Les Chroniques de Sire Jean Froissart/Livre III/Chapitre LXIV

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CHAPITRE LXIV.

Comment le duc de Bretagne manda tous barons et chevaliers pour être au conseil à Vennes, et après ce conseil comment il pria le connétable d’aller voir son chastel de l’Ermine, et comment il le retint prisonnier en son dit chastel et le sire de Beaumanoir aussi en tel parti.


Sur celle imagination que je vous dis se fonda et arrêta le duc de Bretagne du tout ; et pour venir à son entente, il s’en vint à Vennes ; et fit là assembler un grand parlement de barons et chevaliers de Bretagne, et les pria moult doucement et par ses lettres que tous y vinssent ; et par espécial il pria moult affectueusement le connétable de France que il vînt et que il n’y voulsit point faillir ; car il lui y verroit plus volontiers que nul des autres.

Le connétable ne se sçut oncques ni ne se voult excuser ; car, pour ce que le duc de Bretagne étoit son seigneur naturel, il vouloit bien être en sa grâce, et vint à Vennes. Aussi firent grand’foison des barons de Bretagne. Le parlement fut là grand et long, et de plusieurs choses qui touchoient au duc et au pays, sans rien du monde toucher ni parler du voyage qui se devoit faire en Angleterre ; et ne vouloit pas le duc montrer que il en sçût rien ; mais trop bellement s’en couvrit et s’en dissimula.

Le parlement fait dedans la cité de Vennes et au chastel que on dit à la Motte, le duc donna à dîner très grandement aux barons de Bretagne ; et les tint en soulas et en paroles amoureuses jusques à la nuit, que ils s’en retournèrent en leurs hôtels au bourg hors de la cité. Le connétable, pour complaire aux chevaliers et aux écuyers de Bretagne, et pour ce aussi que il y étoit tenu, ce lui sembloit, fit prier à lendemain en son nom de donner à tous les chevaliers qui là étoient à dîner. Aucuns y vinrent, et aucuns s’en retournèrent à leurs hôtels pour prendre congé à leurs femmes ou à leurs pères ou dames de mère ; car c’étoit l’intention du connétable que, lui parti de là, il s’en iroit tout droit à sa navie qui l’attendoit à Lautriguier. Tout ce savoit bien le duc de Bretagne ; mais nul mot n’en avoit sonné, ni en requoi, ni en général, pourtant que il ne vouloit point montrer que il en sçût rien.

Or fut ce dîner finé, auquel furent la greigneur partie des barons de Bretagne. Droit sur la fin, vint le duc ; et s’ébattoit sur eux très amoureusement par semblant ; mais il sayoit bien quelle chose il avoit dedans le cœur et pensoit ; et nul ne le pouvoit savoir, fors lui et ceux à qui il s’en étoit secrètement découvert.

Quand il fut entré en l’hôtel du connétable et que on dit : « Véez-ci, monseigneur le duc ! » tous se-levèrent contre lui ; ce fut raison ; et le recueillirent doucement, ainsi que on doit recueillir son seigneur. Il s’accompagna et humilia grandement envers eux et s’assit entr’eux, et but et mangea ainsi que par amour et par grand’compagnie ; et leur montra plus grand semblant d’amour que il n’avoit oncques fait ; et leur dit : « Beaux seigneurs, mes amis et mes compagnons, Dieu vous laisse en aller et retourner à joie, et vous doint faire telle chose en armes qu’il vous plaise et qui vous vaille. » Ils répondirent tous : « Monseigneur, Dieu le vous veuille mérir ! Et grandement s’en contentèrent de lui, de ce que humblement il les étoit venus voir et prendre congé à eux.

