Le Voyage des princes fortunez de Beroalde/Entreprise II/Dessein XV

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

_________________________________________________________________


DESSEINQVINZIESME.


La Royne deſire de ſauoir la condition des Fortunez, & ils luy declarent auec ſerment d’elle de le tenir ſecret. Fonſtetand reſpond à la propoſition de manger en vn iour vn quintal de ſel, & explique à la Royne le ſecret du ſel. Viuarambe partage en irou egalement les cinq traits d’amour, & la belle bague.



LE s Fortunez ne faillirent à ſe trouuer à l’heure qu’il auoit pleu à la Royne. Adonques les tirant à part, elle les pria qu’elle peuſt leur dire en ſecret fidele vne parole, & tirer d’eux en ſemblable vne reſponſe de conſequence. Ils firent les ſubmiſſions deuës, l’aſſeurerent de leur foy, & la ſupplierent d’ouurir ſes pēſees à ſeruiteurs treshumbles, alors elle dit. Vous ſcauez que tout ce que nous faiſons ou deuons faire, doit eſtre ſelon conſeil, ſans conſideration, afin u’il ne ſe produiſe rien, qui en apres nous ſoit § Hierie m’auancé fort de vous dire ce que i’auois ſur le cœur, ſans toutesfois vous rien declarer de particulier, & pource que i’y ay pen ſé meurement, ie me ſuis reſolue de ne vous par—. ticulariſer point ce que c’eſt, que ne m’ayezac cordé ce que ie deſire de vous : afin que ie me cö duiſe en mon affairehon à la volee, ains en Roy ne pour rendre mon affaire plusauguſte, & auoir dauantage de creance parmi mon peuple, & le reſte du monde. Si vous faites ce queie ſouhait te, vous ferez beaucoup pour moy, & ie m’en reuencheray à l’occaſion ſi vous deſirez quelque choſe de moy. Ie ne veux pqint vous obliger à l’antique, en vous demandantvn don, i’attens de vous franchement ce que ie pretens, & que i’auray aiſément ſivoſtre cœur, coinmeie croy, reſpond aux vertus exterieures dont vous abon dez. Dites moy ie vous prie qui vous eſtes, & d’où & quelle eſt voſtre vacation principale car iene croy pas que vous ſoyez Glindiens ſimples, encor que vous apparteniez en l’action qui vous meine icy, à l’Empereur de Glindicee, ioint que l’accent de voſtre parole vous manifeſte. L’Aiſ né prenant la parole lui dit, Madame, ie m’aſ ſeure que mes freres m’aduoueront de ce que ie, diray, & ne les conſulteray point : afin que ne penſiez que vouluſſions vſer d’artifice en voſtre endroit. Nousauons fait vœude nous tenir ſe crets, & taſcher de n’eſtre point cognus ſi nous poumons, & nous faire nommer ſimplement Fortunez, tels que nous deſirons demeurer, tant que le temps nous face cognoiſtre, & nous manifeſte par nos actions vertueuſes : Bien pourrions nous vous declarer quant à l’origine qui nous ſommes, mais nous deſirons en vous ſupplians tres-humblement qn’ilvouspleut nous promettre fidelemét que vous croirés ce que nous vous en dirons, & le tiendrez ſecret & n’en demande rez dauantage, que ce que nous pouuons pour ceſte heure vous en dire. Elle leur iura foy de Royne qu’elle leur tiendroit la meſme fin de ſer ment qu’elle deſiroit d’eux en ſon affaire. Il luy dit donques, Madame, nous ſommes fils de Roy, qui n’a enfans maſles que nous trois, ceſte dignité contient noſtrevacation, & tout ce dont l’on peut ſ’enquerir, outre-plus nous vous priös que pour ceſte qualité vous ne nous rendiés au · cun honneur, afin que