Noëls anciens de la Nouvelle-France/XVII

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Dussault & Proulx, imprimeurs (p. 142-144).
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XVII.


Au cours de mes précédents articles sur les Noëls nouveaux de l’abbé Pellegrin, j’ai dit que « nos ancêtres canadiens-français chantèrent tous ces noëls et bien d’autres encore ; l’événement en est sûr : mais la certitude absolue du fait ne constituerait pas une raison de les rééditer en bloc ». Je crois devoir réaffirmer cette assertion au sujet des noëls contenus dans le recueil Garnier. L’intérêt, comme l’utilité de cette étude, est de rechercher, dans cette foule compacte de cantiques centenaires, quels noëls nous chantons encore aujourd’hui que chantaient autrefois nos ancêtres. Le recueil Garnier m’en fournit trois : Venez, céleste époux ; Célébrons tous d’une voix et Dans cette étable.

Le premier de ces noëls, Venez, céleste époux, est écrit sur la musique du Carillon de Dunkerque. Comme l’indique son nom c’était un air qu’exécutait à Dunkerque, bien avant 1750, une horloge à carillon. C’est une mélodie caractéristique, originale, et d’un joli dessin.



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Ve -- nez, cé -- leste É -- poux, Ob-
-jet char -- mant et doux_; Mon -- trez- nous vos ap-
-pas, Des -- cen -- dez, ne tar -- dez pas. Il
est temps, Dieu tout ten -- dre, De fi -- nir nos mal-
-heurs, D’a -- bord tout va se ren -- dre À vos
traits vain -- queurs_; Ve -- nez, sans plus at-
-ten -- dre, Pour le sa -- lut de tous. \override LyricText #'self-alignment-X = #-1 Ve-nez,_etc.
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Quant à la valeur poétique du noël composé sur l’air du Carillon de Dunkerque elle est manifestement nulle. Il suffit, pour se convaincre, d’en lire le refrain et le premier couplet. Rien n’égale sa médiocrité littéraire si ce n’est la fadeur religieuse des six strophes qui le composent. C’est, incontestablement, de tous les noëls insérés dans ce recueil Garnier, l’un des plus faibles et des plus ternes au point de vue de l’expression et du sentiment. Je m’explique difficilement pourquoi un aussi piètre cantique ait survécu dans la mémoire de nos ancêtres de préférence à tant d’autres beaux noëls plus dignes, à tous égards, de leur souvenir. Il doit sans doute ce bonheur immérité aux charmes d’harmonie imitative du Carillon de Dunkerque, gracieuse mélodie, très alerte et très gaie, pimpante de jeunesse malgré ses cent cinquante ans de vogue. Les Cloches de Corneville sonneraient ce carillon-là dans l’opéra de Planquette que je n’en serais aucunement étonné, tant la musique de cet air ancien me semble frappée au cachet de la chanson populaire moderne.[1]



  1. Cet air du Carillon de Dunkerque est un des motifs sur lesquels feu l’abbé Perrault a écrit son Magnificat de Noël.