Le Voyage des princes fortunez de Beroalde/Entreprise I/Dessein XIX

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DESSEIN DIXNEVFIESME.


Vn Marchand fait preſent à l’Empereur d’une figure d’argent qui declaroit le menſonge. L’Empereur en fait ſpreuue ſur vne Dame, qui faiſoit l’amour impudiquement, & ſur vne qui eſtoit deuotieuſe, & trouua la verité.



EN ce temps Caualiree deguiſé en Marchād, veint à la court, & ſe preſenta à l’Empereur, ayant vne figure d’argent, faite de l’induſtrie que la ſage dame Batuliree auoit enſeigné à Fonſteland, & ayant ſalué l’Empereur dit, Sire, le recit que i’ay ouy de voſtre vertu, m’a fait venir en ces contrees, pour vous voir & vous offrir vn chef d’œuure admirable, qui eſt ceſte piece : par le moyen de laquelle, vous ſerez le plus contant Prince du mōde : car au mercredy, ayāt ceſte bague au doigt medical, le chas tourné en la main & que la figure ſoit ſur le buffet vis à vis de vous, ſi quelqu’vn parle à voſtre majeſté, & qu’il deguiſe ſes affaires, ou contreuienne à la verité, la figure rira, & ſ’il dit vray, elle ſe tiendra ferme & conſtante, & en cela, Sire, vous pouuez vous aſſeurer, d’auoir le plus precieux ioyau du monde, il a eſté fait par le meſme artiſan qui forma la ſphere de Leon Empereur de Grece, en laquelle on voyoit les conſpiratiōs qui ſe faiſoyēt contre l’Empire Romain : Sire, ie vous laiſſe ceſte figure à l’eſſay, afin que l’experience vous rende certain de ſa valeur, ie m’aſſeure que l’ayant eſprouuee, vous m’en ferez bonne & honneſte recompenſe. Voyla auſſi l’aneau qui conioint à la piece exquiſe, la fera cognoiſtre admirable. L’Empereur fut fort content de la bonne grace de ce marchād, auquel il voulut faire quel que preſent & auance, mais le marchand lui iura, qu’il auouë de rien prendre de ſa majeſté qu’apres ſon parfaict contentement. Il le laiſſa donques aller auec beaucoup de careſſes & de bōne chere. Il eſt bien difficile qu’vne Dame puiſſe longuement faire l’amour ſans qu’on s’en appercoiue, ou que pour le moins on n’en parle ſourdement, meſmes il n’eſt pas aiſé que les Dames ſages puiſſent touſiours eſchapper la calomnie. Ces deux exercices auoyent en ce temps là mis ſur les rangs deux Dames de la court, leſquelles ne ſçauoyent pas ce qu’on diſoit d’elles, parquoy elles viuoyent à leur façon accouſtumee ; L’Empereur qui en auoit ouy faire des contes, par ceux qui prenoient plaiſir à calomnier, deſquels il eſtoit mortel ennemi, & que touteſ fois il oyoit de loin à loin, plus pour euiter les grands maux, ou y prouuoir que pour plaiſir qu’il y prit : ayant enuie d’eſprouuer ſa figure, il ſe mit à faire ſemblant de ſe delecter des propos qui offencent les Dames, parquoy auſſi toſt on lui conta tout du long, ce qu’on ne lui auoit dit que par hazard. L’Empereur faiſoit quelquefois feſtin aux Dames, parquoy il en fit vn, où ces deux furent appellees, qui ne faillirent de ſ’y trouuer auec les autres qui auſſi y vindrent auec leurs maris, comme l’Empereur l’auoit commandé, la reſiouiſſance fut grande & belle, & toutesfois l’abſence de Lofnis & de la Fee, diminuoyent beaucoup la ſplendeur de la court, mais on n’en oſoit parler. Quelque temps apres à iour propre, l’Empereur enuoya apres midy prier vne de ces deux Dames de le venir voir, & qu’il auoit oublié à lui dire quelque choſe de conſequence, dont