Les Aventures de Huck Finn/6

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Traduction par William Little Hughes .
Hennuyer (pp. 54-65).


Je voulais explorer un endroit que j’avais remarqué au beau milieu de mon île durant ma promenade de la veille. Jim se décida à me suivre, et nous fûmes bientôt arrivés, car l’île Jackson n’a que trois milles de long. L’endroit en question était une crête qui s’élevait à une hauteur de quarante pieds environ. Nous eûmes de la peine à grimper. La pente devenait de plus en plus raide à mesure que nous montions et les buissons épineux nous barraient parfois la route. Parvenus au sommet, nous nous trouvâmes en face d’une caverne creusée dans le roc et qui s’ouvrait du côté du Missouri. Elle n’était pas très grande ; mais Jim pouvait s’y tenir debout et on n’y avait pas trop chaud. Mon compagnon parut ravi de cette découverte. Il me proposa de repartir aussitôt pour emménager nos provisions et nous installer dans la grotte.

— Il n’y a qu’à amarrer le canot juste en face de l’endroit où nous sommes, me dit-il. D’ici, je verrai arriver les curieux de loin, s’il en vient, et nous serons sur la côte de l’Illinois avant qu’ils aient abordé. Et puis les oiseaux nous ont avertis qu’il va pleuvoir. Quand la pluie tombe dans cette saison, elle tombe bien ; les provisions seront perdues.

Je n’avais pas besoin de l’avis des oiseaux pour deviner que le temps allait changer, et je savais aussi que les gens qui se mettraient en quête de Jim partiraient de Saint-Pétersbourg, c’est-à-dire du côté du Missouri. Je me laissai donc convaincre. La barque, amenée jusqu’au milieu de l’île, fut cachée sous les saules. Jim se chargea de ce qu’elle contenait et regagna la caverne, où je ne tardai pas à le rejoindre avec deux poissons qui avaient mordu à nos lignes.

L’entrée de notre grotte était si large que nous ne manquions ni d’air ni de jour.

Nous avions étendu les couvertures à l'intérieur.

D’un côté de la porte — il n’y avait pas de porte, mais ça ne fait rien — un bout de rocher plat s’avançait au dehors, comme pour nous servir de cuisine. Jim alluma son feu sur cette dalle, que les buissons protégeaient contre le vent, et notre dîner fut vite préparé. Les provisions installées au fond de la caverne, nous avions étendu les couvertures à l’intérieur, près du foyer, car le sol semblait un peu humide. Nous mangeâmes d’aussi bon appétit que si nous avions été dans le plus beau salon de la veuve. Lorsqu’on a faim, on se passe fort bien de table. Une table nous aurait même gênés, attendu que les chaises manquaient.

Peu à peu, le ciel s’assombrit, puis ce furent des coups de tonnerre à vous assourdir, des éclairs à vous aveugler. Enfin, la pluie se mit à tomber à torrents. Les oiseaux ne s’étaient pas trompés. Je n’ai jamais entendu le vent souffler si fort. Tantôt, au-dessous de nous, les branches des arbres se courbaient sous l’averse ; tantôt une rafale les relevait et les tordait. Un moment on ne voyait presque rien ; le moment d’après, frst ! tout avait l’air de flamber et j’apercevais au loin les arbres qui agitaient leurs branches. Une seconde plus tard, c’était la bouteille à l’encre, même à vingt pas de la caverne. Alors le tonnerre recommençait à gronder ; on aurait dit un tas de barriques vides roulant du haut en bas d’un escalier.

— Eh bien, Jim, dis-je à mon compagnon, qui ne se montrait pas trop rassuré, est-ce que l’orage t’a coupé l’appétit ? Est-ce que tu ne te crois pas à l’abri ?

— Ah ! répliqua-t-il, vous ne seriez pas à l’abri sans Jim. Nous serions tous les deux dans le bois et à moitié noyés.

