Les Excentricités du langage/Édition Dentu, 1865/C

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
◄  B
D  ►

ça (C’est), c’est un peu ça : C’est superlatif. — « Ils sont laids que c’est ça. » — Pecquet. — « C’était ça, presque aussi bath qu’au café. » — Monselet. — « On me cognait, mais c’était ça. » — Zompach, 1852.

Cabillot : « L’ennemi naturel du matelot, c’est le soldat passager, plus souvent nommé cabillot, à cause de l’analogie qu’on peut trouver entre une demi-douzaine de cabillots (chevilles) alignés au râtelier et des soldats au port d’armes. » — Physiologie du Matelot, 1843. — La langue romane avait déjà cabi : serré, rangé. V. Roquefort.

cabe, cabot : Chien (Vidocq). — Contraction des deux mots : qui aboie. Les voleurs ont, comme toujours, donné le nom de l’acte à l’acteur. Au lieu de dire le chien, ils ont dit : le qui aboie, et en abrégeant : le qu’abe, le qu’abo. V. Calvin, Combre.

Cabermont : Cabaret (Vidocq). — Corruption de mot.

Cabestan : Agent de police. — Comparaison de la corde qu’enroule le cabestan à celle avec laquelle l’agent garrotte les criminels ( ?). V. Macaron.

cadenne : Chaîne de cou (Vidocq). La racine latine (catena) est demeurée presque intacte.

Caboulot : « Le caboulot est un petit café où l’on vend plus spécialement des prunes, des chinois et de l’absinthe. — Daunay, 1861. — Une monographie des Caboulots de Paris a paru en 1862. — C’est aussi un cabaret de dernier ordre. V. Camphrier.

Cadet : Derrière. — « Sur un banc elle se met. C’est trop haut pour son cadet. » — Vadé.

Cadet : Pince de voleur (Vidocq). — Cadet a ici le sens d’aide, de servant. On sait que le nom de cadet est donné aux apprentis maçons. V. Caroubleur.
Cadet : Individu. — Pris souvent en mauvaise part. — « Le cadet près de ma particulière s’asseoit sur l’ banc. » — Le Casse-Gueule, chanson, 1841.

Cadichon : Montre (Vidocq). — Diminutif de Cadran. Le cadran des montres est fort petit.

Cadran : Montre. — Cadran solaire, lunaire : derrière. — Allusion à la forme ronde du cadran. — « Est-ce l’apothicaire Qui vient placer l’aiguille à mon cadran lunaire ? » — Parodie de Zaïre, dix-huitième siècle.

Cagne : Cheval (Vidocq). — Pris en mauvaise part. Abrév. du vieux mot cagnard : mou, paresseux. V. Roquefort.

cabriolet, cachemire d’osier : Hotte de chiffonnier (Vidocq). — Comparaison ironique. Comme le cachemire, la hotte se met sur le dos. Même ironie pour le premier mot. Le chiffonnier roule avec son cabriolet comme le fantassin part à cheval sur Azor.

Cabriolet : Chapeau de femme. — Une capote de femme ressemble assez à celle d’un cabriolet.

Cafarde : Lune (Vidocq). — C’est la lune voilée qui se dissimule derrière un nuage avant d’être la Moucharde, de briller de tout son éclat.

café (Fort de), Fort de chicorée, Fort de moka : Excessif, peu supportable. — « On dit : C’est un peu fort de café, pour exprimer que quelque chose passe les bornes. » — Dhautel, 1808. — « Oh ! Oh ! dirent Schaunard et Marcel, ceci est trop fort de moka. » — Murger. — « S’unir à un autre ! C’est un peu fort de chicorée. » — Cormon.

On sait quelle irritation le café trop fort cause dans le système nerveux. La chicorée jouit des honneurs peu mérités du synonyme. Il semble qu’ici, comme dans le café du pauvre, elle tienne à entrer en fraude. En revanche, on sait que le moka tient le haut de l’échelle.
Prendre son café : Rire, se moquer. — « Ah ! fusilier, vous voulez prendre votre café » — Bertall.

Cagnotte : « Espèce de tirelire d’osier recevant les rétributions des joueurs. » — Montépin.

caisse (Donner de la grosse) : Louer très-bruyamment — Allusion aux bateleurs qui attirent leur public à coups de grosse caisse. — « Il faut qu’Artémise réussisse… C’est le cas de donner de la grosse caisse à se démancher le bras. » — L. Reybaud.

Sauver la caisse : S’enfuir avec les fonds dont on est dépositaire. — Fort à la mode depuis le fameux mot de Bilboquet : Sauvons la caisse !

caillé : Poisson. — Vidocq. — Mot à mot : couvert d’écailles. — Du vieux mot caille : écaille. V. Roquefort.

Caisson (Faire sauter le) : Faire sauter la cervelle. — « Quelle mort préférez-vous ? — Faites-moi sauter le caisson. » — P. Borel, 1833.

Calé : Riche (Dhautel). — Terme de marine. Être calé, c’est avoir assez de biens pour en remplir sa cale. Usité en 1808. — « Les plus calés sont quelquefois gênés. » — E. Sue.

Calebasse : Tête. — Allusion de forme. — « Faudrait pas gros de sens commun pour remplir une calebasse comm’ ça. » — Gavarni.

calège : Prostituée élégante, et associée à des hommes dangereux. — « Elle vend très-cher ce que la ponante et la dossière livrent à des prix modérés. Sa toilette est plus fraîche ; ses manières plus polies. Elle a pour amant un faiseur ou un escroc, tandis que les autres sont associées à un cambriolleur ou à un roulotier. » — Vidocq. — Vient de cale, qui signifiait grisette au dix-septième siècle. — « Gombault, qui se piquait de n’aimer qu’en bon lieu, cajolait une petite cale crasseuse. » — Tallemant des Réaux.

Câler : Ne rien faire. — « La plus grande jouissance du compositeur d’imprimerie est de câler. » — Ladimir.

Calibre : Qualité. — On sait que les armes et bouches à feu sont graduées par calibre. — « Un particulier de ce calibre-là. » — Randon.

Calicot : Commis marchand. Mot à mot : vendeur de calicot. — « Triple escadron ! le calicot s’insurrectionne. » — P. Borel, 1833.

Calicote : Femme fréquentant un ou plusieurs calicots. — « Clara Fontaine est une étudiante, Pomaré est une calicote. » — Paris dansant.

Californien : Riche. — Grâce à des découvertes aurifères bien connues, ce mot a remplacé le Pérou dans nos locutions proverbiales. — « La jeune fille regrettait de ne pouvoir garder pour elle-même cette bonne fortune californienne. » — Montépin.

Calino : Homme ridiculement naïf. — C’est une pièce du vaudeville qui a vulgarisé ce nom et ce type. — « L’artiste était fort ennuyé par une espèce de calino. » — Figaro.

Calme et inodore (Être) : Affecter une certaine sévérité de manières. — Ces deux mots ne vont jamais l’un sans l’autre, et parodient sans doute quelque manuel de civilité puérile et honnête.

caloquet : Coiffure de femme (Dhautel). — Caloquet : Chapeau. — « Achetez un caloquet plus méchant, le vôtre n’est pas trop rup. » — L. de Neuville. — Caloquet : Couronne. V. Dab.

Calot : Dé à coudre, coquille de noix (Vidocq). — Comparaison de ces objets à la calotte qui est de même forme. — Calot : Teigneux. Mot à mot : ayant une calotte de teigne.

Calotter : C’est frapper de la main sur la tête, faire une calotte de coups. — « Calottez-moi, gifflez-moi. » — J. Arago, 1838.

Calottin : Ecclésiastique. — Allusion a la calotte cléricale. — Dans le Déjeuner de la Râpée, pièce poissarde de L’Écluse (1750), une poissarde repousse un abbé en disant : « Adieu, monsieur le calottin ! »

calvigne : Vigne (Vidocq). — Mot à mot : lieu qu’a l’vigne, qui est planté de vigne.

Calvin : Raisin (Vidocq). — Donnant le nom du jus au fruit, les voleurs ont dit le qu’a le vin pour le raisin. V. Cabe.

Camboler : Tomber. — Contraction de Caramboler. — « V’là qu’elle cambole sur son prussien et feint de tomber de son digue-digue. » — Decourcelle, 1840.

Cambriolle : Chambre (Vidocq). — Diminutif du vieux mot cambre : chambre. V. Roquefort. — V. Pieu, Esquintement, Rincer.

Cambriolleur :Voleurs s’introduisant dans les chambres (cambriolles) par effraction ou par escalade. — M. Canler les divise en six classes. — Vidocq, sans apporter autant de méthode que Canler dans la classification des cambriolleurs, ajoute des particularités assez curieuses sur leurs costumes où dominent les bijoux et les cravates de couleurs tranchées, telles que le rouge, le bleu ou le jaune ; sur la manie singulière de faire faire leurs chaussures et leurs habits chez les mêmes confectionnneurs, ce qui n’était souvent pas un petit indice pour la justice ; sur leur habitude de se faire accompagner d’une fausse blanchisseuse dont le panier cache leur butin. — Les plus dangereux cambriolleurs sont appelés nourrisseurs, parce qu’ils nourrissent une affaire assez longtemps pour en assurer l’exécution, et, autant que possible, l’impunité.

Cambronne (Le mot de) : Merde ! — Cette allusion à un mot historique discutable, sert aujourd’hui d’équivalent à une injure populaire fort répandue. Que Cambronne l’ait dit ou non, on ne lui en fera pas moins honneur. Nous rappelons aux curieux qui voudraient s’édifier à ce sujet, un chapitre des Misérables de M. Victor Hugo ; un article de M. Cuvillier Fleury, aux Débats, qui sera sans doute reproduit dans ses études littéraires, et enfin une lettre publiée par le journal l’Intermédiaire, du 15 février 1864.

Cambrou, Cambrouse : Serviteur, servante (Vidocq). — Corruption de l’ancien mot : cambrier : valet de chambre. Chambrière est resté.

cambrouse : Campagne (Vidocq). — Du latin campus : campagne. — Cambrousier : Voleur de campagne (id.). — « La rousse pousse comme des champignons, et même dans la cambrouse, ils viennent vous dénicher. » — Patrie du 2 mars 1852. — V. Garçon.

Cambrousiers : « C’est ainsi que les marchands forains nomment les paysans. » — P. d’Anglemont.

Camélias, Dame aux camélias : « Quand la lorette arrive à la postérité, elle change de nom et s’appelle dame aux camélias. Chacun sait que ce nom est celui d’une pièce de Dumas fils, dont le succès ne semble pas près de finir au moment où nous écrivons. » — E. Texier, 1852.

Camelot : « C’est-à-dire marchand de bimbeloteries dans les foires et fêtes publiques. » — P. d’Anglemont.

