Mémoires (Saint-Simon)/Tome 2/24

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Texte établi par Adolphe ChéruelHachette (Tome 2p. 401-427).


CHAPITRE XXIV.


Traité de partage de la monarchie d’Espagne. — Harcourt revient d’Espagne et y laisse Blécourt. — Recherche et gain des gens d’affaires. — Desmarets ; ma liaison avec lui. — Loteries. — Mort de Châteauneuf ; ses charges de secrétaire d’État et de greffier de l’ordre données à son fils en épousant Mlle de Mailly, et le râpé de l’ordre au chancelier. — Cauvisson lieutenant général de Languedoc par M. du Maine. — Noailles, archevêque de Paris, fait cardinal. — Abbé de Vaubrun exilé. — Ruses et opiniâtre désobéissance du cardinal de Bouillon, qui devient doyen et que le roi dépouille. — Argent à Mgr le duc de Bourgogne. — Cent mille livres à Mansart. — Détails de l’assemblée du clergé. — Jésuites condamnés par la Sorbonne sur la Chine. — P. de La Rue, confesseur de Mme la duchesse de Bourgogne, au lieu du P. Le Comte, renvoyé. — Rage du P. Tellier. — Jésuites affranchis pour toujours des impositions du clergé. — Pelletier va visiter les places et ports de l’Océan. — M. de Vendôme retourne publiquement suer la vérole. — Mort de la duchesse d’Uzès. — Mariage du duc d’Albemarle avec Mlle de Lussan. — Mme Chamillart, pour la première femme de contrôleur général, admise dans les carrosses et à manger avec Mme la duchesse de Bourgogne. — L’évêque de Chartres gagne son procès contre son chapitre de la voix du roi unique. — M. de Reims cède la présidence de l’assemblée générale du clergé à M. de Noailles. — Comte d’Albert cassé. — Étrange embarras de M. le prince de Conti avec M. de Luxembourg. — Mme de Villacerf admise dans les carrosses et à manger avec Mme la duchesse de Bourgogne. — Dons pécuniaires à M. le prince de Conti, à M. de Duras et à Sainte-Maure. — Fiançailles de La Vrillière et de Mlle de Mailly, et leur mariage. — P. Martineau confesseur de M. le duc de Bourgogne à la place du feu P. Valois. — Mort de Le Nôtre. — Mort de Labriffe, procureur général. — D’Aguesseau, avocat général, fait procureur général en sa place.


Le traité de partage de la monarchie d’Espagne commençoit à faire grand bruit en Europe. Le roi d’Espagne n’avoit point d’enfants ni aucune espérance d’en avoir. Sa santé, qui avoit toujours été très foible, étoit devenue très mauvaise depuis deux ou trois ans, et il avoit été à l’extrémité depuis un an à plusieurs reprises. Le roi Guillaume qui, depuis les succès de son usurpation, avoit fort augmenté son crédit par la confiance de tous les alliés de la grande alliance qu’il avoit ourdie contre la France, et dont il avoit été l’âme et le chef jusqu’à la paix de Ryswick, et qui se l’étoit depuis conservée sur le même pied, entreprit de pourvoir de façon à cette vaste succession que, lorsqu’elle s’ouvriroit, elle ne causât point de guerre. Il n’aimoit ni la France ni le roi, et dans la vérité il étoit payé pour les bien haïr ; il en craignoit l’agrandissement ; il venoit d’éprouver, par l’union de toute l’Europe contre elle dans une guerre de dix ans, quelle puissance c’étoit, après toutes celles dont ce règne n’avoit été qu’un tissu plein de conquêtes. Malgré les renonciations de la reine, il n’osa espérer que le roi vit passer toute cette immense succession sans en tirer rien ; il avoit vu, par les conquêtes de la Franche-Comté et d’une partie de la Flandre, le peu de frein de ces renonciations. Il songea donc à un partage que l’appât de le recueillir en paix, et sous la garantie des puissances principales, prit faire accepter au roi, et qui fût tel en même temps qu’il n’augmentât pas sa puissance, ne fût qu’un arrondissement léger vers des frontières bien assurées, et que ce qu’il auroit de plus fût si éloigné, que la difficulté de le conserver le tint toujours en brassière et ses successeurs après lui. En même temps, il voulut bien assurer les bords de la mer du côté de l’Angleterre, et mettre ses chers Hollandois à l’abri de la France, et partager l’empereur si grandement, qu’il eût lieu de s’en contenter et de ne pas regretter une totalité qu’il n’avoit pas la puissance d’espérer contre la France. Il ne destinoit donc à celle-ci, pour ainsi parler, que des rognures. Ce fut pour cela qu’il s’en voulut assurer d’abord, comme la prévoyant la plus difficile à se contenter de ce qu’il lui vouloit offrir, et que sûr, s’il le pouvoit, de son acceptation, il n’eût à présenter à l’empereur que la plus riche et la plus grande partie avec un nom qui pouvoit passer pour le tout, et que la tentation d’une si ample monarchie, sans coup férir, le consolât du reste et la lui fit promptement accepter.

Son plan arrêté fut donc de donner à l’archiduc, deuxième fils de l’empereur, l’Espagne et les Indes avec les Pays-Bas et le titre de roi d’Espagne ; le Guipuscoa à la France, parce que l’aridité et la difficulté de cette frontière est telle qu’elle étoit demeurée en paix de tout ce règne, au milieu de toutes les guerres contre l’Espagne ; Naples et Sicile, dont l’éloignement et le peu de revenu étoit plutôt un embarras et un sauve-l’honneur qu’un accroissement, et dont la conservation tiendroit à l’avenir la France en bride avec les puissances maritimes ; la Lorraine, qui étoit un arrondissement très sensible, mais qui ne portoit pas la France au delà d’où elle étoit, et qui en temps de guerre ne la soulageoit que d’une occupation qui ne lui coûtoit rien à faire ; et pour dédommagement, le Milanois à M. de Lorraine, qui y gagnoit les trois quarts de revenu et d’étendue, et, d’esclave de la France par l’enclavement de la Lorraine, de devenir un prince puissant et libre en Italie, et qui feroit compter avec lui.

Le roi d’Angleterre fit donc d’abord cette proposition au roi, qui, las de la guerre, et dans un âge et une situation qui lui faisoient goûter le repos, disputa peu et accepta. M. de Lorraine n’étoit ni en intérêt ni en état de ne pas consentir au changement de pays que l’Angleterre avec la Hollande lui proposèrent d’une part, et le roi de l’autre qui lui envoya Callières. Cela fait, il fut question de l’empereur. Ce fut où tout le crédit et l’adresse du roi d’Angleterre échoua : l’empereur vouloit la succession entière ; il se tenoit ferme sur les renonciations du mariage du roi ; il ne pouvoit souffrir de voir la maison d’Autriche chassée d’Italie (et elle l’étoit entièrement par le projet du roi d’Angleterre qui donnoit à la France les places maritimes de Toscane que l’Espagne tenoit, connues sous le nom de gli. Presidii). Pressé par Villars envoyé du roi, par l’Angleterre, par la Hollande, qui avoient signé le traité, et qui lui faisoient entendre qu’ils se joindroient contre lui s’il s’opiniâtroit dans le refus d’un si beau partage, il se tint ferme à répondre qu’il étoit inouï, et contre tout droit naturel et des gens, de partager une succession avant qu’elle fût ouverte ; et qu’il n’entendroit jamais à rien là-dessus pendant la vie du roi d’Espagne, chef de sa maison, et qui lui étoit si proche. Cette résistance, et plus encore l’esprit de cette résistance, divulgua bientôt le secret qui devoit durer jusqu’à la mort du roi d’Espagne, qui fut averti par l’empereur et pressé de faire un testament en faveur de l’archiduc et de sa propre maison.

