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LE CHOUCAS ET LES CORBEAUX


Un choucas, qui dépassait en grosseur les autres choucas, prit en mépris ceux de sa tribu, se rendit chez les corbeaux et demanda à partager leur vie. Mais les corbeaux, à qui sa forme et sa voix étaient inconnues, le battirent et le chassèrent. Et lui, repoussé par eux, s’en revint chez les choucas ; mais les choucas, sensibles à l’outrage, refusèrent de le recevoir. Il arriva ainsi qu’il fut exclu de la société et des uns et des autres.

Il en est ainsi chez les hommes. Ceux qui abandonnent leur patrie et lui préfèrent un autre pays, sont mal vus dans ce pays, parce qu’ils sont étrangers, et ils sont odieux à leurs propres concitoyens, parce qu’ils les ont méprisés.

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LES CHOUCAS ET LES OISEAUX


Zeus, voulant instituer un roi des oiseaux, leur fixa un jour pour comparaître tous devant lui : il choisirait le plus beau de tous pour régner sur eux. Les oiseaux se rendirent au bord d’une rivière pour s’y laver. Or le choucas, qui se rendait compte de sa laideur, s’en vint ramasser les plumes que les oiseaux laissaient tomber, puis il se les ajusta et se les attacha. Il arriva ainsi qu’il fut le plus beau de tous. Or le jour fixé arriva et tous les oiseaux se rendirent chez Zeus. Le choucas, avec sa parure bigarrée, se présenta lui aussi. Et Zeus allait lui donner son suffrage pour la royauté, à cause de sa beauté ; mais les oiseaux indignés lui arrachèrent chacun la plume qui venait d’eux. Il en résulta que le choucas dépouillé se retrouva choucas.