Méditation (O. C. Élisa Mercœur)

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Œuvres complètes d’Élisa Mercœur, Texte établi par Adélaïde AumandMadame Veuve Mercœur (p. 283-284).


MÉDITATION.

Telle qu’une médaille à l’empreinte effacée,
Quand les contacts du monde ont usé la pensée,
Quand la vie inutile a perdu sa fraîcheur,
Lorsque les faux plaisirs ont énervé le cœur,
Fatigué du fardeau de sa lourde existence,
Lorsque l’homme a ravi son charme à l’espérance,
Son âme parcourant les dédales du sort
Trouve, pour en sortir, le dégoût et la mort !

On te l’a dit pourtant, incrédule jeunesse,
Rien ne vaut ici-bas la stoïque sagesse !
Réponds ? contre l’orgueil, contre la volupté,
Confiante en ta force, as-tu jamais lutté ?
Non ! tu fais en cédant l’aveu de ta faiblesse ;
Et, laissant du combat les soins à ta vieillesse

Aveugle à la clarté de tout divin flambeau,
Tu vois !… lorsque ton pied vient heurter le tombeau !

Alors, s’il était temps, si tu pouvais encore
Ranimer dans ton sein le feu qui s’évapore !
Des fleuves descendus si, remontant le cours,
Tels qu’ils sont au matin tu retrouvais les jours ;
Si, rendant leur éclat aux fleurs déjà fanées,
Tu jouissais deux fois de tes jeunes années,
Dis, libre de choisir ta route et ton destin,
Deux fois passerais-tu par le même chemin ?


(1828.)

(Cette méditation, quoique faite à Nantes, n’a cependant été insérée dans aucun journal, parce qu’Élisa avait l’intention de faire un volume de Méditations, et que celle-ci devait être le début du volume.)