nos compagnons ne nous deſcouurent, ſeulement que noſtre rang d’Am baſſadeur, pour †, ſoit noſtre eſtat. LA R o Y N E, Meſſieurs, puis que vous eſtes tant fiez en moy, & que vous eſtes aſſeurez que ie ſeray ſecrette, me ferés vous point l’honneur de me nommer ce Roy tant heureux, d’auoir des fils ſi accomplisº Fo N s T E L AN D. Voſtrere queſte a eſté interince par vous meſmes, auant que nous la fiſſions : parquoy, Madame, ſ’ilvous plaiſt vous nous accorderez, ce dont nous vous auons requis. VIv A RAM B E. Et moy, Mada me, qui n’ay encore rien fait pour voſtre ſerui ce, ievous fay la meſme demande, afin que me l’octroyant, vous m’obligiez avous ſeruir digne ment. LA RoYNE. I’ay tort, ie le confeſſe : mais vous excuſerés ma bonne curioſité : Or bien la parole eſt donnee, viuons comme nous auons accouſtumé. Puis que vous eſtes tels, & que ie vous croy, ie vous † mes doutes par queſtions.Y auroit-ilmoyé qu’vn homme trou uaſt l’expedient de faire paroiſtre, qu’il peuſt en vniour manger vn quintal de ſel ? I’ay ouy di re au feu Roy, qu’ilauoit mis toute peine & di ligence de le ſcauoir, mais qu’il n’auoit iamais peu faire rencontre. I’ayeu ceſte doute en fan taiſie ſi fort, que i’en ay eſté en inquietude, & maintenant queie ſcay par effait la grande expe rience que vous auez en tout, i’eſpere d’eſtreeſ claircie de cet enigme, Ie vous prie donc, pour mettre mon eſprit en proche comble de repos, de m’expoſer ce que vous en ſcaurez. Fonſte land luy reſpondit, Madame, le feu Roy eutrai ſon de propoſer ceſte difficulté, bien qu’elle ſoit apparente : Et encor que les capables ne l’ayent peu aduiſer, ſieſt-ce que facilement ie vous de monſtreray ce qui en eſt.S’il vous plaiſt quel’on apporte du grenier vne meſure de ſel, & en vo ſtre preſence, ie † ceſte auanture. Le ſel apporté par le commandement de laRoy ne, Fonſte land en prit cinq grains, & retour nant à part auec la Royne, où elle eſtoit ſeule auec les Fortunez, luy monſtrales cinq grains, & ſubitement en ſa preſence les mangea, puis lui dit, Madame, ie vous ay demonſtré § qui conſumera tout le ſel propoſé au temps dit. pourueu que les conditions que le Roy y pre tendoit, ſoyent obſeruees& les raiſons entëdues. Tout ainſi qu’en voſtre preſence, i’ay mangé ces cinq grains de ſel, en ſi peu de temps & que vous n’auez pas pris garde à mon action, de meſmeie ourrois vous faire paſſer comme vn iour, tout † temps que ie ſerois à conſumer la quantité propoſee, auant que vous euſſiez penſé que i’y euſſe touché.Auez vous conſideré mon geſte ſi vous l’auez remarqué & notté mon action, par laquelle i’ay† faire voir queie n’eſtois point à moy, vous ſcaurez que i’entens ce que le Roy vouloit dire.Or il faut noter que tout ſel eſt ſel, &vn grain tant ſoit-il petit, eſt auſſi biëgrain de ſel que celui qui poiſe vn quintal. Si vn homme en autant de temps que i’ay eſté à aſſembler ces cinq grains, & les apporter deuant voſtre Maje ſté, & en faire ce que i’ay fait, n’en ſcait choiſir autant qu’il en faut pour aſſaiſonner la viande d’vn iour, & qu’ayant ceſte quantité de ſel, il ne la ſcait conſeruer, pour l’vſer en autant de temps qu’illuifaut, pour cognoiſtre l’humeur de la per ſonne qu’il ayme, & que mangeant cela de ſel, il ne peut iuger de ce qui eſt du propre & particu lier, concernant la belle