Page:Œuvres poétiques de François de Maynard, 1885, tome 1.djvu/133

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De mes jaloux pensers fuzils de mon hommage
Mes langoureux desirs relevent leur pouvoir,
Et mouillé de mes pleurs, et battu de l’orage,
Je m’en vay ternissant comme un lis vers le soir.

Si je pense à ma belle, hé ! ce penser m’offence,
Et rien ne m’est si doux que son cher souvenir,
Las ! je m’avance plus quand j’ay moins d’esperance,
Et si je me repens je n’en puis revenir.

Si pour me soulager de ma douleur extreme,
Je me va separant de sa douce beauté,
En esloignant ses yeux je fuis loin de moy-mesme,
Et ne me puis trouver qu’au jour de sa clarté !

Au moins si en perdant et mon heur et ma gloire,
Quand je vis esloigné de ma belle et de moy,
je perdois tout d’Un coup la vie et la memoire,
Comme sans souvenir je serois sans esmoy.

Mais las ! il nesje peut, si ce n’est que ma flame
S’estaignit avec moy par un mesme trespas,
Ou qu’estant separé du soleil de mon ame,
Je fusse moins sensible aux traits de ses appas.

Que ne vois-je flamber ces astres de ma vie,
Dont les chastes esclairs me bruslent à leur tour ?
Par leurs charmes vainqueurs mon ame estant ravie,
Je mourrois, mais contant et heureux en amour.