Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 7.djvu/20

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d’éducation, c’est l’idée, l’idée fausse, qui étouffe le fait. C’est elle qui pervertit notre jeunesse, qui lui ferme les avenues de la fortune, qui la pousse vers la carrière des places, ou vers une désespérante oisiveté.

Et dis-moi, ma ville natale, toi que des lois vicieuses (filles aussi d’une instruction erronée) ont dépouillée de ton commerce, toi qui explores de nouvelles routes, qui files la laine et le lin, qui coules le fer, qui arraches le Kaolin à tes entrailles et ne sais pas t’en servir, toi qui crées des navires, qui as ta ferme-modèle, toi enfin qui cherches la force dans un peu d’eau chauffée et la lumière dans un filet d’air, — s’il te faut des bras pour accomplir tes entreprises et des intelligences pour les diriger, n’es-tu pas forcée d’appeler à ton aide des enfants du Nord, pendant que tes fils, si pleins de courage et de sagacité, battent le pavé de tes rues faute d’avoir appris ce qu’aujourd’hui il est indispensable de savoir ?

Mais admettons que l’instruction classique soit réellement la plus utile. On conviendra du moins que c’est à la condition de mettre l’acheteur en possession de la marchandise qu’elle débite. Or ces langues mortes si généralement enseignées sont-elles généralement sues ? Vous qui me lisez, et qui étiez peut-être le lauréat de votre classe, vous arrive-t-il souvent de vous promener, aux bords de la Nive et de l’Adour, un Perse ou un Sophocle à la main ? Hélas ! dans notre âge mûr, à peine nous reste-t-il de tant d’études de quoi dénicher le sens d’une simple épigraphe. Je me souviens que, dans une société nombreuse, une dame s’avisa de demander ce que signifiait cette fameuse devise de Louis XIV : Nec pluribus impar. On fit la construction, puis le mot à mot, on disserta sur la force des deux négations, chacun fit sa version ;… il n’y en eut pas deux de semblables.

Voilà donc pour quel résultat vous fatiguez l’enfance, vous la saturez de syntaxe dix heures par jour et sept an-