Vous devez savoir que, assez près de Vennes, le duc de Bretagne pour ces jours faisoit faire un chastel très bel et très fort, lequel chastel on l’appelle l’Ermine, et étoit presque tout fait. Il, qui vouloit entraper le connétable là dedans, dit ainsi au connétable, au seigneur de Laval[1], au vicomte de Rohan[2], au seigneur de Beaumanoir et à aucuns barons qui là étoient : « Beaux seigneurs, je vous prie, à votre département, que vous veuillez venir voir mon chastel de l’Ermine, si verrez comment je l’ai fait ouvrer et fais encore. » Tous le lui accordèrent ; car par semblant il étoit là venu entr’eux si amoureusement et si privément que ils n’y pensoient que tout bien, ni jamais ne lui eussent refusé ; et montèrent tous à cheval, où la plus grand’partie, et s’en allèrent avecques le duc à l’Ermine. Quand le duc, le connétable, le sire de Laval, le sire de Beaumanoir et aucuns autres chevaliers furent venus au chastel, ils descendirent de leurs chevaux et entrèrent ens. Le duc par la main les mena de chambre en chambre et d’office en office, et devant le cellier, et les fit là boire.

Quand ils eurent fait le tour, le duc s’en vint sus la maîtresse tour, et s’arrêta à l’entrée de l’huis et dit au connétable : « Messire Olivier, il n’y a homme de çà la mer qui mieux se connoisse en ouvrage de maçonnerie que vous faites. Je vous prie, beau sire, que vous montez là sus, si me saurez à dire comment le lieu est édifié. Si il est bien, il demeurera ainsi ; si il est mal, je l’amenderai ou ferai amender. » Le connétable, qui nul mal n’y pensoit, dit : « Monseigneur, volontiers : allez devant, monseigneur, » dit-il au duc. « Non ferai, dit le duc, allez tout seul ; je parlerai ici un petit, endementres que vous irez ; au sire de Laval. » Le connétable, qui se vouloit délivrer, entra ens et monta les degrés. Quand il fut monté amont et il eut passé le premier étage, il y avoit gens en embûche en une chambre qui ouvrirent un huys. Les aucuns vinrent fermer l’huys de dessous, et les autres s’avancèrent, qui étoient tous armés et qui savoient bien quelle chose ils devoient faire, et vinrent sur le connétable. Encore en y avoit-il en haut en une chambre sur le pavement. Là fut le connétable de France enclos et pris de eux, et tiré en une chambre, et enferré de trois paires de fers. Et lui dirent ceux qui le prirent et l’enferrèrent : « Monseigneur, pardonnez-nous ce que nous vous faisons ; car il le nous faut faire. Ainsi nous est-il enjoint et commandé de monseigneur de Bretagne. » Si le connétable fut ébahi à celle heure, ce il ne fut pas merveille.

Bien se devoit émerveiller le connétable de ce qui lui étoit avenu ; car, depuis que les haines montèrent entre le duc de Bretagne et lui, pour lettres que le duc lui escripsit, pour prière qu’il lui fesist ni fist faire, pour sauf conduit allant et retournant qu’il lui voulsist envoyer, oncques le connétable de France ne vouloit venir en la présence du duc, ni il ne se eût osé fier ni assurer. Or l’étoit-il maintenant, dont il se véoit en dur parti ; car il sentoit le duc haineux et merveilleux sur lui, et bien lui montroit.

Quand le sire de Laval, qui étoit bas à l’entrée de l’huys de la tour, ouït et vit l’huys de la tour clorre à l’encontre d’eux, tout le sang lui commença à frémir ; et entra en grand souspeçon de son beau-frère le connétable, et regarda sus le duc qui devint plus vert que une feuille. Adonc connut-il bien et sentit que la chose alloit malement. Si dit : « Ha ! monseigneur, pour Dieu merci, que voulez-vous faire ? N’ayez nulle male volonté sus beau-frère le connétable. » — « Sire de Laval, dit le duc, montez à cheval et vous parlez de ci ; vous vous en pouvez bien aller, si vous voulez, je sais bien que j’ai à faire. » — « Monseigneur, répondit le sire de Laval, jamais je ne me partirai sans beau-frère le connétable. »