conuerſation entre les hommes, iamais ne ſcaura que c’eſt de l’amitié. quand meſme il vſeroit auec l’autre non ſeule ment vn quintal, mais mille quintaux de ſel. Tout le temps d’vn homme n’eſt qu’vn iour, & qui ne ſera ſage & diſcret leiour qu’ille faut eſtre, ne le ſera iamais. Pour manger vn boiſſeau de ſel voire cent auec ſon amy, ou perſonne aliee de deuoir ou aymee, ne faut qu’vn iour, car tout le tëps agreable que l’on eſt enſembleneſera qu’vn, ſeul iour, d’autant qu’il n’y a que la diuerſité qui face pluſieurs iours, & la ſimilitude continuelle de viure n’eſt qu’vn iour coulant, qui doit eſtre continué, afin qu’enl’obſeruât on obtiene lenö de ſage & de parfait mainteneur d’amitié ! Celui qui ſaura & pratiquera ceci ſera celui meſme qui cognoiſt les humeurs pour s’arreſter à la bonne, & pour ſemblablement faire cognoiſtre la ſien ne, & ſe monſtrer conſtät & ſtable à ce que ſa vie d’amitié ne ſoit qu’vniour. Quädi’ay pris en ma bouche cinqgrains, ie n’eſtois pas auecvo°, & en l’eſtat que ie les ay mis en moy, i’en pourrois cö. ſumer vne belle quantité, ie penſois à ma mai ſtreſſe qui eſt diſtäte de moy de plus de quarante iournees, qui me ſont vn eſpace plus lög qu’au tant de vies entieres ; eſtre auec vous & auec elle ſe ſeroit vn grandiour, en ceiour-là il me faudra beaucoup de ſel, & à vous auſſi, ne recognoiſſant point mon abſence.Ie ſcay bien que vous ne me iugiez pas autre part que deuât vous, &que vous ne me penſiez pas ſi loing que ie di, tellemét que celui qui en ma preſence iugeroit comme vous faiſies, paſſeroit vngrádiour ſans auoir rien deſ couuert, & ſien tel temps il n’auoit deſcouuert, ou obſerué l’humeur dontil voudroit faire eſtat, iamais n’y atteindroit.Tout cela cöſideré, ce que le Roy vouloit dire, eſt que qui en autãt de téps, que chacû par les cinq ſens peutiuger d’vne per ſonne, ne preſume au vray de ſon habitude & in clination, & qui viuant enſemble ne perſiſtera en egalité chaque iour, cöme ſont egaux de ſub ſtance, les grains de ſel, iamais n’entendra rien ( en la parfaite vie, qu’il faut entretenir en ſ’entrai māt.Ors Madame, il faut parler à vous non ſeló le commun, auis & deuis ſerieux. Il conuient diſcourir deuät voſtre Majeſté de choſes graues, & partant c’eſt à moy de mettre en auât le ſens my ſtique de ceci ; ie me ſuis exageré en vulgaire, pour le faire entendre au menu peuple quien au ra ouy parler, & qui poſſible attend ſa part de ces affaires ce qu’il vous plaira qu’il en ſache, & ie vous ay deduit librement ce que i’en produiray libremét, ſivous me le cömädez, ce que i’ay deſia dit, eſt ce qu’il faudra direaux curieux des eſcor ces.C’eſt ce qu’il faut pour tous les autres : mais ce qui vous eſt reſerué, eſt ce qui cöcerne interi-. curement ce qui eſt caché ſous ce doute, & qui demeurera au cabinet de voſtre cœur, ce quintal’de ſel & grand magazin dont a eſté tiré ce que i’é ay eu, eſt le ſymbole exquis de ce qui eſt enue telligence, & ſelö laquelle ietaſcheray à vous ſa | tisfaire. Le magazin de ſel donta eſté pris, celui quei’ay repreſenté à voſtre majeſté, & que vous auez propoſé ſo° le pois certain d’vn quintal, cet ample grenier qui peut fournir de ſel voſtre Ro yaume tät pour vniour que pour vn an que pour · touſiours, eſt la figure de vous, Madame, qui eſtes le racourcy & l’ame de