Le Voyage des princes fortunez de Beroalde/Entreprise III/Prélude

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

profondément qu’ils pretendoient l’eſleurer. Les Roys ſont Rois, & faut, qui que l’on ſoit, viure auec eux, obſeruant tout reſpect : car ils n’ont conſideration ſinō qu’ils ſont Rois, leurs actiōs, penſees & reſolutions ne ſe forment pas au modelle de celles des hommes, ains au patron de la puiſſance des Monarques ; l’amitié & le deuoir ne ſont en eux que lors qu’ils deſpoüillent vn petit de leur grandeur, & ſe recreent auec les hommes pour leur ſeul plaiſir : Tout leur eſt deu. Mais en quels diſcours vay-ie nager à bras eſtendus ? Tout beau, propos d’eſtat, ne m’attirez pas ſi fort, ie ne veux point faire les Rois inhumains, ie les honore trop, arreſtons nous à ce but ; C’eſt qu’ils tiennent les reſnes des volontez, & que la bien ſeance nous aſtraint d’obeir, ſi nous ne voulōs que la force nous froiſſe aſſommez des pierres de noſtre fierté. Sçachons que le Roy eſtant Roy, il n’y a rien ſous luy, il n’y a rien qui ne ſoit ſuiet à la loy dont il eſt l’ame. Il n’y a point d’enfans de Roy, il n’y a point de parens ny d’amis, ſ’il n’y a de l’obeiſſance, la ſeule obeiſſance fait que les fils ſoient recognus enfans, & traitez gracieuſement ; que les parens ſoient honorez de tel aueu pour eſtre gratifiez que ceux qui ont eſté nommez amis, ſoient allechez de bien ueillāce, & que l’ame des peuples ſoit en eſtime, à ce que les congregations perſiſtent eſtans conſeruees, & que la iuſtice ait lieu & ſoit magnifiee.