Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/133

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Le jeune homme tressaillit et parut singulièrement agité. Butler, s’apercevant qu’il avait fait une impression favorable, résolut d’en profiter. « Songez, jeune homme, » dit-il en lui posant familièrement sa main sur l’épaule, « songez dans quelle terrible alternative vous vous placez volontairement, tuer ou être tué. Ne tremblez vous pas à l’idée de paraître, sans avoir été appelé, devant un Dieu irrité, le cœur encore agité par des passions coupables, la main teinte du sang de votre semblable contre le sein duquel vous aurez dirigé un fer homicide ? Si, au contraire, vous avez le malheur non moins grand de survivre à votre adversaire, souillé du même crime que Caïn, le premier meurtrier, Dieu n’imprimera-t-il pas sur votre front ce signe qui frappe d’horreur quiconque l’aperçoit, ce signe qui révèle le meurtrier à tous les regards ? »

L’étranger, se dégageant peu à peu de la main de Butler, l’interrompit en enfonçant son chapeau sur ses yeux. « Tout ce que vous dites là est excellent, monsieur ; mais vous donnez vos avis en pure perte. Je ne suis ici avec de mauvaises intentions contre personne. Je puis être bien coupable : vous autres prêtres, vous dites que tous les hommes le sont ; mais je suis ici pour sauver la vie de quelqu’un, non pour l’ôter à qui que ce soit. Si vous désirez employer votre temps à faire une bonne œuvre plutôt qu’à parler de ce que vous ignorez, je vous en donnerai l’occasion. Voyez-vous ce rocher à droite, au-dessus duquel on aperçoit les cheminées d’une maison isolée ? allez dans cet endroit, demandez Jeanie Deans ; dites-lui que celui qu’elle sait bien est resté ici depuis le point du jour jusqu’à cette heure pour la voir, et qu’il ne peut attendre plus long-temps ; dites-lui qu’il faut qu’elle vienne me trouver cette nuit à la Fondrière du Chasseur, quand la lune se lèvera derrière la colline de Saint-Antoine, ou que je n’aurai plus rien à ménager. — Et qui êtes-vous ? » reprit Butler saisi d’une pénible surprise ; qui êtes-vous, pour me charger d’une pareille commission ? — Je suis le diable ! » répondit brusquement l’étranger.

Butler, par une espèce d’instinct, fit deux pas en arrière et se recommanda intérieurement à Dieu ; car, bien que doué de raison et de force d’esprit, il n’était pas sous ce rapport au-dessus des hommes de son temps, où l’on regardait comme une preuve irrécusable d’athéisme de ne pas croire aux sorciers et aux esprits.

L’étranger continua, sans remarquer son émotion : « Oui, ap-