Le roi d’Espagne jeta les hauts cris comme si on l’eût voulu dépouiller de son vivant, et son ambassadeur en fit un tel bruit en Angleterre, et en des termes si peu respectueux, jusqu’à nommer le roi d’Angleterre le roi Guillaume, que ce prince lui fit dire de sortir en quatre jours d’Angleterre, ce qu’il exécuta et se retira en Flandre. Mais l’empereur, quoique mécontent du roi d’Angleterre, le vouloit ménager dans ce qu’il n’étoit pas le point principal, pour ne se brouiller pas absolument avec lui. Il s’offrit entre lui et le roi d’Espagne, et fit en sorte que ce mécontentement accessoire se raccommoda et que l’ambassadeur d’Espagne retourna à Londres.

Harcourt eut à essuyer à Madrid toutes les plaintes et les clameurs ; elles furent au point que, sur le compte qu’il rendit de tous les désagréments qu’il essuyoit et de l’inutilité où il se voyoit par cette découverte, il eut permission de revenir. Il laissa Blécourt, son parent, qu’il avoit mené avec lui, et qui était homme ferme et capable d’affaires, quoiqu’il n’eût fait toute sa vie d’autre métier que celui de la guerre, et qui, en l’absence d’ambassadeur, servit très bien et très dignement avec le caractère d’envoyé du roi.

L’empereur cependant ne pensoit qu’à fortifier son parti en Espagne. La reine sa belle-sœur y étoit toute-puissante ; elle avoit fait chasser les plus grands seigneurs et les principaux ministres qui ne ployoient pas sous elle. Par sa faveur la Berlips étoit l’objet de l’envie universelle ; elle prenoit à toutes mains et vendoit les plus grands emplois. Un de ses enfants avoit été fait par le roi d’Espagne archimandrite de Messine, qui est un bénéfice de quatre-vingt-dix mille livres de rente, par la mort d’un frère du duc de Lorraine ; et le prince de Hesse-Darmstadt, vice-roi de Catalogne et colonel des Allemands dont elle avoit rempli Madrid. Quoiqu’elle eût réduit Harcourt à la plus honteuse solitude après avoir éprouvé tout le contraire, elle ne laissa pas de lui détacher l’amirante, avec des propositions fortes pour elle, et des espérances pour un des fils de Monseigneur. Harcourt, qui vouloit voir plus clair, et qui, avec raison, se défioit de la sœur de l’impératrice, battit froid, et, disant toujours qu’il ne pouvoit écrire en France tant qu’il ne verroit que du vague, ne laissoit pas de le faire et de se flatter de la plus grande fortune s’il pouvoit réussir. Mais en France on étoit content du traité de partage ; il étoit signé ; la sœur de l’impératrice y étoit trop suspecte, et l’amirante à Harcourt pour le moins autant ; par la mauvaise réputation de sa foi, et par son attachement héréditaire à la maison d’Autriche, et très particulier à la reine ; Harcourt eut donc ordre de ne plus rien écouter, qui en fut au désespoir, et qui de dépit s’éloigna de Madrid, et ne songea plus qu’à s’amuser avec son domestique et à tirer des lapins, en attendant son retour, dont bientôt après il reçut la permission Cette position si jalouse fit mettre toutes choses en œuvre pour recouvrer de l’argent, et se tenir en bonne posture et prêt à tout événement. On commença par une recherche sourde des gens d’affaires, dont les profits avoient été immenses pendant la dernière guerre. Chamillart obtint à grand’peine permission du roi de se servir de Desmarets pour cette opération.

Il figura assez dans la suite pour qu’il ne soit pas inutile de le faire connoître dès à présent. C’étoit un grand homme, très bien fait, d’un visage et d’une physionomie agréable qui annonçoit la sagesse et la douceur, qui étoient les deux choses du monde qu’elle tenoit le moins. Son père étoit trésorier de France à Soissons, qui étoit riche dans son état, fils d’un manant, gros laboureur d’auprès de Noyon, qui s’étoit enrichi dans la ferme de l’abbaye d’Orcamp qu’il avoit tenue bien des années, après avoir labouré dans son jeune temps. Son fils, le trésorier de France, avoit épousé une sœur de M. Colbert, longtemps avant la fortune de ce ministre, qui depuis prit Desmarets son neveu dans ses bureaux, et le lit après intendant des finances. C’étoit un homme d’un esprit net, lent et paresseux, mais que l’ambition et l’amour du gain aiguillonnoient, en sorte que M. de Seignelay, son cousin germain, l’avoit pris en aversion, parce que M. Colbert le lui donnoit toujours pour exemple. Il lui fit épouser la fille de Bechameil, secrétaire du conseil, qui devint après surintendant des finances et affaires de Monsieur quand il chassa Boisfranc, beau-père du marquis de Gesvres. Desmarets, élevé et conduit par son oncle, en avoit appris toutes les maximes et tout l’art du gouvernement des finances. Il en avoit pénétré parfaitement toutes les différentes parties, et comme tout lui passoit par les mains, personne n’étoit instruit plus à fond que lui des manèges des financiers, du gain qu’ils avoient fait de son temps, et par ces connoissances de celui qu’ils pouvoient avoir fait depuis.

Tout à la fin de la vie de M. Colbert, on s’avisa de faire à la Monnaie une quantité de petites pièces d’argent de la valeur de trois sous et demi pour la facilité du commerce journalier entre petites gens. Desmarets avoit acquis plusieurs terres, entre autres Maillebois, et l’engagement du domaine de Châteauneuf en Timerois[1] dont cette terre relevoit et quantité d’autres sortes de biens. Il avoit fort embelli le château bâti par d’O, surintendant des finances d’Henri III et d’Henri IV. Il en avoit transporté le village d’un endroit à un autre pour orner et accroître son parc, qu’il avoit rendu magnifique. Ces dépenses si fort au-dessus de son patrimoine, de la dot de sa femme et du revenu de sa place, donnèrent fort à parler. Il fut accusé ensuite d’avoir énormément pris sur la fabrique de ces pièces de trois sous et demi. Le bruit en parvint à la fin à M. Colbert, qui voulut examiner, et qui tomba malade de la maladie prompte dont il mourut. Preuves, doutes ou humeur, je n’assurerai lequel des trois, mais ce qui est vrai, c’est que de son lit il écrivit au roi contre son neveu, qu’il pria d’ôter des finances, et à qui il donna les plus violents soupçons contre lui. Colbert mort, et Pelletier, contrôleur général de la façon de M. de Louvois, à qui et à M. Le Tellier il étoit intimement attaché de toute sa vie, le roi lui donna ordre de chasser Desmarets, et de lui faire une honte publique. C’étoit bouillir du lait à une créature de Louvois. Il manda Desmarets, et prit son moment à une audience publique. Là, au milieu de tous les financiers qui rampoient et trembloient huit jours auparavant devant lui, et de tout ce qui se présenta là pour parler au contrôleur général, il appela Desmarets, et tout haut pour que tout ce qui étoit là n’en perdit pas une parole : « Monsieur Desmarets, lui dit-il, je suis fâché de la commission dont je suis chargé pour vous. Le roi m’a commandé de vous dire que vous êtes un fripon ; que M. Colbert l’en a averti ; qu’en cette considération, il veut bien vous faire grâce, mais qu’entre ci et vingt-quatre heures vous vous retiriez dans votre maison de Maillebois sans en sortir ni en découcher, et que vous vous défassiez de votre intendance des finances, dont le roi a disposé. » Desmarets, éperdu, voulut pourtant ouvrir la bouche, mais Pelletier tout de suite la lui ferma par un : « Allez-vous-en, monsieur Desmarets, je n’ai pas autre chose à vous dire, » et lui tourna le dos. La lettre de M. Colbert mourant au roi ferma la bouche à toute sa famille, tellement que Desmarets, dénué de toute sorte de protections, n’eut qu’à signer la démission de sa place et s’en aller à Maillebois.