Camelotte dans le pied : En flagrant délit de vol. — « J’ai été pris, la camelotte dans le pied. » — La Correctionnelle, journal.

Camoufle : Chandelle (Vidocq). — Camouflet : Chandelier. — Du vieux mot camouflet : fumée.

Camoufler : Déguiser. — Mot à mot : cacher le muffle. — Camouflement : Déguisement (Vidocq).

Campagne (Aller à la) : Être enfermée à la maison de Saint-Lazare. — Usité parmi les filles.

Aller à la campagne : « Elles ont disparu trois, quatre ou six mois. On les savait malheureuses. Elles reparaissent tout à coup plus fières et plus fringantes que jamais ; elles ont été passer une saison à la campagne (dans une maison de prostitution de province). » — Ces Dames, 1860.

camphre : Eau-de-vie. — Allusion a l’alcool camphré. — « Aux buveurs émérites et à ceux qui ont depuis bien des années laissé leur raison au fond d’un poisson de camphre. » — P. d’Anglemont. — V. Casse-poitrine.

Se camphrer : S’adonner à l’eau-de-vie.
Camphré : Alcoolisé. — « Dis donc, avec ton gosier camphré, tu fais bien tes embarras. » — 1844, Catéch. poissard.
Camphrier : Buveur d’eau-de-vie. — « Entends-tu, vieux camphrier, avec ta voix enrhumée. » — 1844, Catéch. poissard.
Camphrier : « Le camphrier est un sale débit de liqueurs atroces à un sou le verre et à dix-sept sous le litre. Le caboulot ne diffère du camphrier que par sa moindre importance comme établissement. C’est, du reste, le même breuvage qu’on y débite aux mêmes habitués. » — Castillon.

Canage, Cane : Mort. — V. Caner.

Canapé : Lieu public fréquenté par les pédérastes (Vidocq). — Ironique, car les parapets des quais et les bancs de certains boulevarts sont de tristes canapés.

canard : Récit mensonger inséré dans un journal. — « Nous appelons un canard, répondit Hector, un fait qui a l’air d’être vrai, mais qu’on invente pour relever les Faits-Paris quand ils sont pâles. » — Balzac.

Canard : Fausse nouvelle. — « Ces sortes de machines de guerre sont d’un emploi journalier à la Bourse, et on les a, par euphémisme, nommées canards. » — Mornand.
Canard : Imprimé banal crié dans la rue comme nouvelle importante. V. Canardier.
Autrefois, on disait vendre ou donner un canard par moitié pour mentir, en faire accroire. — Dès 1612, dans le ballet du Courtisan et des Matrones, M. Fr. Michel a trouvé : « Parguieu vous serez mis en cage, vous estes un bailleur de canars. » — On trouve « donner des canards : tromper » dans le Dict. de Dhautel, 1808.
Canard, couac : « Ces explosions criardes des instruments à vent si connues sous le nom de canards. » — V. Luchet. — Le second mot est une onomatopée, et la comparaison d’une fausse note au cri du canard (couac) a fait former le premier.
Canard : Sobriquet amical donné aux maris fidèles. Le canard aime à marcher de compagnie. — « Or, le canard de madame Pochard, s’était son mari ! » — Ricard.
Canarder : Faire feu d’une embuscade comme si on était à l’affût des canards sauvages. — Canarder : tromper. — « On a trop canardé les paroissiens… avec la philanthropie. » — Gavarni.
Canardier : Crieur, confectionneur de fausses nouvelles. — « Place au célèbre Édouard, le canardier par excellence, le roi des crieurs publics ! » — Privat d’Anglemont.

Cancan : Danse. — Du vieux mot caquehan : tumulte (Littré). — « Messieurs les étudiants, Montez à la Chaumière, Pour y danser le cancan Et la Robert Macaire. » — Letellier, 1836. — « Nous ne nous sentons pas la force de blâmer le pays latin, car, après tout, le cancan est une danse fort amusante. » — L. Huart, 1840. — M. Littré n’est pas aussi indulgent. — « Cancan : Sorte de danse inconvenante des bals publics avec des sauts exagérés et des gestes impudents, moqueurs et de mauvais ton. Mot très-familier et même de mauvais ton. » — Littré, 1864.

Cancanner, Pincer le cancan : Danser le cancan — Pincer un léger cancan n’est pas tout à fait cancaner ; c’est une chorégraphie mixte où se fait deviner seulement le fruit défendu. — Chahuter, c’est épuiser au contraire toutes les ressources pittoresques de ce fandango national. — « On va pincer son petit cancan, mais bien en douceur. » — Gavarni. — « J’ai cancané que j’en ai pus de jambes. » — Id.

caner : Avoir peur, reculer au lieu d’agir, faire le plongeon comme le canard ou la cane. — « Par Dieu ! Qui fera la canne de vous aultres, je me donne au diable si je ne le fais moyne. » — Rabelais. — « Oui, vous êtes vraiment français, vous n’avez cané ni l’un ni l’autre. " — Marco Saint-Hilaire.

Caner : Mourir (Vidocq). — Les approches de la mort vous font peur, vous font caner. — V. Rengracier.

caniche : Ballot carré (Vidocq) aux coins duquel la toile d’emballage forme des oreilles semblables à celles d’un petit chien.

Canon : Mesure de liquide en usage chez les marchands de vins de Paris. — N’oublions pas que canon signifie verre dans le vocabulaire des francs-maçons. — Prendre un can sur le comp : Prendre un canon sur le comptoir. — « Les canons que l’on traîne à la guerre Ne valent pas ceux du marchand de Vin. » — Brandin, Chansons, 1826.

Canonnier de la pièce humide. — V. Artilleur.

cantaloup : Niais. — V. Melon.

Canton : Prison (Vidocq). — Du vieux mot canton : coin. C’est dans les coins qu’on est à l’ombre. — Cantonnier : Prisonnier. V. Carruche.

Canule : Homme canulant. — Canuler : importuner. — « C’est canulant. » — H. Monnier. — Mot inventé par les ennemis du clystère.

Capahuter : Assassiner son complice pour s’approprier sa part (Vidocq). — Du nom de Capahut, un malfaiteur coutumier du fait.

Capitaine : Agioteur (Vidocq). Corruption de Capitaliste.

Caporal : Tabac à fumer. — Allusion à un tabac haché plus gros, dit de soldat, qui est vendu a un prix moindre. — « Un fumeur très-ordinaire brûle à lui seul son kilogramme de caporal par mois, cent francs par an au bas mot, dont soixante-dix pour le Trésor. » — A. Luchet.

Caprice : Objet d’une vive et subite affection. — « Tu es mon caprice, et puisqu’il faut sauter le pas, que du moins j’y trouve du plaisir. » — Rétif, 1776.

capsule (Chapeau) : Chapeau affectant les petits bords et la forme cylindrique d’une capsule de fusil ; à la mode depuis 1860. V. Carreau.

Capucine : « Veuillez excuser notre ami, il est gris jusqu’à la troisième capucine. » — Murger. — C’est comme si l’on disait : Il en a par dessus le menton. La troisième capucine est très-près de la bouche du fusil.

Carabine : Fouet de conducteur du train. — Allusion ironique à son claquement.

Carabiné : De première force. — Terme de marine. On sait qu’un vent carabiné est très-fort.

Caramboler : Faire d’une pierre deux coups — « Leur père qui carambole, en ruinant son fils et sa fille. » — Balzac.

Caramboler : Tomber, faire tomber en ricochant. — Carambolage : Chute, choc général.

Carante : Table (Vidocq). — Diminutif de carrée (?). — Allusion de forme.

Carcan : Cheval étique, femme maigre et revêche. — « C’est pas un de ces carcans à crinoline. » — Monselet.

Care (Voler à la), Carer, Caribener : Voler. Un marchand en proposant un échange avantageux de monnaies anciennes contre des nouvelles (Vidocq). — Carer n’est qu’une forme ancienne (V. Roquefort) et par conséquent un synonyme de charrier. V. ce mot. — Caribener est un diminutif.

Cargot : Cantinier. — Corruption de gargotier. — V. Aide.

carle : Argent (Vidocq). — De Carolus, ancienne monnaie de Charles VIII. — « Le cidre ne vaut plus qu’un carolus. » — Ol. Basselin. V. Bayafe.

Carline : La mort (Vidocq). — Allusion au masque noir de Carlin et à son nez camus. Jadis on appelait la mort camarde, parce qu’une tête de mort n’a pour nez qu’un os de très-faible saillie.

Carne : Mauvaise viande (Vidocq). — Du vieux mot caroigne : charogne. — « Un morceau d’carne dur comme un cuir » — Wado.

Carne : Mauvaise femme. — C’est la carogne de Molière. — « Je la renfoncerais dedans à coups de souliers… la carne. » — E. Sue.

carotte (Tirer une) : Demander de l’argent sous un faux prétexte. — « Nul teneur de livres ne pourrait supputer le chiffre des sommes qui sont restées improductives, verrouillés au fond des cœurs généreux et des caisses par cette ignoble phrase : « Tirer une carotte. » — Balzac. — Carotte de longueur : Grosse demande, demande subtile. — Vivre de carottes : Vivre en faisant des dupes.

Carotter : Obtenir de l’argent en tirant une carotte : « Allons, va au marché, maman, et ne me carotte pas. »

Carotter : Ne vivre que de légumes. Vivre mesquinement. — « Il se dépouillait de tout… Il sera très heureux de vivre avec Dumay en carottant au Havre. » — Balzac.

Jouer petit jeu. — « Un homme qui allait à la Bourse et qui carottait sur les rentes après s’y être ruiné. » — Balzac.

Carotter le service : Éluder sous de faux prétextes les obligations du service militaire.

Carotteur, tier : Tireur de carottes. — « Allons, adieu, carotteur ! » — Balzac. — « Joyeux vivant, mais point grugeur et carottier. » — Vidal, 1833.

carouble : fausse clé (Vidocq). V. Esquintement.

Caroubleur : « Voleur employant des caroubles fabriquées par lui-même sur des empreintes livrées par des domestiques, des frotteurs, des peintres, ou des amants de servantes. — Le Caroubleur à la flan ou à l’esbrouffe vole aussi avec de fausses clés, mais au hasard, dans la première maison venue. Le Caroubleur au fric-frac emploie, au lieu de clés, un pied de biche en fer appelé cadet, monseigneur, ou plume. » — Vidocq.

Carreau : Lorgnon monocle. — « M. Toupard, cinquante-deux ans, petite veste anglaise, chapeau capsule, un carreau dans l’œil. » — Mém. d’une Dame du Monde, 1861.

Carruche : Prison (Vidocq). Diminutif du vieux mot car : coin. V. Roquefort. — V. Canton. — Comte de la Carruche : Geôlier.

Carte (Revoir la). — On comprend l’ironie du mot en se rappelant qu’on entend par carte la liste des mets choisis pour son repas.

