Le Voyage des princes fortunez de Beroalde/Entreprise III/Dessein XII

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DESSEIN XII.


Deux Amans muets ſont preſentez. Celuy qui les conduit raconte leur auanture. Les menees du Geant ſur les enfans du grand Roy Leci, & ſur ſa perſonne. Le fils de Leci mal traicté de ſon pere, eſt enfin celuy qui le delivre.



ENtre tant de beau peuple qui ſe vint preſenter en l'Hermitage, il entra vn Gentilhomme eſtranger, telle iugeons-nous, pource qu'il ne ſçauoit pas les couſtumes du païs, & n'auoit point appris la fraſe d'amour, pour ſçauoir dire par les paroles entendues à tous vrais ſectateurs de ſageſſe, ce qu'il pretendoit, toutesfois ayant ſceu que le premier poinct d'obſeruation en ce lieu eſt l'obeiſſance, il parut y entendre : Car menant auec ſoy deux Amans, & ſ'eſtant preſenté, Gnoriſe qui l'auiſa, ſortit & prit les deux Amans, ce qu'il laiſſa faire, eſtimant que ſ'eſtoit la couſtume. La dame donc les ayant pris par la main, les mena au parquet d'Amour, où les gens pour l'Amour faiſoient leurs examēs premiers, & là les interrogea de leur affaire, mais pour neant, car elle n'en peut rien entendre, dautāt qu'ils eſtoiēt muets. Parquoy elle les cōduit en la ſale, & apres que l'arreſt fut pronōcé elle propoſa ce qu'elle auoit fait ſelon ſa charge, & dignité en ce lieu, diſant : Sire, ſuyuant mon office, & ce qui m’eſt attribué, il conuient, ſ’il plaiſt à voſtre majeſté, que ſelon ma declaration ces Amans ſoient deſpeſchez ſur le champ ; ie ſçay bien que les autres auront patience, parce qu’ils ſont pleins d’obeiſſance, d’amour, & de diſcretion. Quant à vous, conducteur de ces Amans, vous auez tort que vous ne vous eſtes haſté, l’amende que vous en encourrez ſera de claree quand en perſonne & pour voſtre faict, vous aſſiſterez deuant ce tribunal : Pour main tenant dictes voſtre charge & faictes voſtre de uoir, touchant le faict de ces belles ames. Ayant le Gentilhomme fait ce qui eſtoit decent, il par la ainſi :

Sire, les difficultez ſuruenues à cauſe des j diſtances des lieux, eſt cauſe qu’auec tout ce que 4 nous auons peu faire pour atteindre ce lieu tant — heureux, afin de participer aux fruicts du grand ! Anniuerſaire, encores ſommes-nous arriuez en | Amerimnie plus tard que nous ne penſions, tou tefois nous auons eſté aſſeurez par ceux qui ſça — uent les couſtumes & des cöducteurs de l’Eſtat, & ceremonies de ceans, qu’il y auroit encor au # |ºi iourd’hui lieu pour nous, ioint que ce bien nous 1 | ſera concedé & eſtimé eſtre comme deu quand | on aura ouy les fortunes qui ont agité cesamās, & que l’on ſçaura leur origine, dont i’ay charge, de vous eſclaircir ; car leur naiſſance & auantu — — res me ſont tellement cognues, que ie puis aſtre dit fidele & vnique ſecretaire de leurs actions, volontez & eſperances. Tous cognoiſſent le grand LE c 1 Monarque des Royaumes releuez, leſquels, ilgouuerne auec vne prudence admirable. Or combien qu’il ſoit treſſage, ayant par ſes ans acquis beaucoup de Sapience, ſi eſt-ce que pour auoir eſté trop be nin à ceux auſquels il deuoit monſtrer de la ri · gueur : depuis quelque temps les ſiens & luy meſme tous enſemble ont couru telle fortune, que l’effect qui en eſt notable, a preſques eſté dangereux. Rien ne peut euiter les rayons du Soleil des ames, perſonne n’eſchappe destraicts d’Amour, meſmes les plus ſeueres & beaux eſ prits en ſont rencontrez, & parfois auec telle vehemence qu’il n’y a rien d’eſgal, ioint que ſouuent auſſiles hypocrites en ſont touchez, & quelque ſemblant qu’ils facent, ils en ſentent les poignantes eſmotions qui les excite aux ſaincts plaiſirs de l’ordonnance diuine, à quoy leur maudite humeur les faict decliner, en les aſſouuiſſant d’vn malheureux raſſaſiement