Il y fut les quatre ou cinq premières années sans avoir la liberté d’en découcher, et il y essuya les mépris du voisinage, et les mauvais procédés d’une menue noblesse qui se venge avec plaisir, sur l’impuissance, de l’autorité dure qu’elle avoit exercée dans le temps de sa fortune. Mon père étoit ami de M. Colbert, de M. de Seignelay et de toute leur famille ; il connoissoit peu Desmarets, jeune homme à son égard. La Ferté, où mon père passoit souvent la fin des automnes, se trouvoit à quatre lieues de Maillebois.

La situation de Desmarets lui fit pitié. Coupable ou non, car rien n’avoit été mis au net, il trouva que sa chute étoit bien assez profonde, sans se trouver encore mangé des mouches dans le lieu de son exil ; il l’alla voir, lui fit amitié, et déclara qu’il ne verroit pas volontiers chez lui ceux qui chercheroient à lui faire de la peine : un reste de seigneurie palpitoit encore en ce temps-là. Mon père, toute sa vie honnête et bienfaisant, étoit fort respecté dans le pays.

Cette déclaration changea en un moment la situation de Desmarets dans la province : il lui dut tout son repos et la considération qui succéda au mépris et à la mauvaise volonté qu’il avoit éprouvée. Mon père même alla trop loin dans les suites, car il s’engagea dans des procès de mouvance à la prière de Desmarets, qui lui coûtèrent à soutenir et qu’il perdit. Dès que Desmarets eut permission de sortir de sa maison sans découcher, il vint dîner à la Ferté, sitôt que mon père y fut. Il n’oublia rien, ni Mme Desmarets, pour témoigner à mon père et à ma mère leur attachement et leur reconnoissance. Il eut enfin permission de faire à Paris des tours courts, puis allongés et réitérés, enfin liberté d’y demeurer en n’approchant pas de la cour. Il continua la même amitié avec moi, et moi avec lui, après la mort de mon père, et elle fut telle qu’on en verra bientôt une marque singulière. Desmarets étoit en cet état lorsque Chamillart obtint à grand’peine la permission de se servir de ses lumières, et de le faire travailler à la recherche des gens d’affaires, etc., qui, par compte fait et arrêté avec eux, se trouvèrent avoir gagné depuis 1689 quatre-vingt-deux millions. On s’abstient de réflexions sur un si immense profit en moins de dix ans, et sur la misère qu’il entraîne nécessairement, sur qui a tant gagné et qui a tant perdu, sans parler d’une autre immensité d’une autre sorte de gain et de perte, qui sont les frais non compris dans ces quatre-vingt-deux millions.

Il fut proposé d’attirer la cupidité publique par des loteries ; il s’en fit de plusieurs façons en quantité. Pour leur donner plus de crédit et de vogue, Mme la duchesse de Bourgogne en fit une de vingt mille pistoles ; elle et ses dames et plusieurs autres de la cour firent les billets. Hommes et femmes, depuis Monseigneur jusqu’à M. le comte de Toulouse, les cachetèrent, et les diverses façons qu’on leur donna firent l’amusement du roi et de toutes ces personnes. On y garda toutes les mesures les plus soupçonneuses pour y conserver une parfaite fidélité. Elle fut tirée avec les mêmes précautions devant toutes les personnes royales et autres distinguées qui y furent admises. Le gros lot tomba à un garde du roi de la compagnie de Lorges ; il étoit de quatre mille louis.

Châteauneuf, secrétaire d’État, fort affligé du refus de sa survivance, et fort tombé de santé, s’en alla prendre les eaux de Bourbon, et pria le roi de trouver bon que Barbezieux signât pour lui en son absence. Il étoit naturel que ce fût Pontchartrain, mais ces deux branches ne s’étoient jamais aimées, comme on l’a pu voir plus haut, et j’ai ouï plus d’une fois le chancelier reprocher à La Vrillière le vol de la charge de son père par son bisaïeul, et fort médiocrement en plaisanterie. Châteauneuf étoit un homme d’une prodigieuse grosseur ainsi que sa femme, fort peu de chose, bon homme et servant bien ses amis. Il avoit le talent de rapporter les affaires au conseil de dépêches mieux qu’aucun magistrat, du reste la cinquième roue d’un chariot, parce qu’il n’avoit aucun autre département que ses provinces, depuis qu’il n’y avoit plus de huguenots. Sa considération étoit donc fort légère, et sa femme, la meilleure femme du monde, n’étoit pas pour lui en donner. Peu de gens avoient affaire à lui, et l’herbe croissoit chez eux. En passant chez lui à Châteauneuf, en revenant de Bourbon, dont il avoit fait un des plus beaux lieux de France, il y mourut presque subitement.

Il en vint un courrier à son fils pour le lui apprendre, qui arriva à cinq heures du matin. Il ne perdit point le jugement ; il envoya éveiller la princesse d’Harcourt et la prier instamment de venir chez lui sur l’heure. La surprise où elle en fut à heure si indue l’y fit courir. La Vrillière lui conta son malheur, lui ouvrit sa bourse à une condition c’est qu’elle irait sur-le-champ au lever de Mme de Maintenon lui proposer son mariage pour rien avec Mlle de Mailly, moyennant la charge de son père, et d’écrire au roi avant d’aller à Saint-Cyr, pour lui faire rendre sa lettre au moment de son réveil. La princesse d’Harcourt, dont le métier étoit de faire des affaires depuis un écu jusqu’aux plus grosses sommes, se chargea volontiers de celle-là. Elle la fit sur-lechamp et le vint dire à La Vrillière ; il la renvoya à la comtesse de Mailly, qui, sans biens et chargée d’une troupe d’enfants, garçons et filles, y avoit déjà consenti quand Châteauneuf tenta vainement la survivance. En même temps La Vrillière s’en va chez le chancelier, l’avertit de ce qu’il venoit de faire avec la princesse d’Harcourt, et l’envoie chez le roi pour lui demander la charge en cadence de Mme de Maintenon. Le chancelier fit demander à parler au roi avant que personne fût entré. Le roi venoit de lire la lettre de Mme de Maintenon, et accorda sur-le-champ la charge, à condition du mariage, et l’un et l’autre fût déclaré au lever du roi.

