Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/107

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un malaise. Le sol est pierreux et on voit souvent glisser sur les cailloux de longues couleuvres qui disparaissent dans les herbes. De là ce surnom bien mérité de mont des Serpents. Dans certains jours, les reptiles semblent vous naître sous les pieds quand on gravit la pente exposée au soleil. Ils sont si nombreux qu’on n’ose plus marcher et qu’on éprouve une gêne singulière, non pas une peur, car ces bêtes sont inoffensives, mais une sorte d’effroi mystique. J’ai eu plusieurs fois la singulière sensation de gravir un mont sacré de l’antiquité, une bizarre colline parfumée et mystérieuse, couverte de cystes et peuplée de serpents et couronnée par un temple.

Ce temple existe encore. On m’a affirmé du moins que ce fut un temple. Car je n’ai pas cherché à en savoir davantage pour ne pas gâter mes émotions.

Donc j’y grimpai, un matin de mars, sous prétexte d’admirer le pays. En parvenant au sommet j’aperçus en effet des murs et, assis sur une pierre, un homme. Il n’avait guère plus de quarante-cinq ans, bien que ses cheveux fussent tout blancs ; mais sa barbe était presque noire encore. Il caressait un chat