Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/70

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en conséquence est propre à être bu à la santé et à la prospérité de Sa Majesté. — Une moitié de l’île de la Grande-Bretagne, » répliqua le chasseur avec le plus grand calme, « sera de l’opinion de Votre Honneur ; mais comme j’appartiens à l’autre moitié, le vin le plus précieux de la Gascogne ne pourrait me faire boire à cette santé. »

Un murmure de désapprobation parcourut le cercle des guerriers présents ; les prêtres baissèrent la tête, devinrent d’une pâleur mortelle, et marmottèrent leur Pater noster.

« Étranger, répliqua de Walton, vous voyez que vos paroles indignent toute la compagnie. — C’est fort possible, » repartit l’homme avec le même ton bourru, « et cependant il peut se faire qu’il n’y ait pas de mal dans les paroles que j’ai prononcées. — Songez-vous que c’est à moi que vous parlez, répliqua de Walton. — Oui, gouverneur. — Et avez-vous réfléchi à ce que pourrait vous attirer une semblable insolence ? — Je n’ignore nullement ce que je pourrais avoir à craindre, si le sauf-conduit et la parole d’honneur que vous m’avez donnés en m’invitant à cette chasse méritaient moins de confiance. Mais je suis votre hôte, je viens de manger les mets servis sur votre table, et de vider en partie votre coupe qui est remplie de fort bon vin, en vérité… aussi maintenant ne redouterais-je pas le plus terrible infidèle s’il s’agissait d’en venir aux coups, et moins encore un chevalier anglais. Je vous dirai en outre, sire chevalier, que vous n’estimez pas à sa juste valeur le vin que nous venons de sabler. Le fumet exquis et le contenu de votre coupe me donnent, en advienne ce qui pourra, le courage de vous informer d’une circonstance ou deux qu’une sobriété froide et circonspecte m’aurait empêché de vous communiquer dans un moment comme celui-ci. Vous désirez sans doute savoir qui je suis ? Mon nom de baptême est Michel, mon surnom est Turnbull. Ainsi s’appelle un clan redoutable, à la réputation duquel j’ai bien contribué pour ma part, soit dans les parties de chasse, soit dans les champs de bataille. Je demeure au bas de la montagne de Rubieslaw, près des belles ondes du Theviot. Vous êtes surpris que je sache chasser les bestiaux sauvages, moi qui me suis exercé dès mon enfance à les poursuivre dans les forêts solitaires de Jed et de South-Dean, et qui en ai tué un plus grand nombre de ma main que vous n’en avez vu, vous et tous les Anglais de votre armée, y compris même les superbes exploits de la journée. »

L’habitant de la frontière fit une pareille déclaration avec cette