La Vrillière étoit extrêmement petit, assez bien pris dans sa petite taille. Son père, pour le former, l’avoit toujours fait travailler sous lui, et il en étoit venu à y tout faire. Tous ces La Vrillière, depuis le bonhomme La Vrillière, grandpère de celui-ci, avoient toujours été extrêmement des amis de mon père.

Blaye par la Guyenne étoit de leur département. Cette amitié s’étoit continuée avec moi. Je tirai d’eux plusieurs services importants pour mon gouvernement ; je fus ravi que la charge fût demeurée à La Vrillière. Il eût été bien à plaindre sans cela : d’épée ni de robe, il n’avoit pris aucun de ces deux chemins : à la cour, sans charge quelle figure y eût-il pu faire ? C’étoit un homme sans état et sans consistance. Sa future ne fut pas si aise que lui : elle n’avoit pas douze ans. Elle se mit à pleurer et à crier qu’elle étoit bien malheureuse ; qu’on lui donnât un homme pauvre, si l’on vouloit, pourvu qu’il fût gentilhomme, et non pas un petit bourgeois pour faire sa fortune ; elle étoit en furie contre sa mère et contre Mme de Maintenon. On ne pouvoit l’apaiser, ni la faire taire, ni faire qu’elle ne fît pas la grimace à La Vrillière et à toute sa famille, qui accoururent la voir, et sa mère. Ils le sentirent tous bien, mais le marché étoit fait, et trop bon pour eux pour le rompre. Ils espérèrent que c’étoit enfance qui passeroit, mais ils l’espérèrent vainement ; jamais elle ne s’est accoutumée à être Mme de La Vrillière, et souvent elle le leur a montré.

Le roi fit en ce même temps un autre beau présent : Cauvisson mourut en Languedoc, dont il étoit un des trois lieutenants généraux ; il n’avoit qu’une fille unique qu’il avoit mariée à son frère. Son fils avoit été tué peu après son mariage avec la sœur de Biron, dont il n’avoit point eu d’enfants, et Mme de Nogaret, sa veuve, étoit dame du palais de Mme la duchesse de Bourgogne, et intimement amie de Mme de Saint-Simon et de moi. Cauvisson, frère et gendre, demandoit la charge. C’étoit une fort vilaine figure d’homme, mais avec beaucoup d’esprit, de lecture et de monde, aimé et mêlé avec tout le meilleur et le plus brillant de la cour dès qu’il y revenoit, car il étoit souvent en Languedoc, où son frère passoit sa vie. Il avoit été capitaine aux gardes et avoit quitté. C’étoit le grief. M. du Maine, gouverneur de la province, demanda la charge pour lui. Cela dura quelques jours. Le roi, qui voulut suivre sa maxime de refuser tout à ceux qui avoient quitté le service, et qui ne manquoit aucune occasion d’élever M. du Maine, et de relever son crédit, remplit ces deux vues. Il donna la charge à M. du Maine, pour en disposer en faveur de qui il voudroit. Il la donna à Cauvisson, qui de la sorte la tint de lui et point du roi.

Une autre grâce plus importante fut la nomination au cardinalat que le roi donna à l’archevêque de Paris, qui n’en avoit fait aucune démarche. Mais son frère et Mme de Maintenon firent tout pour lui. On ne le sut que par les lettres de Rome. Il n’attendit pas deux mois la pourpre depuis sa nomination.

Le pape avoit résolu de faire la promotion des couronnes dès qu’il y auroit trois chapeaux vacants. Le cardinal Maldachini mourut le troisième, et aussitôt, c’est-à-dire le 28 juin, il arriva un courrier de M. de Monaco, qui apporta la nouvelle que le pape avoit fait le cardinal de Noailles pour la France, le cardinal de Lamberg, évêque de Passau, pour l’empereur, et le cardinal Borgia pour l’Espagne. Le courrier du pape ne fit pas diligence, tellement que ce ne fut que le 1er juillet, qu’au retour de sa promenade de Marly, le roi trouva le nouveau cardinal qui l’attendoit à Versailles dans son appartement, qui lui présenta sa calotte. Le roi la lui mit sur la tête avec force gracieusetés.

Cette promotion fut une cuisante douleur pour le cardinal de Bouillon, de voir un Noailles paré comme lui de la pourpre, et un de ceux qui étoient en lice contre M. de Cambrai, et qui l’avoient vaincu. Il venoit d’éprouver un coup de fouet plus personnel, mais qui lui fut peut-être moins sensible.

L’abbé de Vaubrun avoit été exilé à Serrant, en Anjou, chez son grand-père maternel. Il étoit frère de la duchesse d’Estrées, et fils unique de Vaubrun, tué lieutenant général à cette belle et mémorable retraite que fit M. de Larges devant les Impériaux, après la mort de M. de Turenne. Il avoit pris le petit collet pour se cacher. Il étoit tout à fait nain, en avoit la laideur et la grosse tête, et il s’en falloit pour le moins un pied que ses courtes jambes tortues ne fussent égales. Avec cela beaucoup d’esprit et de la lecture, mais un esprit dangereux tout tourné à la tracasserie et à l’intrigue. Il étoit accusé avec cela de l’avoir fort mauvais, d’être peu sûr dans le commerce, et de se livrer à tout pour être de quelque chose. Sa figure ne l’empêchoit pas d’attaquer les dames ni d’en espérer les faveurs, et de se fourrer comme que ce fût partout où il pouvoit trouver entrée. Ennuyé de l’obscurité où il languissoit, il obtint par MM. d’Estrées l’agrément de la charge de lecteur du roi, que le baron de Breteuil lui vendit quand il acheta celle d’introducteur des ambassadeurs, après la mort de Bonnoeil, et ce vilain et dangereux escargot se produisit à la cour et chercha à s’y accrocher ; il fit une cour basse aux Bouillon, il fut admis chez eux ; le cardinal de Bouillon le reconnut bientôt pour ce qu’il était. Il lui falloit de tels pions pour jeter en avant ; il se trouva son espion, son agent, son correspondant dans toute sa conduite à Rome, et d’un coup de pied il fut chassé.

Malgré tant de revers, le cardinal de Bouillon persévéra dans sa résolution de ne pas perdre le décanat. Il amusa le roi tant qu’il put d’une obéissance d’un ordinaire à l’autre, dès qu’il auroit son bref. N’en pouvant cacher le refus, il fit semblant de partir et alla jusqu’à Caprarole, où il s’arrêta, fit le malade, et dépêcha un courrier au P. de La Chaise, pour le prier de rendre au roi une lettre par laquelle il lui demandoit la permission de demeurer à Rome, sans voir personne, jusqu’à la mort du cardinal Cibo, lui remontroit la prétendue importance que le décanat n’échappât pas aux François, et ajoutoit qu’il attendroit ses ordres à Caprarole, qui est une magnifique maison du duc de Parme, à huit lieues de Rome, à faire des remèdes dont sa santé avoit, disaitil, grand besoin. Il avoit pris le parti de s’adresser au P. de La Chaise, parce que M. de Torcy lui avoit enfin mandé que le roi lui avoit défendu d’ouvrir aucunes de ses lettres, ni de lui en rendre aucunes de lui. Les jésuites lui étoient de tout temps entièrement dévoués, et il espéra de la voix touchante et accréditée du confesseur. Mais il trouva cette porte aussi fermée que celle de M. de Torcy, et le P. de La Chaise lui manda qu’il avoit reçu les mêmes défenses. Il avoit offert en même temps la démission de son canonicat de Strasbourg. Comme on n’en avoit aucun besoin, elle fut refusée, et un nouvel ordre d’obéir et de partir sur-le-champ lui fut renvoyé par un nouveau courrier.