Femme en carte : Femme à laquelle la police impose une carte de fille soumise. — « La fille en carte est libre, peut demeurer où bon lui semble, pourvu qu’elle se présente exactement aux visites des médecins. » — F. Béraud.

carton : Carte à jouer. — « Je n’ai pas parlé des tables d’hôte où on donne le carton, c’est-à-dire où l’on fait jouer. » — Lespès. — « Lorsqu’on a dîné entre amis, il faut bien remuer des cartons peints pour se dégriser. » — About.

Travailler, tripoter, graisser le carton : Jouer aux cartes. — Maquiller le carton : Faire sauter la coupe.

« Ces quatre messieurs qui tripotent le carton (Dict. de l’Avenir) avec une grande habileté. » — Villemessant, Paris au jour le jour, 1860.

De carton : De petite valeur. V. Occasion (D’), Michet.

Casaquin : Corps (Dhautel 1808). — « Je te tombe sur la bosse, je te tanne le casaquin. » — Paillet.

Cascades : Vicissitudes, folies. — « Sur la terre j’ai fait mes cascades. » — Robert Macaire, chanson, 1836.

Cascades (Faire des) : « Ce mot dépeint les fantaisies bouffonnes, les inégalités grotesques, les lazzi hors de propos, les improvisations les plus fantasques. » — J. Duflot.

casque : Chapeau rond. — Casque à mèche : Bonnet de coton à mèche. — « Il dévoilera les mensonges cotonneux de madame et apportera dans le salon le casque a mèche de monsieur. » — Th. Gautier.

Avoir son casque : V. Casquette.

casquer : Donner dans un piége. — Mot à mot : tomber tête baissée dans un casque, c’est à dire dans une enveloppe assez épaisse pour ne rien apercevoir. — De là aussi casquer dans le sens de : donner de l’argent sans voir qu’il est escroqué. V. Cavé.

casquette : Chapeau de femme. V. Chouette.

Être casquette : Être ivre. — Mot à mot : avoir plein son casque. Casque est pris ici pour tête. — « Il me demande si je veux m’humecter. Je lui dis que j’ai mon casque. » — Monselet. — « Ai-je manqué, soit à jeun, soit casquette, De t’apporter ma soif et ma chanson ? — Festeau.

cassante : Noix, dent. (Vidocq). — Effet pris pour la cause. La noix se casse et la dent casse.

Casse-gueule : Bal public de dernier ordre, où on se bat souvent. — « Veux-tu v’nir aux Porcherons, Ou j’irons au cass’gueule à la basse Courtille. » — Duverny, Chanson, 1813.

Casse-poitrine : « Cette boutique est meublée de deux comptoirs en étain où se débitent du vin, de l’eau-de-vie et toute cette innombrable famille d’abrutissants que le peuple a nommés, dans son énergique langage, du Casse-Poitrine. » — P. d’Anglemont. — « Ces demoiselles n’ont plus la faculté de se faire régaler du petit coup d’étrier, consistant en casse-poitrine, vespetro, camphre et autres ingrédients. » — Pétition des filles publiques de Paris, Paris, 1830, in-8.

Casser du bec : Sentir mauvais. — Casser a ici le sens de couper, ce qui donne mot à mot : couper de son bec… celui des autres. V. Couper la gueule.

Casser (Se la) : S’enfuir. — « Vous vous esbignez. Ils se la cassent. » — A. Second.

Casserole : Personne dénonçant à la police. Il est à noter que le dénonciateur s’appelle aussi cuisinier.

Casseur : Tapageur, prêt à tout casser. — « La manière oblique dont ils se coiffent leur donne un air casseur. » — R. de la Barre.

Cassine (Une) : « Ce mot signifiait autrefois une petite maison de campagne ; maintenant, il n’est plus d’usage que pour dire un logement triste et misérable. » — Dhautel, 1808. — Diminutif de Case.

castor : Officier de marine qui évite les embarquements. — Le castor bâtit volontiers sur le rivage.

Cauchemarder : Ennuyer comme un cauchemar. — « C’est cauchemardant ; depuis deux ans, elle en raconte. » — Jaime.

Castuc : Prison (Vidocq). — Corruption du vieux mot castel, château. — V. Ravignolé.

Castus : Hôpital. — Vient du même mot, a moins que ce ne soit un jeu de mots sur la grande phrase de l’hôpital : Qu’as-tu (que ressentez-vous ?). C’est ainsi qu’on appelle les douaniers qu’as-tu là.

Cavalcades : Vicissitudes amoureuses. — « Ça fait des manières, une porte-maillot comme ca. — Et qui en avait vu des cavalcades. » — Gavarni.

Cavaler (Se) : S’enfuir avec la vitesse d’un caval : cheval. V. Roquefort. — « Il faut se cavaler et vivement. » — Chenu.

cavé : Dupe (Vidocq). — Mot à mot : tombé dans un trou, une cave. — Même image que dans enfoncé, casqué.

 : Argent. V. Chêne.

Centre : Nom. — Centre à l’estorgue : faux nom. V. Estorgue. — Coquer son centre : Donner son nom. (Vidocq). — V. Ravignolé.

Centre de gravité : Derrière. — « Porter une main furtivement timide à son centre de gravité. » — Ed. Lemoine.

Centrier : Député du centre conservateur sous Louis-Philippe. — « Moreau ! mais il est député de l’Oise. — Ah ! c’est le fameux centrier. » — Balzac.

Centrier, Centripète : Soldat du centre.

Cerbère : Portier malhonnête. — Comparaison Mythologique. — « Misérable, disait-elle au cerbère, si mon mari le savait. — Bah ! répondait-il… un terme de payé, ça aide. » — Ricard.

cercle : Pièce d’argent. — Allusion à la forme circulaire de la monnaie.

Pincer, Rattraper au demi-cercle : Prendre à l’improviste. — Terme d’escrime.

Cerclé : Tonneau (Vidocq). — Allusion aux cercles qui retiennent les douves.

Cerf (Se déguiser en) Courir. — Allusion à la vitesse du cerf.

Cerisier : Cheval aussi mauvais que les bidets qui portent des cerises au marché. — Un mauvais cavalier monte aussi en marchand de cerises (Dhautel).

Chafrioler : Se complaire. — « L’atmosphère de plaisirs où il se chafriolait. » — Balzac. — M. Paul Lacroix affirme que ce verbe a été inventé par Balzac en ses Contes drolatiques.

Chahut : Dispute. — « Je n’ai jamais de chahut avec Joséphine comme toi avec Millie. » — Monselet.

Chahut : Danse populaire. — « Un caractère d’immoralité et d’indécence comparable au chahut que dansent les faubouriens français dans les salons de Dénoyers. » — 1833, Mansion. — « La chahut comme on la dansait alors était quelque chose de hideux, de monstrueux ; mais c’était la mode avant d’arriver au cancan parisien, c’est-à-dire à cette danse élégante décemment lascive lorsqu’elle est bien dansée. » — P. d’Anglemont.
Chahuter : Faire tapage, danser le chahut. — « Ce verbe, qui, à proprement parler, signifie crier comme un chat-huant, vient du nom de cet oiseau autrefois appelé chahu ou cahu… » — Fr. Michel. — « Ça mettra le vieux Charlot en gaîté… il chahutera sur sa boutique. » — E. Sue.
Chahuter : Renverser, culbuter. — « Sur les bords du noir Cocyte, Chahutant le vieux Caron, Nous l’fich’rons dans sa marmite, etc. » — Chanson de canotiers.

Chaillot ! (À) : Terme injurieux fort en usage à Paris. C’est comme si on criait : À l’eau ! à l’eau ! — Et par le fait, Chaillot est au bord de la Seine. Le mot pourrait être fort ancien, si on en juge par cet extrait d’une mazarinade de 1649 (La Nape renversée) : — « Les gens de l’assemblée s’en allèrent je ne sçay où, à Chaillot ou à Saint-Cloud. » — « À Chaillot les géneurs. » — Les Cocottes, 1864.

Chair humaine (Vendeur de) : Agent de remplacement militaire. — Au dix-huitième siècle, on donnait déjà ce nom aux sergents recruteurs.

Chaloupe : Femme dont le jupon se gonfle comme une voile de chaloupe. — « C’te chaloupe ! » crie Un gamin de Gavarni derrière une élégante.

Chaloupe orageuse : Variété pittoresque du cancan. V. Tulipe. — « Ils chaloupaient à la Chaumière. " — Les Étudiants, 1864. — Comparaison de la danse au roulis d’une chaloupe.

chameau : Femme de mauvaise vie. — On dit aussi : Chameau d’Égypte, chameau à deux bosses, ce qui paraît une allusion a la mise en évidence de certains appas. — « Qu’est-ce que tu dis là, concubinage ? coquine, c’est bon pour toi. A-t-on vu ce chameau d’Égypte ! » — Vidal, 1833. — « Cette vie n’est qu’un désert, avec un chameau pour faire le voyage et du vin de Champagne pour se désaltérer. » — F. Deriège, 1842.

Cette épithète passe aussi pour dater de la campagne d’Égypte, pendant laquelle nos soldats, profonds analogistes, auraient été frappés de la docilité avec laquelle le chameau se couchait pour recevoir son fardeau. Tel est du moins l’avis de l’ Encyclopediana.

Champ : Champagne. — « Maria. Oh !… du champ !… — Eole… agne. — Maria. Qu’est-ce que vous avez donc ? — Eole. On dit du champagne. — Maria. Ah bah ! où avez-vous vu ça ? » — Th. Barrière.

Champagne (Fine) : Eau-de-vie fine. — Du nom d’un village de la Charente-Inférieure. — « Nous lui ferons prendre un bain de fine champagne. » — Cochinat.

Chançard : Favorisé habituellement par la chance.

Chandelle (Tenir la) : Être placé dans une fausse position, favoriser le bonheur d’autrui sans y prendre part. — « Embrassez-vous, caressez-vous, trémoussez-vous, moi je tiendrai la chandelle. » — J. Lacroix. — Une chanson imprimée chez Daniel, à Paris, en 1793, — Cadet Roussel républicain, — fournit cet exemple plus ancien : « Cadet Roussel a trois d’moiselles Qui n’sont ni bell’s ni pucelles, Et la maman tient la chandelle.»

Moucher la chandelle : S’adresser pour l’explication aux cinq vers suivants qui jouent très-finement sur le mot : « Comment, disait-il, D’un mari, ma belle, Malgré la chandelle, Tromper l’œil subtil ? — Mouchez, disait-elle. » — V. Mabille.

Chantage : Extorsion d’argent sous menace de révélations scandaleuses. — « Le chantage, c’est la bourse ou l’honneur… » — Balzac.

