Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/18

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prend du sens, si l’on admet qu’Ésope vécut deux fois. Il vécut même une troisième fois, mais, il est vrai, dans le corps d’un autre. Si en effet nous nous en rapportons à Plutarque (Solon, 6), un certain Pataikos se glorifiait d’être Ésope ou du moins de posséder son âme.


Ésope à Athènes et sa prétendue difformité.

On sait qu’Athènes était devenue dès la fin du cinquième siècle le rendez-vous obligé des écrivains et des artistes : les biographes, peu soucieux de la chronologie, firent d’Ésope l’hôte de la brillante cité. Phèdre nous l’y représente jouant aux noix avec les enfants, et racontant aux citoyens fatigués du joug de Pisistrate la fable des Grenouilles qui demandent un roi. Les Athéniens l’avaient en effet adopté pour un des leurs et ils lui firent élever une statue par le célèbre Lysippe. Nous avons sur cette statue une épigramme d’Agathias dans l’Anthologie. Comme il ne fait aucune allusion à la difformité d’Ésope, on peut en conclure que la légende n’avait pas encore dégradé les traits du fabuliste. Tatianus nous apprend qu’Aristodème, disciple de Lysippe, avait fait aussi une statue d’Ésope fort vantée ; lui non plus n’en signale aucune particularité physique. Au temps de Plutarque, Ésope est encore un homme comme un autre, et dans le Banquet des sept Sages, où les convives ne ménagent pas les ridicules, personne ne fait allusion à sa laideur. « Il venait, dit Plutarque, d’être envoyé par Crésus à la fois chez Périandre et chez le dieu de Delphes, et il assistait au banquet sur un siège bas à côté de Solon, assis sur un siège élevé. » Il ne joue d’ailleurs ici qu’un rôle secondaire ; et il y est représenté non seulement comme fabuliste, mais encore comme un diseur de bons mots, qui s’intéresse aussi aux énigmes et sait apprécier le talent de Cléobuline, la célèbre devineuse d’énigmes. Lucien aussi donne un rôle à Ésope dans le banquet des bienheureux aux Champs Elysées (Histoire vraie II 115), un rôle de plaisant, il est vrai, τούτῳ δὲ ὅσα καὶ γελωτοποιῷ χρῶνται. Mais le rôle de comique ne va pas sans grimaces ; un visage naturellement grimaçant est un grand avantage pour provoquer le rire. En tant que γελωτοποιός, Ésope devait se présenter à l’imagination de ses admirateurs avec une figure comique et des traits grotesques. Himérios (Discours XIII, 5) a marqué le premier