Tous ces divers prétextes, les courriers du cardinal de Bouillon, chargés de faire peu de diligence, ceux du roi retenus par le cardinal le plus qu’il pouvoit, tirèrent tant de long qu’il parvint à atteindre ce qu’il désiroit. Le cardinal Cibo mourut à Rome le 21 juillet. Le cardinal de Bouillon, qui n’en étoit qu’à huit lieues, à Caprarole, averti de son extrémité, alla à Rome la veille de sa mort, et dépêcha un courrier par lequel il manda au roi qu’il avoit reçu son dernier ordre de partir, mais que l’extrémité du cardinal Cibo l’avoit fait retourner à Rome pour opter le décanat et partir vingt-quatre heures après, persuadé que le roi ne trouveroit pas mauvais un si court délai à lui obéir par l’importance de conserver le décanat à un François. Cela s’appeloit se moquer du roi et de ses ordres, et être doyen malgré lui. Aussi le roi en témoigna-t-il sa colère le jour même qu’il reçut cette nouvelle, en parlant à Monsieur et à M. de Bouillon, quoique avec bonté pour lui ; cependant la mauvaise santé du pape empêcha qu’il ne pût tenir le consistoire, et par conséquent le cardinal de Bouillon d’opter l’évêché d’Ostie, tant qu’enfin le roi, ne pouvant plus souffrir une si longue dérision de ses ordres, envoya ordre à M. de Monaco, son ambassadeur, de lui commander de sa part de donner la démission de sa charge de grand aumônier, d’en quitter le cordon bleu, et de faire ôter les armes de France de dessus son palais, et de défendre à tous les François de le voir, et d’avoir aucun commerce avec lui.

M. de Monaco, qui haïssait le cardinal de Bouillon, surtout pour avoir traversé sa prétention d’altesse, exécuta cet ordre fort volontiers, après l’avoir concerté avec les cardinaux d’Estrées, Janson et Coislin ; le cardinal répondit qu’il recevoit avec respect les ordres du roi et ne s’expliqua pas davantage.

Quoiqu’il dût bien s’attendre qu’à la fin la bombe crèveroit, il en parut accablé ; mais comme il n’a voit pu se résoudre à obéir sur le départ et perdre le décanat, il ne le put encore sur la démission de sa charge ; il se crut si grand d’être doyen du sacré collège qu’il ne pensa pas au-dessus de lui de commencer avec éclat une lutte avec le roi, qu’il n’avoit jusqu’alors soutenue qu’à la sourdine, et sous le masque des adresses et des mensonges. Mais il faut encore interrompre ici cette matière qui arriéreroit trop sur les autres.

Au mariage de Mgr le duc de Bourgogne, le roi lui avoit offert de lui augmenter considérablement ses mois. Ce prince, qui s’en trouva assez, le remercia et lui dit que si l’argent lui manquoit il prendroit la liberté de lui en demander. En effet, s’étant trouvé court en ce temps-ci, il lui en demanda. Le roi le loua fort, et d’en demander quand il en avoit besoin, et de lui en demander lui-même sans mettre de tiers entre eux ; il lui dit d’en user toujours avec la même confiance et qu’il jouât hardiment, sans craindre que l’argent lui manquât, et qu’il n’étoit de nulle importance d’en perdre à des personnes comme eux. Le roi se plaisoit à la confiance, mais il n’aimoit pas moins à se voir craint, et lorsque des gens timides qui avoient à lui parler se déconcertoient devant lui et s’embarrassoient dans leurs discours, rien ne faisoit mieux leur cour et n’aidoit plus à leur affaire.

Il donna aussi cent mille francs à Mansart, qui fit son fils conseiller au parlement.

L’archevêque de Reims présida à l’assemblée du clergé qui se tient de cinq en cinq ans. L’archevêque d’Auch, Suze[2], lui fut adjoint, et tous deux firent si bien qu’il n’y eut point d’évêques présidents avec eux, quoique la dernière assemblée eût ordonné qu’il y auroit deux évêques avec deux archevêques ; ils eurent onze provinces pour eux qui l’emportèrent sur les cinq autres. M. de Reims, dans sa harangue au roi à l’ouverture, auroit pu se passer de nommer l’archevêque de Cambrai, dont les amis et même les indifférents furent scandalisés ; il proposa aussi à l’assemblée d’insérer dans son procèsverbal copie de ceux des assemblées provinciales tenues à l’occasion de sa condamnation, ce qui fut fait en conséquence de pareils exemples. Elle fit aussi une commission de six évêques, et de six du second ordre, à la tête desquels fut M. de Meaux, pour examiner plusieurs livres, la plupart d’auteurs jésuites, sur la morale, qui fut accusée d’être fort relâchée. M. d’Auch ouvrit cet avis, qui passa à la pluralité de dix provinces contre six. Il s’éleva une dispute dans ce bureau entre le premier et le second ordre qui y prétendoit la voix délibérative. Le premier ne lui voulut reconnoître que la consultative, parce qu’il s’agissoit, non d’affaires temporelles, mais de doctrines, et, après quelques débats assez forts, cela passa ainsi en faveur du premier ordre, et la fin de cette affaire fut la condamnation de cent vingt propositions extraites de ces livres par l’assemblée, en suite du beau rapport que lui en fit M. de Meaux.

Cette assemblée se tint à Saint-Germain quoique le roi d’Angleterre occupât le château. M. de Reims y tenoit une grande table et avoit du vin de Champagne qu’on vanta fort. Le roi d’Angleterre, qui n’en buvoit guère d’autre, en entendit parler et en envoya demander à l’archevêque, qui lui en envoya six bouteilles. Quelque temps après, le roi d’Angleterre, qui l’en avoit remercié, et qui avoit trouvé ce vin fort bon, l’envoya prier de lui en envoyer encore. L’archevêque, plus avare encore de son vin que de son argent, lui manda tout net que son vin n’étoit point fou et ne couroit point les rues, et ne lui en envoya point. Quelque accoutumé qu’on fût aux brusqueries de l’archevêque, celle-ci parut si étrange qu’il en fut beaucoup parlé, mais il n’en fut autre chose.

Les disputes de la Chine commençoient à faire du bruit sur les cérémonies de Confucius et des ancêtres, etc., que les jésuites permettoient à leurs néophytes et que les missions étrangères défendoient aux leurs ; les premiers les soutenoient purement civiles, les autres qu’elles étoient superstitieuses et idolâtriques. Ce procès entre eux a eu de si terribles suites qu’on en a écrit des mémoires fort étendus et des questions et des faits, et on en a des histoires entières. Je me contenterai donc de dire ici que les livres que les PP.