auec lequelils deſrobent à l’Amour ce qu’ils luy doi uent, & fruſtrans eux & nature de la felicité des gens de bien. Ceſte puiſſance qui reluit meſmes aux abiſmes ſe fit paroiſtre en ces deuxcy.laieu neſſe excitant le cœur de Pirinte fils ſecond de · Leci, & ayant recogneu que les perfections d’Vfonis fille de Fronauue Prince des Tauxo mutes, eſtoit l’excellence contenant ce qui le rendroit parfait & l’endelechie vnique de ſa for me, ſ’addonna ayſément à la recherche où l’A— mour le forçoit par lesyeux de la belle, laquells cognoiſſant les merites d’vn ſi grand Prince ſe ſentoit treſ-heureuſe d’obliger ſon ame à ſon occaſion. Par ce moyen ces deux ſe trouuerent reciproques en ſinceres affections ; durant ces A chaſtes amours qui n’eſtoient que douces pre tentions au futur contentement que le mariage legitime eſtablit : Pirinte faiſoit pluſieurs voya ges à Fronauue, chaſteau principal du pere de la fille. En ce meſme temps Frulouſe Geanteſträ ger, toutefois habitant entre les Tauxomutes, leſquels il frequentoit auec amitié, deſiroit fort l’aliance de Fronauue, & pretendoit eſpouſer Vfonis, à laquelle il auoit offert ſon ſeruice, auec tout l’art qui ſe peut practiquer à ſe mettre és races d’vne Dame, mais il ne faiſoit rien pour † : car plus ill’a recherchoit plus elle l’auoit à dedain, lequel ſe multiplia par la † tion de Pirinte. Le Geant depit devoir ſes deſſeins deuenir friuoles, & cognoiſſant l’amitié de ces chaſtes amours, delibera de les perdre, au moins le fils du Roy afin de venir à bout de ſes deſirs : luy quine manquoit pointd’eſprit, eſtoit prompt à inuenter : donc apres auoir longue ment conſulté ſon faiét, attira à ſoy les Hoſpi-. tes, qui ſont peuples de noble extraction, mais — faſcheux & touſiours entreprenans choſes meſ — chantes ſous l’apparence de bien. Ces gens-cy | | | ſe fourrent par tout, & en habit diſſimulé & de · guiſé d’humilité & bonne conſcience, trompent | vn chaſcun, comme ils firenteſtans pres de no ſtre Roy, auec lequel ils obtindrent quelque — | creance à cauſe de † ſuiets qui ſ’addonnoientà | | |eux, & ily conſentoit : & qui fut plus, c’eſt que — : º — † à petitils le firent condeſcendre à leurs vo ontez, tellement qu’il ſe rapportoit à eux de · j à | | | pluſieurs vrgens affaires. Quelquesfois il paſſe des nuees faſcheuſes ſur les Princes & ſur leurs eſtats. Frulouſe ayant tramé & aſſeuré ſa trahi ſon, forma ſa cöiuration parvne calomnie qu’il palia de tant d’ornemens ſemblables preſquesà ceux de laverité, qu’il y auoit apparence en ſon faict pourpenſé dont il fit rapport au Roy, luy deſcouurant vne conſpiration arreſtee contre ſa maieſté laquelle eſtoit preſte d’eſtre executee ; luy diſant que ſon fils Pirinte en eſtoit chef, & qu’il auoit practiqué Fronauue & pluſieurs au tres quil’aſſiſteroient à ſe ſaiſir de ſa perſonne, pour puis apres ſe faire proclamerRoy des Tau xomutes, & Monarque des Seigneuries baſſes, àquoyille feroit códeſcendre par force.Le Roy tout en cholere, indigné par ce rapport, ſans fai re autre perquiſition, pource qu’il croyoit les Hoſpites † acertenoient le dire de Frulouſe, ioinct que leur hypocriſie ne luy eſtoit pas ma nifeſte, à cauſe qu’il n’y prenoit pas †, mit les armes és mains du Geant, & par l’authorité qu’illuy attribuale rendit le plus fort, ſi qu’il luy fut aiſé de paruenir à ſes fins : Ainſi auancé Fru louſe ſçachãt quePirinte eſtoit aupres de ſa mai ſtreſſe, luy dreſſa vne embuſche ſi ſecrette, que le Prince ſortant du chaſteau fut ſurpris, auant qu’y auoir peu penſer ; & le Geant luy mettant la main ſus, luy fit commandement de rendre obeiſſance à ſon Seigneur & pere : luy tout eſtö né voulut tenir ſon rang ſur ſon ennemy, mais il fut ſoudain pris & ſaiſi, & forceluy fut de cedder à