Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/45

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Nicéphore et celui de nos fables, la différence saute aux yeux c’est le jour et la nuit.

Je pourrais opposer bien d’autres exemples de ce style byzantin recherché, antithétique et de ces pensées frivoles aux pensées si justes de nos fables, à leur style si simple et si naïf, qui rappelle, avec moins d’art, le naturel d’un Lysias. Je me bornerai à rapporter encore une fable, Les Pêcheurs qui ont pêché une pierre (23) :

Des pêcheurs traînaient une seine ; comme elle était lourde, ils dansaient de joie, s’imaginant que la pèche était bonne ; mais, quand ils eurent tiré la seine sur le rivage, ils y trouvèrent peu de poissons : c’étaient des pierres et autres matières qui la remplissaient. Ils en furent vivement contrariés, moins pour le désagrément qui leur arrivait que pour avoir préjugé le contraire. Mais l’un d’eux, qui était vieux, leur dit : « Cessons de nous affliger, mes amis ; car la joie, parait-il, a pour sœur le chagrin, et il fallait qu’après nous être tant réjouis à l’avance, nous eussions de toute façon quelque contrariété. »

Est-ce que cette douce philosophie, si simplement exprimée, ne rappelle pas l’esprit et le ton d’un Ménandre ? Elle fait souvenir aussi de ce que dit Socrate dans le Phédon : « Comme c’est une chose déconcertante d’apparence, amis, ce que les hommes appellent l’agréable ! Quel merveilleux rapport il y a entre sa nature et ce qu’on juge être son contraire, le pénible ! Etre simultanément présents côte à côte dans l’homme, tous deux s’y refusent ; mais qu’on poursuive l’un et qu’on l’attrape, on est presque contraint d’attraper toujours l’autre aussi, comme si c’était à une tête unique que fût