Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/19

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pas fait dans cette voie : « Ésope, dit-il, non seulement faisait rire par ses fables, mais son visage même et sa voix étaient un objet de risée et de moquerie. »


Le Roman d’Ésope.

La caricature est complète dans la Vie d’Ésope qu’on attribua longtemps à Planude, mais qui sans doute existait déjà au temps d’Himérios, c’est-à-dire au IVe siècle. Voici le portrait qu’on y trouve : « Ésope était le plus laid de ses contemporains ; il avait la tête en pointe, le nez camard, le cou très court, les lèvres saillantes, le teint noir, d’où son nom qui signifie nègre ; ventru, cagneux, voûté, il surpassait en laideur le Thersite d’Homère ; mais, chose pire encore, il était lent à s’exprimer et sa parole était confuse et inarticulée. » On connaît l’essentiel de cette vie ou plutôt de ce roman par la traduction libre qu’en a faite La Fontaine. Il contient trois parties ; la première raconte les aventures d’Ésope chez son premier maître, et les bons tours qu’il joua à son dernier maître, Xanthos ; la deuxième représente Ésope à la cour du roi de Babylone, et la troisième est le récit de sa mort à Delphes, La première partie, composée sur la donnée d’Héraclide, qu’Ésope avait d’abord été esclave du Lydien Xanthos, est l’œuvre d’un auteur qui a trouvé piquant d’opposer le génie naturel à la philosophie érudite, et de donner l’avantage à un esclave contrefait et malicieux sur un philosophe qui se prête d’ailleurs aux bravades de son serviteur avec une rare complaisance ; elle est au reste pleine de puérilités et d’invraisemblances. La deuxième partie est un roman oriental [1], dont voici le sommaire. Ahikar, chancelier de Sennachérib, n’ayant pas d’enfant, adopte son neveu Nadan, qui le paye de la plus noire ingratitude, et le dénonce comme traître à Sarhédon, fils de Sennachérib. Ahikar condamné à mort est sauvé par le bourreau à qui il avait lui-même sauvé la vie sous le roi précédent. Mais on le croit mort, et le pharaon envoie défier le roi d’Assyrie de

  1. The story of Ahikar, from the Syriac, Arabic, Armenian, Greek and Slavonic versions, London, Clay 1898, by Rendel Harris, Conybeare and Mrs. Agnes Smith Lewis. Traduction française par Nau, 1909, Paris, Letouzey. Cf. Un roman d’époque rabbinique par A. Lods (Revue des Cours et conférences, 1926, 15 janvier).