Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/20

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bâtir un château entre ciel et terre. Le roi d’Assyrie se voit dans le plus grand embarras ; heureusement le bourreau tire Ahikar de sa cachette. Le sage Ahikar, envoyé en Égypte, apporte deux aigles, qui enlèvent deux enfants, et ceux-ci crient du haut des airs : « Donnez de l’argile et du mortier, des pierres et des briques aux maçons qui sont sans ouvrage. » Il résout ensuite toutes les énigmes qui lui sont proposées. A son retour, on lui livre le neveu qui l’a trahi. Pour lui faire sentir son ingratitude, il lui raconte des fables qui prouvent que le criminel ne saurait éviter la vengeance divine. Cette histoire fut transportée telle quelle dans la vie d’Ésope ; on n’en a changé que les noms : le roi d’Assyrie y est devenu Lycéros ; Ahikar, Ésope ; et Nadan, Ennos. Les fables qu’Ahikar raconte à son neveu sont remplacées ici par une série de maximes sur lesquelles Ennos est invité à régler sa conduite ; mais elles se retrouvent avec des modifications dans nos recueils de fables. De la troisième partie de ce roman, qui contient le récit traditionnel de la mort d’Ésope, on a découvert au siècle dernier une variante assez curieuse dans un papyrus qui porte le nom de son premier propriétaire, Golenischeff. On y voit qu’Apollon est l’auxiliaire des Delphiens dans le complot qu’ils trament contre Ésope. Fâché qu’Ésope ait élevé un autel aux Muses et l’ait oublié, lui, le chef du chœur des Muses, il permet que la coupe soit dérobée au trésor du temple et glissée dans les bagages de l’esclave d’Ésope[1].


Les recensions du roman d’Ésope.

Nous avions du roman d’Ésope deux recensions, l’une faussement attribuée à Planude, qu’Eberhard a publiée, et une autre éditée par Westermann. Le papyrus Golenischeff est un fragment d’une troisième recension, qui se rapproche de celle qu’a donnée Westermann. Weil le place au VIe siècle ; mais M. Théodore Reinach le fait remonter plus haut. En le mettant seulement au 4e siècle de notre ère, c’est un recul de 1000 ans qu’il faut faire subir à la prétendue biographie de Planude, peut-être même davantage, si le témoignage d’Himérios se rapporte, comme il est vraisemblable, à notre roman. On a bien essayé d’y reconnaître des parties d’époques

  1. Voyez Revue de philologie, 1885, Un fragment sur papyrus de la vie d’Ésope, par H. Weil.