tous ces grands hommes.

FIN DU PREMIER VOLUME.



  1. 1 Cor. 10. 1.
  2. Gal. 4 : 21.
  3. Rom. 9 : 6.
  4. Gal. 3 : 13.
  5. Ephes. 1 : 13.
  6. Colos. 2 : 3      Ibid. 16.
  7. Colloss. 3 : 1.
  8. 1 Cor. 2 : 6.
  9. 2 Cor. 3 : 6.
  10. 1 Cor. 9 : 11.
  11. Gen. 24.
  12. Gen. 25.
  13. Ibid. 27.
  14. Gen. 27. 28, 39.
  15. Gen. 28.
  16. Gen. 37.