Après l’orage, le fleuve continua à monter pendant dix ou douze jours, et une bonne partie de l’île fut inondée. Je ne parle pas seulement des berges ; même à l’intérieur, la pluie avait laissé dans les bas-fonds une foule de petits lacs de trois ou quatre pieds de profondeur. Les rives de l’Illinois étaient complètement submergées, et, de ce côté, le Mississipi avait maintenant plusieurs milles de large ; mais la distance qui nous séparait du Missouri restait à peu près la même, parce que le terrain formait dans cette direction une sorte de mur qui empêchait l’eau de s’étendre.

Le jour, nous nous promenions en canot sur notre île. Il faisait très frais dans le bois, même lorsque le soleil desséchait les endroits découverts. Le canot se faufilait entre les arbres et quelquefois les lianes devenaient si pressées qu’il fallait reculer pour s’ouvrir un passage ailleurs. Sur les tertres ou sur les troncs d’arbres abattus qui sortaient de l’eau, on voyait des lapins et d’autres bêtes ; la faim les apprivoisait joliment, et je crois qu’ils ne demandaient qu’à se laisser prendre. Il y avait aussi des tortues ; mais elles glissaient dans l’eau à notre approche. Les serpents ne manquaient pas non plus ; nous en rencontrions jusque sur le plateau où se trouvait la caverne.

Un soir — nous évitions autant que possible de sortir du bois en plein jour — Jim poussa un cri de joie à la vue d’un radeau échoué sur la rive. Quand je dis un radeau, je me trompe ; ce n’était que la moitié d’un grand train de bois qui avait dû se détraquer pendant l’orage et qui venait sans doute d’une des grandes scieries établies au-dessus de Saint-Pétersbourg. En effet, il se composait de planches de sapin très unies et assez solidement attachées. Il mesurait bien douze pieds de large sur quinze ou seize de long, avec une petite plate-forme très commode pour ceux qui tenaient à rester les pieds secs.

— Il n’y a pas de quoi se frotter les mains, dis-je à Jim. Les planches ne se mangent pas. Elles rapporteraient gros dans un chantier ; par malheur, il faudrait aller loin pour les vendre.

— Justement, massa Huck ! J’espère que nous irons assez loin quand l’eau baissera un peu, et, sur le Mississipi, il vaut mieux voyager sur un bon radeau que dans une coquille de noix. Et puis, l’île Jackson est trop près de la ville. Je voudrais déjà être parti. Personne ne viendra vous chercher ici, parce qu’on vous croit mort ; moi, c’est une autre histoire.

— Pas du tout, Jim. Comme je ne suis pas mort, on nous prendrait du même coup et on me ramènerait là-bas. Sois tranquille, je ne tiens pas plus que toi à être pris. En attendant, ton idée n’est pas mauvaise ; fixons le radeau de façon à ce qu’il ne s’envole pas.

Le lendemain, vers l’aube, nous allâmes lever nos lignes. Devinez un peu ce que nous vîmes arriver le long de la côte de l’Illinois ? Une maison ! ou du moins le haut d’une maison en bois qui suivait lentement le courant. Dieu sait comment elle avait été entraînée et comment elle se soutenait sur l’eau. Sans doute, elle s’appuyait sur des troncs d’arbres accrochés en route et qui ralentissaient sa marche. Elle était à deux étages et penchait en avant. Nous l’atteignîmes en pagayant, et, à défaut de porte, Jim entra par une croisée qu’il enfonça avec son aviron. Il ne faisait pas encore assez clair pour bien voir à l’intérieur ; nous attachâmes le canot à l’arrière de l’épave et nous nous assîmes. Le jour vint avant que nous eussions atteint la pointe de l’île. Alors, en regardant par la fenêtre, nous distinguâmes un lit, une table, des chaises renversées et une foule d’objets qu’on semblait avoir jetés au hasard sur le parquet. Quelque chose gisait dans le coin le plus éloigné de la croisée ; ça avait l’air d’un homme endormi.

La maison flottante.