la violence qui le maiſtriſoit. Griſette portiere du chaſteau, ayant veu & cognu ceſte tragedie, le courut en haſte dire à Vfonis, laquelle ſe deſtourna en diligence, & auant qu’on peuſt penſer qu’elle ſceuſt cet accident tira chemin, & auec grand labeur alla ſe ſauuer en la Republi que de Gaucontaine, qui eſt vne Seigneurie qui ne recognoiſt perſonne que ſon propre magi ſtrat, n’aiantSouuerains que certains choiſis par le peuple, & continuez ſelon leurs merites & bonté.Fulee eſt le chef de leur conſeil : Vragi nie le Lieutenant general, & les Douſſilans, leſ quels ſont de fort antique famille, font les Con ſeillers. Incontinent que Pyrinte fut pris, il fut ſerré ſeurement, & tellement que difhcilement pouuoit-on parler à luy : Ileut bien voulu parler pour ſçauoir & reſpondre, & ſe iuſtifier ſ’il y auoit de l’accuſation, mais illuy eſtoit denié, ſi qu’il ne ſçauoit qu’on luy vouloit, ny qu’il auoit à requerir. Il ſut gardé en la tour des Miſtau bolins, où ceux qui frequentoient recognoiſ ſoient aſſez qu’à tort le pauure Prince eſtoit là. Et toutefois perſonne n’en oſoit parler pour la crainte du Geant, qui ſe rendoit eſpouuantable au moyen de ſon authorité. Cependant par ſous —main & auec grand diſcretion, Griſerte auertit le Prince de toute la verité de l’entrepriſe du Geant, & de la bonne abſence d’Vfonis, ce qui le conſola, & fit qu’il prit cœur à penſer à ſe libe rer. Comme il eſtoit ſur ces deſſeins, il luy en vint vn à propos : C’eſt que Frulouſe ayant ſceu l’euaſion d’Vfonis fut en deſeſpoir & plein de triſteſſe, imagina vn moyen § CO11 tentement, il ne penſoit point que le Prince eut † rien ſçauoir des affaires, veu le ſoin dont il e gardoit : parquoy ayant en ſoy pris ſa concluſion, il vint à luy. — Pyrinte, luy dit-il, vous · eſtes Prince galand & beau, ie ſuis marry de la mauuaiſe fortune que vous courrez, & du cour roux du Roy voſtre pere contre vous, ſi vous auez de la prudence, ie taſcheray à ſi bien faire, que ie feray la paix, bien que voſtre cauſe ſoit treſ-mauuaiſe : car le Roy eſt deuëment infor—. — méd’vne trahiſon que vous voulez faire pour — le deſnuer de ſes Royaumes des baſſes contrees, il ne faut point de reſponſe à celà, il n’y a qu’vn moyen que ie vous diray : C’eſt que ſi vous deſi | rez que ie face p9ur vous, ie vous prie faire pour moy : Ie moyenneray voſtre entiere liberté, ſi — e vous voulez interceder pour moy vers le pere / d’Vfonis, pour me la faire donner à femme, cro yez que ſi vous le faites, voſtre deliurance ne tient à rien, car i’ay commiſſion abſolue ſur vous, aduiſez-y. Pyrinte ne faiſant point mine de ce qu’il ſçauoit, l’embraſſa, diſant, Mon bien facteur, mon eſpoir, il n’ya rien que ie ne face † vous, s’il ne tient qu’à prier Fronauue, & •.. — C. perſuader par toutes voyes, il n’y aura rien que | | | ie ne tente : Voire mais, luy dit le geant, i’ay en tendu que vous yauez affection, parquoy il fau droit vous en deporter. A celà reſpond le Prin ce, Dés maintenantie vous cede tout pour vous monſtrer que ie n’y pretends rien, allez-y, & l’enleuez pluſtoſt que ne ſoyez content, ie ne vous empeſcheray pas, tant pour ce que ie ne : puis, que ie veux, ſi ie le pouuois, ce ſeroit pour · # | | | vous gratifier. Par ces diſcours qui furent ſou— |# # — uent reiterez, le Prince attira ſi bien à luy le | | | # | | Geant, qu’en fin il en ſuruint des affaires autres que les premeditees. La bonne Griſerte ſage & accorte faiſoit ſcauoir tout à Vfonis, & ce † aydoit ſous main au Prince pour ſali erté, dont il vint à bout fort prudemment, & cependant il amuſoit le Geant, qui faiſoit par tout s’enquerir d’Vfonis, pour, l’ayant deſcou | uerte, aller en diligéce s’en ſaiſir, tādis qu’il dete · noit Pyrinte.Or ce Prince auoit vn page auec