Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/33

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rances furent bientôt détruites. Tout le poussait vers le bord de l’abîme qui s’ouvre devant les débiteurs insolvables ; après s’être accroché à toutes les branches, et avoir éprouvé la longue agonie de les voir lui échapper les unes après les autres, il était tombé dans cette basse-fosse dont Hardie venait de le tirer.

« Et maintenant que vous avez retiré ce pauvre diable de l’eau, vous le laisserez à demi nu sur le rivage, s’arranger comme il pourra ? dit Halkit. Écoutez ; » et il dit quelque chose à l’oreille de Hardie, dont je ne pus saisir que ces mots : « Il faut en parler à milord. — Cela est pessimi exempli, dit Hardie en riant, de s’entremettre pour un client ruiné ; mais je songerai à ce que vous venez de me dire, pourvu que cela puisse s’arranger. Chut ! le voici. »

Le récit qui venait d’être fait des infortunes de ce pauvre homme semblait lui avoir donné des droits, je me plus à le remarquer, à l’attention et au respect des deux jeunes gens ; ils le traitèrent avec beaucoup de politesse et l’engagèrent peu à peu dans une conversation qui, à ma grande satisfaction, retomba bientôt sur les causes célèbres d’Écosse. Enhardi par la bienveillance qu’on lui témoignait, M. Dunover contribua pour sa part à l’amusement de la soirée. Les prisons, comme tout autre lieu, ont leurs vieilles traditions, connues de ceux-là seuls qui les habitent, et qu’ils transmettent entre eux de génération en génération. Dunover en raconta quelques-unes pleines d’intérêt, qui éclaircirent pour nous quelques jugements remarquables que Hardie savait sur le bout du doigt, et que son compagnon connaissait fort bien aussi. Cette conversation se prolongea fort avant dans la nuit ; M. Dunover alla prendre du repos, et moi je me retirai pour prendre note de ce que je venais d’entendre, dans le dessein d’ajouter de nouveaux récits à ceux dont je me plais à former un recueil. Les deux jeunes gens demandèrent des rôties, du negus[1] au vin de Madère, avec un jeu de cartes, et commencèrent une partie de piquet.

Le lendemain matin, les voyageurs quittèrent Gandercleugh. J’appris ensuite par les journaux qu’ils avaient tous deux figuré dans le grand procès politique entre Bubbleburgh et Bitem ; affaire sommaire qui devait être jugée sans délai, et qui cependant durera peut-être plus long-temps que la session du parlement à laquelle elle se rattache. M. Halkit remplit dans ce procès le rôle d’agent ou de solliciteur, et M. Hardie plaida pour sir Peter

  1. Boisson composée de vin et d’eau aromatisée. a. m.