— Holà ! hé ! cria Jim.

Rien ne bougea. Je criai à mon tour ; puis Jim sauta dans la chambre.

— Il ne dort pas, me dit-il au bout d’un instant. Non, ma foi. Il a reçu une balle dans la poitrine et il doit être mort depuis deux ou trois jours. Je vais vous aider à grimper ; mais ne le regardez pas, Huck.

Il s’était dépêché de jeter un bout de tapis sur le corps ; il aurait pu s’en dispenser ; je n’éprouvais pas la moindre envie de regarder.

— Tiens, lui dis-je en lui montrant un masque de drap noir que je venais de ramasser, c’est la bande dont mon père a parlé qui a fait le coup.

— Tant pis, répliqua Jim ; ces gredins ne laissent derrière que ce qui ne vaut pas la peine d’être emporté.

Les gredins paraissaient avoir tout bousculé ; mais ils n’avaient pas tout emporté. Accrochés aux murs, il y avait des robes, des jupes et quelques habits d’homme à ma taille. Ils arrivaient à propos, car mes vêtements tombaient en loques. Nous ramassâmes aussi une hachette, des livres, un couteau de poche, un paquet de chandelles, un chandelier de cuivre, une gourde, deux tasses d’étain, un couvrepied rapiécé, un marteau, des clous, un collier de chien, une ligne à pêche aussi épaisse que mon petit doigt, un fer à cheval, une cruche à moitié pleine de whisky ; tout cela pouvait servir. Notre dernière trouvaille fut une jambe de bois ; elle était trop courte pour Jim, trop longue pour moi, et les courroies manquaient ; à part ce défaut, c’était une très belle jambe. J’eus beau chercher, je ne parvins pas à mettre la main sur l’autre.

Quand nous fûmes prêts à pousser au large, nous nous trouvions à un quart de mille du pied de l’île et il faisait déjà grand jour. J’obligeai Jim à se coucher au fond du canot, parce que, s’il était resté assis, on aurait reconnu un nègre d’assez loin. J’avais traversé le fleuve des centaines de fois et j’étais bon rameur ; sans quoi, je ne serais peut-être jamais parvenu à me rapprocher des côtes de l’Illinois. Je finis par regagner l’eau dormante au bord de l’île ; mais je me sentais joliment fatigué. Jim prit à son tour les avirons et nous arrivâmes sains et saufs à notre point de départ.

Après déjeuner, j’adressai une foule de questions à Jim au sujet du mort que le courant emportait au loin. Je cherchais à deviner si c’était un des voleurs ou s’il avait été tué par eux. Le nègre détourna la conversation.

Je me mis à examiner une espèce de houppelande qui semblait avoir été taillée dans une vieille couverture de laine. Après l’avoir décrochée avec d’autres vêtements pendus aux murs de la maison flottante, je l’avais jetée de côté ; mais Jim s’était obstiné à l’emporter. Je découvris, cousus dans la doublure du collet, huit dollars en argent.

— Eh bien, demandai-je au nègre, soutiendras-tu encore qu’il ne faut jamais toucher à une peau de serpent ? Je t’ai raconté avant-hier que j’ai trouvé une peau de serpent sur le plateau, à l’entrée de la caverne, et que je l’ai écrasée entre mes doigts. Tu as prétendu que rien ne portait malheur comme de manier ces machines-là. Tu vois que c’est tout le contraire.

— Attendez un peu, Huck, ça viendra ; rappelez-vous que je vous l’ai dit, ça viendra.

Il ne se trompait pas et je n’eus pas le temps d’oublier sa prédiction. Il me l’avait faite un mercredi. Le vendredi suivant, comme nous étions assis sur l’herbe à l’entrée de la grotte, je me levai pour aller chercher du tabac. La première chose que j’aperçus fut un serpent à sonnettes. C’était peut-être celui qui avait changé de peau quelques jours auparavant. En tout cas, il m’aurait certes porté malheur, si je ne l’avais pas tué. Je le plaçai à côté de la couverture de Jim. Roulée sur elle-même, sa tête plate en l’air, la vilaine bête paraissait prête à s’élancer, et je ne pus m’empêcher de rire d’avance de la peur qu’elle causerait au nègre.