lui qui auoit liberté d’aller & venir par le chaſteau, ceieune enfant par l’inſtruction deGriſerte ſceut vn paſſage qui eſtoit en vne vieille muraille, & il en aduertit ſon maiſtre, qui s’y hazarda, & paſſalegerement, & ainſi euada & s’aduanca le plus qu’il † pour rencontrer lieu de ſauueté & ſeurté : le geant courut apres, mais trop tard, car il ne le ſceut que le lendemain. Or Pyrinte aſſant par vne foreſt, ſe trouua en vn chemin où des voleurs auoient tué vn homme, auquel ils n’oſterent que lavie & l’argent, car de peur d’e— ſtre cognus & decelez par les hardes, ils le laiſſe rent tout habillé auec ſon manteau dont ils le couurirent.Le Prince voyant celà, & qu’il n’ya — uoit perſonne là autour, prit le manteau de l’oc cis & y laiſſa le ſien, puis il gaigna chemin tant qu’il peuſt.Leiour d’apres le Preuoſt des Mareſ chaux paſſant par là, trouua ce corps que les loups auoient deſia enuahi : Ille fait viſiter, mais on ne le peut cognoiſtre. Il le fit leuer de la, & porteraubourg prochain, où vn des ſoldats du chaſteau eſtant, & voyant le manteau le reco gneut, & dit que c’eſtoit celuy de Pyrinte, qui depuis deux iours s’eſtoit ſauué du chaſteau, & auſſi toſt le Geant l’ayant ſceuy vint, & apres pluſieurs diſcours fut aiſément conclu que c’eſtoit le Prince qui eſtoit mort. Le Roy en fut aduerty, fit ſigne d’en eſtre content, & toutes fois il vouloit que iuſtice ſut faicte, & partant qu’enqueſte ſe fiſt partout, celà aduenu, le Roy fit tenir ſes Eſtats, & cōſtitua Frulouſe ſon Lieu tenant general, & luy donna le gouuernemēt de ſon fils aiſné. Le Geant ſe voyant en telle dignité, ſceut tant amadouër & flatter le Prince, qu’il le rendit du tout à ſa deuotion, tellement qu’ils n’eſtoient qu’vn cœur. Vfonis ayant ſceu ce qui ſe paſſoit comme on le contoit, en prit ſi grand ennuy, que de triſteſſe elle ſe relegua auec des filles deuotes, où elle paſſoit ſa detreſſe. Pyrinte fuſt volontiers allé en Gaucontaine, mais il n’y pouuoit paſſer ſans eſtre deſcouuert, par quoy il ſe retira és pays où regnoit le bon Triuoli ſon couſin, auquel eſtant paruenu en habit diſſimulé, il fut receu fort humainement, eſtant là, il raconta ſes fortunes & les menees de Frulouse. Trivoli qui auoit chaſſé de ſes terres & Seigneuries le Geant & les Hyſpoſtes, pour les affrons qu’ils luy auoient faicts, cōſola le Prince, & luy promit tout ayde & confort. Quelques iours apres vindrent nouuelles, que le puiſné de Leci auoit eſté tué en vne foreſt, Pyrinte ſit le diſcours de ce qu’il auoit faict, parquoy ſuiuant ceſte nouuelle, ne voulant eſtre cogneu encores, il prit conſeil auec ſon couſin, & ſe fit continuer le nom de Brilland, qu’il auoit pris entrant en ſes pays. Cependant Frulouſe ſe ſeruant de ce qui ſe preſentoit, incita Turanes fils aiſné de Leci à ſe faire valoir, & pour ce qu’il n’auoit gueres de courage, illuy dit — qu’il executeroit tout ce qu’il conuiendroit en ſon nom, & qu’auec le temps illuy mettroit le Diadeſme ſur la teſte, & l’afleeroit ſur le Troſne paternel qui luy eſtoit deu, & veu le peu de cas quele Roy faiſoit de luy, qu’il l’au thoriſeroit, & n’y auoit pas de danger, atten du ſon age, & que le bon homme ſe deuoit repoſer, & que pour ce faireille relegueroit fort aiſement enl’iſle Titane, & puis apresils iouyroient abondamment de toutes delices. — Le Prince qui gouſtoit ces nouuelles friandi ſes, ſe laiſſa aiſément perſuader, & par ainſi la coniuration eut lieu : moyennant les practi ques auecles Tauxomutes par le moyen des) Hiſpoſtes, qui tous enſemble firentreuol — ter les grands, & le peuple, qui contrai gnirent le triſte Leci de prendre la fuitte : Et tout ce qu’il peuſt faire, fut de ſe ſauuer & cacher au Comté de Rufime, au deſceu de ſes ennemis, qui ne l’ayans peu