Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/28

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La fable vient-elle de la Judée ?

On pourrait signaler encore d’autres tentatives pour retirer aux Grecs le mérite de l’invention dans le genre de l’apologue. Je me bornerai à citer celle de Landsberg et de Goldberger. Ils ont voulu dériver la fable ésopique de la fable hébraïque : ils ont perdu leur temps à le démontrer, et leur opinion reste aujourd’hui sans partisans.


Popularité d’Ésope au temps d’Aristophane.

Mais revenons à Ésope. Nous avons dit qu’il devint tout d’un coup très populaire au temps d’Aristophane : plusieurs des pièces de ce poète en portent témoignage. Dans les Oiseaux (v. 471), Pisthétéros reproche au chœur son ignorance : « Tu es ignorant, dit-il, et peu curieux, et tu n’as pas pratiqué Ésope. » Il ne faut pas entendre par là qu’il y eût des recueils écrits ; mais on apprenait, dit Aristophane (Guêpes, 1256-1261), les fables ou les bons mots d’Ésope ou des Sybaritains, dans les festins. Elles faisaient la joie des conversations ; elles trouvaient place dans les pièces de théâtre et jusque dans les tribunaux. « Parmi les plaideurs, dit Philocléon, les uns nous content des fables, les autres, quelques mots plaisants d’Ésope (Guêpes, 566). » Aristophane lui-même cite dans les Oiseaux (651) la fable de l’Aigle et du Renard, et dans les Guêpes (1448) celle de l’Aigle et de l’Escarbot, rappelée aussi dans la Paix (v.129), et celle du Chat et du Rat (Guêpes, 1182), On trouve aussi chez lui des fables sybaritiques, comme celle-ci (Guêpes, 1427-31) : « Un Sybaritain tomba de son char et se fit à la tête de grosses contusions : manier un cheval n’était pas son fort. Survint un de ses amis qui lui dit : Que chacun fasse le métier qu’il connaît ! » et un peu plus loin (1435-40) : « Un jour à Sybaris une femme brisa la boîte à procès. La boîte à procès appela quelqu’un en témoignage. Alors la Sybaritaine lui dit : « Par la Vierge, si tu laissais là les témoignages pour acheter au plus vite des ligaments, tu montrerais plus de bon sens. » On pourrait citer encore Ésope et la Chienne (Guêpes, 1401-5). Tous ces prétendus bons mots sont, à vrai dire, fades et sans pointe. Ce sont en effet les propos d’un buveur dont la raison est à moitié noyée dans le vin. On peut y voir pourtant une imitation de la fable sybaritique. Ils en ont la forme : il ne leur manque que le mordant