Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/69

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ment estimés de leurs chefs, furent invités, suivant l’expression moderne, à l’honneur de dîner avec eux.

Sir John de Walton occupait le haut bout de la table. Ses yeux, quoiqu’ils semblassent ne rien regarder positivement, s’arrêtaient successivement sur toutes les physionomies des hôtes qui formaient un cercle autour de lui. À la vérité, il lui eût été difficile de dire sur quels motifs il avait fondé ses invitations, et même il paraissait ne pas pouvoir s’imaginer, à l’égard d’un ou de deux des convives, quelle raison lui procurait l’honneur de leur présence.

Un individu surtout attira les regards de sir Walton : il avait l’air d’un formidable homme d’armes, quoiqu’il semblât que la fortune n’eût pas depuis long-temps souri à ses entreprises. Il était grand et bien membré, d’une physionomie extrêmement rude, et la couleur de sa peau, qu’on apercevait à travers les trous nombreux de ses vêtements, indiquait qu’il avait eu à endurer toutes les vicissitudes d’une vie de proscrit ; que, peut-être, il avait, pour nous servir de la phrase consacrée, épousé la cause de Robin Bruce, en d’autres termes, qu’il s’était réfugié dans les marais avec la troupe des insurgés. Assurément une pareille idée vint se présenter à l’esprit du gouverneur. Cependant la froideur apparente et l’absence complète de toute crainte avec laquelle l’étranger était assis à la table d’un officier anglais, où il était absolument en son pouvoir, ne paraissaient guère conciliables avec un pareil pressentiment. De Walton et quelques unes des personnes qui l’entouraient avaient remarqué pendant toute la matinée ce cavalier en haillons, qui n’avait de remarquable dans son costume qu’une vieille cotte de mailles, et dans son armure qu’une lourde pertuisane rouillée, longue de huit pieds environ : ils l’avaient vu déployer un talent de chasseur bien supérieur à celui de toutes les autres personnes de la compagnie. Le gouverneur, après avoir regardé ce personnage suspect jusqu’à ce qu’il lui eût fait comprendre l’attention toute particulière dont il était l’objet, remplit un gobelet de vin choisi, et le pria, comme un des meilleurs élèves de sire Tristrem qui eussent accompagné la chasse du jour, de lui faire raison avec un breuvage supérieur à celui dont la multitude se désaltérait.

« Je suppose, sire chevalier, ajouta de Walton, que, pour répondre à mon défi le verre à la main, vous voudrez bien attendre qu’on ait rempli le vôtre avec du vin de Gascogne qui a mûri dans le propre domaine du roi, qui a été pressé pour ses lèvres, et qui