deſcouurir, en laiſſerent la pourſuite, & ſe tindrent au pays, où ils auoient occupé le bien des bons & obeyſſans peuples. La nouuelle de ceſt affaire fut apportee à Triuoli, qui en aduertit ſon couſin Brilland, qui s’en trouua fort ennuyé, toutefois il prit reſolution auec ſon bon couſin, & ainſi fort promptement & coyment ils leuerent vne forte armee, auec laquelle ils donnerent dans Suci uie, où eſtoient Frulouſe & les Hiſpoſtes, qui furent ſurpris, taillez en pieces la pluſpart, & les autres mis en fuite, le Geanty demeura. Les Tauxomutes de manderent’pardon, qui leur fut accordé, horſmis àTuranes qui fut pour ſa fau fortunez. Entrepriſe III. 6i ; te reſerré au chaſteau de Derence, où il ferape nitence legitime. Ces affaires ainſi paſſees, Brilland reprenant ſon premier nom, & s’eſtant fait recognoiſtre qu’il eſtoit Pyrinte, mit gar niſons§ tout, craignant les ſurpriſes des Hiſpoſtes reſtez, & en train aſſez capable de ſe faire obeyr, vint à Rufime, où il auoit appris — qu’eſtoit le Roy ſon pere : là entrant, il fit crier à hautevoix, Viue le Royle bon Roy Leci. Le bon homme qui ne ſceut rien de l’affaire qu’à coup prés, ſçeut par vn ſien fidele tout ce qui s’eſtoit paſſé, & que ſon fils Pyrintelevenoitde liurer. Le ſage Roy en attendit l’yſſuë, ne ſça chant qu’en croire : d’autant qu’il penſoit qu’il ne fuſt plus, veules choſes paſlees. En ce doute, il vid entrer ſon fils, qui auſſitoſt ſe vint ietter. à ſes pieds, & luy demander ſa bonne grace & pardon de l’offence que les meſchans luy auoient faicte à ſon occafion. Le bon Leci embraſſa ſon fils bien-aymé, & recognoiſſant ſon innocence par ſon deuoir, eut deux plaiſirs ſouuerains, d’autant qu’il recouura ſon fils en vie, & par luy ſe vit remis en ſes eſtats & do minations. Apres que le Roy fut reſtably, les Eſtats tindrent, & Leci voulant grati — fier ſon bon fils Pyrinte, luy donna pluſieurs fouuerainetez, entre autres le Royaume de Marſquouie : Mais tout ce ſuccez ne luy tou choit point tant au cœur que le deſir d’Vfonis qu’il alla luy-meſmes chercher en Gaucontaine où Griſerte l’auoit aſſeuré qu’elle eſtoit.Cepen dant qu’il deſpeſchoit ſes bonnes affaires pour paruenir au meilleur point, Griſerte aduer tit Vfonis de tout, auſſi toſt eſſancee de par faits deſirs reuenant à ſes premieres erres, elle laiſſa la ſolitude&ſe mit en chemin pour retour ner chez ſon pere, vn meſme ſoin pouſſant ces deux amans, Pyrinte ſe haſtoit d’aller où il de ſiroit trouuer ſon deſir, & labelle ſe diligentoit, ſi qu’ils ſe rencontrerent en la Duché d’Alto riante, leur entreueuë comme par ſurpriſe, bié qu’eſperee & recherchee, les rendit tant ſai ſis de contentement, que leurs cœurs abon dans de ioye firent vne certaine & mutuelle reuolution & tant eſtrange que la parole leur en faillit, & de fait ſont demeurez en ceſt eſtat comme vous les voyez : Et pource ils ſont ve nus comme loyaux amans § icy le re mede conuenable à leur mal. Et ie vous ſup plie par la meſme paſſion qui vous peuteſmou uoir : ſi autresfois elle vous a fait ſentir ſes vio lences, ou ſi vous les ſentez encor, de vouloir apporter tout ce qui ſera en vous pour gratifier le merite de ces deux parfaits amans. L’Em pe reur prit plaiſir à la naifueté dont en vſoit ce Gentilhomme, qui pour n’auoir eſté nourry que ſimplement, ne ſçauoit pas ſa court ar tificieuſe, ainſi que ces deliez qui font vne autre recherche de paroles, que celles qui, nuement declarent les intentions, & puis ayant receul’auis du Conſeil prononça,

La Souueraine vous promet conſolation, mais pour obſeruer tout ce qui eſt raiſonnable & neceſſaire, vous remet à Dimanche, cependant vous irez vous reſiouir au chaſteau de Palalme qui eſt au bout du parcq, & ſerez là tant que lon vous aille querir.