Tellier et Le Comte avoient publiés sur cette matière furent déférés à la Sorbonne par les missions étrangères, et qu’après un long et mûr examen, ils furent fortement condamnés, tellement que le roi, alarmé que la conscience de Mme la duchesse de Bourgogne fût entre les mains du P. Le Comte, qu’elle goûtoit fort et la cour aussi, le lui ôta, et pour un sauve-l’honneur les jésuites l’envoyèrent à Rome et publièrent que de là, après s’être justifié, il retourneroit à la Chine. La vérité fut qu’il alla à Rome, mais qu’il ne s’y justifia ni ne retourna aux missions. On fit essayer plusieurs jésuites à Mme la duchesse de Bourgogne, qui auroit bien voulu ne se confesser à pas un.

Elle avoit eu à Turin, la seule cour catholique qu’ils ne gouvernent pas et qui se tient en garde contre eux et les tient bas, un confesseur qui étoit barnabite, et un fort saint homme et fort éclairé. Elle eût bien voulu pouvoir choisir dans le même ordre, mais le roi voulut un jésuite ; et, après en avoir essayé plusieurs, elle s’en tint au P. de La Rue, si connu par ses sermons et par d’autres endroits.

Cette affaire mortifia cruellement les jésuites, d’autant plus que cette même affaire leur bâtoit mal à Rome, et remplit le P. Tellier d’une rage qui devint bien funeste dans la suite. Les jésuites, ainsi pincés sur leur morale d’Europe et d’Asie, s’en revanchèrent en attendant d’autres conjonctures sur le temporel, et firent si bien par le roi, auprès de l’assemblée, qu’ils furent pour toujours affranchis des taxes et des impositions du clergé. Ils alléguèrent la pauvreté de leur maison professe et les besoins de leurs collèges. Ils ne parloient pas de leurs ressources ; le roi témoigna désirer qu’il ne fût rien imposé sur eux pour ce que le clergé lui paye, et l’assemblée qui les avoit malmenés d’ailleurs ne voulut pas, en résistant là-dessus, témoigner de passion contre eux. Les jésuites firent une protestation contre la censure de la Sorbonne, laquelle publia une réponse fort vive à la protestation, de manière que les esprits de part et d’autre demeurèrent fort aigres.

Pelletier, conseiller d’État, qui avoit été longtemps intendant de Flandre, et qui avoit été fort connu du roi, parce qu’il y avoit eu nécessairement la confiance et la commission de beaucoup de dispositions, pour les conquêtes de ce pays-là, avoit eu à la mort de Louvois l’intendance des fortifications de toutes les places, ce qui lui donnoit toutes les semaines un travail tête à tête avec le roi. Cela ne laissoit pas d’être plaisant d’un homme de robe de décider de l’importance des places, du choix de leurs ouvrages, du mérite même militaire et de la fortune du corps des ingénieurs, tandis que Vauban avoit acquis en ce genre la première réputation de l’Europe, et que le roi n’ignoroit pas que ce ne fût à lui qu’il ne dût tous les succès de tous les sièges qu’il avoit faits en personne et de la plupart de ceux qu’il avoit fait faire, et qu’il eût pour lui l’estime et l’amitié qu’il méritoit. C’étoit aussi l’homme entre tous à choisir pour l’envoyer visiter toutes les places et les ports de l’Océan, qu’on vouloit mettre en état de ne rien craindre ; mais c’étoit le règne de la robe pour tout, et ce fut Pelletier qui fut chargé de cette commission.

M. de Vendôme prit une autre fois congé publiquement du roi et des princes et princesses pour s’aller remettre entre les mains des chirurgiens. Il reconnut enfin qu’il avoit été manqué, que son traitement seroit long, et il s’en alla à Anet travailler au recouvrement de sa santé, qui ne lui réussit pas mieux que la première fois. Mais il rapporta, celle-ci, un visage sur lequel son état demeura encore plus empreint que la première fois.

Mme d’Uzès, fille unique du prince de Monaco, mourut de ce mal ; c’étoit une femme de mérite et fort vertueuse, peu heureuse et qui méritoit un meilleur sort. Son mari étoit un homme obscur, qui ne voyoit personne que des gueuses et qui s’en tira mieux qu’elle, qui fut fort plainte et regrettée. Ses enfants périrent du même mal et elle n’en laissa point.

Mme du Maine fit un mariage de la faim et de la soif : ce fut celui de Mlle de Lussan, fille de Lussan, chevalier de l’ordre, qui étoit à M. le Prince, et de la dame d’honneur de Mme la Princesse, avec le duc d’Albemarle, bâtard du roi d’Angleterre et d’une comédienne. Il étoit chef d’escadre et n’avoit rien vaillant : Mlle de Lussan, quoique unique, n’avoit guère davantage. Mme du Maine, qui s’en étoit coiffée, lit accroire au bâtard qu’il en étoit amoureux, et que, par le crédit de M. du Maine, il auroit tout à souhait en l’épousant.

C’étoit bien l’homme le plus stupide qui se pût trouver. Il se maria donc sur ces belles espérances, logé et nourri chez M. du Maine, où il fila le parfoit amour. Elle fut assise comme duchesse du roi d’Angleterre, que le roi traitoit bien en tout, car d’ailleurs les ducs et les duchesses d’Angleterre n’ont point de rang en France.

Le roi, dont le goût croissoit chaque jour pour Chamillart, lui fit une grâce que Pontchartrain ni aucun autre contrôleur général n’avoit osé espérer : ce fut de faire entrer Mme Chamillart dans les carrosses de Mme la duchesse de Bourgogne et manger avec elle. Sa fille eut le même honneur, sous prétexte de la charge de grand maître des cérémonies qu’avoit eue son mari, et par là la porte de Marly leur fut ouverte et de tous les agréments de la cour. La vérité est que, dès que les femmes des secrétaires d’État y étoient parvenues, celles des contrôleurs généraux pouvoient bien valoir autant.

Le roi fit presque en même temps ce qu’il n’a pas fait cinq ou six fois dans sa vie. Le chapitre de Chartres, tout à fait indépendant de son évêque, avoit toute l’autorité dans la cathédrale, où l’évêque ne pouvoit officier sans sa permission que très peu de jours marqués dans l’année, ni jamais y dire la messe basse ; il avoit un grand territoire où étoient un grand nombre de paroisses qui lui faisoit un petit diocèse à part, où l’évêque ne pouvoit rien, et quantité d’autres droits fort étranges, directement contraires à toute hiérarchie. Godet des Marais, évêque de Chartres, et qui en faisoit très assidûment et très religieusement tous les devoirs, se trouvoit barré en mille choses. Dans la position intime où il se trouvoit avec le roi et Mme de Maintenon, il essaya de faire entendre raison à son chapitre sur des droits si abusifs, sans l’avoir pu induire à entendre à aucune sorte de modération ; il espéra de sa patience, et de temps en temps revint à la charge et toujours sans aucun succès. Lassé enfin, il crut devoir user, pour le rétablissement d’un meilleur ordre, de la conjoncture où il étoit : il attaqua son chapitre en justice, où il sentoit bien qu’il ne réussiroit pas, mais le procès engagé, il le fit évoquer pour être jugé par le roi lui-même.

Un bureau de conseillers d’État avec un maître des requêtes, rapporteur, travailla contradictoirement sur cette affaire, et lorsqu’elle fut instruite, ce bureau entra au conseil des dépêches[3] où le rapporteur la rapporta.

