Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/67

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cheté. Le sanglier, au contraire, était un animal beaucoup plus irascible et plus courageux.

Les taureaux sauvages, les plus formidables de tous les habitants des antiques forêts calédoniennes, étaient l’objet le plus intéressant de l’expédition pour les cavaliers anglais[1]. Les fanfares des cors de chasse, le retentissement du galop des chevaux, les mugissements et les hurlements furieux des bestiaux de la montagne, les soupirs du cerf pressé par les chiens haletants, et les cris sauvages, les cris de triomphe des hommes, formaient un vacarme qui s’étendait bien au delà du théâtre de la chasse, et semblait menacer tous les habitants de la vallée jusque dans les plus profondes retraites.

Pendant le cours de la chasse, souvent lorsqu’on s’attendait à voir partir un sanglier, c’était un taureau sauvage qui s’élançait, renversant les jeunes arbres, brisant les branches dans sa course,

  1. Ces taureaux sont aussi représentés comme très formidables par Hector Boétius, qui ajoute sur leur compte : « Dans cette forêt (à savoir la forêt Calédonienne), on rencontrait quelquefois des taureaux blancs avec des crinières crépues et frisées comme celles des lions ; et quoiqu’ils ressemblassent pour le reste du corps à leurs pareils que l’homme a rendus domestiques, ils étaient plus sauvages que tous les autres animaux, et haïssaient tellement la société et la compagnie des humains, qu’ils n’entraient jamais dans les forêts ni sur les pâturages où ils reconnaissaient soit le pied, soit la main de l’homme, et il se passait bien du temps avant qu’ils mangeassent les herbes qu’il avait touchées ou maniées. Ces taureaux étaient si sauvages qu’on ne pouvait les prendre qu’à force de ruses, et si impatients de la liberté après avoir été pris, qu’ils mouraient presque toujours comme de douleur. Aussitôt qu’un homme se hasardait à attaquer ces animaux, ils s’élançaient sur lui avec une telle impétuosité qu’ils le renversaient à terre, sans s’effrayer des chiens, des lances, ou de toute autre arme plus funeste. (Boétius, Chron. Écoss., vol. I, page 39.)
    Les animaux sauvages de cette espèce, qui ne sont plus aujourd’hui connus que dans un manoir de l’Angleterre, celui de Chillingham-Castle, dans le Northumberland, existaient encore de mémoire d’homme dans trois endroits d’Écosse : savoir, à Drumlaurig, à Cumbernauld et dans le parc du château d’Hamilton ; et, à l’exception de ce dernier lieu, je crois qu’ils ont été détruits partout à cause de leur férocité. Mais, quoique ceux des temps modernes fussent remarquables par leur couleur blanche, avec des museaux noirs, et qu’ils eussent aussi une crinière noire, longue de trois ou quatre pouces, ils ne ressemblaient nullement à la terrible description que nous en donnent les anciens auteurs : d’où quelques naturalistes ont conclu que ces animaux appartiennent probablement à des espèces différentes, quoiqu’ils aient en général les mêmes habitudes et dépendent de la même race. Les os qu’on trouve dans les prairies d’Écosse appartiennent certainement à des animaux plus gros que ceux de Chillingham, dont le poids dépasse rarement 1,120 livres, la pesanteur moyenne variant de 840 à 1,120. Certaines classes de nos lecteurs nous accuseraient de négligence si nous ne remarquions ici que la viande de ces animaux est d’une saveur excellente et parfaitement marbrée. (Note anglaise.)