Chanter : Être victime d’un chantage. — « Tout homme est susceptible de chanter, ceci est dit en thèse générale. Tout homme a quelques défauts de cuirasse qu’il n’est pas soucieux de révéler.» — Lespès.
Faire chanter signifie obtenir de l’argent de quelqu’un en lui faisant peur, en le menaçant de publier des choses qui pourraient nuire à sa considération, ou qu’il a pour d’autres raisons un grand intérêt a tenir ignorées.» — Roqueplan. — « Faire chanter : Faire payer par ruse une chose qu’on ne doit pas.» — Dhautel, 1808.
Étymologie incertaine. Faire chanter devrait, selon nous, s’appliquer a la bourse. C’est celle-ci qui ouvre sa bouche pour faire entendre le chant de ses pièces d’or.
Chanteurs : « Hommes exploitant la crainte qu’ont certains individus de voir divulguer des passions contre nature. Ils dressent à cette fin des jeunes gens dits Jésus qui leur fournissent l’occasion de constater des flagrants délits sous les faux insignes de sergents de ville et de commissaires de police. La dupe transige toujours pour des sommes considérables.» — Canler.
Vidocq range dans la catégorie des chanteurs : — 1° les journalistes qui exploitent les artistes dramatiques ; — 2° les faiseurs de notices biographiques qui viennent vous les offrir à tant la ligne ; — 3° ceux qui vous proposent à des prix énormes des autographes ayant trait à des secrets de famille. — « Sans compter, ajoute-t-il, mille autres fripons dont les ruses défraieraient un recueil plus volumineux que la Biographie Michaud

chanterelle (Appuyer sur la) : Faire crier. — Assimilation de la voix à la corde aiguë d’un instrument.

Chaparder : Marauder. — De chat-pard : chat-tigre ou serval. — Les zouaves passent pour les plus habiles chapardeurs de l’armée française.

charabia « Toutes ces affaires se traitent en patois d’Auvergne dit charabia. » — Balzac.

Charabia : Auvergnat. On dit aussi Auverpin. — « Que penseriez-vous d’un homme qui n’est ni Auverpin ni Charabia ? » — P. d’Anglemont.
Charlemagne (Faire) : Se retirer du jeu sans plus de façon qu’un roi, et sans laisser au perdant la faculté de prendre sa revanche. — « Si je gagne par impossible, je ferai Charlemagne sans pudeur.» — About.
Charlemagne : Poignard d’infanterie. — Allusion ironique à l’épée du grand monarque.

Charlot : « Le peuple et le monde des prisons appellent ainsi l’exécuteur des hautes œuvres de Paris. » — Balzac. — « Allez, monsieur le beau, Que Charlot vous endorme ! Tirez d’ici, meuble du Châtelet. » — Vadé, 1788. — V. Garçon.

Charmante : Gale. — « La charmante y fait gratter bien des mains, aussi la visite était-elle rigoureuse. » — Vidal, 1833.

Charon : Voleur (Vidocq). — Diminutif de Charrieur. V. ce mot. — « Dessus le pont au Change, certain agent de change se criblait au charon. » — Vidocq.

Charpentier : Auteur dramatique dont le talent consiste à bien tracer la charpente, c’est-à-dire le plan d’une pièce. — « As-tu vu la pièce d’hier ? — Oui, c’est assez gentil. — Est-ce bien charpenté ? — Peuh ! couci-couci. » — De la Fizelière. — « Il n’est pas si facile de se montrer un habile charpentier. » — Second.

Charriage : Action de charrier. — Charrier : terme générique qui signifie voler quelqu’un en le mystifiant (Vidocq). — Charrieur, careur, charon : Voleurs pratiquant le charriage.

Charrier vient des anciens verbes charier, chariner : aller, procéder, mystifier. V. Roquefort. — Ce dernier sens répond tout à fait à celui de Vidocq.
Charriade à l’américaine : « Il exige deux compères ; celui qui fait l’américain et celui qui lui sert de leveur ou de jardinier. Le leveur lie conversation avec tous les naïfs qui paraissent porter quelque argent. Puis on rencontre l’américain qui leur propose d’échanger une forte somme en or contre une moindre somme d’argent. La dupe accepte et voit bientôt les charrieurs s’éloigner, en lui laissant contre la somme qu’il débourse des rouleaux qui contiennent du plomb au lieu d’or.» — Canler.
Charriage au pot : Il débute de la même façon que le précédent. Seulement l’américain offre à ses deux compagnons d’entrer à ses frais dans une maison de débauche. Par crainte d’un vol, il cache devant eux dans un pot une somme considérable. Plus loin, il se ravise et envoie la dupe reprendre le trésor après lui avoir fait déposer une caution avec laquelle il disparaît, tandis que le malheureux va déterrer un trésor imaginaire.
Charriage à la mécanique : Un voleur jette son mouchoir au cou d’un passant et le porte à demi-étranglé sur ses épaules pendant qu’un complice le dévalise.

Chasse : Mercuriale (Dhautel, 1808). — « C’est pas l’embarras, faut croire qu’il aura reçu une fameuse chasse pour être remonté si en colère. » — H. Monnier. — Donner une chasse, c’est mot à mot pourchasser à coups de langue.

Chasse, Chassis : Œil. — L’œil est pour la vue une sorte de châssis. — « Je m’arcboute et lui crève un chassis. » — Vidocq. — V. Coquer, Balancer, Estorgue.

Chasser les reluits : Pleurer (Vidocq). — Mot à mot : chasser les larmes des yeux.

chat : Guichetier (Vidocq). — Allusion au guichet, véritable chatière derrière laquelle les prisonniers voient briller ses yeux.

Chat : Nom d’amitié. — « Les petits noms les plus fréquemment employés par les femmes sont mon chien ou mon chat.» — Ces Dames, 1860.

Chauffe la couche : Homme qui ne connaît au lit que les douceurs du sommeil. — « Les maris qui obtiennent le nom déshonorant de chauffe la couche.» — Balzac.

Chauffer : Applaudir chaleureusement. — « Elle recueillait les plaintes de son petit troupeau d’artistes… on ne les chauffait pas suffisamment.» — L. Reybaud. V. Chaud.

Chauffeur : Homme d’entrain. — « C’était un bon enfant… un vrai chauffeur ! » — H. Monnier.
Chauffeur : Courtisan. — « C’est l’officier, le chauffeur de la petite.» — Id.

Chausser : Convenir (Dhautel, 1808). — « Les diamants ! ça me chausse, ça me botte.» — Mélesville.

Chauvin, niste : Patriote ardent jusqu’à l’exagération. — « Je suis Français ! Je suis Chauvin ! » — Cogniard, 1831. — Allusion au nom d’un type de caricatures populaires.

Le Chauvinisme est la doctrine de Chauvin. — « Le chauvinisme a fait faire de plus grandes choses que l’amour de la patrie dont il est la charge.» — Noriac.

« L’amour sans façon régnait dans ces réunions bruyantes, où un Chauvinisme instinctif préludait par des chants naïvement vaniteux et fièrement populaires à celui que l’esprit d’opposition fit d’une manière chagrine de 1814 à 1825, époque où un libéralisme plus large commença à se moquer de ces éloges donnés aux Français par les Français, de ces railleries lancées par les Français contre les étrangers. Charlet, en créant le conscrit Chauvin, fit justice de ces niaiseries de l’opinion. » — A. Jal, Paris moderne, 1834.

chaud : Coureur de belles, homme ardent et résolu. — Autrefois on disait chaud lancier : — « Le chaud lancier a repris Son Altesse royale.» — Courrier burlesque, 2e p., 1650.

Il y faisait chaud : La bataille était rude. — « Ah ! vous étiez à Wagram. — Un peu. — Il y faisait chaud, hein ! — Oui, qu’il y faisait chaud.» — H. Monnier. — Allusion aux feux de l’artillerie et de la mousqueterie. — On emploie Chauffer dans le même sens. — « Ça chauffe ! disait-on dans les groupes.» — C. de Bernard.
Il fera chaud : Jamais. Mot à mot : il fera un temps plus chaud que celui-ci. — « C’est bien. Quand tu me reverras, il fera chaud. » — Méry.
Chaude-lance : gonorrhée (Vidocq) — Allusion à la chaleur et aux élancements du canal de l’urètre.

Chaumir : Perdre (Vidocq). — Corruption de chomer ( ?). Le chômage entraîne une perte d’argent.

Chemises (Compter ses) : Vomir. — Allusion à la posture penchée de l’homme qui vomit.

chenatre, chenu : Bon (Vidocq). — Chenu sorgue : Bonsoir. — « Chenu sorgue, roupille sans taffe.» — Vidocq. — Chenu reluit : Bonjour. V. Fourgat.

Chenu : Bon, exquis. — Le Dictionnaire de Leroux (1718) l’emploie dans ce sens : Voilà du vin chenu. Selon Dhautel (1808), chenu, signifiant au propre blanc de vieillesse (Roquefort), est appliqué au vin que la vieillesse améliore, et par extension à toute chose de première qualité. — « Goujeon, une prise de tabac. — Oui-da, t’nez en v’là qu’est ben chenu.» — Vadé, 1755. — « As-tu fréquenté les marchandes de modes ? c’est là du chenu ! » — P. Lacroix, 1832.
Chenument : Très-bien. — « Une ville a beau feindre de se défendre ch’nument. » — Vadé, 1755. V. Artie.

chêne : Homme. — Abréviation de chenu. — Le chêne serait un homme chenu à voler, bon à voler. — « Qu’as-tu donc morfillé ? — J’ai fait suer un chêne, son auber j’ai enganté et ses attaches de cé.» — Vidocq.

Chenique : Eau-de-vie. — diminutif de chenu : Bon.

Cheniqueur : Buveur d’eau-de-vie. — « Être cheniqueur, railleur, vantard, gourmand, Courir au feu comme à la gloire, Du troupier français v’là l’histoire. ». Wado, Chanson.

cheval : Homme brusque, grossier.

Cheval de retour : Condamné conduit au bagne pour la seconde fois. — « C’est un cheval de retour, vois comme il tire la droite. » — Balzac.
Cheval de trompette : Personne ne s’effrayant pas plus des menaces, que le cheval d’un trompette, du son aigre de son instrument. — Usité en 1808. — « Moi d’abord, je suis bon cheval de trompette, le bruit ne m’effraie point. » — H. Monnier.
Chevaux à double semelle : Jambes. — « Tiens, apprête tes chevaux à double semelle, prends ce paquet et valse jusqu’aux Invalides.» — Balzac.

chevalier de l’aune : Commis en nouveautés. — « Il n’y a que ces chevaliers de l’aune pour aimer la boue au bas d’une robe. » — Balzac. — De la rosette : Sodomiste. — Du printemps : Niais portant un œillet rouge à la boutonnière pour singer une décoration.

Chevelu (Art, école) : Art, école Romantique. — Les longs cheveux y étaient de mode. — « Il peuplait mon salon de jeunes célébrités de l’école chevelue.» — L. Reybaud. — « L’art chevelu a fait une révolution pour abolir les tirades de l’art bien peigné. » — Id.