À ces mots entra et vint en la présence du duc le sire de Beaumanoir que le duc hayoit grandement, et demandoit aussi. Le duc vint contre lui en tirant sa dague, et dit : « Beaumanoir, veux-tu être au point de ton maître ? » — « Monseigneur, dit le sire de Beaumanoir, je crois que mon maître soit bien. » — « Et toutefois, dit le duc, je te demande si tu veux être ainsi. » — « Ouil, monseigneur, » dit-il. Adonc trait le duc sa dague, et la prit par la pointe, et dit : « Or ça, ça, Beaumanoir, puisque tu veux être ainsi, il te faut crever un œil. » Le sire de Beaumanoir vit bien que la chose alloit mal ; car le duc étoit plus vert que une feuille. Si se mit à un genouil devant lui, et lui dit : « Monseigneur, je tiens tant de bien et de noblesse en vous que, si il plaît à Dieu, vous ne nous ferez que droit, car nous sommes en votre merci. Et par bonne amour, et par bonne compagnie, et à votre requête et prière, sommes-nous ci venus ; si ne vous déshonorez pas pour accomplir aucune felle volonté, si vous l’avez sur nous ; car il en seroit trop grand’nouvelle. » — « Or va, va, dit le duc, tu n’auras ni pis ni mieux que il aura. » Adonc fut-il mené en une chambre de ceux qui étoient ordonnés pour ce faire, et là enferré de trois paires de fers. S’il fut ébahi, il y eut bien cause, car il sentoit que le duc ne l’aimoit que un petit, ni le connétable aussi ; si n’en pouvoit-il avoir autre chose.

Ces nouvelles s’espandirent ens ou chastel et en la ville, que le connétable de France et le sire de Beaumanoir sont retenus, et le sire de Laval ; mais cil s’en pouvoit partir quand il vouloit, car le duc ne lui demandoit rien. Donc furent les gens ébahis et émerveillés. Il y eut bien cause, car tous disoient que le duc les feroit mourir, car il avoit trop mortelle haine sur eux. Là étoit blâmé le duc grandement des chevaliers et écuyers auxquels les nouvelles venoient, et disoient : « Oncques si grande défaute ne fut en prince, comme elle est maintenant au duc de Bretagne. Il a prié le connétable d’aller dîner avecques lui ; il y est allé ; sur ce il l’est venu voir à son hôtel et boire de son vin et prié d’aller voir ses ouvrages ; puis l’a retenu. On n’ouït oncques parler de la chose pareille. Et que pense le duc à faire ? Il s’est tout entièrement, et n’en fesist jamais plus[3], déshonoré ; ni on n’aura jamais fiance en nul haut prince, puisque le duc s’est ainsi deçu. Et par voies obliques et fallaces il a mené ces prud’hommes et vaillans hommes voir son chastel, et puis les a ainsi déçus. Que dira le roi de France quand il saura les nouvelles ? Véez-là son voyage de mer rompu et brisé. Oncques si grand’lasqueté ni mauvaiseté ne fut pourpensée. Ores montre-t-il deforainement ce que il avoit au cœur deventrainement. Est-il nul qui véit oncques avenir en Bretagne ni ailleurs la cause pareille ? Si un petit chevalier avoit ce fait, il seroit déshonoré. En qui doit-on ni peut-on avoir fiance, fors en son seigneur. Et le seigneur doit adresser ses gens et tenir en droit et en justice. Qui prendra correction de ce fait ici, ni qui en est taillé du prendre, fors le roi de France ? Or montre le duc de Bretagne tout appertement que il est Anglois, et que il veut soutenir et porter l’opinion du roi d’Angleterre, quand il brise ainsi le fait et le voyage de l’armée de mer. Que devroient faire maintenant chevaliers et écuyers en Bretagne auxquels les nouvelles venront ? Ils se devroient hâtivement partir de leurs hôtels, et venir mettre le siége à pouvoir devant le chastel de l’Ermine, et enclorre le duc là dedans, et tant faire que il fût pris, mort ou vif, et le mener ainsi comme un faux prince et déloyal devers le roi de France, et le lui rendre. »

Ainsi disoient chevaliers et écuyers qui en la marche de Vennes étoient, et qui avecques les seigneurs à ce parlement avoient été ; et faisoient grand doute que le duc ne le fesist mourir. Et les autres disoient : « Le sire de Laval est demouré avecques lui ; il ne le souffriroit nullement. Il est bien si sage que, veuille ou non le duc, il l’adressera en ses besognes. » Et voirement y adressa-t-il à son pouvoir ; car si il n’eût été, il n’est nulle doute, le connétable eût été mort en la nuit et eût eu[4] quinze mille vies.