tout le Royaume, voſtre vie & cöſeruation eſt la ſiene, l’entretié de voſtre vie eſtl’entretié de celle de vos peuples, il eſt cer tain que nous ne viuons qu’vniour, qui eſt con · tinuellemčtreiteré, tât que noſtre derniere heu re eſchee.L’amas de ſel qui fournit de baume au corps, eſt ce qui le maintient en ſanté. Mais l’ex cellent & celui qui plus pur le netoye, & met en habitude parfaite, eſt de ce ſel qui eſt extrait du grãd vegetable vniuerſel, & cet extrait eſt l’{{tiret|vni|que} unique reſtaurateur, & cōſeruateur de ce qui tient la vie en nous : & de ceſtuy-là il n’en faut qu’vn peu pour netoyer& reintegrer toutel’œconomie na turelle de noſtre ſubſtāce viciee, pourl’aſſeurer long tépsen ſa iuſte proportió.C’eſt de ce ſel que le Roy entédoit, & dót vne immëſe quātité peut eſtre vſee en vniour, &c’eſt ce döta eſté ſilögue ment cöſeruee la vie & la ſanté du feu Roy. LA RoYNE. Riéne vous eſt caché, i’ay autrefois pé ſé que mes predeceſſeurs euſſent toute la ſcience § cabinet, maisie croy que les voſtres, & vous leur auez fait leur part.Ilne reſte plusqu’vn point, auſſiil y a encor vn bel eſprit qui me doit paracheuer le cötentement que i’eſpere, & dont ie m’aſſeure : puisquei’ay deſia eſté deliuree d’vne grande infortune, & reſolue d’vne excellëte difh culté.Alors elle appellavne ſageDame, &pritVi uarambe ſeul & le mena en vn petit cabinet où il n’entra qu’elle, le Fortuné& la Dame, eſtäs en ce lieu ſecret, la Royne ſ’adreſſa ainſi à Viuaräbe. I’ay par effet recognu la grâdeur de l’eſprit devos freres, & pource que ie croy que vo" ſoyez accö pli de meſme, i’ay deſir d’en auoir vne preuueap parëte ſur vn fait particulier, à ce qu’ayât leué de mon entédement, ce qui pour ce ſujet le peut te nir en ſuſpens, ie me döne licéce d’auoir d’autres pëſees:vo°voyez en ce cabinet beaucoup de ſin gularitez & gëtilleſſes; mais auiſez ceſte belle fi gure de marbre vif, c’eſt vn amour qui a eſté fait par vn ſculpteur qui eſtoit de la race de Bezeleel, cét Amour n’a plus de traits, ils ſont à bas à ſes † & n’y en a que cinq, cöme vous voyez : Le eu Roy mon pere me cömanda expreſſemét de prendre auis à mes affaires, de celui qui pourroit declarer ce que ie luy propoſerois, & afin que ie ſache ſi c’eſt vous où ie doy poſer l’eſperance de mö bien, pour en eſtre iouillante par voſtre cö ſeil, ie vous prie ſans diuiſer ou röpre ces traits, que vous en faciez égal partage, à nous trois, les diſtribuât de ſorte que i’en ayeautãt que vous, & ceſte Dame autãt que moy. VIvAR. Madame ie deſirerois de vous vne plus grande auâture, pour vous rédre preuue de mon § toutesfois ie n’en deſire pas vne meilleure, ni plus belle, niplº auâtageuſe, maisie ſouhaitterois que vo° m’euſ ſiez commandé de partager les traits d’amour, à vous & à moy ſeulemét, &qu’il n’y en eut que ce qu’il no°en faudroit, sås qu’autre que nous deux y euſſions part Bien diſtriburay-ie les traits d’a—’mour qui ſont icy, de ſorte que tous trois aurons égalemët en nôbre destraits d’amour.Ie mettray entrevos mains deux des traits de cet amour, leſ quelsilaiettez à ſes pieds, & i’en bailleray deux à ceſte Dame, & en retiédray vn pour moy, par ain ſi nous aurös portion égale, vous deux traits d’a— mour, elle deux, & moy deux auſſi.LaRoyne qui ſcauoit le ſecret, car la Dame luy auoit declaré