Cheveu : Inquiétude, souci aussi tourmentant qu’un cheveu avalé l’est pour le gosier. « Veux-tu que je te dise, t’as un cheveu. — Eh bien ! oui, j’ai un cheveu. » Monselet.

Avoir mal aux cheveux : Avoir la tête lourde un lendemain d’ivresse.

chèvre (Gober sa) : Se mettre en colère. — La chèvre est peu endurante de sa nature.

Chevronné: Récidiviste (Vidocq). — Allusion aux chevrons qui marquent l’ancienneté du service militaire.

chic : Élégance. — « Vous serez ficelé dans le chic. » — Montépin. — « L’officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde.» — Noriac. — À l’École de Saint-Cyr, sous le premier Empire, chic était déjà synonyme d’Élégance militaire.

Une esquisse qui a du chic a un bon cachet artistique. — « Il lui révéla le sens intime de l’argot en usage cette semaine-là, il lui dit ce que c’était que chic, galbe, » etc. — Th. Gautier, 1838.
Une tête faite de chic, tout au contraire, n’a rien de sérieusement étudié. Ici, chic est à l’art ce que ponsif est à la littérature. — « C’étaient là de fameux peintres. Comme ils soignaient la ligne et les contours ! Comme ils calculaient les proportions ! ils ne faisaient rien de chic ou d’après le mannequin. » — La Bédollière.
Chic, quelquefois, veut dire mauvais genre, genre trop accusé. — « C’était ce chic que le tripol colle à l’épiderme des gens et qui résiste à toute lessive comme le masque des ramoneurs. » — P. Féval.
Chic est, on le voit, un mot d’acceptions fort diverses et fort répandues dans toutes les classes. — Vient du vieux mot Chic : finesse, subtilité. V. Roquefort. — C’est donc, mot à mot, le fin du fin en tout genre, et les exemples les plus anciens confirment cette étymologie , car ils prennent tous chic en ce sens.
Chic, chique : Distingué, qui a du chic. — « C’est chique et bon genre. » — Ça un homme chic ! C’est pas vrai, c’est un calicot. » — Les Cocottes, 1864.
Chicard, Chicandard, Chicocandard, Chicancardo : Très-chic, très-remarquable. — « On y boit du Vin qu’est chicandard, chicancardo. » — Vacherot, Chanson, 1851. — « Une dame très-belle, très-coquette, très-élégante, en un mot très-chicandarde. » — Ed. Lemoine. — « Un auteur plus chicocandard. » — Th. Gautier. — « Un déjeuner chicocandard. » — Labiche. — V. Chocnoso.

chicard : Le héros du carnaval de 1830 a 1850. Son costume, bizarre assemblage d’objets hétéroclites, se composait le plus souvent d’un casque à plumet colossal, d’une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses bras à moitié nus s’enfonçaient dans des gants à manchette de buffle. Tel était le fond de la tenue ; quant aux accessoires, ils variaient à l’infini. Celui qui le premier mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs ; son chic le fit nommer Chicard. Il donna des bals et inventa un pas nouveau. — « Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l’aristocratie pailletée des marquis, des sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons. » — M. Alhoy. — « L’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française. » — T. Delord. — « La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d’avoir institué son règne de mardi-gras. » — J. Janin. — « Mais qu’aperçois-je au bal du Vieux Chêne ? Paméla dansant le pas chicard. » — Chauvelot aîné, Chanson.

Chicarder : Danser le pas chicard. — « Quand un bal de grisettes est annoncé, le vaurien va chicarder avec les couturières. » — E. Deriège.

Chicane (Grinchir à la) : Prendre la bourse ou la montre d’une personne en lui tournant le dos. Ce genre de vol exige une grande dextérité (Vidocq). — De là le mot de chicane qui a le sens de finesse.

Chicorée : V. Café.

chien : Mot d’amitié. V. Chat.

Chien de collège : Maître d’études. — Chien de régiment : Caporal ou brigadier. — Leurs missions sont un peu celles du chien de berger. — Chien de commissaire : Secrétaire de commissaire de police.
Chien : Compagnon. — « Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon. » — Biéville.
Chien : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.
Chien : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare. — « Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui. » — Dhautel, 1808. — N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.
Sacré-chien : Eau-de-vie. — Dans le monde artistique le sacré-chien, c’est le sentiment de l’art, c’est le feu sacré. — On dit dans le même sens : Il a du chien. Allusion à l’eau-de-vie.
Piquer un chien : Dormir. On trouve dans Rabelais un exemple de dormir en chien. — « Sur l’étude passons. Il n’est qu’un seul moyen De la bien employer, c’est de piquer son chien. ». — Souvenirs de Saint-Cyr.

Chiffarde : Pipe (Vidocq).

Chifferton : Chiffonnier (id.).

Chiffon : Mouchoir. — Chiffonnier : Voleur de mouchoirs.

Chiffon rouge : Langue. — Allusion à la couleur et à la souplesse de la langue. V. Balancer.

Chigner : Pleurer. — « Ça lui fera du bien de chigner. » — Balzac.

chiner : Aller à la recherche de bons marchés. — « Remonenq allait chiner dans la banlieue de Paris. » — Balzac. — « Les roulants ou chineurs sont des marchand d’habits ambulants qui, après leur ronde, viennent dégorger leur marchandise portative dans le grand réservoir du Temple. » — Mornand.

Chinois : Homme original, fantasque. — « Là-dessus, v’là mon Chinois qui se fâche. » — Monselet.

Chique : Église (Vidocq). V. Momir, Rebâtir.

Couper la chique : Dérouter. — Du vieux mot chique : finesse (Roquefort). — « De la réjouissance comme ça ! Le peuple s’en passera. C’est c’qui coupe la chique aux bouchers. » — Gaucher, Chansons. — Couper la chique à quinze pas : Se faire sentir de loin.

Chique : V. Chic. — Chiquement : Avec chic.

Chiquer : Faire avec chic, supérieurement. — « Je leur en ferai des discours, et des chiqués. » — Chenu. — « Auprès d’elle, Eugénie Nu Bras, Nous chique avec génie, Son pas. » — 1846, Priv. d’Anglemont.

Chiquer : Manger, dépenser. — Mot de la langue romane. V. Roquefort. — « Ne pourrions-nous pas chiquer un légume quelconque ? mon estomac abhorre le vide. » — Balzac. — « Il m’a fallu tout mettre en plan. J’ons chiqué jusqu’aux reconnaissances. » — Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836.
Chiquer : Battre. Mot à mot : avaler. Même racine que la précédente.
Chiqueur : Glouton. — Chiqueur : Artiste dessinant de chic, sans étudier la nature.

chocnoso, sof, sophe, sogue, koxnoff : Brillant. — On ne paraît pas bien fixé sur l’orthographe de ce mot. — « Dans cette situation, comment dire ?… — Chocnoso… » — Balzac. — Dans Pierre Grassou, le même auteur écrit Chocnosoff. — « Je m’en vais chez le restaurateur commander un dîner kox-noff. » — Champfleury — « C’est koksnoff, chocnosogue, chicardo, snoboye. » — Bourget, Chansons. — « Sa plume était chocnosophe, et ses goûts ceux d’un pacha. » — Commerson.

Cholette : Demi-litre (Vidocq)

Choper : Voler (Vidocq). — Mot à mot : toucher quelque chose pour le faire tomber. — Roquefort donne choper dans ce sens.

Chopin : Vol. — «Quand un voleur fait de la dépense, c’est qu’il a fait un chopin. » — Canler.

Chose, Machin : On appelle ainsi celui dont on ne se rappelle pas le nom (Dhautel). — « Chose est malade. — Qui ça, Chose ?) » — H. Monnier. — La coutume est ancienne. Tallemant des Réaux conte que M. le Mage, conseiller à la Cour des aides, dit toujours Chose au lieu du nom. »

Chose : Dignité. — « Tu me feras peut-être accroire que tu n’as rien eu avec Henriette ? Vois-tu, Fortuné, si tu avais la moindre chose, tu ne ferais pas ce que tu fais… » — Gavarni.
Chose : Indignité. — « C’est ce gueusard d’Italien qui a eu la chose de tenir des propos sur Jacques. » — Ricard.
Chose : Embarrassé. — Du vieux mot choser : gronder. V. Roquefort. — « Ma sainte te ressemble, n’est-ce-pas, Nini ? — Plus souvent que j’ai un air chose comme ça ! » — Gavarni. — « Ce pauvre Alfred a sa crampe au pylore, ça le rend tout chose. » — E. Sue. — « Mamselle, v’là qu’vous m’rendez tout chose, je vois bien que vous êtes un esprit fort. » — Rétif, 1783.

chou : Sobriquet amical. — « L’une m’appelle mon chou, mon ange. » — Francis, 1825.

Chouchouter : Choyer tendrement. Vient de chou. — « Tu seras chouchouté comme un dieu. » — Balzac.

Choucroute (Tête ou Mangeur de) : Allemand.

Chou colossal : Entreprise destinée à tromper le public par des promesses ridiculement alléchantes. — « Il y a deux ou trois ans, on vit à la quatrième page des journaux un éloge pompeux d’un nouveau chou… Ce chou était le chou colossal de la Nouvelle-Zélande, servant à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux et donnant un ombrage agréable pendant l’été. C’était un peu moins grand qu’un chêne, mais un peu plus grand qu’un prunier. On vendait chaque graine un franc… On en achetait de tous les coins de la France. — Au bout de quelques mois, les graines du chou colossal avaient produit deux ou trois variétés de chou connues et dédaignées depuis longtemps. La justice s’en mêla. » — Alph. Karr, 1841. — L’inventeur du chou colossal était un bonnetier. Il se suicida en voyant la mauvaise tournure que prenait la spéculation.

chouette, tard, taud : Parfait. — « Cré chien ! Loïse, t’as là une casquette un peu chouette !… » — Gavarni. — « Ah ! vous avez là une chouette femme. » — Gavarni. — Voici peut-être un des premiers exemples du mot : « Ma femme sera coincte et jolye comme une belle petite chouette. » — Rabelais.

Chouettement : Parfaitement. — « Suis-je près d’un objet charmant, Pour l’allumer chouettement, Mon cœur est comme une fournaise. » — Festeau.

Chourin : Couteau. — Chouriner : Donner des coups de couteau. Formes des mots surin et suriner, usités dans le même sens. — Le Chourineur est un type des Mystères de Paris d’E. Sue.

Chrétien (Lait) : Lait baptisé, étendu d’eau. — « Une douzaine de drôlesses déguisées en laitières vendent du lait trois fois chrétien. » — Privat d’Anglemont.

cigale : Pièce d’or (Vidocq). — Comparaison du tintement des louis au cri de la cigale.

cigogne : Préfecture de police. — « Railles, griviers et cognes nous ont pour la cigogne en partie tous paumés. » — Vidocq. — V. Dab.