L’usurpation étoit si ancienne, si confirmée par les papes, par les rois, par un usage non interrompu, que tous ceux qui étoient à ce conseil, convenant de la difformité de l’usurpation et du désordre, furent pourtant d’avis de maintenir le chapitre en tout. Le roi leur laissa tout dire tant qu’ils voulurent, sans montrer ni impatience ni penchant. Tout le monde ayant achevé d’opiner : « Messieurs, leur dit-il, j’ai très bien entendu l’affaire et vos opinions à tous, mais votre avis n’est pas le mien, et je trouve la religion, la raison, le bon ordre et la hiérarchie si blessés par les usurpations du chapitre, que je me servirai en cette occasion, contre ma constante coutume, de mon droit de décision, et je prononce en tout et partout en faveur de l’évêque de Chartres. » L’étonnement fut général, tous se regardèrent ; M. le chancelier, qui n’aimoit pas M. de Chartres, fort sulpicien, fit quelques représentations.

Le roi l’écouta, puis lui dit qu’il persistoit, le chargea de dresser l’arrêt conformément aux conclusions de M. de Chartres, et lui ordonna de plus de lui apporter l’arrêt le lendemain, qui fut une défiance qui dut peiner le chancelier.

Malgré une volonté si rare et si marquée, le chancelier, ou piqué, ou plein du droit du chapitre, ou craignant qu’en certaines affaires le roi s’accoutumât à l’exercice de ce droit, osa adoucir l’arrêt en faveur du chapitre. Le roi écouta encore ses raisons, puis raya lui-même l’arrêt, et se le fit apporter le lendemain tel en tout qu’il l’avoit ordonné. Ce fut un grand dépit au chancelier, qui ne le put cacher à l’évêque de Chartres lorsqu’il l’alla voir. Ce prélat, qui avec les défauts d’un homme nourri et pétri de Saint-Sulpice, était un grand et saint évêque, se contenta d’avoir vaincu et remis les choses dans l’ordre naturel et dans la règle sans user de son arrêt après l’avoir fait signifier, et ne songea qu’à regagner l’amitié de son chapitre, dont cette modération et l’estime qu’il ne pouvoit lui refuser facilita fort le retour. Ce prélat étoit fort loin d’être janséniste ni quiétiste, comme on a vu ; mais, d’autre part, il n’aimoit point les jésuites, les tenoit de court et bas, et partageoit fort avec le P. de La Chaise la distribution des bénéfices sans en prendre pour soi ni pour les siens. Malheureusement, comme je l’ai dit ailleurs, ses choix ne furent pas bons ; il infecta l’épiscopat d’ignorants, entêtés, ultramontains, barbes sales de Saint-Sulpice et de tous gens de bas lieu et du plus petit génie, ce qui n’a été que trop suivi depuis.

L’archevêque de Reims, ravi de présider l’assemblée du clergé lors fort bien composée, y brilla par sa doctrine, par sa capacité, par sa dépense. Il était fort bien avec le roi et fort soutenu de Barbezieux, son neveu, qui tiroit de sa place une grande autorité. Dans les commencements, le prélat contraignoit son naturel brutal comme sont tous ceux de sa famille, et plus que qui que ce soit les bourgeois porphyrogénètes[4], c’est-à-dire nés dans toute la considération et le crédit d’un long et puissant ministère ; mais peu à peu l’homme revient à son naturel. Celui-ci bien ancré, ce lui sembloit, dans l’assemblée, s’y contraignit moins et de l’un à l’autre se permit tant de brutalités et d’incartades qu’il la banda entièrement contre lui ; il y reçut tant de dégoûts et y essuya tant de refus de choses que le moindre de l’assemblée eût fait approuver s’il les eût proposées, qu’il se détermina au remède du monde le plus honteux et dont il fit le premier exemple. M. de Paris étoit devenu cardinal depuis l’ouverture de l’assemblée, et depuis peu de jours le roi lui avoit donné le bonnet apporté par l’abbé de Barrière, camérier d’honneur du pape. S’il l’eût été avant l’ouverture, la présidence lui pouvoit être offerte et acceptée. C’eût été un dégoût pour M. de Reims, l’ancien des archevêques députés, mais moindre par la qualité de diocésain, jointe à celle de cardinal, dans le cardinal de Noailles ; mais de se le mettre, à la moitié et plus de l’assemblée, sur la tête, cela ne s’étoit jamais pratiqué.

C’est pourtant ce que fit l’archevêque de Reims, qui lui-même y fit entrer le roi, en lui avouant qu’il ne trouvoit plus qu’obstacles personnels à tout ce qu’il étoit à propos de faire, tellement que le cardinal de Noailles présida tout le reste de l’assemblée, et M. de Reims n’y fit plus de rien que de sa présence en second. Avec son siège, sa pourpre, sa faveur, sa douceur, ses mœurs, sa piété et son savoir, il gouverna toute l’assemblée sans peine, et s’y acquit beaucoup de réputation.

C’étoit un homme fort modeste, et continuellement résidant à Châlons, où il n’y avoit pas occasion de faire montre de sa capacité en affaires ni en doctrines. Un air de béatitude que sa physionomie présentoit, avec un parler gras, lent et nasillard, la faisoit volontiers prendre pour niaise, et sa simplicité en tout pour bêtise. La surprise fut grande, quand par des discours sur-lechamp, et sur des matières de doctrine ou d’affaires qui, naissant dans les séances, ne pouvoient laisser aucun soupçon de la préparation la plus légère, on reconnut un grand fonds d’érudition d’une part, de capacité de l’autre, d’ordre et de netteté en tous les deux, avec le même style de ses mandements et de ses écrits contre M. de Cambrai, et sur d’autres matières de doctrine, et sans sortir de sa simplicité ni de sa modestie. On vit cet homme, qui à Paris comme à Châlons se contentoit de son bouilli avec deux petites et grossières entrées, servi splendidement et délicatement, et, l’occasion passée, retourner tout court à son petit ordinaire, en gardant toujours ses officiers pour s’en servir quand il étoit nécessaire. Jamais grand seigneur ni cardinal qui, sans sortir d’aucune bienséance, fût moins l’un et l’autre, et jamais ecclésiastique plus prêtre ni plus évêque qu’il le fut toujours.

Le roi ordonna que les comtes d’Uzès et d’Albert, accusés de duel contre les comtes de Rantzau, Danois, et de Schwartzenberg, Autrichien, se remettroient à la Conciergerie ; ils prirent le large. Barbezieux envoya courre après son beau-frère, qui sur sa parole se remit ; le comte d’Albert ne revint que longtemps après dans la même prison. Il fut cassé pour sa désobéissance, et le roi voulut que Monseigneur disposât de son régiment de dragons qu’il avoit. À la fin ils sortirent l’un et l’autre, mais le comte d’Albert, avec tout le crédit de M. de Chevreuse, et la belle action qu’il avoit faite de s’être jeté dans Namur à travers les assiégeants et d’y être entré à la nage, son épée entre ses dents, ne put jamais être rétabli. Il étoit plus que bien avec Mme de Luxembourg, Rantzau aussi ; cela fit la querelle, dont la raison fut sue de tout le monde et fit un étrange bruit. M. le prince de Conti me conta en revenant de Meudon qu’il n’avoit jamais été si embarrassé, ni n’avoit tant souffert en sa vie. Il étoit, comme on l’a vu, ami intime de feu M. de Luxembourg et l’étoit demeuré de même de celui-ci. À Meudon on ne parloit que de ce combat et de sa cause.