il s’eſtoit ſouuenu : ceſte Dame qui eſt la belle Promuſtee, ſupplia l’Empereur par ſon meſſager de l’excuſer, à cauſe qu’elle n’oſoit aller ny venir en l’abſence de ſon mary, qui le matin eſtoit allé aux champs. L’Empereur luy remanda, qu’à ceſte occaſion il deſiroit encor plus de parler à elle, & pourtant la prioit de n’en faire aucune difficulté. A la fin ayant beaucoup fait l’empeſchee, elle pria quelques Dames de reputation ſes voiſines qui l’accompagnerent. Eſtans venues, l’Empereur les receut courtoiſement, & prenant Promuſtee par la main, lui dit : On n’a pas alegué ſans occaſion, en diſant que les belles ſe font prier, & bien ie n’en ſuis pas marri, ie ne contrediray point à la bonne antiquité, qui a recognu que cela ne leur vient que de grandeur de cœur. Promvstee, Sire, l’honneur eſt ſi delicat, qu’il y en a qui penſant le flatter le bleſſent, qui eſt cauſe que ie le deſire conſeruer, afin que l’on ne puiſſe rien m’imputer de defraiſonnable, L’emper. Ie n’ay plus de femme il y a long temps, ma fille & la Fee ne ſont plus pour me tenir compagnie, il faut que vous qui eſtes belle, & accomplie & ornee de ſageſſe, ayez pitié de moy, & me viſitiez en ma ſolitude, (l’Empereur auoit mis la Dame de ſorte, que parlant à elle il pouuoit voir le geſte de la figure,) ie vous en prie, & quelquesfois quand nous ferons la muſique, pource que l’on m’a aſſeuré que vous y eſtes fort ſeure, & ie m’y delecte infiniment, & puis voſtre belle voix donneroit l’ame à la beauté du chant, principalement quand vous chanteries quelque bel ær. Promvstee, Sire, vous ſçauez que la pudicité, dont nous faiſons eſtat, eſt tant aiſee à calomnier, que nous n’oſons gueres laiſſer nos maiſons en l’abſence de nos maris, n’y hanter les bonnes compagnies ſans eux, & encor moins pour ſuiure le bel exercice de muſique qui n’eſt que pour les filles, & eſt mal ſeant aux femmes, qui ont le ſoin du meſnage, qui les deſtourne de ces belles gentilleſſes : parquoy, Sire, l’ayant diſcontinué, ie vous ſupplie m’en diſpēſer, ioint que ie crains les mauuaiſes langues, contre leſquelles ie me ſuis targuee, venant icy en la compagnie de ces Dames d’honneur, qui reſpondront de mes actions, & teſtifierōt de mon comportement en toute chaſteté. Tandis qu’elle parloit à l’Empe reur il auoit l’œil ſur ſa figure, qui rioit des yeux & de la bouche de ſi parfaite grace, que le ris ne pouuoit eſtre mieux imité. l’emper. Belle & ſage Dame ie louë fort voſtre bō propos, & ſerois marri qu’à mō occaſiō, il vous fut auenu quelque diſgrace, vous en vſerés comme il vous plaira, &c irés & viendrez auec toute puiſſance, liberté & ſeurté, par tout où i’ay pouuoir pour vo° y trouuer ſi vous le deſirez, ou vous en abſtenir s’il ne vous eſt à gré d’y venir. Ceſte Dame prit congé de l’Empereur, qui la fit conduire ceremonieuſement. Ce n’eſt pas tout, il faut ſçauoir ce qui en eſt, & ſi la figure dit vray, parquoy il choiſit, entre toutes les Dames de ſa court, & principalement des domeſtiques ; la prudente Noſpinee, à laquelle il fit entendre ſa volonté clairement, & l’en chargea auec expres commandement aſſaiſonné de prieres, de ſcauoir des nouuelles de Promuſtee, & qu’elle y employaſt le verd & le ſec, & que la recompenſe eſtoit preſte : ceſte Dame qui ſcait la ſaincte intētion de l’Empereur ſe met en deuoir, & tout ce qu’elle