Lettres persanes/Lettre 140

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Texte établi par André Lefèvre, A. Lemerre (pp. 109-110).

Lettre 140

Rica à Usbek, à***.

Le parlement de Paris vient d’être relégué dans une petite ville qu’on appelle Pontoise. Le Conseil lui a envoyé enregistrer ou approuver une déclaration qui le déshonore, et il l’a enregistrée d’une manière qui déshonore le Conseil.

On menace d’un pareil traitement quelques parlements du royaume.

Ces compagnies sont toujours odieuses : elles n’approchent des rois que pour leur dire de tristes vérités, et, pendant qu’une foule de courtisans leur représentent sans cesse un peuple heureux sous leur gouvernement, elles viennent démentir la flatterie, et apporter aux pieds du trône les gémissements et les larmes dont elles sont dépositaires.

C’est un pesant fardeau, mon cher Usbek, que celui de la vérité, lorsqu’il faut la porter jusques aux princes. Ils doivent bien penser que ceux qui s’y déterminent y sont contraints, et qu’ils ne se résoudraient jamais à faire des démarches si tristes et si affligeantes pour ceux qui les font, s’ils n’y étaient forcés par leur devoir, leur respect, et même leur amour.


De Paris, le 21 de la lune de Gemmadi 1, 1720.