Cipal : Soldat de la garde municipale. — « Les danses ont été légèrement échevelées, mais, suivant les auteurs de la Corde sensible : Le Cipal n’a rien a dire Aux entrechats de la vertu. » — Naquet.

citron : Note aigre. — « Trois citrons à la clef. » — Nadar.

Claques (Figure à) : Figure qu’on souffletterait volontiers. — « Oui, ces figures a claques, nous les caresserons. » — Cogniart, 1831.

Civil : Bourgeois. V. Astiquer.

Clair : Œil. — Allusion à l’éclat du regard. — « Allumez vos clairs et remouchez. » — Balzac.

claquer : Mourir. Terme figuré. Ce qui claque, dans le sens ordinaire, est hors de service. — « C’est là que j’ai appris, entre autres bizarreries, les dix ou douze manières d’annoncer la mort de quelqu’un : Il a cassé sa pipe, — il a claqué, — il a fui, — il a perdu le goût du pain, — il a avalé sa langue, — il s’est habillé de sapin, — il a glissé, — il a décollé le billard, — il a craché son âme, etc., etc. » — Delvau

Claquer : Manger — Allusion au bruit des mâchoires. — « Il faut claquer, vaille que vaille : De par la loi l’on te nourrit. » — Wado, Chanson. — On dit au figuré Claquer : dissiper.

Clarinette : Fusil de munition. — « Quant au fantassin, il est obligé de porter un fusil de quatorze livres, aimable clarinette de cinq pieds. » — Vidal, 1833. — V. Agrafer, Toile.

Cliché : Invariable. — Synon. de Stéréotypé, et emprunté comme lui à certains procédés d’impression. — « Tel est le discours cliché que le vénérable baron Taylor a en réserve pour toutes les circonstances. » — Figaro.

Cloporte : Portier. — Calembour : clôt-porte. — « Je connais le truc pour apprivoiser les cloportes les plus farouches. » — Montépin.

Cloche de bois (Déménager à la) : Déménager furtivement en tamponnant la clochette d’éveil adaptée aux portes de beaucoup d’hôtels garnis.

clou : Prison. On ne peut pas en bouger plus que si on y était cloué. — « Je vous colle au clou pour vingt-quatre heures. » — Noriac.

Clou : Mont-de-Piété. — Mot à mot : prison d’objets engagés. — « Il avait mis le linge en gage ; on ne disait pas encore au clou. » — Luchet.
Clouer : De clou dérivent accrocher, clouer, déclouer et surclouer. (Regager, dégager et renouveler au Mont-de-Piété.) — « Jeune insensé, oublies-tu que nous avons passé le 20 du mois, et qu’à cette époque les habits de ces messieurs sont cloués et surcloués. » — Murger.
Clous de girofle : « Mme Cramoisi demanda un jour à Santeuil combien ils étaient de moines a Saint-Victor. — « Autant que vous avez de clous de girofle dans la bouche, dit Santeuil qui n’était pas de bonne humeur, voulant parler de ses dents qu’elle avait noires et gâtées. » Santoliana, 1764.

cocarde : Tête. — En prenant la coiffure pour la tête, on a dit taper sur la cocarde ou sur le pompon, pour : frapper sur la tête de quelqu’un.

Avoir sa cocarde : Être ivre, avoir le visage teinté par un excès de boisson. — « Vieux ! Avec sept cent mille francs on a bien des cocardes. » — Balzac. — « J’y voyais en dedans, Todore ne parlait pas. Robert nous dit : Vous avez votre cocarde. » — Monselet.

Cocardier : Homme fanatique de son service, zélé jusqu’à l’exagération de ses devoirs. — Cette dénomination spéciale à l’armée se sent plus qu’elle ne s’explique. Le cocardier croit avoir toujours l’honneur de sa cocarde à soutenir.

Coco : Cheval. — « Ce grossier animal qu’on nomme vulgairement coco. » — Aubryet.

Coco : Nom d’amitié. — « J’vais te donner un petit becquau. Viens, mon coco. » — Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836.
Coco : Homme peu digne de considération. — « Joli Coco pour vouloir me faire aller. » — Balzac.
Se passer par le coco : Manger. — Comparaison de l’estomac humain à celui du cheval et du perroquet. Les refrains connus de la Botte à Coco et de As-tu déjeuné, Coco, ont pu en donner l’idée à l’armée comme à la bourgeoisie.

Cocodès : Jeune dandy ridicule. — Diminutif de coco pris en mauvaise part. — « Ohé ! ce cocodès a-t-il l’air daim ! » — L. de Neuville. — Une physiologie des Cocodès a paru en 1864.

cocotte : Femme galante. — Mot à mot : courant au coq. — On disait jadis poulette. « Mme Lacaille disait à toutes les cocottes du quartier que j’étais trop faible pour faire un bon coq. » — 1817, Sabbat des Lurons. — Aujourd’hui une cocotte est un embryon de lorette. — « Les cocottes peuvent se définir ainsi : Les bohèmes du sentiment… Les misérables de la galanterie… Les prolétaires de l’amour. » — Les Cocottes, 1864.

Coenne de lard : Brosse (Vidocq). — Allusion aux soies qui garnissent la coenne.

Cœur sur le carreau (Jeter du) : Vomir. — Ce calembour se trouve déjà dans Le Roux (1718) et dans les Jeux d’esprit de La Châtre.

cognac, cognard, cogne : Gendarme (Vidocq). — Est-ce parce qu’ils cognent les malfaiteurs. V. Cigogne, Raille.

Cognade : Gendarmerie. V. Garçon.
Cogner : Battre. — « Je me cogne quelquefois… On me craint comme le feu dans la Cité. » — E. Sue. V. Ça.

Coiffer : C’est-à-dire : coiffer de cornes, faire une infidélité conjugale. — « Mariez-vous, et par votre compagne, Heureux coiffeur, ne soyez pas coiffé ! ! ! » — La Bédollière.

Col (Se pousser du) : Se faire valoir. Passer la main sous le menton en renversant la tête est un geste de présomptueux. — « Toi qui te poussais tant du col, Nous t’avons pris Sébastopol. — Remy, Chanson, 1856.

Colas, Colin (Vidocq). — Diminutif de col. — Faucher le colas : Couper le cou.

Colback : Conscrit. — Comparaison de sa chevelure, qui n’est pas encore taillée militairement, au bonnet à poil dit colback.

Collage : Liaison galante de longue durée.

Se coller : Contracter un collage. — « Julia : Qu’est-ce que va devenir Anatole ? — Amandine : Le monstre ! il est déjà collé avec Rachel. » — Les Cocottes, 1864.
Collant : Dont on ne peut se débarrasser. — « Nous sommes rabibochés. C’est une femme collante. » — L. de Neuville.

Colle : Mensonge. — Nous trouvons dans la Juliade (1651) : « Pour mieux duper les amoureux, Être adroit à ficher la colle. » — Les coquillards de Dijon disaient dès 1455 : faire la colle, pour feindre.

Colle : Examen préparatoire. — « On est toujours tangent à la colle. » — La Bédollière.

Coller : Examiner. — Colleur : Répétiteur chargé d’examiner. — « Un colleur à parler m’engage. » — Souvenirs de Saint-Cyr.
Coller : Prendre en défaut. — « Voilà une conclusion qui vous démonte. — Me prêtes-tu 500 fr. si je te colle ? » — E. Auger.
Coller sous bande (V. Bande) : — « C’est fini, ils sont collés sous bande. » — Robquin, Chansons.
Coller : Jeter. V. Clou. — « On l’a collé au dépôt, envoyé à la Préfecture de police. » — Monselet. — « Pas un zigue, mêm’un gogo, Qui lui colle un monaco. » — Léonard, Parodie, 1863. — V. Colle.

Collége : Prison. — Collégien : Prisonnier (Vidocq). — Ces mots ont dû être inventés par un malfaiteur qui avait reçu de l’éducation.

Colletin : Force (Vidocq). — Vient de Colleter.

Collier, Coulant : Cravate (Vidocq). — Mots expressifs et bien dus aux voleurs qui voient dans la cravate un moyen de vous étrangler.

coloquinte : Tête de forte dimension. — Allusion de forme. — « Je crois que vous avez la coloquinte tant soit peu dérangée. » — L. Desnoyer.

Coltiger : Arrêter. — Diminutif de Colleter. — « J’ai été coltigé et trois coquins de railles sur mesigue ont foncé, ils m’ont mis la tortouse. » — Vidocq.

Comberger : Compter (Vidocq).

combre, combrieu : Chapeau (Vidocq). — Même observation pour ce mot que pour cabe et calvin. Le chapeau est ce qui ombrage la tête et, par contraction, ce qu’ombre. — Combrieu est un diminutif de Combre. V. Tirant.

Come : Commerce (Vidocq). — Abréviation.

Comme il faut : Air de bonne compagnie. — «Tu les reconnais à leur élégance un peu prétentieuse, à leurs grâces étudiées, à leur comme il faut qui manque de naturel. » — J. Janin.

Pris aussi adjectivement — « Elles hantent les endroits comme il faut. » — Lynol — « Il y a des personnes très-comme il faut qui viennent chez elles. » — E. Sue.

compas (Ouvrir, fermer le) : Activer, ralentir sa marche. — « Nos conscrits ferment le compas. » — Comparaison des jambes aux branches d’un compas.

Complet (Être) : Être complètement ivre.

Compote (Mettre en) : Contusionner fortement. On dit aussi en marmelade (Dhautel, 1808). — « M’éreinter un chapeau, me mettre le nez en compote un jour de bal. » — Michel.

Compte (Avoir son) : Être complètement ivre, avoir absorbé son compte de liquide.

Avoir son compte : Mourir, voir finir le compte de ses jours. — « J’ai mon compte pour ce monde-ci. C’est soldé. » — L. Reybaud.
Son compte est bon : Se dit d’un coupable à punir et dont on compte les méfaits.

Comtois : Niais. — Diminutif de c-n : imbécile. — Sans doute qu’elle bat comtois. » Decourcelle. — V. Battre.

Condé : Maire — Demi-condé : Adjoint. — Grand condé : Préfet de police. — Diminutif dérivant du même mot que le précédent.

Condé franc : Magistrat corrompu.(Vidocq). — V. Affranchir.

Conduite (Faire la) : Chasser avec voies de fait. — « les Français-Anglais vont te faire la conduite. » — Layale, Chansons, 1855.

Connaissance : Maîtresse. — « Ah ! vous avez une connaissance, monsieur ! » — De Leuven.

Connasse : Les femmes inscrites à la police donnent ce nom à toutes celles qui ne le sont pas.

Connir : Tuer (Vidocq). V. Sciage. — La mort est la conne.

Connobrer : Reconnaître (id.). — Corruption de mot.