depuis peu de iours, ſuyuant le commande ment que luy en auoit fait le feu Roy ; ſe ſouſrit auecvne petite demonſtration d’humilité hon teuſe qui releua ſa beauté, & pour faire ſemblant qu’elle approuuoit la rencontre du Fortuné, chä gea de diſcours adiouſtant : le penſe queietrou ueray vne fin heureuſe ſelon mes pretentions, ſi vous me reſoluez du doute que ie vous propoſe ray encor. Voila vn diamant que le feu Roy m’a laiſſé, lequel comme vous voyez, eſt excellem mët mis en œuure, & la bague enſemble double, i’ay auec cét anneau receuvn commandemëtin uiolable, qui eſt, queie ne prene mary que par le cöſeil de celui, qui ſcaurale moyë de mettre ceſte bague en deux parts, de telle façon, qu’en ayant chacun vne part, luil’vne & moy l’autre, en ayös portion § moyennant & à telle condition, ue les parts eſtans égales, elles ſoyent chacune égale au tout, & que le partage ne face rien depe rir de la valeur de la bague, ou de ſon excellence, & qu’ainſi le diamant partien deux demeure en ſon prix. VIvAR. Madame, ie ſuis preſt par vo ſtre commandement de faire les lots, pourueu qu’apresil vous plaiſe, laiſſant le tout comme ie l’auray ordonné, m’enioindre de prendre la part qu’il vous ſera agreable que ietire de mon coſté. LA RoYNE. I’entens que quand vous aurés fait les partsie choiſiray. VIvAR. Quand vous au rés choiſi ſuyuant la loy que vous auez dönee, ie pretens auoir le reſte, auec ce qu’il conuient ſans diuiſion. LA RoYNE. C’eſt ainſi que ie l’entens & qu’il fautl’executer.AlorsViuarâbe prit laba gue laquelle auoit vne autre bague enlacee en † les ſouuenäces, tellemêt qu’elle eſtoit double, &detelartifice qu’vn des aneaux eſmail lé d’azur, pouuoit porter le chas quand on vou loit, &l’autre eſmaillé de vermeil, le portoit auſſi de meſme ſelon le moyen qu’on ſçauoit à le di ſpoſer en vne queuë d’hyröde. § ayant aſſeuré le chas à l’aneau azuré, fit tomber l’autre qui pédoit en croix, & mettât le doigt de la Royne en ceſtui-là, l’autre eſtant pendillant il lui dit, Madame choiſiſſez, & melaiſſez le reſte ſans ſe aration.La Royne entendit qu’ilauoit compris § du Roy. Car ſi elle eut choiſi laba gue pendāte, en laquelle eſtoit le diamant, Viua räbe eut eu l’autre auec le doigt de la Royne, & partant ſa perſonne : & ſi elle eut pris l’autre, le Fortuné de meſme, eut eu le diamant, & ce qui touchoit à ſa bague ſelon leur conuenance, ſur laquelle il ſe fondoit & ainſi partagoit ſans par tager, & tout egalement, car ayant la Royne ils euſſent eu tous deux egale part à toute la bague. L’Enigme eſtant expliquee, la Royne fut con trainte de confeſſer que ces trois freres eſtoyent les premiers en tout ce qui peut eſtre eſtimé ex cellent. Cruelle diſpoſition des couſtumes eſta blies par l’opinion d’honneur ! ſans ceſte genne, la Royne eut declaré au Fortuné qu’il faut qu’il ſoit ſon mari : Mais elle ſe tait, lui diſant qu’elle remet le reſte à luy en cômuniquer plus ample ment, ainſi ils retournerent aux autres, & apres que les affaires du iour furent paſſees, chacun ſe retira à ſon lieu, & la Royne ſe monſtra de plus en plus magnifique vers les Glindiens, & cepen dant l’amour qui’ſe meſla en ces affaires, donna eſpoir à la Royne, que le Fortuné ſe pourroit di ſpoſer à quelque deuoir, ſi tant ſoit peu ilaue noit qu’ileut de l’affection pour elle.