Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 16, 1838.djvu/214

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qui s’y rapportait, et à calmer par des vers à sa louange l’esprit du fier guerrier qui les habitait. Je savais où s’offraient jadis les sacrifices à Thor et à Odin… sur quelles pierres le sang des victimes coulait… où se plaçait le sombre prêtre… où se tenaient les chefs à cimiers qui consultaient la volonté de l’idole… et plus loin la foule des adorateurs, d’une classe plus commune, qui regardaient avec une religieuse frayeur. Les lieux qu’évitaient le plus les timides paysans n’avaient pas de terreurs pour moi : j’osais pénétrer dans, le cercle des fées et m’endormir près d’une source magique.

« Mais, pour mon malheur, je me plaisais surtout à errer aux environs du Dwarfie-Stone[1], reste d’antiquité que les étrangers contemplent avec curiosité, et les naturels avec crainte. C’est un énorme fragment de rocher qui gît dans une vallée sauvage entrecoupée de précipices, au milieu des solitudes du Ward-hill d’Hoy. L’intérieur de la pierre renferme deux couches qui n’ont point été taillées par une main mortelle, et qui laissent entre elles un petit passage. L’entrée en est maintenant ouverte aux intempéries des saisons ; mais, à côté, est encore la grosse pierre qui, adaptée à des rainures encore visibles à la porte, servait autrefois à ouvrir et à fermer cette extraordinaire demeure que Trolld, nain fameux dans les sagas du Nord, choisit, dit-on, pour en faire sa résidence favorite. Le berger solitaire évite cet endroit, car, au lever du soleil, à midi, le soir, le fantôme de mauvais-augure a été vu parfois assis sur le Dwarfie-Stone[2]. Je ne redoutais pas son apparition, car, Minna, mon cœur était aussi courageux que le vôtre, mes mains aussi innocentes que les vôtres. Dans ma bravoure enfantine, je n’étais même que trop présomptueuse, et la soif des choses défendues me poussait, comme notre première mère, à souhaiter un accroissement de science, même par des moyens illicites. Je brûlais de posséder le pouvoir

  1. C’est-à-dire, le roc du Nain. a. m.
  2. Ce roc a environ sept pieds de haut, vingt-deux de long, et dix-sept de large. La partie supérieure a été évidemment creusée par un instrument de fer. Dans cette espèce d’appartement, il y a deux lits de pierre. Le plus élevé et le plus large des deux a cinq pieds et huit pouces de long, sur deux de large ; on suppose que c’était la couche du nain lui-même ; le plus bas est aussi plus court, et les angles en sont arrondis. L’entrée de cette grotte a environ trois pieds et demi carrés, et devant l’entrée est couchée une pierre destinée à la fermer. Elle est éclairée par une sorte de lucarne. On ne peut que conjecturer le but de ce monument ; plusieurs hypothèses ont été avancées là-dessus. Les uns supposent que c’est l’œuvre de quelque maçon voyageur ; mais on se demande dans quel but. Le révérend M. Barry pense que ç’a été la cellule d’un ermite. Mais on n’y trouve aucun symbole chrétien, et la porte est tournée vers l’occident. w. s.