Conservatoire : Mont-de-Piété (Vidocq). — On y conserve les objets mis en gage.

Consolation : Eau-de-vie. — Ce mot dit avec une éloquence navrante ce que le pauvre cherche souvent dans un petit verre ; — L’oubli momentané de ses maux, et souvent de sa faim. — « Bon, il entre dans le débit de consolation.» — E. Sue.

Consomm : Rafraîchissement. — Abrév. de consommation. — « Ces dames doivent être altérées par la danse, ce dont elles ne disconviennent pas. Partant de là, il les supplie d’accepter une consomm. » — Mornand.

copain : « Être copain, c’est se joindre par une union fraternelle avec un camarade, c’est une amitié naïve et vraie qu’on ne trouve guère qu’au collège.» — H. Rolland. — Du vieux mot compain : compagnon. V. Roquefort.

Copeau : Ouvrier en bois. — Mot à mot : faiseur de copeaux.

coquer : Dénoncer. — Mot à mot : cuisiner, apporter tout préparé. — Du vieux mot coc : cuisinier (coquus). V. Raynouard. — On retrouve la même allusion dans les mots cuisinier et casserole. — « En province, il avait coqué quelqu’un de leur bande.» — E. Sue.

Coquer le poivre : Empoisonner. — Coquer le rifle : Mettre le feu. — « Girofle largue, depuis le reluit où j’ai gambillé avec tezigue et remouché tes chasses et ta frime d’altèque, le dardant a coqué le rifle dans mon palpitant qui n’aquige plus que pour tezigue.» — Vidocq. — Coquer : Donner. V. Ravignolé.

coqueur : « Le coqueur vient dénoncer les projets de vol à la police de sûreté. Le coqueur est libre ou détenu. Ce dernier est coqueur mouton ou musicien. Le mouton est en prison et capte ses codétenus. Le musicien ne révèle que ses complices. — Ce métier de dénonciateur s’appelle coquage. La musique est une réunion de coqueurs (musiciens). » — Canler.

Coqueur de bille : Bailleur de fonds.

Coquille de noix : Petite barque, petit navire. — Image très juste. — « Napoléon met le pied sur une coquille de noix, un petit navire de rien du tout. » — Balzac.

Coquillon : Pou (Vidocq). — Comparaison du pou à une très-petite coquille.

corbeau : Frère de la doctrine chrétienne. — Allusion aux longues robes noires de cet ordre.

Corde (Tenir la) : Avoir la vogue. — « Qui est-ce qui tient la corde en ce moment dans le monde dramatique ? » — Figaro.

Corne : Puanteur. — Corner : Puer (Vidocq). — Vient peut-être de cor : cœur, qui a fait au moyen âge coreux : répugnant, écœurant. V. Roquefort.

cornante : Bête à cornes (Vidocq)

Cornard : Cocu. — Mot à mot : porte-cornes. — Cornard : À l’École de Saint-Cyr, on ne mange que du pain sec au premier déjeuner et au goûter, et les élèves prennent sur leur dîner de quoi faire un cornard — « Faire hommage de votre viande à l’ancien pour son cornard. » — De la Barre.

Cornet : Estomac. — « Je n’suis pas fâché de m’mettre quelque chose dans le cornet. » — H. Monnier. — Rincer le cornet : Donner à boire.

Cornet d’épices : Capucin (Vidocq). — Allusion au capuchon brun que représente assez bien un grand cornet d’épicier.

cornichon : Veau (id.). — Mot à mot : fils de cornante. — Cornichon : Niais (Dhautel, 1808). — « Jour de Dieu ! Constantin, fallait-il être cornichonne. » — Gavarni. — Cornichon : Élève de l’École militaire. — « Une fois en élémentaires, il se bifurque de nouveau en élève de Saint-Cyr ou cornichon, et en bachot ou bachelier ès-sciences. » — Institutions de Paris, 1858.

Cosaque : Brutal, sauvage, maladroit.

Côte (Être à la) : Être à sec d’argent. On est à flot quand la fortune sourit. — « Si vous êtes vous-même à la côte, — quelles singulières expressions on a dans les coulisses pour exprimer qu’on manque d’argent.» — Achard.

Côtelettes : Favoris s’élargissant au bas des joues, de façon à simuler la coupe d’une côtelette.

Coterie : « Les tailleurs de pierres s’interpellent du nom de coterie. Tous les compagnons des autres états se disent pays. » — G. Sand.

Coton (Filer un mauvais) : Se mal porter. Rappel mythologique du fil de la Parque. — « Il file un mauvais coton. » — E. Jourdain.

Cou (Casser Le) : « Viens-tu casser le cou à une gibelotte ? » — Nadar. — C’est-à-dire : Viens-tu manger un lapin ? On casse le cou de l’animal devant vous pour que vous ne craigniez pas de manger du chat.

couac : Fausse note. V. Canard. — « Il lui échappa un couac épouvantable au milieu d’un couplet. » — A. Signol.

coucou : Cocu. — « Une simple amourette Rend un mari coucou. » — Chansons. impr. Chassaignon, 1851. — En 1350, un mari trompé s’appelait déjà en bas latin cucullus (prononcez coucoullous), et, en langue romane, cous. V. Du Cange.

Coude (Lâcher le) : Quitter — « Vous n’pourriez pas nous lâcher le coud’bientôt. » — Léonard, parodie, 1863. — Allusion à la recommandation militaire de sentir les coudes à gauche, en marche.

Lever le coude : Boire à longues rasades. — Usité dès 1808. — « Ça n’a pas d’ordre, ça aime trop à lever le coude. » — P. d’Anglemont.

couenne : « On dit d’un nigaud, d’un maladroit, d’un sot qu’il est couenne. » — Dhautel, 1808. — V. Coenne.

Couillé : Niais. — Forme de couyon. — « Un couillé, j’ai remouché. » — Vidocq.

Coule (À la) : Adroit, expert en l’art de se couler entre les obstacles.

Couleur : Soufflet. — Il colore la joue. — « J’bouscule l’usurpateur, Qui m’applique sur la face, Comm’on dit, une couleur. » — Le Gamin de Paris, chanson, 184…

Coulissiers : « Les coulissiers sont des agents de change sans brevet ; ils traitent des opérations pour leur compte et pour celui de leurs clients ; on leur paie moitié courtage, ils ont une chambre organisée comme la chambre syndicale des agents de change ; on en cite de très-honorables et de très-riches, offrant tout autant de garantie que des agents de change. Ils se réunissent à midi sur les boulevarts, ils établissent le cours de la rente qui souvent est accepté par le parquet. À la Bourse, ils se placent à peu de distance des agents de change, à gauche de la corbeille. Les opérations de la coulisse s’élèvent à un chiffre énorme. » — De Mériclet.

Courailler : Donner dans la galanterie facile. — « Vous l’auriez empêché de courailler. » — Balzac.

Courir a le même sens. — « Monsieur n’est pas heureux quand il court. » — H. Monnier. — On dit aussi : Courir la gueuse.

courbe : Épaule (Vidocq). — Allusion de forme.

courir (Se la) : S’enfuir. — Se courir : Se méfier (Vidocq). — Vient de l’ancien verbe se covrir : se couvrir, se protéger.

Coup à monter : Grosse entreprise. — « Un coup à monter, ce qui, dans l’argot des marchands, veut dire une fortune à voler. » — Balzac.

Se monter le coup : S’illusionner.
Monter le coup : Tendre un piége. — « C’est des daims huppés qui veulent monter un coup à un ennemi. » — E. Sue.
Monter un coup : Inventer un prétexte. — « Je monte plus d’un coup pour vanter l’auteur Dorville. » — 1817, Brazier.
Coup de bas : Coup dangereux. — « Ces fats nous donnent un rude coup de bas. » — Chansons, Clermont, 1835.
Coup de chien, peigne, torchon : V. ces mots.
Coup de pistolet : « Alléché par l’exemple et la perspective de quelques bénéfices énormes, un novice vient de tirer un coup de pistolet à la Bourse (c’est l’expression pour désigner une opération isolée et sans suite, Un coup de main). » — Mornand.
Avoir un coup de soleil : Avoir une pointe de vin (Dhautel, 1808). — Le vin et le soleil ont également la vertu d’empourprer Le visage.
Coup de temps : Accident subit, surprise. — Terme d’escrime. — Voir le coup de temps, c’est le prévoir.
Coup de vague : Vol improvisé. — Le voleur est dans le vague sur les résultats de son coup.

Coupe (Tirer sa) : Nager. — « Rodolphe, qui nageait comme une truite… se prit à tirer sa coupe avec toute la pureté imaginable. » — Th. Gautier.

Faire sauter la coupe : Battre à l’écarté de façon à retourner le roi, en neutralisant la coupe.

Coupe-choux : Sabre d’infanterie. — L’emploi de cette arme est en campagne des plus pacifiques. — « Mon coupe-choux au côté. » — Lacassagne.

Coupe-ficelle : Artificier d’artillerie.

Coupe-sifflet : Couteau. V. Couper.

couper la gueule à quinze pas : Exhaler une si mauvaise odeur qu’on la sent à quinze pas. — Cette expression ne manque pas de justesse, car la bouche souffre autant que le nez en pareil cas. — « Quand elle a mangé du cerv’las, Ça vous coup’la gueule à quinz’pas. » — Colmance.

Se couper : Se contredire, couper ses propres arguments.
Ça te la coupe : Cela te contrarie, te déroute (Dhautel, 1808).

Sous le premier Empire, M. de Beaumont annonça au cercle des Tuileries : « Mme la maréchale Lefebvre ! » — L’empereur s’avance et lui dit : « Bonjour, Mme la duchesse de Dantzick ! » — Celle-ci se retourne et dit au chambellan trop laconique : « Ah ! ça te la coupe, cadet ! »

Couper, Couper dans le pont : Donner dans le panneau. « Laisse-la couper dans le pont. » — Balzac. — « Ah ! ! dit Marlot en faisant sauter l’or dans sa main, elle a donc coupé dans le mariage ? » — Champfleury. — « Vient du terme : faire le pont : plier légèrement les cartes a un endroit déterminé, de façon à guider la main de l’adversaire dans la portion du jeu où elle doit couper innocemment, secondant ainsi les vues de l’aventurier. L’expression est pittoresque. » — Mornand.
Couper la chique : V. Chique.
Couper la musette : Couper la parole. — Comme dans chanterelle et dans sifflet, la voix est assimilée à un instrument. — « Ta remontrance me coupe la musette. » — Chansons, Châteauroux, 1826.
Couper le sifflet : couper la parole, couper la gorge.

couyon, Couillon : Lâche, poltron. — Du vieux mot coion qui a le même sens (V. Roquefort), et qui est un diminutif de coy : tranquille, indolent. — Mazarin est souvent appelé coyon dans les pamphlets de la Fronde. — « Beaulieu, Cobourg en furent touchés De voir leur troupe à l’abandon Qui fuyoient comme des couillons Devant les patriotes. » — Mauricault, Chanson, 1794.

