Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/48

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à peu près identique à celui des rédactions de la 1re classe ; mais la phrase est un peu différente et se rapproche par sa contexture de la phrase latine : le complément s’y trouve la plupart du temps avant le mot complété, et le verbe est presque aussi souvent qu’en latin à la fin de la proposition. Il se pourrait que l’auteur fût un Latin, et que Babrius ne soit pas le seul Romain qui ait écrit des fables dans la langue d’Ésope. Il se pourrait même qu’il fût à peu près du même temps que Babrius, peut-être postérieur d’un siècle, si l’on tient compte de deux ou trois fables qui sont apparentées à celles de Ba, la paraphrase bodléienne. Même en descendant aussi bas, nous voilà loin de la date assignée par Hausrath à notre recueil. Il le place au XIe siècle et affirme que c’est un remaniement de la recension du Casinensis. Il suffira de prendre en main notre édition critique et de comparer les rédactions de C et de L pour se convaincre de l’erreur de Hausrath. Ce qui lui a fait prendre le change est peut-être la présence dans le Laurentianus 79 de trois quatrains d’Ignatius Magister, lequel vécut au IXe siècle. Mais que prouvent ces trois quatrains égarés parmi des fables en prose ? Rien pour qui connaît les habitudes des copistes d’Ésope. Quand un copiste avait fini de copier son modèle, il cherchait souvent à l’augmenter en puisant à d’autres sources ; il lui arrivait même de recopier une fable qui était déjà dans son modèle, mais qu’il trouvait avec un autre titre et sous une autre forme dans un autre manuscrit. On trouve ainsi dans Mb, à des places différentes, trois rédactions sur le même argument. Ainsi se forma la masse de nos manuscrits mélangés. Il arrive même souvent qu’on trouve à la fin d’un manuscrit simple, c’est-à-dire qui ne représente qu’une seule classe, quelques fables d’une autre origine. Il n’est donc pas étonnant qu’un scribe postérieur à Ignatius Magister ait glissé trois quatrains de ce versificateur dans sa copie. Le même accident est arrivé à une fable d’Aphthonios qui se trouve perdue dans le Parisinus Mh, et à deux autres du même rhéteur, qu’un copiste a glissées dans Mb.