Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/308

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très-bien, » reprit Butler en retombant sur son siège, entièrement épuisé. « Du moins je serai tout à fait bien demain. — Vous voyez bien, et vous sentez vous-même qu’il faut que vous me laissiez partir à l’instant, » dit Jeanie après une pause ; puis prenant la main qu’il lui tendait en la regardant affectueusement, elle ajouta : « C’est déjà un assez grand surcroît de chagrin pour moi que de vous voir ainsi. Mais il faut reprendre du courage et de la santé pour l’amour de Jeanie ; car si elle n’est pas votre femme, elle ne le sera jamais de personne. À présent donnez-moi un papier pour Mac-Callum More, et priez Dieu de bénir mon voyage. »

Il y avait quelque chose de romanesque dans la résolution aventureuse de Jeanie ; cependant, en y réfléchissant, comme il semblait impossible de lui persuader d’en changer, et qu’on ne pouvait l’obliger que par des conseils, Butler, après quelques autres objections, lui mit entre les mains le papier qu’elle désirait, qui, avec la feuille d’engagement[1] qui l’enveloppait, était le seul mémorial qui lui restât de l’enthousiaste et ardent Butler-Bille son aïeul. Pendant que Butler cherchait ce document, Jeanie eut le temps de prendre sa Bible, et après l’avoir refermée, elle la replaça sur la table en disant : « J’ai marqué avec votre crayon un passage qui contient des choses qui nous seront utiles à tous deux. Il faut que vous preniez la peine, Reuben, d’écrire tout ceci à mon père ; car, Dieu me soit en aide ! je n’ai ni la tête assez bonne ni la main assez exercée pour écrire de longues lettres dans aucun temps, et moins à présent que jamais ; je m’en fie donc entièrement à vous là-dessus, et j’espère que vous pourrez bientôt le voir. Reuben, je vous prie aussi, quand vous causerez avec lui, ayez égard à toutes les opinions du vieillard ; pour l’amour de Jeanie, ne le contrariez pas dans ses idées, et ne lui parlez ni latin ni anglais : il est de l’ancien temps, et il n’aime pas, peut-être à tort, d’autre langage que le sien. Ne lui parlez pas beaucoup, mais amenez la conversation sur les sujets qui lui plaisent, et laissez-le causer, il en sera plus satisfait… Et puis, Reuben, n’oubliez pas cette pauvre fille, là-bas dans son cachot. Mais je n’ai pas besoin de dire à votre bon cœur de lui donner toutes les consolations qui seront en votre pouvoir, aussitôt qu’on vous permettra de la voir. Dites-lui… Mais il ne faut plus que je parle d’elle, car je ne veux pas vous quitter en pleurant, ce ne serait

  1. Muster roll, dit le texte ; c’est l’état ou la liste des soldats d’un régiment. a. m.