On doit bien croire et penser que messire Olivier de Cliçon n’étoit pas à son aise, quand il se véoit ainsi pris et attrapé et enferré de trois paires de fers, et gardé de bien trente qui ne le savoient de quoi reconforter, car ils ne pouvoient savoir la volonté du duc. En soi-même il se comptoit pour mort, ni nulle espérance de venir jusques à lendemain il n’avoit ; car ce le esbahissoit moult fort, et à bonne cause, que par trois fois il fut defferré et mis sur les carreaux. Une fois vouloit le duc que on lui tranchât la tête. L’autre fois il vouloit que on te noyât ; et de l’une de ces morts briévement il fût finé, si ce n’eût été le sire de Laval. Mais quand il oyoit le commandement du duc, il se jetoit à genoux devant lui en plourant moult tendrement et joindant les mains, et en lui disant : « Ah ! monseigneur, pour Dieu merci ! avisez-vous. N’ouvrez pas telle cruauté sur beau-frère le connétable ; il ne peut avoir desservi mort. Par votre grâce veuillez moi dire qui vous meut à présent de être si crueusement courroucé envers lui, et je vous jure que le fait qu’il vous a mesfait je lui ferai du corps et des biens amender si grandement, ou je pour lui, ou nous deux tous ensemble, que vous oserez dire ni juger. Monseigneur, souvienne vous, pour Dieu, comment de jeunesse vous fûtes compagnons ensemble et nourris tous en un hôtel avecques le duc de Lancastre, qui fut si loyal et si gentil prince que oncques plus ; ni si loyal ni si gentil ne naquit, que lui duc de Lancastre ne le fut autant ou plus. Monseigneur, pour Dieu merci ! souvienne vous de ce temps, comment avant que il eût sa paix au roi de France, il vous servit toujours loyaument et vous aida à recouvrer votre héritage. Vous avez toujours en lui trouvé bon confort et bon conseil. Si êtes en présent mu et informé sus lui autrement que par raison. Il n’a pas desservi mort. » — « Sire de Laval, répondoit le duc, Cliçon m’a tant de fois courroucé que maintenant il est heure que je le lui montre ; et partez-vous de ci. Je ne vous demande rien. Laissez-moi faire ma cruauté et ma hâtiveté, car je vueil qu’il muire. » — « Ha ! monseigneur, pour Dieu merci ! disoit le sire de Laval, affrenez-vous, et amodérez un petit votre courage, et regardez à raison. Si il étoit ainsi que vous le fesissiez, oncques prince ne fut si déshonoré que vous seriez ; ni il n’y auroit en Bretagne chevalier ni écuyer, cité, chastel ni bonne ville ni homme nul qui ne vous hait à mort, et ne mît peine à vous déshériter. Ni le roi d’Angleterre ni son conseil ne vous en sauroient nul gré. Vous voulez vous perdre pour la vie d’un homme : pour Dieu, prenez autre imagination, car celle ne vaut rien, mais est déshonorable en tous cas trop grandement. Que de un si grand baron et si grand chevalier que le sire de Cliçon est, sans nul titre de raison, vous le faisiez ainsi mourir, ce seroit trahison reprochable ci et devant Dieu et par tout le monde. Ne l’avez-vous point prié au dîner, et il y est venu ? Après, aimablement vous l’êtes venu querre en la ville pour voir vos ouvrages ; il y est venu, et il a obéi à vous en tous cas et bu de votre vin. Et est-ce la grand’amour que vous lui montrez ? Vous le voulez traiter à mort. Oncques si grand blâme n’avint à seigneur que il vous avenroit, si vous le faisiez faire. Tout le monde vous en reprocheroit, haïroit et guerroyeroit. Mais je vous dirai que vous ferez. Puisque vous le hayez tant que vous montrez, rançonnez-le de une grande somme de florins. Tout cela pouvez-vous bien faire ; et si il tient ville ni chastel qui soit vôtre, si lui demandez ; vous l’aurez. Car de tout ce que il vous aura en convenant, j’en serai pleige avecques lui. »