peut, elle l’employe, & toutesfois elle ne ſceut ſcauoir autre choſe, ſinon que quand le mary de la belle eſtoit aux champs, elle ſe leuoit de nuict, & entroit en ſon cabinet, où elle ſe tenoit fort longtemps, puis ſe reuenoit coucher, & quoy qu’elle tournaſt & viraſt ne peut deſcouurir que cela, qu’elle ſceut de ſa ſeruante, qui pour ceſte cauſe l’eſtimoit la plus femme de bien du monde, penſant que ce qu’elle en faiſoit, eſtoit de deſplaiſir de l’abſence de ſon mary. Noſpinee tres-accorte, remarqua l’endroit du cabinet, & ſe douta qu’il pourroit reſpondre quelque part, par où elle introduiroit aiſément quelqu’vn, elle le recognut, & trouua qu’il donnoit à vne petite galerie perdue, au bout de laquelle y auoit vn petit eſcalier, qui reſpondoit au iardin, & là eſtoit vne petite porte ſur lá riuiere, ce qu’ayant deſcouuert, elle ſ’accommoda chez vne ſiene amie, où la nuict elle ſe tenoit au guet quand le mari de Promuſtee eſtoit aux champs : Elle ne fut pas trompee, car elle vid la Dame ſortir du petit degré, & coyement aller à la porte du iardin, qu’elle ouurit & ſortit, portant auec ſoy quelque choſe : ayant biē eſpié, elle recognut que c’eſtoit vn petit baſteau de ſapin fort leger qu’elle mit ſur la riuiere & la paſſa, & tira à elle ſon baſteau, qu’elle cacha aupres d’vn buiſſon, elle fut aſſez long temps, puis reuint tout doucement. Noſpinee raconta à l’Empereur ce qu’elle auoit veu, & il en voulut auoir le plaiſir, ce qu’ayant conſideré, il ſe douta qu’il y auoit bien de la fineſſe, & diſſimulation en ceſte femme. Vn des Conſeillers plus familiers & fideles de l’Empereur, celui preſque qu’il aymoit le plus, eſtoit frere du mary de ceſte Dame : il l’appella, & luy commandant de faire ſon deuoir, luy declare tout ce qu’il auoit ouy de Promuſtee, luy donnant charge de paſſer l’eau, & voir où elle alloit, & faire ce qu’il luy enſeigna. Ce gentilhomme ne faillit pas à faire le guet de là l’eau, & vid ſa belle ſœur paſſer, & cacher ſon baſteau, puis diligemment tirer à vn chemin, conduiſant vers vne metayrie, dont il ſortit vn homme, qui rencontrant la Dame la baiſa, & prit par la main & la fit entrer en la maiſon, dont il ferma la porte. Ceſtuy-cy, ſelon l’enſeignement de l’Empereur va au baſteau, & y fait deux grandes ouuertures par bas, & il les reboucha de terre de potier bien nettement, & attendit la fin de la tragedie. La Dame reuint ayant fait ſon affaire accompagnee de ſon amy auec lequel elle diſcouroit d’amourettes : Or il brunayoit vn petit, tellement qu’ayant pris congé de luy auec geſtes impudiques, & venant à ſon baſteau, elle n’apperceut pas qu’on y euſt touché, ſi qu’elle le prend, & le met ſur l’eau & elle dedans, ainſi qu’elle fut au milieu de l’eau la terre fondit, & le baſteau auec ſa charge alla à fonds, ainſi la pauurette ne ſe peut ſauuer, ains alla à val & fut noyee : le lendemain l’Empereur auerty de tout, ne voulut pas que l’affaire fut diuulgué, il manda au compagnon qui l’entretenoit, qu’il vint parler à luy, mais il auoit deſia auiſé à ſes affaires, & s’eſtoit abſenté, car dés le matin le bruit courut qu’on auoit trouué vne Dame noyee. Le corps fut porté en la maiſon, & ſans ſcandale fut enſeuely, pour ce que par l’aduis du conſeiller il n’en fut rien recherché. L’Empereur aſſeuré de la bonté de ſa figure ſur vne meſchante, voulant l’eſſayer