Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/12

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de laquelle c’était l’usage de précipiter les sacrilèges, il leur conta l’apologue de l’escarbot, dont le poète fait aussi mention dans la Paix (v. 129), où il dit : « Dans les fables « d’Ésope, il s’est trouvé le seul volatile qui soit allé chez les « dieux. » On fera en cet endroit les remarques qu’il faut faire [1]. »

Nous tenons enfin, grâce au scholiaste des Guêpes, une explication claire et complète de l’allusion d’Hérodote.


Témoignage de Plutarque.

Plutarque [2] enchérit sur le scholiaste et présente une version quelque peu différente. En voici la traduction : « Ésope, dit-on, était venu à Delphes avec de l’or que Crésus lui avait remis, pour offrir au dieu un somptueux sacrifice et répartir à chaque Delphien quatre mines. Mais pour certain grief s’étant fâché et brouillé avec les habitants de Delphes, il s’acquitta bien du sacrifice, mais renvoya l’argent à Sardes, estimant que ces gens-là ne méritaient pas les grâces du roi. Mais eux combinèrent contre lui une accusation de sacrilège et le mirent à mort, en le précipitant de la fameuse roche qu’on appelle Hyampée. A la suite de ce meurtre, le dieu, dit-on, fit sentir son ressentiment en frappant la terre de stérilité et les gens de toute espèce de maladies extraordinaires. Alors ils se rendirent dans toutes les assemblées solennelles des Grecs, et, dans chacune, ils firent appel, par l’office du héraut, à quiconque voudrait recevoir justice de leur part pour le meurtre d’Ésope. A la troisième génération, le Samien Idmon se présenta, qui n’avait aucun lien de parenté avec Ésope, mais qui descendait de ceux qui l’avaient acheté à Samos ; il reçut des Delphiens certaines satisfactions, et ils furent délivrés de leurs maux. C’est depuis ce temps-là, dit-on, que le châtiment des sacrilèges fut transporté de la roche Hyampée à Nauplie. »


Témoignage de Suidas et d’autres auteurs.

Ajoutons enfin au témoignage de Plutarque celui de Suidas. A propos de l’expression Αἰσώπειον αἷμα, Suidas dit qu’elle s’emploie de ceux qu’on met à mort injustement, parce que c’est contre toute justice que les

  1. Cette promesse, le scholiaste ne l’a pas tenue, ou la scholie s’est perdue.
  2. De sera numinis vindicta, 12.