Quand le duc de Bretagne eut ouï le seigneur de Laval parler ainsi, et qui le suivoit de si prés que toute la nuit il ne le laissa un seul pied ester que il ne fût toujours de-lez lui, si pensa un petit ; et refrena son grand mautalent, et quand il parla, il dit : « Sire de Laval, vous lui êtes un grand moyen ; et vueil bien que vous sachiez que le sire de Cliçon est l’homme au monde que je hais le plus. Et si vous ne fusiez, jamais de celle nuit sans mort ne fût issu. Vos paroles le sauveront ; mais allez parler à lui, et lui demandez si il veut payer cent mille francs tous appareillés. Je n’en prendrai vous ni autrui en pleige fors que les deniers ; et encore, si il me veut rendre trois chastels et une ville tels que je vous nommerai, Chastel-Brouch, Chastel-Josselin, et le Blaim et la ville de Jugon. Et m’en fasse mettre en possession, ou ceux que je y commettrai, et je le vous rendrai. » — « Monseigneur, dit le sire de Laval, grands mercis quand à ma prière vous descendez ; et soyez sûr que tout ce que vous demandez je le vous ferai accomplir sans doute, les chastels et la ville rendre et les cent mille francs payer avant que il se départe de céans. »

Adonc n’avoit au sire de Laval que réjouir, quand il vit que son beau-frère de Cliçon étoit hors du péril de la mort ; et fit ouvrir la tour. On l’ouvrit au commandement du duc et non autrement. Lors monta le sire de Laval amont les degrés, et vint à un étage de la tour où il trouva le connétable moult ébahi, car il n’attendoit que la mort ; et étoit enferré de trois paires de fers.

Quand le sire de Cliçon vit le sire de Laval, si lui revint le cœur, et pensa que aucun traité y avoit. « Avant, dit le sire de Laval à ceux qui là étoient envoyés de par le duc, déferrez beau-frère de Cliçon et puis je parlerai à lui. » Et dit au sire de Cliçon : « Vous ferez, beau-frère, ce que je vous dirai. » — « Ouil, beau-frère, » répondit le connétable. À ces mots il fut déferré. Lors se trait à part le sire de Laval et lui dit : « Beau-frère, à grand’peine et à grand tourment ai-je pu tant faire que la vie vous soit sauvée. J’ai fait votre fin ; il vous faut payer, avant que issiez hors de céans, en deniers tous comptans cent mille francs ; et encore outre, il vous faut rendre au duc trois chasteaux et une ville, Chastel-Brouch, Chastel-Josselin et le Blaim[5] et la ville de Jugon ; autrement vous n’avez point de délivrance. » Dit le connétable : « Je vueil tenir ce marché. » — « Vous avez droit, beau-frère ; et tout heureux quand vous y pouvez venir. »

Adonc dit le connétable : « Qui pourra soigner d’aller à Cliçon et ailleurs querre la finance là où je l’envoierai ? Beau-frère de Laval, il vous y faudra aller. » Répondit le sire de Laval : « Je n’y entrerai jà ; ni jamais de ce chastel ne partirai si en sauldrez aussi, car je sens le duc trop cruel. Si il se repentoit en l’absence de moi, par aucune folle imagination que il auroit sur vous, ce seroit tout rompu. « Et qui y pourra aller, » ce dit le sire de Cliçon ? « Il ira, dit le sire de Laval, le sire de Beaumanoir qui est en prison comme vous êtes ; cil fera toutes les délivrances. » — « C’est bon, ce répondit le connétable. Descendez aval et ordonnez-en ainsi que vous savez que bon est. »

  1. Le sire de Laval était beau-frère d’Olivier de Clisson.
  2. Gendre d’Olivier de Clisson.
  3. Lors même qu’il n’en ferait pas plus qu’il n’en a fait.
  4. C’est-à-dire lors même qu’il eût eu.
  5. Lamballe.