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le public, mais dont une partie seulement est venue jusqu’à nous.


Les recueils de fables des rhéteurs.

À ces collections populaires s’ajoutèrent les recueils composés dans les écoles de rhétorique. Théon nous a dit à quels exercices on soumettait les enfants (Προγυμ, ch. 3). Un sujet de fable étant donné, on les accoutumait soit à le développer, soit à le condenser en un récit très court, à en tirer la moralité, ou sur une moralité proposée à reconstruire la fable. Une fable connue devenait l’objet de remaniements divers ; si elle était en vers, on la mettait en prose ; si elle était en prose, on en changeait les termes, on la faisait passer du style direct au style indirect ou vice versa. Le rhéteur qui tenait à briller ne se contentait pas de ces remaniements : il inventait lui-même des fables nouvelles. Sans parler des rhéteurs déjà cités, nommons encore Thémistios qui a raconté à sa manière la fable des Deux Taureaux, du Lion et du Renard, et surtout Aphthonios, qui nous a laissé un recueil de 40 apologues, dont 6 ou 7 ne se retrouvent pas ailleurs ; les autres ont des sujets communs avec nos collections ou avec Babrius. Aphthonios eut à son tour un imitateur dans Syntipas, soi-disant philosophe persan, qui n’a de persan que le nom : c’est un Grec qui a collectionné ou composé des fables, dont quelques-unes sont originales, dont les autres ressemblent, sauf quelques détails, à celles de nos recueils.

Pour être complet, il faudrait suivre la fable jusque chez les Byzantins et relever les sujets traités ou remaniés par Syméon, Eustratios, Euslathe, Grégorios, Nicéphore Grégoras, et surtout Tzetzès ; mais leurs fables n’ont pas le même intérêt pour nous que celles de Plutarque, de Lucien et des rhéteurs des premiers siècles ; de ceux-ci nous pouvons tirer quelques renseignements utiles pour l’histoire de la collection ésopique ; de ceux-là, qui sont postérieurs à la rédaction de nos manuscrits, nous ne pouvons attendre de grandes lumières.


Nos recueils.

La longue revue que nous venons de faire à travers les auteurs grecs nous a montré que nos recueils ésopiques sont loin d’être complets,