Une heure après, je n’y songeai plus. Quand Jim se jeta sur sa couverture, il y avait là un second serpent qui le piqua. Jim se redressa en hurlant, et, dès que j’eus allumé la chandelle, je vis le crotale se tortiller autour de sa jambe, tout prêt à le mordre de nouveau. En un clin d’œil, je passai un bâton sous un des replis, un coup de couteau fit le reste. Jim empoigna la cruche de whisky et avala gorgée sur gorgée, ne s’arrêtant que lorsque la respiration allait lui manquer.

— Prends garde, Jim, lui dis-je. Tu n’es pas habitué à boire. Si tu continues, tu tomberas bientôt ivre mort.

Je passai un bâton sous un des replis du crotale.

— Tant mieux, répliqua-t-il, c’est le meilleur remède. Vous me roulerez dans ma couverture et vous me laisserez transpirer. En attendant, coupez un petit bout de la bête qui m’a mordu, ôtez la peau et faites-le rôtir. Je le mangerai, ça aidera aussi. Et puis vous enlèverez les crochets pour me les attacher autour du poignet.

Mon pauvre Jim avait toujours, à juste titre, passé pour un modèle de sobriété. Ce soir-là, tout en m’adressant ses recommandations, il s’interrompait sans cesse pour porter à ses lèvres le goulot de la cruche. Il s’arrêtait de temps à autre, se mettait à hurler et à danser, puis recommençait à boire. Il était nu-pieds et avait été mordu au talon. Heureusement, sa jambe n’était pas trop enflée, et je lui dis que c’était bon signe.

— Oui, murmura-t-il ; mais j’ai beau me brûler le gosier, la tête ne me tourne pas, et c’est mauvais signe.

Enfin le whisky finit par produire son effet habituel et j’enveloppai Jim dans sa couverture. Il demeura couché pendant trois jours, puis le gonflement disparut. Il attribua sa guérison au rôti que je lui avais servi ; mais je crois que le whisky y fut pour quelque chose.

Au bout d’une semaine, le fleuve rentra dans son lit. Nos provisions diminuaient ou se gâtaient ; cependant, le poisson et les œufs de tortue ne manquaient pas. Un matin, j’eus l’idée d’accrocher un morceau de lard rance à un des hameçons de notre grosse ligne. Nous prîmes un énorme poisson nommé chat marin, qui mesurait au moins six pieds de long et qui faisait des bonds à nous envoyer sur la côte de l’Illinois. Nous le regardâmes se débattre jusqu’à ce qu’il se fût noyé, et nous eûmes de la peine à l’amener à terre, tant il était lourd. Il aurait valu beaucoup d’argent à Saint-Pétersbourg, car sa chair, blanche comme la neige, fait de fameuses grillades.

Le lendemain, il n’y avait qu’un brochet sur nos lignes, et, le surlendemain, un second brochet. Le temps commençait à me paraître long. Je ne m’ennuyais guère davantage dans la cabane de mon père. Jim débitait sans cesse les mêmes histoires.

Je me félicitai d’avoir été à l’école ; sans les livres que nous avions emportés, je me serais démonté la mâchoire à force de bâiller. Ils étaient presque tous amusants, excepté un, où l’on racontait comment on a coupé la tête à Louis XVI, je ne sais pas pourquoi. Jim aimait mieux l’histoire de Robinson Crusoé.

— Et tout cela est vrai ? me demanda le nègre.

— Parbleu ! puisque c’est imprimé.

— Alors Robinson a choisi un mauvais nom pour ce bon Vendredi.

