Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/18

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


contre, le fermier du vallon de Douglas, trouvant sans doute la soirée trop froide, s’enveloppa plus étroitement dans son plaid grisâtre. En effet, dès une époque reculée, ce vêtement était en usage parmi les bergers du sud de l’Écosse : sa forme donne un aspect romantique aux paysans et aux hommes des classes moyennes, et, quoique moins brillant et moins fastueux de couleurs, il est aussi pittoresque dans son arrangement que le manteau militaire, le manteau de tartan des montagnards. Quand ils se furent rapprochés, la dame put voir dans l’ami de son guide un homme vigoureux et même athlétique : il avait déjà passé le milieu de la vie, et son visage, battu par de nombreuses tempêtes, montrait des marques de l’approche de la vieillesse, mais non des infirmités qu’elle amène avec elle. Des yeux vifs, qui semblaient tout observer, signalaient un homme qui avait long-temps vécu dans un pays où il avait toujours eu besoin de regarder autour de lui avec précaution. Ses traits étaient encore gonflés de courroux, et le beau jeune homme qui l’accompagnait paraissait mécontent comme s’il eût reçu des preuves sévères de l’indignation paternelle : à en juger par la sombre expression mêlée à une apparence de honte sur sa physionomie, il semblait en même temps dévoré de colère et de regret. « Ne vous souvenez-vous pas de moi, mon vieil ami ? » demanda Bertram, lorsqu’ils furent assez près pour s’entendre ; « les vingt années qui ont passé sur nos têtes depuis que nous nous sommes vus ont-elles emporté avec elles tout souvenir de Bertram, le ménestrel anglais ? — En vérité, répondit l’Écossais, j’ai vu assez de vos compatriotes pour me souvenir de vous, et je n’ai jamais pu entendre quelqu’un d’entre eux siffler seulement,

Maintenant le jour se lève,


sans songer à quelque air de votre joyeuse viole[1]. Et cependant l’homme est une si pauvre créature que j’avais oublié jusqu’à la mine de mon vieil ami, et que je l’ai à peine reconnu de loin. Aussi, c’est que nous avons eu nos peines depuis un certain temps : il y a un millier de vos compatriotes qui tiennent garnison dans le château de Douglas qu’on aperçoit d’ici, aussi bien que dans d’autres places de la vallée, et c’est là un triste spectacle pour un véritable Écossais !… Ma pauvre maison n’a pas même échappé à l’honneur d’une garnison composée d’un homme d’armes, plus deux ou trois coquins d’archers, un ou deux méchants galopins

  1. Rebeck, dit le texte ; espèce de violon ancien, à trois cordes. a. m.