Page:Œuvres de Spinoza, trad. Appuhn, tome I.djvu/282

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cela, à défaut d’autres exemples que j’écarte pour n’avoir pas l’air de vouloir mettre en lumière les erreurs des autres, je prendrai seulement l’exemple d’une chose très abstraite que l’on peut, sans que cela fasse de différence, définir d’une manière quelconque, à savoir le cercle : si on le définit une figure où les lignes menées du centre à la circonférence sont égales, il n’est personne qui ne voie que cette définition n’exprime pas du tout l’essence du cercle, mais seulement une de ses propriétés. Et bien que, comme je l’ai dit, cela importe peu quand il s’agit de figures et d’autres êtres de raison, cela importe beaucoup dès qu’il s’agit d’êtres physiques et réels : effectivement les propriétés des choses ne sont pas clairement connues aussi longtemps qu’on n’en connaît pas les essences ; si nous passons outre sans nous arrêter aux essences, nous renverserons nécessairement l’enchaînement des idées qui doit reproduire dans l’entendement l’enchaînement de la Nature, et nous nous éloignerons tout à fait de notre but. Pour nous libérer de cette faute, il faudra observer dans la définition les règles suivantes :

I. S’il s’agit d’une chose créée, la définition devra, comme nous l’avons dit, comprendre en elle la cause prochaine. Par exemple, le cercle selon cette règle devrait être défini ainsi : une figure qui est décrite par une ligne quelconque dont une extrémité est fixe et l’autre mobile ; cette définition comprend clairement en elle la cause prochaine.

II. Le concept d’une chose, ou sa définition, doit être tel que toutes les propriétés de la chose puissent en être conclues, alors qu’on le considère seul, sans y joindre d’autres concepts, ainsi qu’on peut le voir dans cette définition du cercle ; car on en conclut clairement