— C’est vrai ; mais tu peux être sûr que Robinson n’a pas voulu lui porter malheur ; il l’aurait appelé Dimanche, s’il l’avait rencontré pour la première fois ce jour-là. Je parie aussi, qu’en dépit de ses chèvres et de son perroquet, il ne serait pas resté huit jours dans son île s’il avait eu un canot et s’il avait aperçu Saint-Pétersbourg du haut de sa caverne. Tom Sawyer non plus, je t’en réponds. Il aurait tenu à savoir ce qui se passe là-bas, et j’ai bien envie de traverser le fleuve un de ces soirs.

Jim désirait autant que moi savoir ce qui se passait de l’autre côté du Mississipi ; cependant l’idée ne parut guère lui sourire.

— On n’a pas eu le temps de vous oublier, me dit-il, et, pour découvrir quelque chose, il faudra parler aux gens.

— Tu penses bien que je ne m’adresserai pas au premier venu. D’ailleurs, j’ai de bonnes jambes ; il n’y a pas de canots au bas de la ville, et le nôtre sera là.

— Alors, il faudra que je vous attende au bas de la ville ?

— Pas du tout, répliquai-je. Tu m’attendras ici, et tu fileras sur le radeau, si je ne suis pas revenu avant qu’il fasse grand jour. Tu emporteras ce qui reste de provisions, les huit dollars, le fusil, et tu tâcheras de gagner les États libres.

— Oh ! je sais conduire un radeau et je me tirerai bien d’affaire tout seul. C’est pour vous que je crains, massa Huck. Vous voilà presque aussi bien habillé que chez la veuve et ça ne vous change pas assez… Au fait, il y aurait un moyen… Si vous mettiez une des robes qui sont là ?

— Décidément, Jim, tu n’es pas bête, m’écriai-je, Tom Sawyer lui-même n’aurait pas trouvé mieux.

Jim, comme beaucoup de nègres, savait coudre. Il se mit aussitôt à l’œuvre et eut bientôt arrangé à ma taille une robe de calicot et un jupon ramassés dans la maison flottante. Je ramenai le bas de mon pantalon jusqu’aux genoux ; les vêtements de contrebande furent passés par-dessus ma tête et Jim agrafa la robe derrière mon dos.

Jim agrafa la robe derrière mon dos.

Elle paraissait avoir été faite pour moi. Un grand chapeau de campagne, dont j’attachai les rubans sous mon menton, compléta mon costume. Jim déclara que personne ne me reconnaîtrait, même en plein jour ; seulement, il m’engagea à ne pas tenir les coudes en l’air et à sautiller un peu au lieu de faire de longues enjambées. Il me recommanda aussi de ne pas relever ma robe pour tirer mon couteau ou mon tabac de ma poche.

Cela n’est pas commode de marcher avec des jupes qui vous battent les mollets. Je me sentis d’abord très gêné ; mais, après m’être exercé pendant quelque temps en m’aidant des conseils de Jim, je m’y habituai si bien, qu’il me sembla que je pourrais regarder les gens en face sans trahir le moindre embarras.

Vers la tombée de la nuit, je partis dans le canot en longeant la côte de l’Illinois. Je traversai le fleuve un peu au-dessous de l’embarcadère du bac et le courant m’amena au bas de la ville. J’amarrai la barque dans une anse où j’avais souvent péché, puis je gravis la berge. Une lumière brillait à la croisée d’une petite maison qui, lors de mon départ, se trouvait depuis longtemps sans locataire. Je m’approchai à pas de loup et, regardant par la fenêtre, j’aperçus une femme d’une quarantaine d’années qui tricotait à la lueur d’une chandelle. Je ne l’avais jamais rencontrée. C’était donc une étrangère, car je connaissais au moins de vue tous les habitants de Saint-Pétersbourg.

Le hasard me favorisait. En m’adressant à cette femme, je ne courais aucun risque, et, si court qu’eût été son séjour dans la petite ville elle pourrait sans doute m’apprendre ce que je voulais savoir. Aussi frappai-je sans hésiter à la porte, bien décidé à ne pas oublier que j’étais une fille.