encore, & faire tant que ce fuſt ſur vne femme de bien, il s’aduiſa de ſçauoir premierement ſur le ſubiect de l’autre Dame, dont on luy auoit parlé, laquelle eſtoit Flidee, belle & de bōne grace, femme d’vn des maiſtres d’hoſtel de l’Empereur : vn iour aſſez beau que l’Empereur eſtoit en l’eſperāce de voir bien toſt la vieille Lycambe, & qu’il ſuiuoit curieuſement ſon deſſein & la figure d’argent, il enuoya vn gentilhomme à Flidee, qui la pria de ſa part de venir paſſer quelques heures de recreation au palais, le gentilhomme la trouua trauaillant en vne pente de tapiſſerie auec quelques ſiennes voiſines, paſſans. en deuis le temps ioyeuſement : ſi toſt que le gētilhōme euſt fait ſon meſſage, elle laiſſe tout & vint auec luy, n’ayant autre compagnie qu’vne ſienne niece qui la pria qu’elle la ſuiuiſt pour voir l’Empereur s’il y euſt eu plus de chemin elle euſt poſſible attelé ſon coche, & fait entrer auec elle ſes demoiſelles & filles de chambre. Eſtāt entree en la ſale, l’Empereur la receut courtoiſement & luy diſt : C’eſt vous qui deuez eſtre bien venue par tout, puis que vos vertus eſgallent l’apparence auec iugemēt, & eſt ce qui me faict vous prier de venir icy quelquefois me viſiter, afin que no° paſſions quelque agreable eſpace de temps aux beaux diſcours. Flidee. Sire, i’auray beaucoup d’heur, & receuray vn grand hōneur de pouuoir ſeruir voſtre maieſté, quand il vous plaira m’en eſtimer capable : C’eſt vous, Sire, qu’il faut loüer pour vos vertus, ſageſſe & iuſtice, qui font que libremēt on peut ſe trouuer où il vous plaira, mais i’ay vne crainte qui me retient, c’eſt que i’ay peur que voulant paroiſtre deuant vous pour vous obeir, vo° ne trouuiez pas en moy ce que pour me gratifier, vo° feignez y croire, toutefois puis que c’eſt beaucoup d’auoir taſché d’obeir à ſon prince, ie mettray peine de vous rēdre tout le ſeruice que ie dois à voſtre maieſté. L’Empereur ayāt la bague ſelon ſa diſpoſitiō, cōſideroit la figure qui eſtoit ſi cōſtāte, qu’il eſtoit auis à l’Empereur que la cōſtāce fuſt nee d’elle, il s’eſmerueilla, puis cōduiſant ſes diſcours iuſqu’à la fin, il entreteint aſſez longtēps la Dame, laquelle ſe retira fort cōtente de l’Empereur, lequel pourtāt veut ſçauoir ſi la verité ſe rapporte à ce qui a paru. Il eſt certain qu’ō ne ſcait riē des maisōs que par les domeſtiques, parquoy Noſpinee ayāt le cōmandemēt de l’Empereur, fit exacte recherche des actiōs de Flidee, & n’en peut deſcouurir autre choſe, ſinō que quād ſe venoit minuict to° les iours en tout tēps, elle ſe leuoit & entroit en sō cabinet, où elle ſe tenoit deux heures, puis retournoit : la ſage Noſpinee fit tout ce qu’elle peut apres ſes imaginatiōs, pour deſcouurir quelq choſe, mais ce fut en vain, car il ne lui apparut ſigne aucū d’autre circōſtance : ce qu’elle declara à l’Empereur, qui voulut en auoir le cœur eſclairci, ſi qu’il imagina en sō cœur tout ce qui luy fut poſſible d’artifice, pour deſcouurir ce qu’il en eſtoit. Flidee venoit aſſez ſouuent au Palais viſiter l’Empereur qui la careſſoit humainement & honneſtemēt : puis retournant chez ſoy, viuoit à ſa couſtume : L’Empereur eſtoit en peine, deſirant entendre la verité du coumportement de ceſte Dame, & comme il y trauailloit, le mary de Flidee arriua, & veint à l’Empereur, pour luy donner auis de quelques affaires, & auſſi pour faire