Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/466

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fallait pas interpréter aussi rigoureusement cette clause ; que si la jeune fille quittait l’Écosse pendant quelques mois, ou même pendant quelques semaines, et revenait ensuite dans la nouvelle résidence de son père par la partie occidentale de l’Angleterre, personne ne saurait son arrivée, du moins personne de ceux qui pourraient avoir le pouvoir ou l’envie de l’inquiéter ; que le droit étendu de juridiction que possédait Sa Grâce excluait l’intervention des autres magistrats relativement à ceux qui vivaient sur ses terres, et que ceux qui dépendaient de lui directement recevraient ses ordres pour que la jeune fille pût y vivre en paix. Demeurant sur les frontières des hautes terres, elle pouvait être considérée en quelque sorte comme hors d’Écosse, c’est-à-dire hors des limites ordinaires des lois et de la civilisation.

Le vieux Deans n’était pas entièrement satisfait de cet argument ; mais la fuite d’Effie, qui eut lieu la troisième nuit après sa mise en liberté, lui rendit sa résidence à Saint-Léonard si odieuse, qu’il accepta sur-le-champ la proposition qui lui avait été faite, et entra avec plaisir dans le projet conçu par le duc de causer une surprise à Jeanie pour lui rendre son changement de résidence plus frappant. Le duc avait instruit Archibald de ces circonstances, et lui avait donné l’ordre d’agir d’après les instructions qu’il recevrait d’Édimbourg, et qui lui recommandèrent en effet de mener Jeanie à Roseneath.

Le père et la fille s’entretenaient ensemble de toutes ces affaires en se dirigeant lentement, avec de fréquentes pauses, vers une maison qu’on apercevait à travers les arbres, et qui était à environ un demi-mille de distance de la petite baie où ils avaient débarqué.

En approchant de la maison, Davie Deans informa sa fille, avec une espèce de grimace qui était la seule manière dont ses traits eussent jamais pu se prêter à exprimer le rire, qu’il y résidait deux messieurs, dont l’un était un gentilhomme séculier et l’autre un révérend ministre. Le gentilhomme séculier était Son Honneur le laird de Knocktarlity, bailli de la seigneurie sous le duc d’Argyle, gentilhomme montagnard, marqué de la même tache que la plupart d’entre eux, suivant l’opinion de Davie, c’est-à-dire prompt et emporté, négligeant les choses spirituelles pour s’occuper un peu trop des intérêts de ce monde, et n’étant pas très-scrupuleux sur la propriété ; d’ailleurs un brave gentilhomme, franc et hospitalier, avec lequel la prudence voulait qu’on