M. de Luxembourg étoit le seul qui l’ignorât. Il la demandoit à tout le monde, et, comme on peut croire, personne ne la lui voulut apprendre ; lui aussi ne comprit jamais ce secret, et alla à maintes reprises à M. le prince de Conti pour le savoir, avec des presses et des instances à le mettre au désespoir. Il en sortit pourtant sans le lui dire, et il m’assura qu’il n’avoit jamais été si aise de sortir de Meudon et de la fin du voyage, pour éviter M. de Luxembourg jusqu’à ce qu’il n’en fût plus question.

Le roi, pressé par Mme la duchesse de Bourgogne, bonne et facile, permit l’entrée de ses carrosses et de manger avec elle, à Mme de Villacerf, qui était Saint-Nectaire et femme de son premier maître d’hôtel, sur l’exemple de Mme de Chamarande, quoique Mme de Villacerf la mère, en pareille place et femme d’un homme bien plus accrédité et considéré, n’eût jamais osé y prétendre ; mais aussi d’elle, elle n’étoit rien.

Il donna aussi à M. le prince de Conti dix-huit mille livres d’augmentation de pension, et à M. de Duras vingt mille livres d’augmentation d’appointements de son gouvernement de Franche-Comté. Monseigneur donna aussi deux mille louis à Sainte-Maure, qui lui fit représenter par Mme la princesse de Conti l’embarras où il étoit d’avoir beaucoup perdu au jeu.

Les fiançailles de La Vrillière avec Mlle de Mailly avoient été faites quinze jours après la déclaration de son mariage avec Mlle de Mailly, en présence du roi et de toute la cour, dans le grand cabinet de Mme la duchesse de Bourgogne, où le contrat avoit été signé par le droit de fille de la dame d’atours ; dès qu’elle eut douze ans accomplis ils se marièrent ; la chancelière donna à dîner à la noce. Ils couchèrent dans l’appartement de la comtesse de Mailly, où Mme la duchesse de Bourgogne s’en amusa tout le jour. Le roi avoit donné la charge de greffier de l’ordre à La Vrillière qu’avoit son père, et le râpé au chancelier. Le premier en avoit grand besoin pour le parer un peu.

Le P. Valois, jésuite célèbre, mais meilleur homme que ceux-là ne le sont d’ordinaire, mourut d’une longue maladie de poitrine qui ne l’empêcha point d’aller presque jusqu’à la fin. Il étoit confesseur des enfants de France. Le P. de La Chaise en fit la fonction quelque temps, et le P. Martineau remplit après cette place. Le P. Valois étoit un de ceux qui avoient tenu pour M. de Cambrai.

C’étoit un homme doux, d’esprit et de mérite, qui fut et qui mérita d’être regretté.

Le Nôtre mourut presque en même temps, après avoir vécu quatre-vingt-huit ans dans une santé parfaite, [avec] sa tête et toute la justesse et le bon goût de sa capacité ; illustre pour avoir le premier donné les divers dessins de ces beaux jardins qui décorent la France, et qui ont tellement effacé la réputation de ceux d’Italie qui, en effet, ne sont plus rien en comparaison, que les plus fameux maîtres en ce genre viennent d’Italie apprendre et admirer ici. Le Nôtre avoit une probité, une exactitude, et une droiture qui le faisoit estimer et aimer de tout le monde. Jamais il ne sortit de son état ni ne se méconnut, et fut toujours parfaitement désintéressé. Il travailloit pour les particuliers comme pour le roi, et avec la même application ; ne cherchoit qu’à aider la nature, et à réduire le vrai beau aux mains de frais qu’il pouvoit ; il avoit une naïveté et une vérité charmante. Le pape pria le roi de le lui prêter pour quelques mois. En entrant dans la chambre du pape, au lieu de se mettre à genoux, il courut à lui. « Eh ! Bonjour, lui dit-il, mon révérend père, en lui sautant au cou et l’embrassant et le baisant des deux côtés. Eh ! que vous avez bon visage, et que je suis aise de vous voir et en si bonne santé ! » Le pape, qui étoit Clément X, Altieri, se mit à rire de tout son cœur. Il fut ravi de cette bizarre entrée, et lui fit mille amitiés.

À son retour le roi le mena dans ses jardins de Versailles, où il lui montra ce qu’il y avoit fait depuis son absence. À la colonnade il ne disoit mot. Le roi le pressa d’en dire son avis : « Eh bien ! sire, que voulez-vous que je vous dise ? d’un maçon vous avez fait un jardinier (c’étoit Mansart) ; il vous a donné un plat de « son métier. » Le roi se tut et chacun sourit ; et il étoit vrai que ce morceau d’architecture, qui n’étoit rien moins qu’une fontaine et qui la vouloit être, étoit fort déplacé dans un jardin. Un mois avant sa mort, le roi, qui aimoit à le voir et à le faire causer, le mena dans ses jardins, et, à cause de son grand âge, le fit mettre dans une chaise que des porteurs rouloient à côté de la sienne, et Le Nôtre disoit là : « Ah ! mon pauvre père, si tu vivois et que tu pusses voir un pauvre jardinier comme moi, ton fils, se promener en chaise à côté du plus grand roi du monde, rien ne manqueroit à ma joie. » Il étoit intendant des bâtiments et logeoit aux Tuileries, dont il avoit soin du jardin, qui est de lui, et du palais. Tout ce qu’il a fait est encore fort audessus de tout ce qui a été fait depuis, quelque soin qu’on ait pris de l’imiter et de travailler d’après lui le plus qu’il a été possible. Il disoit des parterres qu’ils n’étoient bons que pour les nourrices qui, ne pouvant quitter leurs enfants, s’y promenoient des yeux et les admiroient du deuxième étage. Il y excelloit néanmoins comme dans toutes les parties des jardins, mais il n’en faisoit aucune estime, et il avoit raison, car c’est où on ne se promène jamais.

Labriffe, procureur général, mourut bientôt après, d’une longue maladie, du chagrin dans lequel il vécut dans cette charge, des dégoûts et des brocards dont le premier président Harlay l’accabla. J’ai assez parlé de ce magistrat, à propos du procès de préséance de M. de Luxembourg, pour n’avoir rien à y ajouter. D’Aguesseau, avocat général, eut sa charge. C’est lui aussi dont j’ai parlé à la même occasion, et qui longtemps depuis a fait une si grande et si triste fortune.


  1. Le Timerais ou Thimerais faisait autrefois partie du Perche. Il est compris maintenant dans le département d’Enre-et-Loir.
  2. L’archevêque d’Auch était alors Armand-Anne-Tristan de La Baume de Suze, qui gouverna ce diocèse de 1684 à 170.
  3. Voy. sur le conseil des dépêches la noie à la fin du t. Ier. p. 446.
  4. On donnait le nom de porphyrogénètes. ou nés dans la pourpre, aux fils des empereurs byzantins nés depuis l’avènement de leur père au trône.