Couyonnade : Affaire misérable, action lâche. — Couyonner : Reculer au moment d’agir — Couyonnerie : Lâcheté. Du vieux mot coionnerie. V. Roquefort.

Cracher : Parler (Vidocq). — Mot à mot : cracher des paroles.

Cracher : Décharger. — Le canon crache la mitraille.
Cracher, Cracher au bassin ou au bassinet : Donner de l’argent de mauvaise grâce. — Allusion au bassin qu’on présente pour les quêtes. — « Tu dois faire cracher encore 150,000 francs au baron. » — Balzac.
Cracher dans le sac : V. Raccourcir.

Crampe (Tirer sa) : Fuir. — « Elle a pris ses grands airs et j’ai tiré ma crampe. » — Montépin.

Se cramper : Se sauver (Vidocq). V. Pré.

crampon : Fâcheux dont on ne peut se débarrasser.

Cran (Lâcher d’un) : Planter là, abandonner subitement. — « Nous vous lâcherons d’un cran. » — Vidal, 1833.

Faire un cran : Tenir bonne note d’une chose.

Crâne : Hardi. — « Est-il crâne cet enragé-là ! » — P. Lacroix, 1832.

Crâne : Beau. — « C’est ça qui donne une crâne idée de l’homme ! » — Gavarni.
Crâne : Bon. — « Quand j’étais sur la route de Valenciennes, c’est là que j’en avais du crâne du tabac ! » — H. Monnier.
Vient de l’ancien terme : mettre son chapeau en crâne. C’était le mettre sens devant derrière, à la façon des tapageurs qui prétendaient faire partout la loi sous le premier Empire. V. Dhautel.
Crânement : Supérieurement. — « J’ai été maître d’armes… et je puis dire que je tirais crânement. » — Méry. — « Elle prenait la brosse chez un peintre, la maniait par raillerie, et faisait une tête assez crânement. » — Balzac. — « Je suis crânement contente de vous voir. » — E. Sue.

crapaud : Homme petit et laid. — Crapoussin, qui a le même sens, est son diminutif. — Usité dès 1808. — « Tiens ! Potier, je l’ai vu du temps qu’il était à la Porte-Saint-Martin. Dieux ! que c’crapaud-là m’a fait rire ! » — H. Monnier.

Crapaud : Bourse de soldat. Simple poche de cuir dont l’aspect roussâtre et aplati peut à la rigueur rappeler l’ovipare en question. On appelle grenouille le contenu du crapaud. — Les deux mots doivent être reliés l’un à l’autre par quelque affinité mystérieuse.
Crapaud : Cadenas (Vidocq).
Crapaud : Fauteuil bas. — « Une bergère… Avancez plutôt un crapaud ! » — El. Jourdain.

Créateur : Peintre (Vidocq). — Il renouvelle en effet sur la toile l’œuvre de la Création.

Créature : — « Pour la grande dame qui se voit enlever ses adorateurs par une grisette, cette grisette est une créature ! » — L. Huart.

Crêper le toupet : Prendre aux cheveux, battre. — « Nous v’là tous deux à nous crêper le toupet. » — Letellier, 1839.

Les femmes se crêpent le chignon.

Crépin : Cordonnier. — Mot à mot : enfant de saint Crépin. — On sait que saint Crépin est le patron des bottiers et des cordonniers. — « Je défie bien le Crépin de me faire des bottes plus justes. » — La Correctionnelle.

Crépine : Bourse (Vidocq). — Ce doit être, comme le crapaud, une bourse de cuir.

Crie, Criolle : (Vidocq). — Viande. V. Artie.

Criolier, Crinolier : Boucher. — « Nous allons barbotter demain la cambriolle d’un garçon crinolier. » — Canler.

CRIBLAGE : Cri. — « On peut les pésiguer et les tourtouser en leur bonnissant qu’ils seront escarpés s’il y a du criblage. » — Vidocq.

Cribler : Crier. — Corruption du mot crier. V. Charron.

Cribleur de lance : Porteur d’eau. — Il crie à l’eau.

CRIQUE : Eau-de-vie (Vidocq). — « Un verre de criq’ ne fait pas de mal. » — J. Choux.

CRISTALLISATION : Condensation intellectuelle. — « Un homme d’esprit, Stendhal, a eu la bizarre idée de nommer cristallisation le travail que la pensée de la marquise fit avant, pendant et après cette soirée. » — Balzac. — On sait que la cristallisation unit et solidifie les parties d’une substance dissoute dans un liquide.

CRISTALLISER : Paresser au soleil. — Terme de chimie. — « Permis à tous de se promener dans les cours, de fumer leur pipe,, de cristalliser au soleil. » — La Bédollière.

CROCHER (Se) : « Je grille de vous voir crocher avec le Maître-d’École, lui qui m’a toujours rincé. » — E. Sue. — V. S’Accrocher.

CROISANT : Gilet (Vidocq). — Il croise sur la poitrine.

CROQUER : Esquisser, dessiner. — « Si je croquais ce chêne avant de déjeuner ! » Marcellin.

CROSSE : Ministère public (Vidocq). — Il frappe (crosse) les accusés.

CROSSER : Sonner. — Mot à mot : frapper sur l airain. — « Quand douze plombes crossent, les pègres s’en retournent au tapis de Montron. » — Vidocq.

Croupionner : Remuer du croupion, faire bouffer un vêtement sur le croupion.

Croûte (Vieille), Croûton : Homme arriéré. — « Refuser ce tableau ! Quels croûtons ! » — Bertall.

S’embêter comme une croûte de pain derrière une malle : Dessécher d’ennui.

Croutéum : Collection de croûtes ou de mauvais tableaux. — « Bientôt la boutique, un moment changée en croutéum, passe au muséum. » — Balzac.

Croutonner : Mal peindre, peindre des croûtes. — Bertall.

Cruche, Cruchon : Épais de forme et creux d’esprit. — « Il est assez cruche, pour ne pas comprendre. » E. Sue.

Crucifix à ressorts : Pistolets (Vidocq). — Ils se présentent comme le crucifix aux heures suprêmes.

cuir : Peau. — « C’était aux nègres qu’il en voulait, à cause du coloris de leur cuir. » — L. Desnoyer. — Tanner le cuir : Battre.

Cuirassier : Homme fréquemment coupable des fautes de liaison appelées cuirs. — « Veux-tu savoir ta langue et l’ostographe ? Prends moi z’un cuir, prends moi z’un cuirassier » — Festeau.

Cuisine : Préfecture de police. — Cuisinier : Agent de police (Vidocq). — Cuisinier : Dénonciateur, espion. — « Lui qui avait servi plusieurs fois de cuisinier à la police. n — Canler. — « Mauvais signe ! un sanglier ! comment s’en trouve-t-il un ici ? — C’est un de leurs trucs, un cuisinier d’un nouveau genre. » Balzac. — V. Coqueur.

Cuisine de journal : Tout ce qui regarde les petits détails et l’ordonnance matérielle d’un journal. — Le rédacteur chargé de cette mission est un Cuisinier. — « C’est lui qui fait la cuisine du journal. » — L. de Neuville.

Cuit : Perdu — « Cuits, cuits ! les carlistes, ils seront toujours cuits. » — Métay, 1831.

Cul : Homme bête et grossier. — Cul goudronné : Matelot. — Cul de plomb : Homme sédentaire, peu alerte (Dhautel, 1808). — Cul rouge : Soldat porteur du pantalon rouge qui compose l’uniforme de presque toute l’armée. — Autre temps, autres culottes. Au dix-huitième siècle, on disait cul blanc, témoin ce passage des Mémoires de Bachaumont : « Le 27 janvier 1774. Il est encore arrivé à Marseille à la Comédie une catastrophe sanglante. Un officier du régiment d’Angoulême était dans une première loge ; il s’était retourné pour parler à quelqu’un. Le parterre, piqué de cette indécence, a crié à bas, cul blanc ! (le blanc est le fond de l’uniforme de l’infanterie), » etc., etc.

Culbute : Culotte (Vidocq). — Jeu de mots. C’est dans la culotte qu’on bute cul. (Buter : Pousser. V. Du Cange.) — V. Affure.

Cupidon : Chiffonnier (Vidocq). — Comparaison ironique du carquois et du trait de l’Amour à la hotte et au crochet du chiffonnier.

Culotte : Partie de dominos qui procure au gagnant un grand nombre de points. Les joueurs, n’ayant plus de quoi poser, sont obligés d’abattre leurs dominos. Celui qui conserve les moins élevés, bénéficie des points de son adversaire, il fait une culotte. — « Le joueur de dominos préfère le double-six culotte avec six blancs dans son jeu. » — Luchet.

Culotte : « Plus d’une fois, il est arrivé qu’un étudiant poursuivi par le guignon s’est vu mettre sur son compte toutes les demi-tasses consommées dans le courant de la soirée par tous les habitués du café. Total : cinquante ou soixante francs. Cela s’appelle empoigner une culotte. » — Louis Huart.

Se donner une culotte, se culotter : Faire excès de boire ou de manger. — Donné déjà par le Dict. de Leroux, 1718. — Synonyme d’un terme fréquemment employé : S’en donner plein la ceinture. — « Nous pouvons donc enfin nous culotter avec du vin du tyran. » — Chenu. — « Un ivrogne ferait bien mieux de s’acheter un pantalon que de se donner une culotte. » — Commerson.

Culotte se prend au figuré pour tout autre excès — « Nous nous sommes donné une fameuse culotte monarchique et religieuse. » — Balzac.

CULOTTÉ : Bistré. — « Les yeux culottés par les veilles malsaines. » — Delvau. — Culotté : Aguerri. — « Oh ! ma chère, je suis culottée, vois-tu. » — Gavarni. — Dans ces deux acceptions, comme dans la suivante, il y a évidemment allusion au culottage de la pipe.

Se culotter : Se former, prendre une tournure décidée. — « Voici un pied d’Andalouse, se dit-il à part lui, ceci est d’une bonne couleur, et ma passion se culotte tout à fait. » — Th. Gautier, 1838.

CUMULARD : « Fonctionnaire qui cumule les émoluments de plusieurs places. » — Lubize. — « Le cumulard est travailleur, il a de l’esprit. » — Balzac.

curieux : Juge d’instruction. — Il est curieux par métier. — « Le curieux a servi ma bille (mon argent). » — Vidocq. V. Escrache.

Cylindre (Se faire éclater le) : Crever. — « Une biche dit : Mon p’tit homme : Je mangerais bien des fraises, des p’tits pois, Paye m’en !… La scène était à peindre. Le cocodès dit en baissant la voix : Tu t’en ferais éclater le cylindre. » — Alphonse Duchesne.