Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/160

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de mal à une bête, bien moins encore à un homme. — Il y a sans doute, dans ce que vous avez fait, quelque chose en votre faveur, » dit le magistrat, venant justement au point où Ratcliffe voulait l’amener, quoiqu’il cachât son intention sous une affectation de bizarrerie ; » mais comment pouvez-vous espérer un emploi dans la prison quand vous vous êtes évadé de la moitié des prisons d’Écosse ? — Sauf le bon plaisir de Votre Honneur, dit Ratcliffe, si je sais si bien m’en échapper, je saurai mieux y retenir les autres. Ils seraient bien habiles ceux qui m’y retiendraient quand j’en voudrais sortir, et qui en sortiraient quand je voudrais les y retenir. »

Cette observation sembla frapper le magistrat ; mais il n’y répondit point, et ordonna seulement de faire retirer Ratcliffe.

Quand ce hardi et rusé fripon fut éloigné, le juge demanda au greffier ce qu’il pensait de l’assurance de cet homme.

« Je n’ai pas d’avis à donner, répondit le greffier ; mais si un jour Ratcliffe est disposé à tourner à bien, il n’est jamais entré par les portes de la ville un homme qui pût être aussi utile pour découvrir les voleurs et les bien garder. Je pense qu’il faudrait en parlera M. Sharpitlaw. »

On fit ensuite approcher Butler de la table pour l’interroger. Le juge dirigea cet interrogatoire avec égards, mais de manière à lui faire comprendre que de graves soupçons pesaient sur lui. Avec une franchise qui était en même temps dans sa profession et dans son caractère, Butler avoua qu’il avait été présent, quoique involontairement, au meurtre de Porteous, et, sur la demande du magistrat, il entra dans les détails les plus minutieux sur toutes les circonstances de cette malheureuse affaire. Toutes les particularités de son récit furent écrites par le greffier sous sa dictée.

Quand il eut achevé, l’interrogatoire proprement dit commença ; chose fort pénible pour le témoin même le plus véridique, puisqu’un récit, surtout s’il se rattache à des événements aussi tragiques, peut rarement se faire avec assez de clarté et de précision pour que des questions minutieuses et multipliées ne fassent naître quelque doute ou quelque ambiguïté.