ſon deuoir. L’Empereur laiſſe couler vn iour : puis le lendemain trouuant Tinnonce, ce maiſtre d’hoſtel, mary de Flidee, le prit à part & luy dit, qu’il vouloit qu’il luy fit vn ſignalé ſeruice, quant meſmes il yroit du ſien, & qu il l’en recompenſeroit, luy diſant, Tinnonce vous ſcauez que nous ſommes hommes & non Dieux, & pourtant que nous auons de grandes paſſions, auſquelles ſi nous prouuoyōs, nous approchons de la Deité, i’en ay de terribles, ie deſire y prouuoir par le moyen de mes bons ſeruiteurs, que ie nomme mes amis, du nombre deſquels ie vous tien, vous ſcauez que ie n’ay point l’ame feinte : parquoy vous deuez vous fier en moy, & m’obtemperer en ce que ie vous diray. Le gentilhomme bien nourri, reſpondit fort prudemment, & l’Empereur pourſuiuit & luy dit, Ne vous ombragez pour choſe que ie vous diſe, mais attendez la fin. Adonques l’Empereur luy conta la vertu de ſa figure, & le geſte qu’elle auoit fait pour Promuſtee, & ce qui en auoit eſté recognu, en apres luy deduit la contenāce qu’elle auoit mōſtree pour Flidee ſa femme dōt il deſiroit ſcauoir la verité, lui disāt ſi elle eſt impudique, ce vous ſera honneur ſi i’en fay iuſtice, ou que la faciez ſous mō authorité, en quelque ſorte qu’elle reuſſiſſe, mais ſi elle eſt telle que ie la croy, ce vo° ſera & à elle, vne gloire eternelle, & vne bride à la bouche des inſolentes ames. Tinnonce fut preſt à tout ce que l’Empereur vouloit, ne diſant pas ce qu’il penſoit, car touſ iours le ſoupçon chet plus vers le mal que la bōne penſee vers le biē. Tout accordé, l’Empereur māde à Flidee qu’elle le veint voir : ſitoſt qu’elle fut au palais Tinnonce alla en ſa maiſon, preparer ce que l’Empereur lui auoit cōmandé. Au bout du cabinet de Flidee, y auoit vne allee eſtroitte dans l’eſpoiſſeur de la muraille, par où on alloit à la chappelle, en vn petit endroit aſſez recelé, du quel on voyoit à bas ce qui ſ’y faiſoit, & de là par vne petite eſchelle qui ſe ioignoit cōtre la paroy on pouuoit deſcēdre à bas : ce gentilhōme ſeul viſita tout aſſez diligēment, & vid ceſte petite eſchelle entee dās le mur, & retenue par le moyen d’vn petit verrouil & vn petit cadenas, il remit en ſon ordre tout & ſ’en retourna, ne laiſſant aucune apparence d’y auoir eſté. Retourné, il trouua encores Flidee aupres de l’Empereur, vn peu apres elle prit cōgé. La nuict venuë l’Empereur ſortit auec Tinnonce, afin d’eſtre apres minuict au lieu deſigné, où ils ne faillirēt pas, il y auoit plus d’vn cart d’heure que Flidee eſtoit entree en ſon cabinet ſelon la couſtume : Elle ne demandoit point ſi ſon mari eſtoit venu ou non, elle ſçauoit qu’il eſtoit le maiſtre, & elle à qui il ne contrediſoit point, viuoit à ſa maniere accouſtumee. Eſtans là l’Empereur & le mari, ils fermerent la porte ſur eux, & doucement ouurirent le cabinet & ſuiuāt la trace recognue, allerent tant que le ſentier les peut porter, & par vne fauſſe grille regarderent en bas & virēt la Dame a genoux liſant dans vn liure de prieres, ils ſ’opiniaſtrerēt, encor qu’il leur ennuyat pour voir ce qui auiendroit, & eurēt patience tāt qu’elle eut fini, alors elle ſerra ſon liure ſe leua coyemēt & ſ’en retourna coucher, le mari ſans faire ſemblant veint à la chambre, & parla à elle, puis ainſi qu’ils eſtoiēt venus, l’Empereur & lui ſ’en retournerent contans & ioyeux de ceſte belle verité.